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Les articles sur "larry bird"

NBA Awards : un trophée commun pour Magic Johnson et Larry Bird

La NBA va rendre hommage aux carrières exceptionnelles du meneur des Lakers et de l’ailier des Celtics. Leur rivalité a débuté en 1979, il y a 40 ans, en NCAA.

Adversaires inséparables depuis l’université, Magic Johnson et Larry Bird recevront l’équivalent d’un Oscar d’honneur pour l’ensemble de leur carrière lors des prochains NBA Awards. Après avoir honoré Bill Russell en 2017 et Oscar Robertson en 2018, la NBA leur remettra le 24 juin le Lifetime Achievement Award pour rendre hommage évidemment à leurs carrières exceptionnelles, leurs palmarès, leurs duels avec les Celtics et les Lakers mais aussi aux 40 ans de leur premier affrontement. Lire la suite »

Le 20 avril 1986, « Dieu » se déguisait en Michael Jordan

Le premier grand exploit de Michael Jordan date d’il y a 33 ans. C’était face aux immenses Celtics de Larry Bird, et à 23 ans seulement, le numéro 23 des Bulls s’emparait du record de points en playoffs !

20 avril 1986. Il y a 33 ans jour pour jour. Les playoffs débutent à peine. Leur parfum se fait sentir partout aux Etats-Unis, et en ce dimanche de Pâques, c’est carrément « Dieu » qui va s’inviter sur le terrain. Retour sur le premier exploit NBA de Michael Jordan, auteur de 63 points face aux Celtics, futurs champions NBA. Lire la suite »

Ça s’est passé un 12 mars : le record en carrière de Larry Bird

Le 3 mars 1985, Kevin McHale s’emparait du record de franchise des Celtics avec 56 points. Forcément de quoi piquer l’orgueil de Larry Bird qui fera mieux neuf jours plus tard…

En compétiteur acharné, Larry Bird ne laissait jamais une occasion de prouver qu’il était le meilleur joueur sur le terrain, même (ou surtout) quand il s’agissait de ses propres coéquipiers. Le 3 mars 1985, il avait bien vu Kevin McHale battre le record de points de la franchise avec 56 points, et il l’avait même aidé, multipliant les passes pour son fidèle intérieur. Lire la suite »

Roman de l’hiver : Larry Bird-Magic Johnson (12)

« Larry Bird-Magic Johnson, Quand le jeu était à nous » raconte la formidable rivalité, dans les années 1980, entre l’ailier des Boston Celtics et le meneur des Los Angeles Lakers. Celle qui a assuré le succès et la popularité de la grande Ligue américaine. Embarquez avec nous dans la machine à remonter le temps… Bonne lecture !

Magic Johnson était agacé par l’attention médiatique démesurée dont Larry Bird faisait l’objet. Il n’avait pas la même liberté en attaque (ou dans les tirs) chez les Lakers que celle dont bénéficiait Bird chez les Celtics. Le rôle premier de Magic était de mettre les autres en position, particulièrement Kareem Abdul-Jabbar. Comme il marquait plus et avait de meilleures stats, Bird faisait plus souvent les gros titres. Lire la suite »

Roman de l’hiver : Larry Bird-Magic Johnson (11)

« Larry Bird-Magic Johnson, Quand le jeu était à nous » raconte la formidable rivalité, dans les années 1980, entre l’ailier des Boston Celtics et le meneur des Los Angeles Lakers. Celle qui a assuré le succès et la popularité de la grande Ligue américaine. Embarquez avec nous dans la machine à remonter le temps… Bonne lecture !

Red Auerbach n’aimait pas le jeu de Joe Barry Carroll mais il a habilement persuadé tout le monde dans la Ligue qu’il allait le recruter. Golden State, qui avait également besoin de renfort sur l’aile, voulait désespérément Carroll. Auerbach a fini par échanger les choix numéros 1 et 13 aux Warriors contre le numéro 3 (qu’Auerbach a utilisé pour prendre Kevin McHale, le joueur qu’il avait toujours voulu) et un pivot aux performances médiocres du nom de Robert Parish qui serait, selon lui, une bonne doublure pour Dave Cowens.

Le « Big Three » était né, même si McHale ne deviendrait titulaire que cinq ans plus tard. Parish n’était pas non plus pressenti comme titulaire mais le 1er octobre 1980, alors que l’équipe se trouvait à Terre Haute, en Indiana, et attendait pour monter dans le bus afin d’aller disputer un match amical à Evansville, Cowens se mit sur la plus haute marche et annonça qu’il prenait sa retraite. « Je suis désolé, les gars. Je n’ai plus le cœur à jouer », leur a déclaré Dave.

Larry Bird était stupéfait. Non seulement il admirait Cowens mais le grand rouquin était devenu son meilleur pote dans l’équipe. Cowens n’avait rien laissé paraître de ses sentiments vis-à-vis de Bird. « J’étais un peu en colère. Je pensais qu’on avait une super équipe avec Dave. Mais sans lui ? Robert n’était pas prêt. Et Kevin ? Qui savait réellement ? », a relaté Larry. Bird s’est retourné vers Parish, qui était assis trois sièges derrière lui dans le bus, et lui a dit : « Il faut que tu te mettes en condition. »

Même si Parish était l’une des cibles favorites de l’exigeant Bill Fitch, le coach l’a poussé pour qu’il soit en condition et le niveau de jeu de Parish s’est élevé en conséquence. Le « seven footer » (1) évoluait sur le parquet comme une gazelle aux membres longilignes. Il se plaçait à merveille dans les couloirs sur jeu de transition, quand bien même la plupart du temps, il ne recevait pas le ballon. Bird appréciait de plus en plus l’implication du pivot, si bien qu’il faisait toujours en sorte de garder plusieurs fois le ballon sous le bras pour que Parish puisse le recevoir en trailer et marquer deux points.

La transition de Cowens à Parish, dont l’arme de prédilection était un tir extérieur décrivant une très haute courbe, s’est faite bien mieux que le staff n’aurait pu l’espérer. Pourtant, Bird n’arrivait pas à se défaire du sentiment persistant que Dave Cowens les avait laissé tomber. « Je n’arrivais tout simplement pas à comprendre pourquoi il n’avait pas pu attendre la fin de la saison pour partir », a ajouté Larry.

 

Nate « Tiny » Archibald, petit mais costaud !

Boston tourna à 109.9 points en 1980-81. C’était la résultante d’une raquette très productive. Il y avait aussi un petit meneur plein de ressources nommé Nate « Tiny » Archibald. Comme l’indiquait son surnom, l’ancienne star de New York mesurait 1,72 m environ (bien qu’il ait été officiellement enregistré à 1,85 m). Elle compensait son manque de taille par beaucoup de malice et de vélocité. Tiny contournait les géants et les petits, passait en dessous et au-dessus des écrans. Il pouvait driver, tirer et distribuer le ballon. « Il nous faisait littéralement avancer », a ponctué Bird.

