Matchs
ce soir
Matchs
ce soir
PHI
CHI2:00
WAS
MIA2:00
POR
LAL4:30

"Lecture"

Concours : gagnez 5 exemplaires du « Top 50 des légendes NBA »

C’est aujourd’hui que sort le livre de Julien Müller et Anthony Saliou consacré aux plus grandes légendes du basket américain (préface de George Eddy). L’originalité de cet ouvrage, c’est que les auteurs ont relevé le défi de proposer un Top 50 des superstars NBA, et forcément ça ne manquera pas d’alimenter les débats entre le choix et les oublis. Lire la suite »

Librairie : le guide de la saison 2018-19 est disponible

Le traditionnel guide de la saison NBA de « Mondial Basket » est sorti ce matin en kiosque. Outre une présentation du prochain exercice (en 10 clés) et une longue interview de Tony Parker, vous trouverez un calendrier géant, avec le programme complet et les dates et affiches importantes, les stats de la saison écoulée, les records à battre et bien sûr un focus sur les 30 équipes.

Pour chacune des 30 franchises, deux pages offrent un grand panorama avec la présentation du potentiel, un zoom sur la star, un questions-réponses et toutes les informations indispensables : photos des joueurs, fiches techniques complètes (taille, poids, âge, nationalité, numéro de maillot, draft, college, années d’expérience, record personnel, salaire, stats en carrière et stats du dernier exercice, sélections All-Star, titres NBA), chiffres de la saison 2017-18, courbe de résultats en saison régulière et en playoffs, position dans la division et la Conférence au fil des ans, mouvements de l’intersaison, calendrier du club, fiche du coach, staff technique, sponsor maillot, maillots retirés, front office, salle, masse salariale, valeur de la franchise, affluences moyennes, palmarès, maillots, mascotte, cheerleaders, records de franchise…

Tout pour bien suivre la prochain saison de NBA !

 

Posters : LeBron James chez les Lakers et Tony Parker chez les Hornets

100 pages, 5,80 euros

Librairie : le Top 50 des légendes NBA

Après Phil Jackson, Michael Jordan, la Dream Team, Allen Iverson, Larry Bird-Magic Johnson et Kobe Bryant, les éditions Talent Sport proposent un septième livre consacré à la NBA. Et il s’agit d’un ouvrage ambitieux puisque « Les légendes de la NBA » de Julien Müller et Anthony Saliou propose un Top 50, toutes époques confondues, des superstars qui ont fait les beaux jours de la grande Ligue nord-américaine. Lire la suite »

Roman de l’été : « Allen Iverson, Not A Game » (the end)

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture d’extraits d’un livre en rapport avec le basket américain.
Pour cette intersaison 2018 – et après le triptyque Phil Jackson/Michael Jordan/Dream Team, Basket USA feuillette « Allen Iverson, Not A Game », la biographie que Kent Babb a consacrée au génial arrière de Philadelphie MVP de la Ligue en 2001.
On prévient ses fans : ça dépote, car ce bouquin évoque sans fard les épisodes glorieux comme les périodes plus sombres. Bonne lecture pour ce dernier extrait ! Lire la suite »

Roman de l’été : « Allen Iverson, Not A Game » (11)

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture d’extraits d’un livre en rapport avec le basket américain.
Pour cette intersaison 2018 – et après le triptyque Phil Jackson/Michael Jordan/Dream Team, Basket USA feuillette « Allen Iverson, Not A Game », la biographie que Kent Babb a consacrée au génial arrière de Philadelphie MVP de la Ligue en 2001.
On prévient ses fans : ça dépote, car ce bouquin évoque sans fard les épisodes glorieux comme les périodes plus sombres. Bonne lecture !

Première partieDeuxième partieTroisième partie

Quatrième partieCinquième partieSixième partie

Septième partieHuitième partieNeuvième partie

Dixième partie

Ils s’approchaient de lui dans la rue et sur les planches de Jersey Shore, le suivaient parfois tandis qu’il passait son chemin. « Pat ! Iverson ! », criaient-ils en le poursuivant jusqu’à la salle d’entraînement des Sixers ou quand il sortait dîner. « Yo, Pat !, lui lançaient-ils. Iverson ! » « Je pensais que mon nom était Pat Iverson, s’est rappelé Pat Croce qui, au printemps 1996, était un nouveau millionnaire et effectuait ses premiers mois à la présidence des Sixers. Je vous le dis, tout le monde m’interpellait. »

Il était allé voir Allen Iverson à Georgetown et était presque immédiatement tombé amoureux des qualités du petit, de son instinct de tueur, de son énergie, de sa détermination et de son intensité. Il y avait quelque chose d’attirant et de familier là-dedans car lui aussi, Croce, avait vécu autrefois de façon modeste, si ce n’était pas dans la pauvreté. C’était un jeune de South Philadelphia qui s’était fait un nom en tant que physiothérapeute. Il avait pris le job de consultant en préparation physique chez les Sixers et s’était vu, plus tard, assigner des tâches spécifiques comme aider Shawn Bradley, le pivot de 2,29 m, à prendre du muscle. Il a fini par rester dix ans et a bâti une chaîne de centres pendant son temps libre, s’extirpant ainsi des rues de South Philly à la force du poignet, en claironnant à tout le monde que « ça (faisait) du bien, baby ».

Et que vous devriez vous sentir bien, vous aussi, parce qu’il le faisait avec le sourire, qu’il s’agisse de bander des chevilles, de faire des discours, de gagner deux championnats nationaux de karaté ou de se débarrasser des corvées quotidiennes en vendant sa boîte (pour 40 millions de dollars). En 1996, il a réinvesti une partie de cet argent pour devenir actionnaire minoritaire dans l’équipe de NBA qu’il suivait depuis qu’il était enfant et après être devenu président de l’équipe, il en a hérité, alors qu’elle se trouvait à un tournant. Les Sixers n’étaient pas simplement mauvais, ils étaient ennuyeux et Pat Croce était parmi les premiers à proposer une révolution. Tout ce dont ils avaient besoin, à présent, c’était d’un peu de chance.

Pat Croce gagne le gros lot

Croce a mis dans sa poche la médaille sacrée de son père, a demandé le ballon de basket en cristal qu’il s’était fait livrer par avion de Waterford, en Irlande, le pays d’origine de sa mère, et s’est assis pour suivre la loterie de la draft de la NBA. Tandis que les autres équipes se voyaient attribuer les choix plus bas, la jambe de Croce a commencé à s’agiter en bas de l’estrade. Elle alla de plus en plus en vite alors que Milwaukee et Vancouver (futur Memphis) héritaient des quatrième et troisième choix. Et, mon Dieu, les responsables de la soirée avaient dit aux représentants des franchises de rester stoïquement assis et de ne pas manifester leur joie, une directive qui venait directement du commissioner de la NBA, David Stern. Mais rien à foutre de tout ça, pensa Croce, c’était « showtime ». Et donc, quand Toronto a reçu le second choix, il a souri, il s’est penché en avant, il a serré le poing et tapé dans la main d’un dirigeant assis à sa gauche puis a « checké » un représentant des Raptors à sa droite, puis tous ceux qui se trouvaient derrière lui, tandis que les autres gars étaient morts de rire. « J’ai pensé : “Je l’ai !” », a-t-il ensuite dit à Bob Costas, avant de masquer les intentions de son équipe.

Les fans voulaient Allen Iverson et la vérité est que Pat Croce le voulait aussi. Oh que oui, il le voulait ! Parce qu’il représentait exactement ce dont cette franchise et cette ville avaient besoin : un jeune avec du talent et une attitude, dénué de toute peur, parce que c’était le profil de Philadelphie.

Quelques semaines après la conférence de presse d’Iverson à Georgetown, où il s’était officiellement déclaré candidat à la draft, Pat Croce avait missionné un détective privé pour enquêter sur la vie privée du jeune homme. Celui-ci a pris rendez-vous avec John Thompson, le coach des Hoyas, qui lui a dressé un portrait fidèle mais favorable du joueur dont il était devenu proche. Croce voulait savoir ce qui s’était réellement passé au bowling et quand le détective est revenu avec des banalités, des informations creuses que Croce aurait pu trouver lui-même dans les archives du « Daily Press » ou en passant quelques appels téléphoniques sur la Presqu’île, il a programmé une rencontre seul à seul avec Iverson.

