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Tom Meschery, l’ancien Warrior devenu poète

Il est né en Chine de parents russes, mais il est américain. C’est un basketteur de légende à San Francisco, dont le numéro 14 est retiré à l’Oracle Arena, mais c’est comme amateur patenté des belles lettres qu’il a décidé de finir sa vie.

Tom Meschery, qui fête ses 79 ans ce 26 octobre, était intense sur le terrain comme il était sensible en dehors. C’est un monsieur à part dans le milieu du basket : un homme aux cultures multiples, un joueur d’exception. Et un homme entier qui n’a pas peur de dire les choses. Un homme à part, mais à part entière !

Le basket, vecteur d’américanisation

Tomislav Nikolayevich Mescheryakov naît en 1938 à Harbin dans l’Etat de Mandchoukouo, feu province russe de Mandchourie, appelé alors du nom japonais donné par l’occupant. Il fait partie des quelques familles russes de la haute bourgeoisie, « les Russes blancs », qui s’y sont réfugiés pour fuir la révolution bolchevique.

« J’ai de fait émigré assez tôt et je suis devenu américain, mais ma famille est russe. La Russie est dans mon sang. Ma mère était de l’aristocratie russe et son père était un membre du Sénat, un courtisan du Tsar et une figure importante de l’Eglise orthodoxe russe. »

Mais avec la Seconde Guerre Mondiale, le refuge fut de courte durée. C’est l’armée impériale du Japon qui marche sur la Chine. Alors que le père avait déjà immigré aux Etats-Unis, Tomislav se retrouve pris avec sa mère et sa sœur dans un camp de concentration au Japon. Arrivé après la guerre à San Francisco, il se retrouve confronté à l’isolement, aux problèmes de l’intégration dans une société complètement différente. Le basket sera son passeport vers sa nouvelle identité.

« Le sport a rendu ma transition en Amérique bien plus facile. J’essayais tellement de bien jouer, comme si je devais prouver que je pouvais être un vrai Américain. Mieux je jouais, plus je serais considéré comme un Américain. Cela est devenu ma passion. J’étais obsédé par le basketball. Il n’y avait pas une minute que je n’aimais pas, que ce soit à l’entraînement ou ailleurs. Le basket combine le jeu d’équipe et le jeu individuel avec tant de profondeur. Le talent individuel peut être absorbé par l’équipe entière. »

Le « fou de Mandchourie »

Tom Meschery joue au basket comme il pense : avec obstination. Comme si sa vie en dépendait. Joueur intense et dur au mal, sa moustache effraie la ligue.

« Il donnait tout. Sans arrêt. Toujours à 100%. De ce que j’avais entendu, il avait toujours étalé la concurrence sans broncher. Je portais le numéro 14 à Chicago, mais quand je suis arrivé aux Warriors, j’ai dû en changer car c’était le numéro de Tom. C’était une légende à San Francisco. Il était même plus que ça. C’était un homme complexe avec de nombreuses facettes. Nous savions tous qu’il avait quitté le jeu pour écrire de la poésie et ouvrir une librairie en Californie du Nord » narrait Clifford Ray, son ancien coéquipier et ancien assistant des Celtics.

Dans une ligue de plus en plus policée, la figure anguleuse, l’esprit grand ouvert et la langue bien pendue de Tom Meschery décapent sévèrement. Mais la ligue des années 60 avait un toute autre visage. Et avec les nouvelles règles plus soporifiques encore, il regrette le temps béni du jeu physique. Viril mais correct comme on dit.

« Je pense qu’il y avait un autre état d’esprit. À l’époque, si les arrières venaient dans la raquette, ils se prenaient des coudes dans le visage. Ils se retrouvaient vite fait jeter au sol. Un arrière comme Jerry West était un des seuls à pouvoir pénétrer et il le méritait. Robertson avait lui son jump shot en périphérie pour éviter de se faire taper. Il n’y avait jamais de lay-ups faciles. J’aurais mis Kobe ou n’importe quel autre arrière vingt fois sur le cul à chaque match s’il essayait de venir dans la raquette. »

L’ami du grand Wilt

Coéquipier durant de nombreuses années dans l’équipe des Warriors avant que « The Big Dipper » ne s’envole vers les contrées plus rémunératrices de LA, Tom Meschery est toujours resté proche de Wilt Chamberlain.

Il était là, lui jeune rookie, quand Wilt inscrivait ses 100 points en ce jour du 2 mars 1962. Il raconte que c’est son plus grand souvenir de basket jusqu’à ce jour. À ce titre, et dans son après-carrière, il lui a dédié un poème. Malgré certaines divergences dont il ne s’est pas caché (peur de rien, on vous dit !), notamment sur le plan des idées politiques, Tom Meschery ne tarit pas d’éloges sur le phénomène qu’était Wilt Chamberlain.

« Wilt avait sa coterie d’amis. Nous étions aussi amis. Il a été incompris des médias et du grand public. Il n’était pas du tout un mec arrogant. Il était fantastique. Quand j’étais à Seattle, j’avais organisé un tournoi de ligue d’été pour les enfants des cités. Je voulais une superstar pour l’événement. J’ai appelé un des plus grands pivots de la ligue et il a refusé. J’ai alors appelé Wilt, et il est venu sur ses propres deniers depuis Los Angeles. Il est resté trois jours et a même arbitré tout le tournoi. Il n’a jamais fait grand-chose avec les médias. La plupart de ses œuvres caritatives se faisait hors de toute publicité, il le faisait pour le public et pas pour la célébrité. Il était très introverti, mais c’était aussi un mec très gentil. Je n’ai juste jamais compris pourquoi il préférait donner son vote à Richard Nixon, et ça je lui ai dit ! »

Le poète russe

Choisi en première position de l’expansion draft de Seattle en 1967, Tom Meschery allait découvrir le nord de la côte Ouest. Mais plus encore, il allait s’ouvrir à ce qui allait devenir sa seconde passion : la poésie.

« Je ne me considérais pas comme un homme de lettres à l’époque. Je me rendais bien compte de ce que je lisais beaucoup plus que mes coéquipiers durant les déplacements en avion. Je préférais lire de la poésie que jouer au poker. À vrai dire, je jouais au poker seulement quand Wilt était de la partie car il n’était vraiment pas bon. C’était de l’argent facile ! » révélait Tom Meschery. « Je n’ai jamais pensé en grandissant que la poésie était quelque chose d’efféminé. Mon père qui mesurait 1,98m et était solidement charpenté, lisait de la poésie et il sanglotait. Il pleurait en lisant des poèmes. Dès le plus jeune âge, j’ai apprécié la poésie. Mes coéquipiers trouvaient cela étrange mais comme j’avais un caractère bien trempé, ils n’osaient pas trop me remuer sur le sujet. »

Homme de culture(s), homme cultivé, Tom Meschery ne se pose cependant pas en sage repu des errements de ses congénères. Voici ce qu’il disait en 2010 du monde du sport américain.

« Même si l’on additionnait toutes les ligues majeures, on n’arriverait même pas à une once des malheurs créés pas les grosses entreprises – les Enron, George Bush ou Dick Cheney. Je suppose qu’il y a autant de voleurs dans le monde des entreprises. La racine du problème est l’avarice et il y aura toujours des problèmes en NBA. C’est le rôle du commissionner de garder le dessus, même s’il est évidemment impossible d’éliminer les transgressions des hommes. »

Basket USA

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