Kevin McHale, le nouveau rookie, faisait 2,08 m. Il avait des épaules si anguleuses qu’il donnait l’impression d’avoir oublié d’enlever le cintre de sa chemise. Il était longiligne et agile et il était tout aussi facile à vivre que Bird était déterminé. Cela a créé une relation fascinante entre deux ailiers brillants qui cultivaient leur art de manières radicalement différentes. « Larry était un acharné. Il était là quand nous arrivions à l’entraînement et il était encore là quand nous partions. Un jour, j’ai dit à Kevin : « Pourquoi tu ne fais pas comme Larry ? » Il m’a répondu : « Hey, mon gars, j’ai une vie ! » », a raconté M.L. Carr.

Pendant toute la première partie de la saison 1980-81, Magic Johnson a été ralenti par un cartilage abîmé au genou gauche. Il est resté en costume de ville pendant 45 matches. Il n’avait jamais été sérieusement blessé avant et il était impatient de revenir. Tandis que les Celtics matraquaient leurs adversaires les uns après les autres, Magic a commencé à se demander s’il allait revenir à temps pour les playoffs.

Il est réapparu le 27 février et Jerry Buss a fait presser des pin’s sur lesquels on pouvait lire « The Magic is back ! » pour marquer le coup. Norm Nixon était éberlué. Il en avait marre que Magic prenne tout l’espace dans la presse et s’accapare le ballon. Il avait géré la mène durant l’absence de Johnson et l’équipe avait bien joué. Nixon, qui était autrefois un mentor pour Magic, devenait progressivement sa doublure.

Paul Westhead, alors dans sa première saison complète en tant que coach, avait abandonné l’attaque en mouvement continu de Jack McKinney. Il avait imposé un système conçu pour mettre la balle à l’intérieur, sur Kareem Abdul-Jabbar. Le « Showtime » se voyait réduit au « Slowtime » et Magic était frustré, notamment parce qu’il était amené à jouer plus souvent dans la raquette. « Paul avait mis en place ce système où j’étais censé évoluer sur le côté qui m’avait été attribué, le côté gauche. Je lui ai dit : « Tu plaisantes ? Je ne vais devoir utiliser qu’un seul côté du terrain ? » », a rapporté Magic.

 

Un « point forward » nommé Larry Bird

Après l’entraînement, il a dit à Paul Westhead : « Coach, il faut qu’on revienne à notre jeu rapide en mouvement.

– Magic, tu t’en tiens à notre plan de jeu », lui a répondu Westhead.

Les Lakers, fragilisés, se sont fait surprendre par les Houston Rockets dans le premier rendez-vous d’une série au meilleur des trois manches. Magic a rentré 2 tirs sur 13 dans le dernier match et fait un « air ball » sur la dernière action, en drivant au panier. Sa querelle avec Norm Nixon a été rendue publique et « toute l’affaire est partie en fumée », a commenté Johnson.

Boston s’est sorti d’une finale de Conférence Est épuisante contre les Sixers en remontant un déficit de 3-1. Bird a été immense dans le Match 7 décisif, interceptant de nombreuses passes des Sixers et rentrant, avec la planche, le shoot décisif. Tout comme Magic l’année précédente contre Philadelphie, il avait mené son équipe à la victoire. « Je n’avais jamais entendu l’expression « point forward » (2) avant de rencontrer Larry. C’était un professeur. Il disséquait le jeu et il disséquait les joueurs. Il savait mieux que n’importe qui quand tirer et quand marquer. Il ne nous aurait pas laissé perdre contre les Sixers. Il ne l’aurait tout simplement pas permis », a dit Tiny Archibald.

La surprenante élimination de Los Angeles des playoffs (1-2 contre Houston au 1er tour) a interloqué Bird. C’était comme un boxeur à qui on aurait tout juste dit que son adversaire poids lourd était K.-O. avant même qu’il lui ait asséné le moindre coup. Il voulait Magic Johnson et les Lakers en Finales. A la place, il a eu Moses Malone et les Houston Rockets. Malone a volontiers endossé le rôle du méchant détracteur de Boston, déclarant que les Celtics « (n’étaient) pas si bons que ça ». Même après que les Celtics ont pris l’avantage 3-2 dans la série, Malone les a traités de « chumps, not champs ». Des crétins, pas des champions.

Contre les Rockets, Bird était efficace à la passe et aux rebonds mais jusqu’au Match 6 couperet, il n’a shooté qu’à 38%. L’ailier de Houston Robert Reid s’était vu reconnaître le mérite d’être un bon « stoppeur » de Bird, ce qui n’avait fait qu’irriter davantage l’ailier de Boston. « Viens le chercher, celui-là ! », a-t-il dit à Reid au moment de rentrer un tir à 5 mètres dans le troisième quart-temps. « Arrête celui-là ! », lui a-t-il répété en rentrant son unique 3-points de la série, à la fin du quatrième quart-temps.

Les Celtics ont gagné le Match 6 avec 26 points de Larry, à 11 sur 20. Il a fêté son premier titre de champion en fumant l’un des fameux cigares de Red Auerbach. Puis il a fait la fête toute la nuit avec ses coéquipiers dans l’hôtel de l’équipe. Les Celtics étaient jeunes, pleins de vie et l’avenir leur appartenait.

 

Magic Johnson ne peut plus supporter son rival

En voyant les Celtics fêter leur victoire, chez lui à Lansing, avec son père, Magic ne tenait pas en place sur le canapé. « C’est bon, ça me saoule… », a-t-il dit. Il s’est levé et il a appelé Tucker, qui vivait à Lansing et qui avait son propre terrain de basket. Vingt minutes plus tard, Johnson avait enfilé sa tenue d’entraînement. Il partait au beau milieu de la nuit chez son agent pour une bonne séance d’entraînement. « Ça m’a rendu fou de voir Larry fumer ce cigare… Je ne pouvais plus le supporter », a-t-il commenté.

Cet été-là, Jerry Buss a offert à Magic un contrat de 25 millions de dollars sur 25 ans. C’était un truc complètement dingue à l’époque, à la fois en termes de salaire et en termes de durée. Personne ne pensait que Johnson jouerait pendant 25 ans, donc on pouvait clairement en déduire le message suivant : Buss avait des projets pour lui qui allaient bien au-delà du basket. Du coup, les coéquipiers de Magic ont soulevé des questions sur sa relation privilégiée avec Buss.