Croce est entré dans le hall d’un hôtel Embassy Suites, près de l’aéroport de Philadelphie, et il a trouvé le jeune homme relax dans un sofa, peut-être dans un demi-sommeil, habillé sportswear. Croce s’est présenté et lui a dit que le general manager des Sixers, Brad Greenberg, allait les rejoindre. Ils sont allés s’installer à une table. Croce lui a posé des questions sur son passé, ses copains, il voulait savoir s’il aimait quand Coach Thompson lui bottait le cul à l’entraînement avec son 51.

Iverson regardait cet homme blanc filiforme au bouc roux et se demandait de quelle planète Pat Croce venait. Puis Croce lui a parlé de cette soirée à Circle Lanes, en s’assurant qu’il était maintenant vraiment réveillé. Le jeune homme s’est rajusté sur sa chaise et a dit à Croce ce qu’il avait dit à tout le monde : il ne s’était que très peu impliqué.

« Allen, tu n’es qu’une tafiole ! »

« Donc, tu ne t’es pas battu ?, lui a demandé Croce en observant le langage corporel du jeune homme.
– Non, a répondu Iverson.
– Donc, tu me dis qu’un gars te traite de “nègre” et que tu ne le frappes pas ? »
Iverson a regardé Croce dans les yeux. Il avait toute l’attention d’Iverson maintenant, juste comme il le voulait. Il scrutait le jeune homme, attendant de voir sa réaction, les yeux incisifs derrière ses lunettes rondes à la John Lennon. Tranquille, le gamin a défendu sa position.
« Ouais, a dit Iverson.
– Eh ben, t’es qu’une tafiole ! », lui a dit Pat Croce en élevant la voix. Allen Iverson l’a regardé, perplexe, se demandant ce qu’il était censé répondre. Puis il a simplement souri et Croce aussi. Il l’avait testé et Iverson le savait. Il a expliqué à Croce qu’en fait, il n’avait pas eu à se battre. Ses amis étaient là et quand tout est parti en vrille, ce sont eux qui ont sauté dans la mêlée. Iverson, qui a ensuite évoqué son système de survie à la maison, a sans doute éprouvé du respect vis-à-vis de Croce pour avoir abordé le sujet.

« Je vais vous dire, vous pouviez le voir : il y a des moments où Allen s’illumine, quand vous êtes vraiment avec lui, et cette illumination est pleinement en lui », s’est rappelé Pat Croce bien plus tard.

Croce est sorti satisfait de ce rendez-vous et l’a validé – mais il était tout de même sur ses gardes quant à l’entourage d’Iverson. Allen ne craquerait pas facilement et c’était une qualité nécessaire vu la situation de l’équipe qu’il allait rejoindre. Croce est retourné aux bureaux des Sixers, a relayé ce qu’il avait appris aux responsables des opérations basket mais a gardé pour lui un secret : il se sentait déjà conquis par Iverson. Il se sentait comme un grand frère. Il s’est dit en lui-même que si les responsables du recrutement recommandaient Marcus Camby, de Massachusetts, ou Stephon Marbury, de Georgia Tech, il ne s’y opposerait pas.

Le truc, c’est que oui, les responsables du recrutement connaissaient le basket mais Pat Croce, lui, connaissait les gens. Et ça lui faisait hocher la tête quand on lui parlait de la frêle silhouette d’Iverson, de son mauvais tempérament et de tous les dossiers brûlants de son passé. Sélectionner ce jeune de Georgetown représentait un risque mais il l’avait regardé dans les yeux. Il y avait vu quelque chose que tout le monde voulait. Philadelphie, les Sixers et Croce lui-même.

« On est nuls ! Ce gars était une putain de machine à scorer. Il savait comment gagner. Ce mec était… Ce n’était pas la question, qu’il ne mesure que 1,83 m et ne pèse que 72 kg tout mouillé. On avait besoin d’un gars qui puisse porter la franchise sur ses épaules, qui ne craquerait pas. Et c’était un scoreur avec… Ouais, peut-être qu’il avait été élevé à la dure. Peut-être qu’il avait cette attitude “Moi contre le monde entier”. Mais c’était ce dont nous avions besoin », a dit Croce plus tard.

Le flair de trois employés de Reebok

Le soir, il est parti se coucher. La draft approchait et les derniers préparatifs étaient bouclés. Croce continuait d’entendre le même nom, encore et encore, comme il l’avait entendu sur les planches de Jersey. Allen Iverson. Pat a fini par l’admettre dans la confidence. Il avait toujours su que les Sixers le retiendraient.

Les collègues se retrouvaient plusieurs soirs, au cours de la semaine, chez Scott Hewitt, près de Canton, au Massachusetts. Ils étaient tous trois pleins d’espoir, au milieu de leur vingtaine. Ils se retrouvaient pour parler d’Allen Iverson. Ils ne savaient rien de plus, sur lui, que ce qu’ils avaient vu dans des reportages télévisés sur Georgetown : un meneur rapide comme l’éclair, qui transperçait les défenses ou subtilisait le ballon aux dribbleurs adverses pour filer directement au panier. Mais les trois jeunes employés de Reebok voulaient exercer leur esprit à penser comme s’ils le connaissaient.

Ils lisaient des articles de journaux, les découpaient et les scotchaient sur le mur du salon d’Hewitt. Ensuite venaient les articles des magazines et les photos. Le mur se recouvrait peu à peu et la femme d’Hewitt fronçait les sourcils devant la décoration inhabituelle de sa maison. Les éléments concernant sa personnalité étaient les meilleurs. Pourquoi avait-il fait ce qu’il avait fait ? Qu’est-ce qui l’a poussé à dire les choses qu’il a dites ? Son attitude, son enfance, sa vie : ils voulaient l’absorber et l’apprendre comme si cette vie avait été la leur. « C’était notre autel sacré Allen Iverson », a résumé Todd Krinsky, l’un des jeunes employés ambitieux qui se retrouvaient dans cette petite maison du Massachusetts.

Todd Krinsky grimpait durement, un à un, les barreaux de l’échelle sociale et comme Pat Croce, il se retrouvait en Allen Iverson. Krinsky avait joué au basket et il avait été D.J. Son premier poste chez Reebok avait consisté à s’occuper du courrier. Il travaillait maintenant au design des produits et il s’était entiché d’Iverson. Les deux autres aussi, un jeune prodige du marketing appelé Que Gaskins et Scott Hewitt, un designer de chaussures, propriétaire du A.I. Wall of Fame.

Quand ils ont estimé qu’ils connaissaient Iverson ou du moins, qu’ils le connaissaient suffisamment bien, Hewitt a commencé à faire des croquis : une basket blanche avec le haut en cuir, perlée de rouge sur le dessus, et une semelle translucide. Ils se sont tenus à ce croquis, l’ont étudié mais quelque chose manquait. On l’appelait « The Answer », n’est-ce pas ? Est-ce que quelqu’un se posait la question de savoir si sa taille, sa personnalité et son passé s’accorderaient aux structures, à l’organisation de la NBA ? Hewitt a attrapé un bout de papier et une minute plus tard, il l’a tendu bien haut. Cette fois, il y avait un cercle contenant un point d’interrogation. Il l’appellerait « La Question ».

« A la base, nous voulions colorier la pointe et le talon. Quand on le voyait se déplacer si vite, nord-sud, sur le terrain, c’était comme une Porsche qui se déplaçait de bas en haut », a commenté Krinsky.

Shaquille O’Neal et Dennis Rodman, c’est le passé

Peu de temps après qu’Iverson s’est déclaré candidat à la draft, Krinsky s’est rendu à Washington pour le rencontrer avec David Falk. Ils ont attendu dans le bureau de Falk. Les minutes passaient, les jeunes gens regardaient leurs montres. Au bout d’une heure, Allen est entré. Il portait un costume crème en lin. Il s’est laissé tomber sur une chaise pour entendre les dernières propositions. Il n’a pas parlé beaucoup ; c’était quasiment les premiers représentants qu’il recevait. Mais Krinsky a été enchanté. « Il avait assurément cette incroyable aura de confiance. Il avait déjà à l’époque cette façon un peu arrogante de se tenir », a-t-il commenté.

Ils sont partis – rien n’a été promis ni garanti – puis sont rentrés au Massachusetts. Reebok avait Shaquille O’Neal et Dennis Rodman sous contrat mais pour les trois employés, Allen Iverson, c’était l’avenir. C’était ce que la mission irrévérencieuse de l’équipementier était censée accomplir : en faire une superstar. Des dirigeants ont négocié avec Falk avant la draft. Krinsky était présent à une réunion où se trouvaient des responsables de premier plan. Beaucoup d’entre eux étaient plus âgés et bien plus haut placés que les trois têtes brûlées avec leur autel sacré Iverson.

