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Sa blessure, la trade deadline, les Bleus, l’Asvel… La grosse interview de Nicolas Batum

On ne l’avait pas encore croisé de la saison, et on avait forcément beaucoup de choses à lui demander. De passage dans l’Oregon qu’il connaît bien, Nicolas Batum est revenu pour Basket USA sur sa saison compliquée par une blessure au coude.

Avant et après le match, l’ailier tricolore a également couvert une large palette de sujets dont sa relation avec son coach Steve Clifford, l’intégration de Dwight Howard à Charlotte, la trade deadline, son implication dans le projet de l’ASVEL et les Bleus lancés dans les fenêtres internationales.

Entretien fleuve avec Batman… qui, comme toute son équipe, venait tout juste d’apprendre que leur avion avait été annulé. Départ repoussé à minuit et demi ! Avec un match face à Utah dès ce soir. De quoi beaucoup énerver Steve Clifford…

« Maintenant, il s’agit de confirmer les bonnes choses qu’on a montrées »

Nicolas, d’abord cette défaite après prolongation… Vous avez eu du mal à démarrer. Un peu façon diesel, que s’est il passé ?

« Sur les deux mi-temps en fait. Leur backcourt nous a fait très mal, ils sont très agressifs. Et puis Nurkic a été bon face à Dwight. Ça a été compliqué. Leur attaque marche très fort, c’est une des attaques les mieux huilées de la ligue. Tu peux me croire là-dessus. On a fait du bon boulot sur le dernier quart. On a mieux défendu. J’ai essayé d’aider sur les picks & rolls et ça a mieux marché. Kemba a été énorme évidemment. Malheureusement, on n’a pas réussi à finir. »

Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné offensivement ? 

« On n’a pas rentré des tirs qu’on rentre d’habitude. C’était un match comme ça… Parce qu’autrement, on n’a pas perdu trop de ballons ou pris de mauvais tirs. C’est comme ça en NBA, il y a 82 matchs. L’autre fois à Indiana, on a mis 49 points dans un quart temps, on ne loupait rien ! Ça dépend des jours. »

C’est une défaite mais quelles leçons tirer de ce match, et notamment de votre retour en fin de partie pour arracher la prolongation ? Avec Kemba aussi qui a joué comme un All-Star…

« Il le mérite amplement. Pour moi, il n’y a pas de débat. Il a montré qu’il était un All-Star dans le dernier quart. On a fait le boulot sur ce dernier quart mais c’est dommage qu’on n’ait pas fini. Il faut retenir la défense dans cette période. Quand on défend comme ça, on est bon. Chacun à sa position. Il faut qu’on joue comme ça tout le temps. »

Un problème de constance ? Aussi dû à plusieurs absences des cadres ?

« Le problème, c’est qu’on se met à jouer quand on est dos au mur. On a très bien joué dos au mur. Les rotations vont se mettre en place. On a tous nos joueurs qui sont de retour et on va retrouver nos rotations normales. »

« Cleveland devait un peu casser tout ça »

Sinon, on imagine que vous avez suivi la trade deadline. Que pensez-vous de la situation à Cleveland qui a explosé son effectif ? 

« La fameuse deadline. J’ai évidemment suivi mais je ne suis pas tellement surpris. Je pense que tout le monde s’y attendait. Il fallait un peu casser tout ça. Je pensais que d’autres allaient partir. Smith et Thompson ont été dans les rumeurs mais finalement, ils sont encore là ! Leur cinq ne va pas trop changer mais on s’y attendait. »

Est-ce que ces échanges à Cleveland, mais aussi à Detroit, change un peu la donne pour vous dans la course aux playoffs ?

« Pas forcément. Chacun fait son truc. À part Cleveland, personne n’a vraiment fait de gros trade. Nous, on a un groupe quasi inchangé à part pour Hernangomez. On a les qualités pour faire les playoffs. Maintenant, il s’agit de bien finir la saison. De confirmer les bonnes choses qu’on a montrées. »

Personnellement, vous arrivez enfin à votre meilleur niveau cette saison. Vous venez d’enchaîner 31, 22 et 15 points ces trois derniers matchs [avant Portland], comment vous sentez-vous ?