Kareem Abdul-Jabbar, qui avait porté les Lakers pendant six saisons, s’est senti particulièrement offensé par cette aubaine soudainement tombée sur Magic. Le lendemain matin de l’annonce du contrat, Kareem s’est demandé dans les médias : « Qu’est-ce qu’il est, un joueur ou bien un dirigeant ? Nous n’en savons rien. »

Le nouveau contrat de Johnson était un problème, un gros problème. Norm Nixon, très énervé, l’a vu dans le couloir et lui a dit : « Buck, qu’est-ce qui se passe ? Les gars s’interrogent… Ils disent que tu passes tout ton temps avec Buss. C’est inacceptable dans le circuit pro.

– Hey, je vois le Dr Buss. C’est bon !, lui a répondu Magic.

– Je te dis juste qu’on ne sait pas comment on doit te prendre. Imagine si des choses sont dites dans le vestiaire. On ne sait pas si tu vas les colporter, a poursuivi Nixon.

– De quoi tu me parles, Norm ? Ça fait déjà deux ans que je suis dans le vestiaire. Est-ce qu’il y a quoi que ce soit que nous ayons dit qui est revenu aux oreilles du Dr Buss ? »

Nixon a haussé les épaules. Pendant les quelques semaines suivantes, Magic s’est retrouvé complètement isolé. Le seul joueur en qui il avait confiance était Michael Cooper, qui bataillait désespérément pour se faire une place dans l’équipe. Magic n’était pas le seul gars contrarié par le style de Paul Westhead. Jamaal Wilkes et Norm Nixon ne l’aimaient pas eux non plus mais seul le jeune cerf exprimait le fond de sa pensée.

 

Magic Johnson-Paul Westhead, divorce consommé

La frustration de Magic a éclaté le 18 novembre 1981 à Salt Lake City. Les Lakers étaient au milieu d’un match serré contre le Utah Jazz quand Paul Westhead a demandé un temps mort. Quand les joueurs se sont regroupés, Magic a commencé à parler de l’inefficacité des deux actions précédentes et de la façon dont les Lakers pourraient corriger leurs erreurs.

« Magic, reste à ta place et fais attention, lui a dit Paul Westhead.

– On ne fait que parler de ce qu’on doit faire, lui a répondu Magic.

– Je ne veux plus rien entendre de ta bouche, lui a rétorqué Westhead. C’est ça, ton problème. Tu parles trop. »

Johnson a eu un sursaut. Il a quitté le regroupement et il est allé vers la fontaine d’eau fraîche. « Reviens ici !, lui a intimé Westhead. Tu fous en l’air le système… Tu ne fais pas ton boulot. » Michael Cooper a fait reprendre sa place à son ami dans le regroupement. « Oublie-ça, Buck, et joue », lui a dit Cooper.
Los Angeles s’est accroché et il a gagné 113-110. Quand Magic a quitté le terrain, son coach l’attendait dans le couloir. Paul Westhead l’a fait venir dans son bureau et l’a averti : « Tu ferais mieux de changer de comportement, sinon on va avoir des problèmes.

– Tu nous as empêché de développer notre jeu rapide et tu me fais des reproches. Les autres gars n’osent pas te le dire mais ils n’aiment pas ça non plus. »

Le ton est monté. Des journalistes qui traînaient dans le couloir ont été témoins de la scène. Johnson a surgi du bureau et donné, de colère, un coup de savate à la fontaine d’eau fraîche du couloir. Puis il a rejoint le vestiaire où il a annoncé qu’il voulait être transféré.

Pat Riley avait tout vu. Il savait que des tensions couvaient entre Westhead et Johnson. Il comprenait la frustration du meneur, contraint de jouer à un rythme plus lent, et savait que Westhead était à bout de patience avec son exubérant point guard. « J’aurais dû m’interposer. Peut-être que j’aurais pu arrêter le processus. C’était une situation ambiguë. J’adorais Earvin mais je travaillais pour Paul », a expliqué Riley.

Quand l’équipe est rentrée à Los Angeles le lendemain matin, Jerry West et Jerry Buss attendaient tous les deux Magic. Ils lui ont dit que sa décision de rendre ses griefs publics était inappropriée et immature. Puis ils lui ont dit qu’ils avaient viré Paul Westhead ; c’était quelque chose que West avait prévu de toutes façons.

Pat Riley prend les commandes

Magic était soulagé. Le lendemain soir, l’équipe affrontait San Antonio à domicile et il voulait de nouveau revenir au « Showtime ». Au sortir d’un curieux arrangement, Pat Riley, qu’il appréciait et en qui il avait confiance, a été nommé head coach. Mais Jerry West descendrait sur le banc pour l’aider en tant que « consultant ».

Le soir du 20 novembre, Johnson est arrivé plus tôt que d’habitude au Forum, au cas où Riley voudrait revoir des détails concernant le jeu. Il était impatient de prendre un nouveau départ et il avait hâte que le match commence. « Je me disais que tout était revenu à la normale », a commenté Magic.

Les huées ont commencé dès qu’il s’est mis dans la colonne pour les lay-ups d’échauffement. Magic a jeté un coup d’œil autour de lui pour voir contre qui ils étaient dirigés. Ça lui a pris un moment pour se rendre compte que les fans du Forum l’avaient pris pour cible ! Ils l’ont hué pendant la présentation des joueurs et ils l’ont hué la première fois qu’il a touché le ballon. Magic a regardé Michael Cooper en retenant ses larmes. « Ils m’en veulent pour ça ? », lui a-t-il demandé.

Johnson a fait son match malgré tout. Il a réalisé un triple-double (20 points, 16 passes, 10 rebonds) et il a été le leader des Lakers dans leur large victoire 136-116. A la fin du match, les huées avaient disparu mais il faudrait longtemps à Johnson pour les oublier – ainsi que le manque de soutien de la part de son propre banc.

« Le pire dans tout ça, ça a été mes coéquipiers. Ils m’ont complètement ignoré. Aucun d’entre eux ne m’a soutenu. « Coop » a été le seul gars à le faire. Il n’était pas en mesure de le faire publiquement mais il l’a fait en privé. Les autres n’en avaient rien à foutre et je l’ai pris comme une attaque personnelle. Ça m’a fait comprendre à qui j’avais affaire. Je me suis dit : « OK, voilà à quoi ils pensent quand ils disent qu’il s’agit d’un business… » », a relaté Magic.

Le mois suivant, la vie de Johnson en déplacement a été épouvantable. Il était le paria de la NBA, l’enfant gâté et colérique tueur de coaches. Il ne pouvait rien dire et rien faire pour changer cette image. Au début, l’adversité dans laquelle il était reçu l’énervait mais au bout d’un moment, ça n’a constitué rien de plus qu’une source de motivation supplémentaire. Larry Bird était perplexe au sujet de cette fureur nationale. Magic tournait à plus de 10 passes par match. Comment pouvait-on le traiter d’égoïste ou d’enfant gâté ? « Je me sentais mal pour lui », a confié Bird.