« Ecoutez, nous ne devons pas nous affoler, a dit Paul Fireman, le président de l’entreprise. Il y aura toujours un autre Allen Iverson. »
Todd Krinsky s’agitait sur sa chaise, sentant qu’une partie de son destin était en train de se dérober. Il n’avait absolument aucune légitimité protocolaire pour s’exprimer mais au diable tout ça, il l’a fait quand même. « Non, il n’y en aura pas d’autre. Il n’y en aura pas. On ne peut pas raisonner de cette façon sur ce cas-là », a-t-il dit.

Il a expliqué beaucoup plus tard qu’il voulait que les dirigeants voient ce que lui, Que Gaskins et Scott Hewitt avaient vu. Il n’était pas simplement question de signer un joueur qui pourrait marquer 30 points contre les Atlanta Hawks. C’était un mouvement de mode et une icône marketing en puissance. Il était fort, déterminé et pouvait dominer avec le corps d’un homme « normal » – c’était beaucoup plus facile, pour le fan de basket et le consommateur de chaussures, de s’identifier à lui.
La passion de Krinsky et sa capacité à s’exprimer avec culot devant de grosses pointures lui ont permis de gagner l’attention des dirigeants. S’il ressentait cela si fortement, s’il était prêt à remettre sa carrière en question, peut-être avait-il raison. « Nous avons ressenti que notre responsabilité était de nous exprimer. Parce que nous savions ce que l’entreprise tentait de faire. On essayait d’être jeunes. On essayait d’entrer dans la culture basket, dans le jeu. Et c’était le gars qu’il nous fallait. »

Eloigner les amis indésirables

Peu de temps avant que David Stern, le commissioner de la NBA, ne monte à la tribune, à la Continental Airlines Arena d’East Rutherford, au New Jersey, le general manager des Sixers, Brad Greenberg, a pris le micro au Spectrum de Philadelphie. Quatre mille personnes représentant la base des fans, torturée – ceux qui avaient enduré les saisons de défaites, les tours de draft ratés et les espoirs déçus –, s’étaient massées à l’intérieur pour une soirée de réjouissance liée à la draft. Ils méritaient d’être informés en premier.

Quatre jours plus tôt, après avoir commandé deux maillots des Sixers avec les noms de leurs deux finalistes au dos – Iverson et Marbury –, Greenberg et Croce avaient pris leur décision : ce serait Allen qui allait leur ouvrir de nouveaux horizons. Au diable, les risques et les signaux d’alerte. La plus grosse source d’inquiétude était la bande qu’Iverson fréquentait à Hampton. Très vite, des plans ont été échafaudés pour faire en sorte qu’il s’éloigne de ce groupe. « S’il compte pour eux, a dit Pat Croce à l’époque, ils resteront à l’écart. »

La veille de la draft, Iverson et Falk étaient assis autour d’une table. Les représentants de Reebok ont annoncé que l’entreprise avait signé Iverson pour un contrat de sponsoring de dix ans, misant sur le fait que la vision de Krinsky et Gaskins se révèlerait très fructueuse. Allen pouvait à peine contenir sa joie. Le jeune athlète qui n’avait une paire de baskets que parce que sa mère avait utilisé l’argent du loyer aurait maintenant sa propre pompe à son nom.

Sur une suggestion de Falk – et satisfaisant à l’inclination de Reebok de copier tout ce que Nike avait fait avec Michael Jordan (y compris le fait de lui assigner un garde du corps ; celui-ci était appelé Howard White, dit « H ») –, Gaskins emménagerait à Philadelphie pour assister Iverson dans sa transition vers la NBA et dans sa nouvelle vie d’homme (très) riche. Allen empocherait 50 millions de dollars pendant la durée du contrat. Cela permettrait à l’entreprise d’aller de l’avant, dans la production d’une gamme de baskets « The Question », et de faire d’Iverson le visage de son avenir.

Dans son excitation, Allen avait fait une promesse à Jamil Blackmon, son ami d’Hampton Roads qui avait trouvé le surnom « The Answer ». Ce sobriquet valait aujourd’hui des millions. Les dossiers des tribunaux ont révélé qu’Iverson avait promis à Blackmon que 25 cents lui seraient reversés pour chaque dollar que son nom générerait – un contrat oral qui sèmerait plus tard la discorde entre les deux vieux amis.

Mais pour l’instant, cette fortune nouvelle permettait à Iverson, qui avait rendu la S600 d’occasion, de satisfaire son amour des voitures. Il a remplacé la Benz par une Lexus LX450 et a projeté de s’acheter une nouvelle Benz d’une couleur différente. Il attendrait que la draft soit passée. Allen est monté à bord d’un jet à l’aéroport national de Washington Reagan. Il a bu un 7-Up et il a fait une sieste, tandis que l’avion décollait en direction du New Jersey.

De retour à la maison sur la Presqu’île, où la route d’Allen avait commencé et pris plusieurs détours inattendus, une parade s’est mise en place pour le nouveau fils préféré d’Hampton. Le maire, James Eason, dont la maison avait été sauvée des flammes des années plus tôt grâce à l’intervention de Butch Harper, avait déclaré le 6 juillet l’« Allen Iverson Day ». Ce qui avait ravivé de vieilles tensions et suscité des protestations dénonçant des priorités déplacées. « Il est l’un des nôtres et c’était la bonne chose à faire », a déclaré Eason au « New York Times » à l’époque.

Quand David Stern est monté à la tribune, à East Rutherford, et qu’il a annoncé au micro « Les Philadelphia 76ers ont sélectionné Allen Iverson, de l’université Georgetown », Iverson s’est levé, Bébé Tiaura nichée dans son bras droit, et il a embrassé sa maman sur la joue. Il a serré des mains et il a remis sa sœur à Ann, qui conduirait bientôt la Jaguar rouge que son fils avait promis de lui offrir. Iverson a embrassé Tawanna et s’est dirigé vers l’estrade. Il portait un complet gris et un grand badge Reebok au revers de son col gauche. On lui a tendu une casquette des Sixers avec une étiquette qui virevoltait. Avant d’aller saluer David Stern d’une poignée de main – le début d’une relation qui ne serait jamais aussi pacifique –, il avait encore un arrêt à faire.

Allen est allé dans un angle et il a « checké » la main de Rahsaan Langford, l’un de ses meilleurs amis d’Hampton, avant de lui tomber dans les bras. Arnie Steele, un autre ami proche, les a pris tous les deux dans ses bras. Maintenant, une promesse d’enfance était sur le point d’être tenue – et tout ce qui allait avec.

A suivre…

 

Kent Babb, « Allen Iverson, Not A Game », 307 pages, 22 euros, 13,99 euros en format numérique (ePub).

En vente en librairie, dans les grandes surfaces et sur les sites de vente en ligne.

Talent Sport

http://talentsport.fr

https://www.facebook.com/Talentsport2014/

Autres livres de basket disponibles

> Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (sorti le 14 mai 2014)

> Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life » (sorti le 17 juin 2015)

> Jack McCallum, « Dream Team » (sorti le 8 juin 2016)

> Kent Babb, « Allen Iverson, Not A Game » (sorti le 9 novembre 2016)

> Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (sorti le 31 mai 2017)

Roman de l’été : « Allen Iverson, Not A Game » (10)

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture d’extraits d’un livre en rapport avec le basket américain.
Pour cette intersaison 2018 – et après le triptyque Phil Jackson/Michael Jordan/Dream Team, Basket USA feuillette « Allen Iverson, Not A Game », la biographie que Kent Babb a consacrée au génial arrière de Philadelphie MVP de la Ligue en 2001.
On prévient ses fans : ça dépote, car ce bouquin évoque sans fard les épisodes glorieux comme les périodes plus sombres. Bonne lecture ! Lire la suite »

Roman de l’été : « Allen Iverson, Not A Game » (9)

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture d’extraits d’un livre en rapport avec le basket américain.
Pour cette intersaison 2018 – et après le triptyque Phil Jackson/Michael Jordan/Dream Team, Basket USA feuillette « Allen Iverson, Not A Game », la biographie que Kent Babb a consacrée au génial arrière de Philadelphie MVP de la Ligue en 2001.
On prévient ses fans : ça dépote, car ce bouquin évoque sans fard les épisodes glorieux comme les périodes plus sombres. Bonne lecture !