« Ça va bien maintenant. J’ai connu deux mois de galère avec ma blessure au coude. Au début, je me disais que ce n’était pas grave cette blessure au coude, ce n’est pas mon bras shooteur. Je ne m’attendais pas à autant de soucis. Quand je suis revenu au jeu, je n’avais pas fait de contacts, à haute dose et à répétition… C’était galère pendant un bon mois. J’ai eu du mal à m’ajuster et ça faisait mal tout simplement. »

En quoi est-ce le plus gênant : sur le dribble, les tirs, la défense ?

« C’est pour tout ! Dès qu’il y a un contact. Et puis, c’est gênant pour tous les gestes. Je suis revenu trop tôt la première fois… et ensuite, quand je suis revenu pour de bon, deux semaines plus tard, c’est Cliff qui devait s’absenter pour plusieurs semaines. Ça m’a aussi affecté. Depuis qu’il est revenu, on sent que le groupe va mieux. Et moi aussi ! Un coach m’a dit récemment que sur mes dix derniers matchs, j’ai doublé toutes mes stats en gros ! Ce n’est pas anodin. J’apprécie beaucoup ce coach. »

« Le genre de blessures récurrentes chez les professionnels du rodéo »

Comment avez-vous soigné ce pépin peu commun au coude ? De l’extérieur, on a le sentiment que c’était un traitement à tâtons, non ?

« C’est ça qui était un peu perturbant pour moi, c’est qu’on n’avait aucun comparatif, aucun point de comparaison. Les médecins ne savaient pas trop non plus, sur cette blessure particulière. C’était là [il nous montre] à l’intérieur du coude, le ligament qui est dessous-là. Je suis parti à Dallas trois fois, voir un spécialiste qui m’a dit que c’était le genre de blessures récurrentes chez les professionnels de rodéo ! Rodéo et gymnastique. Et certains pitchers au baseball. J’étais le 3e basketteur de sa carrière. Sans comparaison, on a un peu tâtonné, c’est pour ça que j’y suis allé trois fois. »

Pour en revenir à votre équipe, comment évaluez-vous la saison des Hornets jusqu’à présent ?

« On a galéré jusqu’à maintenant. Dès le début de saison, on a eu des problèmes. Je me blesse. Michael Kidd-Gilchrist a eu des problèmes personnels. Kemba a galéré pendant plusieurs semaines avec son poignet et son épaule. Il faut intégrer Dwight dans notre jeu. Le coach qui n’était pas là. Maintenant, tout semble enfin s’aligner. Depuis 2018, on joue mieux. Ça fait plusieurs semaines qu’on est en train vraiment de voir notre vrai potentiel. »

Peut-on dire que vous pouvez enfin construire avec les joueurs cadres enfin tous en place ?

« À part pour le dernier match à Denver où on était au bout du rouleau. Ça faisait 10 matchs en 17 jours, en back-to-back. Denver, c’est la pire ville pour finir un back-to-back ! Là, on a eu deux jours de repos. Depuis dix matchs, on est mieux. Et là, on a l’occasion d’enchaîner pour finir la saison du mieux possible. »

Vous n’êtes pas loin des playoffs à l’heure actuelle, pensez-vous que vous avez de quoi faire pour passer le cap et intégrer le Top 8 ?

« On peut, oui ! C’est vrai qu’on n’est qu’à 3 victoires de la 8e place. Dans le même temps, Detroit s’est renforcé aussi avec des bons trades. Mais on ne sait jamais en NBA ! Il y a deux ans quand je suis arrivé, on était 11e à la même époque et on a fini 3e ex-aequo. Cette ligue est tellement folle… »

En parlant de ça, vous récupérez Willy Hernangomez de New York [ndlr : Nicolas nous coupe pour préciser]…

« Je savais que j’avais oublié quelque chose ! C’est Cody [Zeller] aussi qui nous a manqué en début de saison… C’est un joueur dont on parle peu, et les gens ne se rendent pas compte combien ce type de joueur est précieux, mais c’est un régal de jouer avec lui. L’an passé aussi, on n’a pas pu faire une belle fin de saison car il n’était pas là. Mais pour revenir à Hernangomez, c’est un bon joueur. Il a fait une bonne première saison avec les Knicks. Et avec l’Espagne, il a été bon en général. C’est un international espagnol, donc par expérience, je fais confiance [rires]… C’est une bonne recrue pour nous. »

Que peut-il vous apporter par rapport à vos autres intérieurs déjà présents (Howard, Zeller, Kaminsky) ?