 

Boston passe à la trappe !

Après la prise de fonctions de Pat Riley, les Lakers ont gagné 17 matches sur 20. Magic a redonné un coup de fouet au jeu de transition des Californiens et laissé le champ libre à ses meilleures armes offensives. Six joueurs ont aligné des stats à deux chiffres en 1981-82, dont Magic. Riley a opté pour une approche conciliante, demandant à ses joueurs de donner leur avis et reconnaissant librement qu’il apprenait le boulot sur le tas. Johnson est devenu son confident et son ami.

Finalement, l’univers de Magic s’est reconstitué. Il est revenu en grâce auprès des fans. L’équipe jouait de nouveau sur un tempo élevé et son nouveau coach était sur le point d’emprunter la voie d’une carrière météorique. La franchise s’est promenée jusqu’aux Finales, dans l’attente de son adversaire à l’Est. « J’espérais que ce soit Boston », a dit Magic.

Les Sixers de 1982 se sont vengés de leur défaite en playoffs contre les Celtics l’année précédente en remportant le titre de champion de la Conférence Est sur le sacro-saint parquet du Boston Garden. Après la victoire de Philadelphie, les fans de Boston ont scandé « Beat L.A. ! Beat L.A. ! » à l’intention de « Dr J » et de son club. Magic, qui suivait tout ça à Los Angeles à la télévision, a juste souri, de même que son nouveau coach, Pat Riley. « Mon ressenti était qu’après tout ce que nous avions vécu cette saison-là, nos gars étaient prêts à tout », a dit Riley.

Les Lakers ont battu les Sixers 4-2 et remporté le titre NBA 1982. Johnson, qui avait marqué 13 points, pris 13 rebonds et réalisé 13 passes dans le dernier match, a été nommé MVP des Finales. Quand on lui a demandé lequel de ses deux titres était le meilleur, Magic a passé son bras autour de Michael Cooper et répondu : « Chaque titre est spécial. »

Bien après la dispersion de la foule, Johnson a passé en revue les événements houleux de la saison 1981-82 avec son père. Ça avait été une année éprouvante, une année qui lui avait fait comprendre que la victoire était fugace et que l’alchimie d’une équipe était fragile. Il croyait en la capacité des Lakers d’être performants sur la durée mais il s’inquiétait de l’interférence des egos et des contrats. Il y avait aussi la question de Larry Bird et des Boston Celtics. « Je sais qu’un de ces jours, nous allons les rencontrer », a annoncé Magic à son père.

Chapitre 4 – 31 janvier 1982 – East Rutherford, New Jersey

 

Le All-Star Game de 1982 semblait présenter tous les ingrédients d’un très grand show. L’équipe de l’Est contenait trois membres des « World Champions » 1981, les Boston Celtics, avec Larry Bird en tête d’affiche, et l’équipe de l’Ouest alignait trois membres des Los Angeles Lakers, dont Magic Johnson qui avait mené son équipe au titre en 1980 et qui gagnerait un nouveau titre plus tard, au printemps 1982.

Cela aurait dû susciter l’engouement général. Les Celtics contre les Lakers ! Magic et Larry ! L’Est contre l’Ouest ! Venez voir le duel des stars ! Sauf qu’en 1982, personne ne pensait ça. Si la rivalité Lakers-Celtics avait été réanimée, les deux équipes ne s’étaient pas encore rencontrées en Finales. Et si Magic et Larry étaient déjà entrés, de manière obsessionnelle, dans la tête l’un de l’autre, la conscience que le public avait de cette rivalité exacerbée n’en était qu’au stade embryonnaire.

Et il y a eu le All-Star Game lui-même, un événement autonome, sans fioritures, qui n’avait ni sponsor, ni imagination, ni élan national. Trois jours avant que l’événement n’ait lieu à la Brendan Byrne Arena, une enceinte d’une capacité de 20 049 places, à East Rutherford, au New Jersey, les dirigeants de la Ligue, constatant le désastre potentiel, en termes d’image, d’une immense salle aux sièges vides ont convoqué une réunion d’urgence. Il s’agissait d’envisager une stratégie pour dynamiser les ventes de billets, qui ne semblaient pas vouloir décoller.

David Stern, qui était à l’époque le vice-président de la Ligue, a adopté une approche très directe. Il a appelé tous les membres de sa famille (« Même des oncles dont je n’étais pas sûr de l’appartenance à ma famille ! ») puis tous ses amis puis toutes les connaissances qu’il avait dans son carnet d’adresses. Ses sollicitations n’ont en rien été subtiles.

« Veux-tu des billets pour notre All-Star Game ?, leur lançait Stern.

– Bien sûr ! Tu pourrais m’en avoir six ?, lui demandait-on.

– Et pourquoi pas 60 ? », leur répondait-il.

Au All-Star Game, les ennemis jurés s’ignorent

L’événement a été qualifié de « sold out » mais il aurait été plus approprié de le définir comme une soirée offerte sur invitation. Les joueurs ont produit une compétition avec beaucoup d’engagement, nourri par le fait que l’Ouest avait à cœur de démentir le consensus général : on considérait que l’Est était la meilleure Conférence.
L’Ouest a perdu 120-118. Magic a inscrit 16 points et délivré 7 passes. Bird a été nommé MVP avec 19 points, 12 rebonds et 5 passes. Mais il est parti avec, au fond de lui, le sentiment que c’était Robert Parish, qui avait inscrit 21 points, pris 7 rebonds et maintenu Kareem Abdul-Jabbar à 2 points à 1 sur 10, qui aurait dû recevoir le trophée. Il y avait une bonne raison à ce que Parish ne soit pas nommé MVP : Bird, son coéquipier, avait marqué 12 des 15 derniers points de la victoire.

Pendant tout le week-end, Larry a à peine réagi à la présence de Magic. Son objectif numéro 1 était de démolir les Lakers, pas de fraterniser avec eux, même dans un All-Star Game. Il a royalement ignoré sa très communicative bête noire, omniprésente pendant tout l’événement. Johnson saluait la plupart de ses adversaires de l’Est en les interpellant, en les prenant chaleureusement dans ses bras, puis en leur demandant : « Alors, comment se passe, la saison ? » Mais quand il s’est trouvé nez à nez avec Bird dans le couloir, il lui a fait un salut de la tête, silencieusement, puis a passé son chemin. « A ce moment-là, il y avait une réelle inimitié des deux côtés », a reconnu Magic.