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième partie

Sixième partie

Septième partie

Huitième partie

Allen Iverson était au taquet et grande gueule au Village A, il prenait des airs de Martin Lawrence et Eddie Murphy mais quand John Thompson était dans les parages, il était très appliqué. Il écoutait les mots de son coach en souriant et en hochant la tête. Le grand bonhomme s’adoucissait et mettait son bras autour du jeune homme en lui disant quelques mots d’encouragement – c’était ce qu’Iverson aurait de plus proche d’une figure paternelle. « Tout simplement le regarder. Voir comment il se tenait, comment il se comportait en toutes circonstances. Observer comment il menait sa vie – c’était si facile d’écouter les conseils qu’il me donnait, parce qu’on pouvait voir la réussite qu’il avait. Pas en tant que coach de basket, la réussite qu’il avait dans la vie et le respect qu’il obtenait de la part de tant de gens », a confié Iverson à propos de Thompson des années plus tard.

Comme avec Dikembe Mutombo, John Thompson a fait tout son possible pour protéger son meneur de 19 ans de la pression. Il n’autorisait pas les journalistes à l’interviewer et le coach des Hoyas disait à peu de personnes, en dehors de son cercle d’intimes, qu’Iverson était sur le campus. Thompson le considérait comme « un enfant ». Il se sentait responsable du garçon d’Ann parce que c’était la tâche qu’elle lui avait demandé d’assumer. Il a réfléchi à l’idée de changer le poste d’Iverson pour celui d’arrière shooteur, pour le soulager du poids d’avoir à mener le jeu. Dans le match d’ouverture, c’est Jerome Williams, du haut de ses 2,06 m, qui démarra à la mène afin qu’Iverson n’ait pas à diriger l’attaque pour sa première rencontre comme joueur universitaire.

La nature protectrice de Thompson a été visible publiquement pendant ce match, une rencontre amicale contre Fort Hood, quand le pivot de l’équipe visiteuse a balancé un coup de coude à Iverson. Il s’est précipité sur le terrain et a crié au jeune homme « Touche pas à mon gars ! » avant que les arbitres ne le maîtrisent. Tout n’a pas été parfait pour Allen : on se souviendrait de lui autant pour ses pertes de balle que pour ses étourdissantes contre-attaques et ses fulgurances dans la raquette. Il a cumulé 8 balles perdues contre Arkansas. Mais peu importe : le secret était révélé et peu de temps après le début de la saison, même le président Bill Clinton, un ancien étudiant de Georgetown, était venu dans le vestiaire pour rencontrer ce jeune gars dont tout le monde parlait.

« Il est extrêmement querelleur mais les gars l’adorent »

John Thompson, un homme à la discipline très stricte qui faisait les choses à sa façon, a donné à Allen Iverson une liberté rare. Le coach méticuleux et soucieux des détails disait très souvent au jeune homme d’y aller et de faire en sorte que quelque chose arrive. Il a même passé l’éponge sur ce maudit tatouage. Iverson se disputait avec ses coéquipiers quand les matches ou les entraînements étaient tendus et même si Thompson le remettait à sa place, il était secrètement tombé amoureux de la passion du jeune homme. « Il est extrêmement querelleur mais les gars l’adorent », a déclaré le coach au « Washington Post » durant la première saison d’Iverson.

Les matches de Georgetown sont devenus des rassemblements et Allen a commencé à inviter ses vieux amis et ses proches à venir le voir jouer. Les Lambiotte ont pris la voiture pour se rendre de Poquoson à Washington plus d’une fois. Iverson fournissait des tickets à la demande ; c’était une façon parmi beaucoup d’autres, pour lui, de renvoyer l’ascenseur à ceux qui l’avaient dépanné. Et sa mère, qui était pour beaucoup dans toute cette aventure, était souvent là dans les tribunes, portant un maillot de Georgetown avec « MS. Iverson » floqué au dos et tenant une pancarte où était écrit « Maman t’aime ».
Ann est arrivée en retard à un match du tournoi NCAA au Coliseum de Richmond, une habitude que son fils allait très certainement faire sienne. Elle s’est assise dans les gradins et a encouragé Allen qui enchaînait les paniers contre Mississippi Valley State ; il a fini la soirée à 31 points. Elle voyait son fils interagir avec John Thompson. L’embryon d’une idée était maintenant en pleine éclosion. « J’ai pris la décision de faire venir Allen à Georgetown. J’ai choisi John. John ne l’aurait pas recruté. Je suis venue à lui et je pense que si vous soulevez le bras de John, vous verrez Allen en dessous. Allen a tellement mûri ! C’est un petit homme maintenant. Quand je l’ai envoyé à John, c’était un petit garçon », a déclaré Ann, citée par le « Washington Post ».

Iverson se sent prêt à devenir papa

Plus tard cette même soirée, Ann a remarqué la présence du gouverneur Wilder, venu voir son fils, le jeune homme qu’il avait libéré. Elle a traversé les deux rangées qui les séparaient dans les tribunes pour aller le saluer et le remercier, en lui donnant une chaleureuse accolade. Iverson se sentait un homme maintenant. Il n’avait pas encore 20 ans mais toute une vie pleine d’espérances l’attendait et sa confiance ne faisait que grandir. Il avait perdu foi en l’humanité, peut-être, et il était très certainement devenu plus méfiant à l’égard des étrangers, particulièrement envers ceux qui avaient grandi dans un milieu différent. Alors, il s’est rapproché de son cercle intime : les amis d’Hampton qui avaient veillé sur lui ; les membres de sa famille qui avaient toujours cru en lui ; Tawanna, la jeune femme qui l’avait suivi de match en match, faisant ainsi en sorte qu’il se sente l’homme le plus important du monde.

Il y avait ceux qui le comprenaient, qui ne le remettaient jamais en question, qui le soutenaient toujours. Et donc, il passait l’essentiel de son temps libre sur la Presqu’île, à s’occuper de sa petite sœur Iiesha, qui était née neuf jours après terme, qui avait souffert de complications pendant sa naissance et qui, devenue enfant, faisait parfois des crises de convulsion. Allen aimait être là-bas et s’assurer que tout le monde allait bien, même si une partie de sa vie sociale à Washington lui manquait.

C’était aussi important que le basket, pensait-il dans ses moments les plus tendres. Au début de l’année 1994, au milieu de sa première saison à Georgetown, il a éprouvé le désir de fonder sa propre famille. Il avait des rêves et ils n’étaient pas tous centrés sur le basket. Il voulait une famille nombreuse, rayonnante, et vu les difficultés qu’il avait rencontrées dans sa jeunesse, l’un de ses objectifs était de donner à ses enfants la stabilité procurée par la présence de deux parents aimants et attentionnés, leur offrir une vie dépourvue des manques et des inquiétudes qu’il avait connus. Oui, a-t-il annoncé durant l’une de ses visites à la maison, il était prêt à être père.
Il fit part de ses souhaits à Tawanna, qui avait 19 ans elle aussi. Elle lui répondit qu’elle aussi se sentait prête.

Chapitre 6 – Le père de famille

« Bonjour, Madame Iverson », a commencé par dire la juge des affaires familiales en charge du divorce d’Allen Iverson, Melanie Fenwick Thompson, le 16 janvier 2013 au matin.
– Bonjour », a répondu Tawanna.
Il devait être question de leurs enfants. Iverson avait répété qu’il les adorait. Des années plus tôt, il avait déclaré qu’il voulait que tous ses enfants grandissent dans un environnement différent de celui qu’il avait connu. Il avait rédigé une dissertation de sociologie durant les séances de travail avec Sue Lambiotte. Il avait imaginé une civilisation dans laquelle les femmes exerçaient la plupart des responsabilités, les hommes n’étant chargés que de fournir la nourriture – le reste du temps était libre, pour nouer des liens avec les enfants et leur donner de l’amour. Il voulait que chacun de ses enfants ait le même père et la même mère. Tiaura est arrivée la première, quand Iverson et Tawanna avaient tous les deux 19 ans. A l’époque, son papa était une star naissante à Georgetown et il était pourtant déjà bien au-dessus du lot. Et puis Allen II est né trois ans plus tard – ils l’appelleraient « Deuce ». Puis sont arrivés Messiah, Isaiah et Dream. Mais apparemment, être présent pour la naissance de chacun des enfants semblait moins important, pour Iverson, que d’avoir une famille.