« Un joueur européen, ça apporte forcément quelque chose de différent. On n’en avait pas dans le secteur intérieur et c’est bien. Pour la pose d’écrans, le jeu à deux, le jeu sans ballon. Il possède ça que d’autres joueurs américains n’ont pas. Il a cette culture-là. »

« Si j’écoutais les gens, je n’aurais jamais dû partir de Normandie à 12 ans »

À propos de Dwight Howard, dont on dit beaucoup de choses du côté d’Atlanta, comment jugez-vous son intégration dans votre groupe ?

« On a une équipe qui est différente ce de qu’il a pu connaître ces dernières années. Depuis qu’il a quitté Orlando en fait. Ici, on n’a pas de grosse superstars, c’est un collectif. Et on lui donne beaucoup le ballon. On joue beaucoup sur lui, chose qu’il ne connaissait plus ces dernières années. Ça nous est arrivé d’appeler 4-5 systèmes d’affilée pour lui. Il est assez dominant et il a progressé en attaque. Il a quelques bons moves et un petit shoot à l’extérieur. On essaye d’en profiter. »

Vous avez été évoqué dans quelques rumeurs, du côté de Cleveland notamment, est-ce facile à vivre ?

« La trade deadline, c’est toujours particulier [sourire]. Une année, tu es dans les rumeurs, une autre, tu n’y es pas. On en parlait avec Kemba. Lui y est vraiment pour la première fois cette année, dans les rumeurs, et c’est assez perturbant. Mais on en parle et après on n’y fait plus attention. On sait que c’est un business. Dans 95% des cas, rien ne se passe. Il y a des rumeurs de tous côtés. DeAndre Jordan, Lou Williams étaient partout. Et Blake Griffin, personne ne l’a vu venir ! Les deux premières années, ça m’avait touché mais plus maintenant. »

Avec votre imposant contrat, pensez-vous être d’autant plus apte à faire partie d’un échange ?

« On n’écoute pas tout ça. Nous, on écoute nos coéquipiers, nos coachs. Et on sait ce qui se passe à l’intérieur. Tout ce qu’il y a autour, tous les bruits, on n’y pense pas. Car ne ce sont pas des faits avérés. C’est comme ça maintenant, tout le monde est journaliste, GM, coach… Si j’écoutais les gens, je n’aurais jamais dû partir de Normandie à 12 ans. Non, je n’écoute pas tout ça, je passe à autre chose. »

Vous êtes aussi impliqués dans le projet de l’Asvel aux côtés de Tony Parker, comment ça se passe pour travailler à distance ?

« Ce n’est pas un problème. Pour le coup, avec les moyens de communication qu’on a maintenant, on se parle tout le temps. Si ce n’est pas quotidien, c’est tous les deux jours ! Avec toute l’équipe qui est sur place, on communique tout le temps par tchat. Ça se passe bien. »

Où en êtes-vous ? Quel est votre regard sur l’évolution du projet ? Quid de l’Euroleague l’an prochain ?

« On ne sait pas encore [pour l’Euroleague]. Mais il y a eu des critiques apparemment sur ce sujet. Mais je ne comprends pas pourquoi les gens ne sont pas contents quand deux joueurs encore en activité font tout pour redonner au basket français. On donne de notre temps et de notre argent pour le basket français. Je pense qu’on doit être les seuls, tous sports confondus à le faire. Mais on le fait pour notre projet, pour le basket français. »

Que cherchez-vous dans cette expérience ? Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous impliquer ? Quel est votre pouvoir de décision dans tout ça ?