A suivre…

Première partie – Deuxième partie – Troisième partie – Quatrième partie

Cinquième partie – Sixième partie – Septième partie – Huitième partie

Neuvième partie – Dixième partie

 

Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous », sorti le 31 mai 2017 (352 pages, 22 euros)

Chez le même éditeur

Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (2014, 352 pages, 22 euros)

Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life » (2015, 726 pages, 24 euros)

Jack McCallum, « Dream Team » (2016, 396 pages, 22 euros)

Kent Babb, « Allen Iverson, Not a game » (2016, 330 pages, 22 euros)

Roland Lazenby, « Kobe Bryant, Showboat » (2018, 600 pages, 24 euros)

Marcus Thompson II, « Stephen Curry, Golden » (2018, 300 pages, 21,90 euros)

Julien Müller et Anthony Saliou, « Top 50 : Les Légendes NBA » (2018, 372 pages, 19,90 euros)

Julien Müller et Elvis Roquand, « Petit quiz NBA, 301 questions » (2018, 176 pages, 9,90 euros)

George Eddy, « Mon histoire avec la NBA » (2019, 192 pages, 19,90 euros)

Talent Editions

 

Roman de l’hiver : Larry Bird-Magic Johnson (10)

« Larry Bird-Magic Johnson, Quand le jeu était à nous » raconte la formidable rivalité, dans les années 1980, entre l’ailier des Boston Celtics et le meneur des Los Angeles Lakers. Celle qui a assuré le succès et la popularité de la grande Ligue américaine. Embarquez avec nous dans la machine à remonter le temps… Bonne lecture !

Bill Fitch deviendrait très vite inoubliable. C’était un tacticien minutieux qui exigeait que ses joueurs soient rigoureux jusque dans les moindres détails. Il était très organisé, sans compromission. Et sa connaissance du basket a laissé à Larry Bird une marque indélébile. Fitch est devenu le modèle sur lequel Bird construirait plus tard sa propre carrière de coach. Lire la suite »

Roman de l’hiver : Larry Bird-Magic Johnson (9)

« Larry Bird-Magic Johnson, Quand le jeu était à nous » raconte la formidable rivalité, dans les années 1980, entre l’ailier des Boston Celtics et le meneur des Los Angeles Lakers. Celle qui a assuré le succès et la popularité de la grande Ligue américaine. Embarquez avec nous dans la machine à remonter le temps… Bonne lecture !

 

« Dr J » s’est assis avec Magic Johnson et l’a briefé sur les défis qui l’attendaient. Julius Erving avait quitté l’université en tant que junior et ce faisant, il avait raté une opportunité de disputer les Jeux olympiques. Magic devrait lui aussi abandonner ce rêve s’il passait pro, lui a-t-il dit. « Dr J » lui a expliqué que, quelle que soit sa décision, quelqu’un serait déçu. « Si tu passes pro, certains de tes coéquipiers d’université vont t’en vouloir. Si tu restes à l’université, ta famille va peut-être éprouver du ressentiment car tu ne seras pas en mesure de l’aider financièrement », a-t-il ajouté.

Erving a également mentionné la différence entre la saison de basket universitaire et celle, souvent longue et exténuante, du basket pro. « Es-tu prêt à entrer dans un monde d’hommes ? C’est 82 matches maintenant, pas 30. Ton corps pourra-t-il supporter un tel effort ? Pourras-tu encaisser une telle charge ? Ça va être complètement différent. Tu penses que tu sais ce que c’est mais fais-moi confiance, tu n’en sais rien. Sois prêt pour les hauts et les bas, car ils arriveront », a poursuivi Erving. Magic était prêt. Il attendait ce moment depuis qu’il avait 12 ans. Il a été déclaré éligible à la draft NBA et s’est préparé à l’inévitable bouillonnement que cela allait provoquer.

Sa décision a effectivement défrayé la chronique mais pas comme il s’y attendait. Un article de Joe Falls, du « Detroit Free Press », détaillait pourquoi Johnson ne ferait pas un bon pro. Falls se demandait (de façon très pertinente à cette époque) si Magic serait capable de tirer de loin ou avec suffisamment de réussite pour devenir un shooteur extérieur correct. Il affirmait que les passes aveugles de Magic n’aboutiraient pas en NBA et il mettait en doute ses capacités défensives. Falls était également sceptique sur le fait qu’un joueur de la taille de Johnson puisse réussir au poste de meneur dans une Ligue qui privilégiait la vitesse et les qualités physiques.

Magic déstabilisé par un chroniqueur influent

Magic connaissait Falls depuis le lycée. C’était un chroniqueur influent et ses mots ont fait sensation. Ils ont également agacé Johnson. « Tu as vu ça ? », a-t-il demandé à Greg Kelser en le prenant au saut du lit d’un coup de fil très matinal.

« Tu as lu Joe Falls ce matin ?, a dit Magic à Jud Heathcote quand il est arrivé à la salle des Spartans.

– Ah, ne t’en fais pas, c’est Joe, c’est tout », lui a répondu Heathcote.

Johnson était déjà motivé par le fait de laisser une marque en NBA mais la prose de Falls a été l’impulsion dont il avait besoin pour rester une heure de plus, effectuer une centaine de tirs supplémentaires et faire encore quelques exercices d’appuis défensifs. « Joe Falls m’a fait une faveur. Il m’a aidé plus que n’importe qui à me préparer pour la NBA », a affirmé Magic.

Le point de chute de Johnson en NBA serait déterminé par le jet d’une pièce de monnaie, pour savoir qui des Chicago Bulls ou des Los Angeles Lakers aurait le choix n°1 à la draft 1979. Après avoir rencontré Johnson, le general manager des Bulls, Rod Thorn, et le coach, Jerry Sloan, un entraîneur de la vieille école qui avait horreur des paillettes et du style, avaient le tournis à l’idée de construire autour de lui. « Magic était tellement désarmant avec son charisme… On lui posait des questions mais tu vois, ce qui arrivait, c’est qu’il nous interrogeait nous. Même Jerry était emballé », a dit Thorn.

La visite de Magic aux Lakers s’est bien passée elle aussi. Il en est sorti convaincu qu’ils allaient le prendre s’il héritaient du premier choix – jusqu’à ce qu’il lise, dans l’avion qui le ramenait chez lui, un article du « L.A. Times » qui évoquait la fascination du general manager, Jerry West, pour la star d’Arkansas Sidney Moncrief, les plans de l’équipe pour faire venir l’ailier de UCLA David Greenwood pour une entrevue et les spéculations selon lesquelles les Lakers pourraient utiliser leur tour de draft en échange d’un ailier fort. « Peut-être qu’ils ne m’aiment pas autant que je le crois », a-t-il confié à son père.

Ce que Magic ne savait pas, c’était que le Dr Jerry Buss, futur propriétaire des Lakers, qui était sur le point de racheter l’équipe à Jack Kent Cooke, avait dit aux dirigeants de la franchise californienne qu’il s’attendait à ce qu’ils draftent Magic. « Ils étaient réticents parce que Jerry West aimait vraiment beaucoup Moncrief. Mais je leur ai dit : « Ce sera Magic, sinon vous devrez vous trouver un autre repreneur » », a relaté Buss.