« Vous avez mentionné dans votre témoignage hier qu’il n’était pas là pour sa naissance, pour la naissance de Tiaura ? lui a demandé Thompson.
– Oui, c’est exact », a répondu Tawanna.
Quand elle est entrée en travail, en décembre 1994, Iverson était introuvable. Au début, il était très excité à l’idée d’avoir un enfant mais ensuite, son enthousiasme a semblé se dissoudre. Ses coéquipiers et ses amis l’avaient averti, suite à la grossesse de Tawanna, qu’avoir un enfant en dehors du mariage pourrait compromettre son avenir, en donnant l’impression que ses centres d’intérêt étaient dispersés – il y avait le basket, bien sûr, mais aussi ses problèmes du passé, une vie de famille précaire et aujourd’hui un enfant.

Iverson a dit à Tawanna, en colère parce qu’il avait manqué la naissance de Tiaura, que le coach de Georgetown, John Thompson, avait demandé que les joueurs restent sur le campus pendant tout le mois de décembre. Mais cela n’était pas du tout logique : il n’y avait pas de cours pendant les vacances et des années plus tard, plusieurs anciens coéquipiers d’Iverson à l’université ont affirmé que Thompson n’avait jamais rien demandé de tel. Indépendamment de ses raisons, Tawanna a témoigné plus tard qu’Iverson n’avait pas vu Tiaura bébé avant qu’elle ait deux semaines.

Allen manque à tous ses devoirs

Trois ans plus tard, Allen était un jeune joueur de NBA montrant des signes précoces de troubles personnels. Il était « très intoxiqué », s’est souvenue Tawanna. Quand le travail pour Deuce a commencé, Iverson était tellement soûl, d’après son témoignage au tribunal, qu’il était dans l’incapacité de la conduire à l’hôpital ; l’un des oncles d’Allen l’avait conduite à sa place.

Iverson a zappé des échographies et il refusait de changer les couches. Avant la naissance de Dream, leur plus jeune enfant, en 2008, il est rentré à 4h du matin d’une soirée à Denver. Trois heures plus tard, Tawanna a perdu les eaux et elle a été incapable de le réveiller. Elle a alors appelé une assistante personnelle, Candis Rosier, qui a conduit la future maman à l’hôpital. Quand Iverson s’est réveillé et qu’il est arrivé dans la salle d’accouchement, il a passé son temps au téléphone, se plaignant de ne pas savoir combien de temps il allait devoir rester là. « Elle ne pousse même pas encore », se serait-il plaint, selon le témoignage de Tawanna.

« Il ne m’a pas pris la main ni caressé le dos. Il n’en avait rien à faire. Tout ce qui lui importait, c’était d’en finir avec tout ça », a dit Tawanna à Fenwick Thompson. En 2012, sur le téléphone de Deuce, Tawanna a vu la vidéo d’un homme qu’elle ne reconnaissait pas agiter un couteau papillon et montrer à sa fille de 15 ans comment utiliser un Taser. Une photo montrait le même homme avec Dream, qui avait à l’époque 4 ans, assise sur ses genoux.

Allen avait emmené ses enfants en week-end, pour une excursion au Great Wolf Lodge, un hôtel familial et un parc aquatique à Williamsburg, en Virginie, qui préfère que ses hôtes soient dans leur chambre à des heures raisonnables. Mais tous les soirs, Iverson se soûlait avec ses amis, des hommes que Tawanna ne connaissait pas, laissant sa filleule de 21 ans s’occuper des enfants. Un soir, après minuit, Tiaura a envoyé le contenu du téléphone de Deuce à sa mère : le couteau et les instructions du Taser ; plusieurs adultes étaient dans la pièce et les enfants dormaient en maillot de bain parce qu’Iverson ne prenait pas le temps d’utiliser les machines à laver disponibles sur le site. Tawanna, qui avait passé le week-end en voyage, en Pennsylvanie et à Atlanta, a laissé sa voiture à l’aéroport et pris un van, plus spacieux et confortable pour les enfants. Elle a foncé, direction l’hôtel à Williamsburg, furax à cause de ce qu’avait encore fait Iverson.

Le fiasco Orlando

Trois ans plus tard, la famille a programmé un voyage à Disneyworld. Iverson avait promis que ce serait des vacances familiales. Tawanna et lui avaient projeté de passer du temps avec leurs cinq enfants – loin du basket et des problèmes du couple, loin des feux de la rampe médiatique, coupés des distractions de la vie quotidienne. Ils prendraient un avion privé et pendant quelques jours, ils vivraient comme des princes.

Au lieu de cela, peu après avoir atterri à Orlando, Iverson a appelé un ami qui vivait dans les environs et ils ont fait les bars les quatre soirs. La journée, Tawanna emmenait les enfants au parc, où ils faisaient des balades, passaient du temps dans la piscine et prenaient leurs repas ensemble. Allen, qui passait ses journées à dormir et à s’occuper de ses invités, se plaignait du fait qu’il faisait trop chaud en Floride et donc, il quittait rarement l’appartement. La dernière nuit, il a promis de dîner en famille. Il a assuré qu’ils prendraient ensuite un bateau pour voir le feu d’artifice tiré de la station. Mais il est arrivé en retard, longtemps après que sa famille eut pris place à sa table, et il a mis Tawanna dans l’embarras en autorisant les enfants à galoper dans le restaurant. Plutôt que de prendre le bateau pour aller voir le feu d’artifice, Iverson a persuadé Tawanna de retourner à l’hôtel : il pourrait ainsi passer du temps à la piscine avec les enfants. Mais il a retrouvé le même ami et regardé du basket avant de retourner dans les bars.

Le lendemain matin, Tawanna s’est levé à 5h pour conduire un camarade de Tiaura à l’aéroport. Iverson n’était toujours pas rentré de sa soirée avec son ami et quand elle est revenue, il était inconscient dans le salon. Plusieurs heures plus tard, Allen était toujours inconscient et l’heure de quitter l’hôtel approchait. Tawanna a rassemblé les affaires et les jouets des enfants et s’est arrangée pour que sa mère emmène ces derniers au cinéma avant le vol de retour de la famille. Pendant ce temps, elle a loué un véhicule et aidé Iverson à s’asseoir dedans avec elle, le chauffeur et leurs bagages. Les heures passaient et le véhicule tournait au ralenti ; Allen était couché sur le sol, une jambe enveloppée d’un linge sur un siège. Tawanna avait peur de descendre : elle pensait que le chauffeur pourrait prendre des photos d’Iverson – une mauvaise publicité dont il n’avait pas besoin après une période particulièrement tumultueuse dans sa carrière.

Flot d’insultes nocturne pour Tawanna

Alors qu’elle se dépêchait de rentrer au Great Wolf Lodge, Tawanna était furieuse. C’était une chose qu’Iverson ne tienne pas ses promesses et ignore ses enfants, c’en était une autre qu’il les mette en danger. Elle est arrivée au pas de charge dans le hall, où il n’y avait personne d’autre que des employés de ménage, puis a fait irruption dans l’appartement. C’était en complet désordre. A 2h du matin, les adultes étaient partis, laissant les cinq enfants, pas encore couchés, seuls. « Et il n’était nulle part », a-t-elle dit au tribunal.

Elle a rassemblé leurs affaires, elle a pris ses enfants et elle les a installés dans la camionnette. Tawanna a conduit jusqu’à la maison de sa maman, pendant que ses enfants dormaient. A 4h du matin, Iverson est arrivé là-bas lui aussi. Il a sonné avec insistance et proféré des insultes à l’intention de Tawanna à travers la porte, ce qui a réveillé les enfants. Elle a appelée le 911, le numéro des secours. Quand la police est arrivée, Allen hurlait toujours que sa femme était une prostituée et que sa mère était une pute. L’agent a tenté de calmer Iverson, rappelant à la star du basket qu’elle était ivre et qu’elle faisait du tapage.
« Vous ne me connaissez pas ! a crié Iverson, qui démentait être bourré.
– Monsieur, vous êtes à l’évidence en état d’ivresse. Rentrez chez vous », lui a dit le policier d’après le témoignage de l’audience, basé sur la caméra du tableau de bord du véhicule de police. Iverson a refusé de partir et le policier a finalement quitté les lieux. Allen a continué de crier, de sonner à la porte, de déclarer que Tawanna avait baisé avec tous les hommes du quartier. Même quand Isaiah, 9 ans, pouvait voir le côté le plus hideux de son père à travers une vitre rectangulaire.