« On décide en équipe de toutes façons. Tony est le patron, moi je suis le directeur des opérations basket. On a Gaétan [Muller] qui est président délégué. On a maintenant TJ [Parker] en coach, on a [Yohann] Sangaré. Et chez les filles, Marie-Sophie Obama et son équipe font du bon boulot. J’aime beaucoup l’équipe qu’on a mis en place. On est très ambitieux, et on a envie de le faire à notre manière. On va dire qu’on ne suit pas forcément le même cahier des charges que tout le monde [ndlr : Dwight Howard vient de rentrer un tir de l’autre bout du terrain, façon quarterback… rien que de la filoche, l’assemblée est bouche bée et Dwight évidemment hilare]. »

« La médaille au Mondial 2014 valait bien un trade au final ! »

Je vois Mike Batiste qui rigole avec Dwight Howard. Il est arrivé de Brooklyn, qu’apporte-t-il chez les Hornets ?

« Oui, il a remplacé Pat Ewing. On parle d’Euroleague toute les semaines avec lui. C’est un mec que je regardais à la télé quand j’étais plus jeune. J’adorais le voir jouer. Je n’ai pas eu la chance de jouer contre lui. Je n’ai jamais joué contre le Pana. J’ai joué l’Olympiakos plusieurs fois mais jamais le Pana. C’est un gars qui a côtoyé des très grands joueurs et de grands entraîneurs. Il s’occupe des big men mais j’aime beaucoup sa vision du jeu. J’aime bien discuter avec lui. »

Dernier sujet : l’Equipe de France. D’abord, avez-vous suivi les Bleus pendant ces fameuses (et infâmes) fenêtres internationales ?

« J’ai suivi les matchs. J’ai même discuté avec Vincent après les matchs. C’est bête, c’est dommage d’en arriver là. Et ce n’est pas comme si le système précédent ne marchait pas. S’il y avait des gros problèmes dans le système d’avant, d’accord, mais là je pense qu’en général, ça satisfaisait tout le monde. Le point où j’étais d’accord, c’était pour agrandir l’Euro et donner plus de chances à d’autres pays d’y participer. Ça fait plus de matchs mais c’est bien. Ça pénalise beaucoup de pays. Imagine si la France, l’Espagne, l’Italie ou la Serbie ne se qualifient pas… Ça n’arrivera pas mais imagine. Ce serait une catastrophe ! »

On ne vous demande pas si vous êtes toujours impliqué…

« S’ils veulent bien de moi… Comme je l’ai dit, j’ai pris ma décision en connaissance de cause l’année dernière. »

Non mais en l’occurrence, la grave blessure de Kristaps Porzingis (qui était du dernier Euro cet été) rouvre l’éternel débat des compétitions internationales qui créent de la fatigue…

« La première fois que j’ai fait un Euro, je suis rentré et j’avais mal à l’épaule. Portland n’était pas content du tout. En 2014, ils m’ont interdit de la faire la Coupe du Monde ! Mais je suis allé la faire quand même… J’ai été tradé un an plus tard par contre [rires] ! Je ne crois pas que ça ait joué. Mais à l’époque, je m’en souviens, j’avais hésité parce que j’avais besoin de couper aussi. Mais je l’ai fait quand même et je ne regrette pas. Quand on enchaîne, ça finit par peser. »

Les améliorations du calendrier accommodées par la NBA avant la saison, avec moins de back-to-back, arrangent-elles les choses pour les joueurs ?

« Ça reste 82 matchs ! Ça coupe un petit peu mais ça ne change pas le nombre de matchs. Ce que ça a changé, c’est que le camp d’entraînement passe de trois semaines à dix jours. Mais c’est toujours aussi dur. La coupure du All Star Break fait aussi du bien. Un ou deux jours en plus, ça aide. »

C’est un casse-tête à chaque fois en somme…

« C’est vraiment à contrecoeur que j’ai pris ma décision [l’été passé]. Il y avait beaucoup de raisons pour ne pas y aller, et pas forcément pour une histoire de repos d’ailleurs. J’ai retenu la leçon : en 2014, je savais que si je n’y allais pas, je le regretterais. J’y suis allé et je ne l’ai pas regretté. Par contre, je l’ai payé derrière car j’avais vraiment besoin de couper. Mais une médaille de bronze, on bat l’Espagne à domicile. On fait une des plus belles médailles de l’histoire, ça valait bien un trade au final [rires] ! »

Propos recueillis à Portland

Basket USA

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