Les fans des Bulls choisissent « face », c’est « pile »

Le pile ou face s’est fait par haut-parleur interposé dans une salle de conférence vide. Rod Thorn était à Chicago, le représentant des Lakers Bill Sharman à Los Angeles. Le conseilleur juridique de la NBA, David Stern, était à New York et supervisait ce tirage au sort. Les Bulls ont investi dans l’événement en tant qu’opportunité promotionnelle. Ils ont laissé les fans décider si ce serait pile ou face. Les fans de Chicago ont voté pour face. « C’est pile qui est sorti. Ils ont eu un Hall of Famer en la personne de Magic Johnson et nous avons eu David Greenwood », a dit Thorn. Greenwood a joué six ans pour les Bulls ; sa carrière, discrète, s’est étalée sur huit saisons, dans quatre équipes.

La destination de Larry Bird en NBA était déjà décidée au printemps 1979 mais le moment où il allait effectivement arriver à Boston restait indécis. Quand la saison d’Indiana State s’est achevée de façon dramatique à Salt Lake City, par la faute de Michigan State, les Celtics se sont efforcés de signer Bird pour les huit derniers matches de leur championnat. Il a décliné leur offre afin d’obtenir son diplôme.

Cela signifiait qu’il devait officier en tant que professeur d’éducation physique et coach assistant de baseball au lycée West Vigo, à Terre Haute. Bird était censé commencer en mars mais à chaque tour passé par Indiana dans le tournoi, il appelait le coach de baseball de West Vigo, Dave Ballenger, pour s’excuser et reporter son arrivée. Après le troisième appel, Ballenger a fini par dire à Bird : « Pourquoi tu t’excuses ? Je vais au match ! »

Red Auerbach avait été persuasif dans son discours pour attirer Bird à Boston, lui disant qu’il serait le premier joueur de l’histoire à évoluer en NCAA et en NBA le même mois, mais le jeune ailier a préféré aller enseigner le flag football, le badminton et le dodgeball. Ses attributions comprenaient également un cours de réanimation cardio-pulmonaire et une initiation à la conduite automobile.

Alors que les Celtics perdaient sept de leur huit derniers matches, Larry a appris à conduire à des lycéens à bord d’un véhicule spécialement équipé, disposant d’un frein côté passager au cas où les jeunes conducteurs paniqueraient. « On l’a parfois échappé belle mais j’avais toujours ma main gauche prête à se saisir du volant en cas de besoin », a confié Bird.

Bird s’occupe d’enfants déficients mentaux

La tâche la plus difficile – et la plus enrichissante – de Larry à West Vigo a été les trois ou quatre fois où il a eu en charge une classe d’enfants déficients mentaux. Il passait la majorité du temps de classe à poursuivre les élèves dans le hall pour leur faire regagner leurs places car ils sortaient de la classe sans crier gare afin d’aller gambader dans les couloirs. « Ç’a été une expérience incroyable. Et parfois très émouvante. Tu ne peux pas savoir à quel point je respecte les gens qui travaillent toute leur vie pour aider ces enfants », a déclaré Bird.

Le soir, Larry jouait au basket, au Boys and Girls Club de Terre Haute. Il venait parfois compléter l’équipe de softball de Bob Heaton. Un soir, début avril, il est arrivé sur le diamant et a constaté que son frère Mike était dans l’équipe adverse. Bird jouait champ gauche quand Mike a fait une frappe en ligne dans sa direction. La balle est montée tout droit puis a chuté d’un coup au dernier moment, comme une balle papillon de Tim Wakefield. Larry s’est mis à genoux et a présenté sa paume ouverte mais la balle a heurté son doigt et le lui a retourné. Il a ressenti un picotement bizarre et quand il s’est saisi de la balle pour la renvoyer, son doigt s’est incurvé selon un angle inhabituel, comme s’il était un personnage de dessin animé avec des membres exagérément élastiques. « J’ai regardé mon doigt et il était replié vers ma main, complètement retourné dans l’autre sens », a raconté Bird.

Le doigt estropié de Larry était si monstrueux que son frère Mike a failli vomir quand il l’a examiné. La petite amie de Bird, Dinah Mattingly, l’a vite emmené à l’hôpital le plus proche, où le personnel des urgences lui a fait passer une radio et lui a immobilisé le doigt dans une attelle.

Il a très mal dormi ce soir-là. Ce doigt le lançait et l’empêchait d’avoir des phases de sommeil prolongées. Le réveil de Bird était programmé aux aurores, pour partir à la cueillette des champignons, et il voulait s’en tenir à ce qui avait été prévu. Il y a une période de six semaines, tous les ans, où les morilles, champignons rares, poussent en Indiana. Leurs tailles et leurs couleurs varient en fonction du mois et ils sont extrêmement difficiles à trouver. Bird cueillait les champignons depuis des années et il était très contrarié : un doigt douloureux menaçait de lui pourrir sa journée. Que cela puisse également ruiner sa saison à venir avec les Boston Celtics ne lui est jamais venu une seule fois à l’esprit…

Il a gobé deux aspirines et il est parti à la cueillette. Après être revenu des bois juste avant la nuit, son frère l’a informé : « Il y a un docteur qui te cherche. Il a vu tes radios, tu dois aller immédiatement à Indianapolis. »

« Larry, je ne suis pas sûr que ton doigt guérira »

Le diagnostic était alarmant : l’articulation de Bird était cassée. Son état nécessitait une opération chirurgicale pour extraire des fragments d’os et lui mettre une broche, afin de stabiliser son doigt.

« Ça va prendre combien de temps à guérir ?, a demandé Bird au chirurgien.

– Guérir ? Mon garçon, je ne suis pas sûr qu’il guérira », lui a répondu le chirurgien.

Après l’opération, le docteur a fait en sorte d’immobiliser le doigt en mettant une agrafe derrière l’ongle. Puis il a attaché un mécanisme qui courait le long de son poignet, pour tenir le doigt en place. Un soir, alors que Bird regardait la télévision, l’agrafe a sauté et l’ongle s’est arraché. Larry a poussé un cri de douleur et s’est trouvé maculé de son propre sang.

Il n’avait pas encore signé de contrat avec les Celtics et ne les avait pas non plus informés de sa blessure. Quand Red Auerbach a appris l’opération chirurgicale de son choix de draft, il a convoqué Bird à Boston. A ce moment-là, l’ailier avait repris l’entraînement mais il ressentait quand même un soupçon d’inquiétude en se rendant à la convocation du « parrain » des Celtics. « Je n’avais plus la même sensation qu’avant avec le ballon. J’étais sûr que Red allait le voir », a dit Bird.