Alors que ses enfants grandissaient, Iverson ne se souciait pas de les connaître davantage, autrement que sur un plan superficiel. Il demandait à Tawanna de prendre les décisions concernant leur avenir et il faisait peu d’efforts pour s’impliquer dans les activités extrascolaires ou le choix des écoles. Tawanna cherchait sur Internet des réponses aux questions les plus importantes pour sa famille et quels que soient les endroits où il jouait, elle demandait conseil aux coéquipiers de son mari – ou à leur femme. « J’étais responsable de tout pour tout le monde », a dit Tawanna.

Iverson ignore où ses enfants sont scolarisés…

Iverson n’a jamais emmené Isaiah au karaté ou aux échecs, il n’a jamais été présent aux anniversaires, il n’était pas là quand les enfants invitaient leurs amis pour jouer ensemble et il n’a jamais rencontré leurs professeurs ni leurs coaches. Par trois fois, quand il lui a été demandé d’aller chercher Dream à son école privée, il s’y est présenté avec au moins une heure de retard. Cela a entraîné des amendes de 255 dollars par heure de retard et un avertissement : Dream pourrait être exclue de l’école si les retards persistaient. De même, Iverson n’a pas montré le moindre intérêt quand Deuce, son fils aîné, a intégré le business familial en jouant au basket pour les équipes de ses écoles.

Allen ne l’a jamais emmené aux entraînements et il n’est jamais allé assister à ses matches. Tawanna emmenait le garçon à ses matches puis le ramenait. Ça a duré jusqu’au collège, sans que son père, un basketteur célèbre dans le monde entier, soit présent dans les tribunes. Quand Deuce a été inscrit dans une école privée en Pennsylvanie, Iverson a zappé les deux derniers jours, dont un entretien privé avec seulement Deuce et la famille. A une autre occasion, il avait promis d’emmener un matin l’un de ses enfants voir un spécialiste ; il a apparemment changé d’avis, préférant, à la place, retourner dormir.
En août 2012, quand Tawanna lui a demandé d’aller chercher les enfants à l’école un mercredi et de les y déposer le lendemain matin, Iverson lui a envoyé un SMS : il ignorait totalement dans quelles écoles ils allaient. « 1èrement, je ne sais pas où MES ! enfants vont à l’école, aussi dingue que ça puisse paraître chez un homme qui a pris soin d’eux toute leur vie, mais c’est comme ça, donc, toi ou 1 de tes assistantes devez me retrouver quelque part avec eux. »

Il jouait occasionnellement avec eux, se roulait sur le sol tandis que les enfants rigolaient et crapahutaient autour de leur célèbre père, mais il ne tenait pas ses promesses et il les a utilisés comme des pions lors de sa séparation d’avec Tawanna. Il a un jour menacé de divulguer des détails à propos de problèmes que deux de leurs enfants avaient eus pendant des années durant leur enfance, disant qu’il contacterait le site Web de ragots TMZ pour lui livrer les infos. « Nos enfants 2vront gérer ça & ça me dégoûte mais j’ai essayé ! », a-t-il texté à Tawanna en mars 2012.

Il a humilié l’un de ses fils, a affirmé Tawanna au tribunal. Iverson, a-t-elle dit, a déclaré au garçon qu’il était plus faible que lui parce que – et c’était la chose qu’Allen avait souhaitée – il avait grandi dans un univers beaucoup plus confortable que ceux que son papa avait endurés. « T’es pas un vrai nègre. T’es un p’tit Blanc, un gosse de riche », s’est-elle souvenue de l’avoir entendu dire.

Durant son témoignage en janvier 2013, Tawanna a décrit comment elle avait essayé de faire suivre une thérapie à son mari. Elle l’a incité à se faire aider pour sortir de l’alcool. Il ne voulait rien entendre de tout ça, même quand elle menaçait d’éloigner les enfants.
« C’est seulement depuis que la procédure de divorce a été entamée que je l’ai sérieusement poussé à se faire aider, a-t-elle poursuivi à la barre.
– Je comprends, a dit le procureur. Pourquoi ne l’avez-vous pas poussé sérieusement avant le divorce ?
– J’ai toujours pensé que mes enfants avaient besoin de leur père, a dit Tawanna. Et ce que j’ai appris, c’est qu’il n’ont pas besoin de lui s’il est aussi destructeur dans leurs vies. »

A suivre…

Kent Babb, « Allen Iverson, Not A Game », 307 pages, 22 euros, 13,99 euros en format numérique (ePub).

En vente en librairie, dans les grandes surfaces et sur les sites de vente en ligne.

Talent Sport

http://talentsport.fr

https://www.facebook.com/Talentsport2014/

Autres livres de basket disponibles

> Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (sorti le 14 mai 2014)

> Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life » (sorti le 17 juin 2015)

> Jack McCallum, « Dream Team » (sorti le 8 juin 2016)

> Kent Babb, « Allen Iverson, Not A Game » (sorti le 9 novembre 2016)

> Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (sorti le 31 mai 2017)

Roman de l’été : « Allen Iverson, Not A Game » (8)

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture d’extraits d’un livre en rapport avec le basket américain.
Pour cette intersaison 2018 – et après le triptyque Phil Jackson/Michael Jordan/Dream Team, Basket USA feuillette « Allen Iverson, Not A Game », la biographie que Kent Babb a consacrée au génial arrière de Philadelphie MVP de la Ligue en 2001.
On prévient ses fans : ça dépote, car ce bouquin évoque sans fard les épisodes glorieux comme les périodes plus sombres. Bonne lecture ! Lire la suite »

Roman de l’été : « Allen Iverson, Not A Game » (7)

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture d’extraits d’un livre en rapport avec le basket américain.
Pour cette intersaison 2018 – et après le triptyque Phil Jackson/Michael Jordan/Dream Team, Basket USA feuillette « Allen Iverson, Not A Game », la biographie que Kent Babb a consacrée au génial arrière de Philadelphie MVP de la Ligue en 2001.
On prévient ses fans : ça dépote, car ce bouquin évoque sans fard les épisodes glorieux comme les périodes plus sombres. Bonne lecture !

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième partie

Sixième partie

Allen Iverson qui, au début de sa carrière en NBA, avait commis des défauts de paiement pour la Mercedes-Benz dont il avait rêvé juste après la draft, oubliait souvent de payer ses notes, habitué à recevoir des cadeaux de valeur et aussi à ce que d’autres honorent ses factures. Plus tard, il est passé en jugement pour 895 000 dollars de bijoux qu’il n’avait pas réglés et la Cour lui a saisi son salaire. Il a déplacé l’argent, donnant l’impression que ses comptes étaient vides et qu’il n’y avait pas d’argent à saisir. Il a d’abord transféré l’argent sur un compte qu’il pensait hors de portée et quand il a reçu la rente annuelle de Reebok et qu’il a été payé pour deux apparitions en Chine en 2012, Tawanna en a témoigné, Iverson a demandé à ce que les sommes soient versées sur un compte au nom de Gary Moore.

Tawanna était devenue experte dans le transfert d’argent, elle aussi, généralement pour payer les dépenses domestiques et rembourser les milliers de dollars de sa carte American Express. Deux mois après sa visite à Regal Collection, elle a fait deux transferts d’épargne sur leur compte joint à la Bank of America – de 60 000 et 20 000 dollars chacun – pour régler les factures de juillet. Quelques jours après ces transferts, Iverson est allé chez Forever Diamonds et a dépensé 20 000 dollars. Cela constituait une partie des dépenses effectuées dans la journée. Il s’était arrêté à une boutique de spiritueux ainsi qu’à une boutique de chapeaux et il avait effectué quatre retraits de 200 dollars au distributeur. C’était également le premier de trois jours consécutifs dans un grill de la chaîne Ruth’s Chris. Une semaine plus tôt, Allen avait retiré 10 000 dollars en espèces et quelques jours plus tard, il a retiré 7 000 dollars en deux fois au distributeur.