Le médecin de l’équipe, le Dr Thomas Silva, n’a pas aimé ce qu’il a vu. Il a expliqué à Auerbach que l’articulation ne se remettrait jamais complètement et que Bird n’aurait plus la même amplitude de mouvement. D’après lui, le jeune ailier était une marchandise endommagée. Le boss des Celtics l’a écouté puis il a pris Bird en main sur le terrain. Il lui a lancé la balle et lui a dit : « Tire. »

Larry a rentré un tir. Puis un autre. Et encore un. Ses sensations n’étaient plus tout à fait les mêmes mais son adresse était intacte. Alors, Red Auerbach lui a fait une passe à terre puis une passe poitrine puis une passe derrière la tête. Bird les a toutes saisies adroitement. « S’il ressentait de la douleur, il a été très bon pour ne pas le montrer. Ce petit jeune était un dur », a dit Auerbach. Le general manager a mis son bras autour du jeune ailier. « Je ne suis pas inquiet là-dessus », lui a dit Red. Pour la première fois depuis son arrivée à Boston, Bird a respiré avec soulagement. Enfin.

A mesure que le temps a passé, le doigt de Larry s’est calcifié et beaucoup déformé. Un jour, alors qu’il posait pour la couverture de « Sports Illustrated », le photographe lui a dit de mettre son doigt en l’air pour signifier que lui et les Celtics étaient numéro 1. Quand Bird a levé son affreuse phalange, ça ressemblait plus à « Nous sommes numéro 10 ». Le photographe a pris son cliché en lui demandant d’utiliser son autre main à la place.

Si Larry a réussi quelques-uns des plus gros tirs de l’histoire de la NBA, il a concédé, près de 30 ans plus tard, que le diagnostic du Dr Silva était correct. « Je n’ai jamais pu tirer aussi bien ensuite », a-t-il dit.

Magic fréquente le gratin grâce à Jerry Buss

Magic Johnson a passé presque tout le mois d’août 1979 à travailler son jeu dans le périmètre. Le Dr Charles Tucker, un conseiller scolaire de Lansing et ancien joueur de basket qui était devenu son agent, l’avait prévenu que les équipes le délaisseraient pour faire prise à deux sur Kareem Abdul-Jabbar, jusqu’à ce que le jeune homme démontre la fiabilité de son tir extérieur. « Personne ne me laissera le champ libre sans en payer le prix », ronchonnait Magic entre deux séances d’exercices.

Il a signé un contrat de 2,3 millions de dollars sur 5 ans, avec un bonus de 175 000 dollars à la signature, sans pouvoir imaginer ce qu’il ferait de tout cet argent. Jerry Buss lui a demandé de venir s’installer à Los Angeles pour s’acclimater à son nouveau lieu de vie et Johnson s’est volontiers exécuté.

Magic avait 19 ans. Il ne connaissait personne et se sentait perdu devant tout le clinquant de cette ville tentaculaire aux autoroutes démesurées. Ses nouveaux coéquipiers étaient beaucoup plus âgés. Nombre d’entre eux étaient mariés et avaient des enfants. Durant ses premiers mois dans sa nouvelle ville, il s’est senti complètement seul.

Buss était propriétaire d’un complexe d’appartements à Culver City. Il a proposé au rookie de s’y installer car c’était proche de la salle d’entraînement, de l’aéroport et du Forum d’Inglewood. Johnson s’est acheté une nouvelle télévision couleur. Il passait ses journées à regarder « Perry Mason » et à téléphoner chez lui. La pagaille de chez lui, à Lansing, lui manquait. Ce qui lui avait toujours semblé trop petit, trop bruyant et trop encombré lui apparaissait dorénavant très réconfortant. Le dimanche soir, il appelait et demandait à sa sœur Pearl de lui décrire ce que sa mère Christine cuisinait. Puis il raccrochait et se faisait livrer de quoi manger – encore une fois.

Un matin, Jerry Buss a appelé pour prendre de ses nouvelles. « Tu aimes le football ? », lui a demandé le propriétaire. Trois heures plus tard, Magic se retrouvait au bord du terrain, à un match d’USC, assis à côté des coaches et des joueurs. La saison des Lakers n’avait pas encore commencé et il n’avait pas encore joué avec eux. Pourtant, il a été accueilli par les acclamations des supporters de football universitaire : « Magic, Magic ! » « Dr Buss !, s’est exclamé Johnson. Ils savent qui je suis ! »

Buss et Johnson, les deux nouveaux gars du clan Lakers, sont devenus d’inséparables compères. Ils adoraient tous les deux les donuts au chocolat, qu’ils dévoraient les samedis matins. Ils aimaient jouer au billard et se tirer la bourre dans de mémorables parties de ping-pong. Le propriétaire aimait fréquenter des night-clubs VIP et même s’il n’était pas un buveur, Johnson l’accompagnait. Il sympathisa ainsi avec les personnes les plus fortunées de Los Angeles.

Prince, Stallone, Michael Douglas : tout le monde connaît Johnson

Buss a emmené Magic à la célèbre fête annuelle de son confrère magnat de l’immobilier Donald Sterling, à Malibu. Sterling, qui rachèterait plus tard les Los Angeles Clippers, possédait une magnifique villa en front de mer. Il faisait servir des martinis et des cocktails turquoise surmontés de parasols miniatures. Magic était émerveillé par la musique, le buffet et les femmes mais il était surtout fasciné par les vagues déferlantes. « J’étais du Michigan, je n’avais jamais vu la mer avant », a-t-il expliqué.

Quand il est rentré à la maison après la soirée, il a appelé Greg Kelser, son ami d’enfance Dale Beard, sa petite amie Cookie et sa mère. « Tu ne vas pas croire où je suis allé ce soir. J’ai été à la mer. Juste au bord de l’eau. Avec toutes les huiles et les personnalités locales ! »

Une semaine plus tard, Buss a emmené Magic à la Playboy Mansion. C’était un vendredi soir. C’était une soirée cinéma mais Magic ne pouvait pas rester concentré sur le film car il y avait trop de femmes superbes qui attiraient son attention. Cela a donné lieu à une autre série d’appels téléphoniques chez lui, pour annoncer : « Devine où j’ai été ? » Sauf que cette fois-là, il a retiré sa maman et Cookie de la liste d’appels.

Buss a emmené son meneur de jeu danser au très select « Pip’s », à Beverly Hills, parmi les plus grands noms d’Hollywood. « Il y avait Prince, Sylvester Stallone, Michael Douglas… », raconta Johnson, passant en revue toute une pléiade de stars. « Ça m’a fait complètement halluciner ! Et ce qui me faisait halluciner encore plus, c’est qu’ils me connaissaient », a avoué Magic.