Une fois que les paiements de Tawanna pour les frais de scolarité de deux des enfants dans des écoles privées étaient faits, ainsi que les 15 178 dollars d’hypothèque prélevés, le shopping effréné d’Iverson à Buckhead laissait trop peu sur le compte pour payer les factures restantes. Le chèque de Tawanna pour le loyer s’est trouvé sans provision, de même que le paiement de sa facture d’électricité à Georgia Power, ce qui a eu pour conséquence le refus de la compagnie d’accepter les chèques personnels de Tawanna. Pour payer les factures mensuelles d’électricité de la famille, elle devait dorénavant envoyer un mandat ou un chèque de banque.

Tawanna gère les finances et les dépenses

La gestion intelligente des comptes était devenue la spécialité de Tawanna qui, bien que n’ayant aucune connaissance en finance ni en gestion de patrimoine, avait été placée en charge de la gestion des dépenses de la famille par Iverson quasiment dix ans plus tôt. Elle a pris en main toutes les finances d’Allen, même quand ils se sont séparés, et payé des assurances pour 14 voitures – cinq d’entre elles appartenaient à Iverson, deux lui appartenaient à elle, le reste était à divers amis ainsi qu’à des membres de la famille qu’Iverson prenait en charge. En tout, jusqu’à 12 000 dollars par mois d’assurance-auto étaient facturés sur l’American Express de Tawanna.

Elle a couvert une dette de jeu de 25 000 dollars au Caesars Palace qu’Iverson n’avait jamais honorée, 50 000 dollars pour rembourser l’assistant personnel de la famille pour diverses dépenses et versé des dizaines de milliers de dollars chaque mois pour payer les gardes du corps d’Iverson et le personnel de la maison familiale, dont certains membres étaient employés à plein temps.

Tawanna adoptait souvent une attitude défensive en cas de surprise : 300 000 dollars d’honoraires d’avocat pour un incident en 2002 (Iverson avait poursuivi Tawanna dans Philadelphie avec un pistolet à la ceinture) ; 260 000 de plus pour régler un jugement après qu’un garde du corps d’Iverson eut frappé un homme dans une boîte de nuit à Washington, lui occasionnant une commotion, la perforation d’un tympan et une contusion à l’œil droit ; et d’autres honoraires d’avocat quand Iverson avait été poursuivi en justice, alors qu’il jouait chez les Detroit Pistons puis pour une équipe en Turquie.

La fortune d’Allen avait subi, depuis son entrée en NBA en 1996, des millions de réductions dues à diverses dettes comme celles-là – un mélange d’assistance financière pour ses amis et sa famille – et maintenant, ses comptes étaient en pleine hémorragie. Personne ne s’était soucié d’apprendre à Iverson à gérer l’argent et il pensait tout simplement que sa fortune était inépuisable. Même une partie de ses économies, les souvenirs du basket qu’il avait soigneusement accumulés, s’était envolée : beaucoup de ses trésors avaient été vendus aux enchères après qu’Iverson eut oublié de payer les frais d’entreposage.

Une fortune partie en fumée

Dans un autre mouvement de panique pour faire rentrer de l’argent frais, afin de couvrir les dépenses essentielles, le couple s’est débarrassé d’une maison près de Denver et a perdu 400 000 dollars. En août 2011, Tawanna s’inquiétait de ne pas pouvoir payer l’école des enfants. Elle a encore vendu des bijoux – d’autres biens précieux sont partis pour une fraction de leur coût originel – et une Range Rover de 2011 qui avait été mise de côté comme un cadeau pour leur fille Tiaura, une récompense pour son obtention du permis de conduire. C’était, pensait Tawanna dans ce nouveau mode de vie qu’ils s’étaient eux-mêmes donné, la seule façon de survivre.

Ils ont dit au revoir à l’assistant personnel de Tawanna et au personnel de maison et Moore a arrêté de percevoir des émoluments réguliers pour ses services de gestion. Pour garder la tête hors de l’eau, Iverson a envisagé un contrat pour un livre et joué dans deux matches exhibitions en Chine. Tawanna a brièvement pensé à déménager à Miami pour apparaître dans le reality show « Basketball Wives » et ils se projetaient sur les mannes financières d’un avenir plus lointain : la pension d’Iverson de la NBA, qui ne tomberait pas avant ses 45 ans, et dix ans plus tard, le reliquat d’un fonds fiduciaire que Reebok avait réassigné dans une dernière version du contrat à vie d’Allen : 32 millions de dollars qui, pour le meilleur ou pour le pire, ne seraient pas disponibles avant son 55e anniversaire.

Mais cela n’apportait rien de bon de regarder si loin, tout particulièrement avec les problèmes auxquels ils devaient dorénavant faire face. Dans l’incapacité de se payer de l’aide pour la première fois depuis des années, Tawanna a appris à réduire ses propres dépenses après une nouvelle vie d’excès, de chirurgie esthétique et de luxe. Elle a fait venir sa mère de Virginie à Atlanta pour l’aider dans la tenue de la maison. Tawanna, qui n’avait jamais travaillé, se demandait ce qu’elle pourrait faire – elle rêvait de faire quelque chose de tendre et de pacifique, comme écrire des livres jeunesse ou ouvrir une affaire afin d’organiser des fêtes pour les enfants. Pendant longtemps, Iverson a refusé de reconnaître que sa capacité à générer de gros revenus avait disparu, au moins de la façon dont il l’avait fait jusque-là. Il se disait qu’une équipe allait l’appeler et qu’alors, il se ferait de nouveau des millions.

Allen refuse de voir la réalité en face

Tawanna et Iverson pouvaient bien, tous les deux, s’imaginer d’aussi improbables possibilités mais Allen était le seul qui refusait de reconnaître les faits : il était à la fin de la trentaine et ses capacités diminuaient ; pire, il était vu dans toute la Ligue comme un joueur très cher, tout aussi capable de ruiner un vestiaire que d’augmenter ses chances de gagner un titre. Iverson ne voyait pas non plus sa propre valeur de façon réaliste. Il n’espérait pas simplement un gros contrat, il s’attendait à en avoir un. Et si aucune équipe ne se montrait encline à payer pour une superstar et un ancien MVP de la Ligue – même au-delà du crépuscule de sa carrière – alors il resterait à la maison un peu plus longtemps à côté de son téléphone, même si ses comptes en banque étaient rincés jusqu’au dernier cent.

Moore et d’autres lui avaient conseillé des années plus tôt d’économiser de l’argent et de prévoir l’avenir mais Iverson ne voulait rien entendre – du moins, pas encore. Comme tant d’athlètes ruinés avant et après lui, il devait préserver les apparences, parce que la seule chose pire que d’être ruiné est que tout le monde sache que vous êtes ruiné. Donc, il continuait de faire la fête, de voyager, de payer les notes de dîners ou de bar quand il sortait en groupe, même quand l’angoisse s’intensifiait. Les dirigeants avaient-ils déjà oublié qu’il était une icône, une décennie après avoir mené les Sixers en Finales NBA ? Maintenant, le même refus d’accepter la réalité qui avait poussé un arrière de poche d’Hampton jusqu’au sommet de la Ligue était en train d’assécher ses finances.

« Parfois, nous ne voulons pas accepter le fait que les conséquences découlent de la vérité. Je ne pense pas qu’il ait jamais saisi que cela a existé. Et peut-être qu’il n’a jamais vraiment accepté ce fait parce que très souvent, il n’avait pas à le faire », m’a expliqué Moore.

Iverson a attendu et attendu. Ses dépenses devenaient presque la dernière raison pour reprendre sa carrière en NBA, même si la maison de ses rêves en banlieue d’Atlanta s’enlisait depuis des mois sur le marché de l’immobilier. Les pancartes affichant son prix avec force détails n’attiraient aucun acheteur. Elle avait été refinancée et hypothéquée par deux fois, la seconde par le constructeur suite aux refus des banques de prêter de l’argent à Iverson. En février 2013, Allen n’étant plus capable d’assumer les dépenses mensuelles, la propriété a été saisie et il s’est installé dans un hôtel à Charlotte, en Caroline du Nord, où il est resté des mois car il n’avait nulle part où aller.

« Je n’ai même pas l’argent pour me payer un cheeseburger ! »

Il n’était plus du tout bravache mais complètement en panique. Et la roue du divorce tournant, il a pris les 12 000 dollars qui restaient sur un compte en banque à Wells Fargo, ainsi que le reliquat d’un autre compte auquel lui et Tawanna avaient accès. Quand elle lui a demandé l’argent pour payer les factures, Iverson a dit à son ex-femme qu’il n’en avait pas. Lors d’une audition pour le divorce en 2012, il a estimé que ses dépenses mensuelles se situaient aux alentours de 360 000 dollars et que ses revenus mensuels représentaient environ le cinquième de cette somme. A un moment, il s’est levé, s’est tourné vers Tawanna et a retourné les poches de son pantalon. « Je n’ai même pas l’argent pour me payer un cheeseburger ! », a-t-il crié dans sa direction. Alors, elle a sorti son portefeuille et lui a tendu 61 dollars.