Soir après soir, Buss et lui faisaient des virées en ville. Jerry amenait beaucoup de femmes avec lui en soirée. Il dansait avec elles le disco, la valse et le tango, et ce pendant des heures. Quand il était fatigué, il se tournait vers Johnson et lui disait : « Earvin, danse avec ces dames. »

Quelquefois, Buss et Magic partaient à Las Vegas, où le premier gagnait (ou perdait) des milliers de dollars dans la demi-heure. Chaque fois que le propriétaire des Lakers estimait qu’il avait atteint sa limite, ils retournaient danser. Ils passaient énormément de temps ensemble. Pourtant, ils parlaient rarement basket. Buss voulait que son précieux investissement voie plus loin que ça. « Earvin, fais attention à ton argent. Qu’est-ce que tu veux faire après le basket ? », lui demandait-il.

L’objectif du flamboyant propriétaire des Lakers était de créer une équipe de basket avec un style hollywoodien. Doris Day et Frank Sinatra étaient déjà des habitués du Forum. Jerry Buss a su qu’il avait gagné son pari quand Sean Connery l’a appelé un soir pour lui demander s’il y avait une place dans sa loge pour l’agent 007. « Dès que les gens voyaient Magic jouer, ils en redemandaient », a raconté Buss.

Avant l’arrivée de Johnson, les matches de summer league des Lakers attiraient 3 500 personnes environ. A la première sortie de Magic, plus de 10 000 fans se sont présentés.

Bird rencontre son coach sans le savoir

Il y a eu une ferveur similaire à Boston, où Larry Bird était déjà présenté comme le sauveur qui allait métamorphoser une franchise qui n’avait gagné que 29 matches la saison précédente. Bird se méfiait un peu de cette ville, particulièrement après avoir vu de la fenêtre de sa chambre, au Parker House, des « Hare Krishna » en robe scander leurs prières dans la rue.

Harry Mangurian, le propriétaire des Boston Celtics, n’était pas un adepte de la vie nocturne, des casinos et des filles sexy. C’était un passionné de chevaux de course et la poignée de main qu’il avait donnée à Bird lui suffisait. « Il ne semblait pas trop s’intéresser au basket. C’était sa femme qui était très fan », a dit Bird.

Boston ne manquait pas de restaurants chics ni de boîtes branchées mais Larry ne les fréquentait pas. Quelques bières dans la cuisine de sa petite maison à Brookline, dans la banlieue de Boston, suffisaient à son bonheur. Avant que la saison ne commence, l’équipe est allée se faire un steak au resto mais le rookie ne s’y est pas montré, trop occupé à tondre la pelouse de son jardin.

Il était heureux que Dinah soit venue à Boston avec lui. Bird pouvait s’emporter et être colérique. Heureusement, Dinah était son précieux alter ego. Quand il était sur le point de prendre une décision hâtive, elle savait lui dire : « J’y réfléchirais davantage si j’étais toi. » « Elle m’a empêché de faire tout un tas de bêtises », a confié Larry.

Ils s’étaient rencontrés à l’université d’Etat d’Indiana, durant l’une des périodes les plus chaotiques de sa vie. Son père s’était suicidé un an plus tôt et sa famille connaissait des difficultés financières. Bird s’était marié à une amie d’enfance, Janet Condra, juste après avoir été admis à l’université d’Etat d’Indiana mais le couple avait divorcé en 1976. Pendant une brève (et sans suite) réconciliation, Condra est tombée enceinte et a eu une fille, Corrie. Les avocats de Bird ont demandé un test de paternité et quand il a été établi que Corrie était bel et bien l’enfant de Larry, elle marchait déjà. Elle n’avait que très peu vu son père. Larry sortait déjà avec Dinah à cette époque et il a refusé de faire partie de la vie de sa fille, une décision qui le hante encore aujourd’hui.

C’est Dinah qui l’a poussé, au fil des années, à prendre contact avec Corrie et à tenter de créer un lien avec elle. Dinah, qui est devenue plus tard sa femme, l’a aussi aidé à gérer sa vie privée, qui devenait de plus en plus publique à mesure que sa stature grandissait. « Elle a toujours été la plus mature de nous deux, a admis Bird. J’étais parfois un gars pas facile à vivre, particulièrement quand je jouais… Je suppose qu’elle adorait quand je rentrais de l’entraînement et que je faisais la sieste, comme ça je lui fichais la paix. J’ai eu beaucoup de chance. Dinah a toujours été très indépendante mais elle m’a également beaucoup soutenu. Et il y a eu des périodes où j’en avais vraiment besoin. »

Au début, Bird ne s’aventurait pas trop dans Boston. Comme Magic, il ne connaissait personne dans sa nouvelle ville. Même pas son coach, Bill Fitch. En attendant fébrilement que sa conférence de presse en tant que nouveau venu dans le Massachusetts commence, Larry a vu un monsieur corpulent s’approcher de lui. L’homme lui a parlé du personnel des Celtics. Bird a poliment répondu à ses questions mais il était nerveux et préoccupé et il n’avait qu’une envie, c’était que cet homme le laisse tranquille.

Quand la conférence de presse a finalement commencé, Bird s’est excusé en allant prendre place sur l’estrade. A sa grande surprise, l’homme l’a rejoint. « Larry, lui a-t-il dit, je suis ton coach, Bill Fitch. »

A suivre…

Première partie – Deuxième partie – Troisième partie – Quatrième partie

Cinquième partie – Sixième partie – Septième partie – Huitième partie

Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous », sorti le 31 mai 2017 (352 pages, 22 euros)

Chez le même éditeur

Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (2014, 352 pages, 22 euros)

Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life » (2015, 726 pages, 24 euros)

Jack McCallum, « Dream Team » (2016, 396 pages, 22 euros)

Kent Babb, « Allen Iverson, Not a game » (2016, 330 pages, 22 euros)

Roland Lazenby, « Kobe Bryant, Showboat » (2018, 600 pages, 24 euros)

Marcus Thompson II, « Stephen Curry, Golden » (2018, 300 pages, 21,90 euros)

Julien Müller et Anthony Saliou, « Top 50 : Les Légendes NBA » (2018, 372 pages, 19,90 euros)

Julien Müller et Elvis Roquand, « Petit quiz NBA, 301 questions » (2018, 176 pages, 9,90 euros)

 

Talent Editions

 

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« Larry Bird-Magic Johnson, Quand le jeu était à nous » raconte la formidable rivalité, dans les années 1980, entre l’ailier des Boston Celtics et le meneur des Los Angeles Lakers. Celle qui a assuré le succès et la popularité de la grande Ligue américaine. Embarquez avec nous dans la machine à remonter le temps… Bonne lecture !

Première partie – Deuxième partie – Troisième partie – Quatrième partie

Cinquième partie – Sixième partie – Septième partie

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