Chapitre 5 – Hilltop

Un changement était nécessaire et le « big man » l’a crié sur tous les toits : Amenez-moi le gangster. Amenez-le moi ici. A la fin des années 1980, John Thompson a commencé à entendre des choses déplaisantes à propos des fréquentations de ses joueurs. Il s’agissait en tout et pour tout d’une seule et unique personne. Ce gars aimait le basket et aimait être en compagnie de basketteurs. Ce gars aimait Georgetown, il portait la tenue grise et bleue des Hoyas et il parlait des stars que Thompson avait coachées par le passé, dont celles qui avaient gagné le championnat national en 1985. Rayful Edmond III avait grandi avec John Turner, un joueur de Georgetown, et il avait plus tard suivi les carrières de Patrick Ewing et Eric Floyd, dit « Sleepy ». Maintenant, Edmond avait une porte d’entrée dans le programme sportif de l’université car il avait noué une relation avec la jeune star Alonzo Mourning.
Edmond a sympathisé avec Turner et Mourning. Il les invitait parfois au Chapter III, une boîte de nuit dans la partie sud-est de Washington, qui était connue à l’époque pour être la capitale mondiale du crime – et Edmond, le seigneur de la drogue de la ville, était son roi. Il régnait sur le trafic de cocaïne local. Dans sa période la plus faste, il en revendait quelque 200 kg par semaine et il encaissait environ 100 millions de dollars par an ; son business était directement lié à plus de trente morts, dont celle d’une femme, tuée en 1988 au Chapter III, non loin de là où Edmond s’asseyait parfois en compagnie de Mourning et Turner.

Edmond, autrefois bon joueur de basket de playground, connaissait beaucoup des meilleurs athlètes de la ville – souvent les mêmes que Thompson recrutait à Georgetown, les joueurs dont certains disaient qu’ils ne pouvaient aller dans aucune autre université, qui étaient ingérables ou indisciplinés, qui avaient passé leur jeunesse sur les mêmes terrains de jeu que ceux qui étaient devenus des caïds du milieu et qui ne recevaient d’ordre de personne.

Fréquentations douteuses à Georgetown

Les agents fédéraux avaient averti les joueurs de garder leurs distances avec Edmond et le président de Georgetown, le Révérend Timothy Healy, dénonçait cette fréquentation, la considérant comme « stupide ». Mourning et Turner ne les ont pas écoutés et Edmond restait imperturbable. C’était sa ville ; il composait lui-même son propre cercle social, pas les agents fédéraux ni le président de Georgetown. Thompson, qui avait lui aussi été quelqu’un sur les playgrounds du District, comprenait l’attirance qu’éprouvaient ses joueurs. Quand vous grandissez dans la rue, que vous voyez certaines choses et que vous vous adaptez à cette normalité perverse, vous restez attaché à ceux qui ont toujours été là. Mais c’était ses joueurs et s’il devait faire la guerre aux hommes les plus dangereux de la ville, c’était ainsi.

Alors, Thompson a fait passer un message : il voulait une rencontre avec Edmond. Très vite, le souhait du coach a fait le tour des boîtes et des rues et Edmond s’est présenté au gymnase McDonough, devant la porte du bureau de Thompson. Quand Edmond est entré, Thompson était là, du haut de ses 2,08 m, de ses 120 kg et de ses pompes taille 50. Sa voix tonitruante, connue pour être entrelacée d’injures, a explosé à la face du gangster.

Il a raconté à Edmond comment il avait été embauché à Georgetown à l’âge de 29 ans, comment il avait utilisé la peur et la confrontation pour bâtir son programme et intimider les adversaires. Il avait survécu à toutes sortes d’incivilités, comme quand quelqu’un avait grimpé aux poutrelles du gymnase pour y accrocher un drap où était inscrit « Thompson le fiasco nègre doit partir ». Il lui a dit qu’il donnait leur chance à des jeunes qui avaient à peine conscience du sens de ce mot, qu’il leur apprenait à se battre sur et en dehors du terrain, qu’il les remplissait de fierté en leur apprenant que l’université était couramment surnommée « Hilltop » (la Butte) parce qu’elle surplombait la rivière Potomac ainsi que la majeure partie du District of Columbia.

Les menaces de John Thompson

Il lui a dit qu’il défendrait son programme contre les chefs de gang et les minables, qu’il ne laisserait jamais personne le saccager et qu’il serait maudit s’il restait assis là, à laisser ce putain de Rayful Edmond être l’homme qui détruirait son empire. Thompson lui a dit de ne pas s’approcher de ses joueurs, sinon il y aurait des conséquences. Puis Edmond est parti. Il était la dernière personne à s’être écrasée devant la présence imposante de Thompson et il a fait exactement ce qu’on lui avait demandé de faire.

Ann Iverson avait entendu des histoires comme celle-ci. Les bruits concernant la réputation de Thompson étaient parvenus jusqu’à Hampton. Le coach s’investissait auprès de ses joueurs, les protégeait et les aidait à se construire. Il n’abandonnait pas un jeune s’il commettait une erreur et devant Dieu, il exigeait en retour de la loyauté et un travail acharné.

Elle connaissait ces légendes qui lui avaient donné la chair de poule ainsi que de l’espoir, quand un message plus fort de Thompson est parvenu jusqu’à elle. Il avait conçu un plan à long terme pour Dikembe Mutombo, la future star de NBA de 2,18 m originaire d’un pays d’Afrique centrale qui s’appelait à l’époque le Zaïre. Il avait donné la possibilité au géant de passer une première année à Georgetown rien que pour apprendre l’anglais, sa cinquième langue, et pour approfondir sa compréhension du basket américain.

Thompson lui épargnait toute pression. Il regardait le jeune homme éclore. Mais quand Mutombo a été prêt, il a exigé de lui la perfection. Dikembe a raté un cours au début de sa carrière et il est arrivé en retard le même jour à l’entraînement, où il a trouvé un aller simple par avion pour l’Afrique dans son casier. Thompson a dit au jeune homme qu’il le renvoyait à son père. Il pourrait rejoindre l’armée de Mobutu Sese Seko. Mutombo a essayé de s’expliquer : il s’était réveillé avec une rage de dents, il avait manqué l’école pour se rendre chez le dentiste afin de se faire arracher une dent. Thompson n’en avait rien à faire.

« Il m’a dit que j’aurais dû planifier mes soins dentaires en dehors du temps scolaire, a raconté Mutombo au « Washington Post » en 2007. Ça a été le chaos dans ma vie. J’ai pensé que c’était la fin de mes études. J’ai dit aux conseillers : “Pourquoi fait-il cela ?” Je n’ai manqué qu’un jour. Vous imaginez ? » Thompson a donné une seconde chance au jeune Mutombo, qui n’a jamais été absent une seconde fois.

A suivre…

Kent Babb, « Allen Iverson, Not A Game », 307 pages, 22 euros, 13,99 euros en format numérique (ePub).

En vente en librairie, dans les grandes surfaces et sur les sites de vente en ligne.

Talent Sport

http://talentsport.fr

https://www.facebook.com/Talentsport2014/

Autres livres de basket disponibles

> Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (sorti le 14 mai 2014)

> Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life » (sorti le 17 juin 2015)

> Jack McCallum, « Dream Team » (sorti le 8 juin 2016)

> Kent Babb, « Allen Iverson, Not A Game » (sorti le 9 novembre 2016)

> Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (sorti le 31 mai 2017)

Roman de l’été : « Allen Iverson, Not A Game » (6)

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture d’extraits d’un livre en rapport avec le basket américain.
Pour cette intersaison 2018 – et après le triptyque Phil Jackson/Michael Jordan/Dream Team, Basket USA feuillette « Allen Iverson, Not A Game », la biographie que Kent Babb a consacrée au génial arrière de Philadelphie MVP de la Ligue en 2001.
On prévient ses fans : ça dépote, car ce bouquin évoque sans fard les épisodes glorieux comme les périodes plus sombres. Bonne lecture ! Lire la suite »