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Interview Joffrey Lauvergne : « Je veux voir jusqu’où la NBA peut me mener »

À ce rythme-là, il va bientôt pouvoir ouvrir un musée… Joffrey Lauvergne collectionne les maillots et les équipements d’un nombre de clubs qui ne cesse d’enfler depuis plusieurs années. L’intérieur tricolore va ainsi connaître une quatrième franchise en quatre ans de carrière NBA.

Signé par les Spurs un jour à peine après avoir été libéré par les Bulls, il n’a pas eu à stresser bien longtemps pour son avenir. Mais visiblement, le garçon est très demandé puisque les plus grosses écuries européennes (CSKA Moscou, Fenerbahçe) s’étaient déjà mis sur les rangs, tout comme les Kings et le Magic en NBA.

« L’Europe, j’ai déjà fait et je pourrais toujours y retourner »

Joffrey, vous venez de signer avec les Spurs après avoir été libéré par Chicago. qu’est-ce qui a motivé votre choix ?

« San Antonio, c’est à part. Parce que c’est San Antonio. Mais je ne considère pas le CSKA Moscou, ou Fenerbahçe en-dessous de certaines équipes NBA comme Denver ou d’autres du bas de tableau. [Un retour en Europe] se fera selon les opportunités que j’ai. Beaucoup de joueurs ne voient que par la NBA, mais je ne suis pas comme ça. »

Quels clubs étaient également sur les rangs cet été ?

« Il y avait des clubs européens aussi, le CSKA et Fenerbahçe justement. En NBA, il y avait Orlando et Sacramento. Il n’y avait surtout pas assez de différence dans le montant des contrats pour que j’aille dans une équipe où je savais que j’aurais du mal à me plaire. »

Qu’est-ce qui a fait pencher la balance en faveur de San Antonio dans votre décision finale ?

« C’est San Antonio, c’est une forte équipe. J’espère surtout que c’est une équipe qui va plus me convenir au niveau de l’environnement et de la mentalité que mes précédentes équipes. »

Mais avez-vous sérieusement considéré un retour en Europe, vous qu’on connaît très attaché au jeu européen ?

« J’ai 25 ans et j’ai encore du temps devant moi. L’Europe, j’ai déjà fait. Et je pourrai toujours l’avoir après. Pour l’instant, je veux voir jusqu’où peut m’amener la NBA. Denver, ça ne m’avait pas vraiment plu. Chicago, ça ne m’a pas plu, même si je n’y suis resté que deux mois. Mais Chicago, je ne voulais même pas y aller car je commençais seulement à me sentir bien à Oklahoma. Ça n’a pas été parfait [avec le Thunder] mais ça me plaisait plutôt bien. Maintenant, San Antonio, c’est parmi ce qui se fait de mieux au niveau du jeu. Ils ne sont plus vraiment en finale chaque année ces deux dernières années mais ils se battent encore pour les finales de conférence. Ce n’est pas rien ! Au niveau de l’organisation, c’est le top. L’avenir nous dira si j’ai bien fait d’être patient. »

Vous allez jouer avec Tony Parker la saison prochaine (quand il reviendra de blessure), mais cette fois en club. Que peut-il encore vous apporter ?

« Beaucoup de choses. Je vais surtout le voir dans un autre contexte. À chaque fois que je l’ai vu jusqu’à maintenant, c’était dans le contexte de l’Equipe de France. Le contexte NBA est bien différent, par rapport à la durée de la compétition et du nombre de matchs. Je vais l’observer de près. »

Et puis, jouer pour les Spurs, c’est l’opportunité de goûter à la méthode Popovich. Avez-vous déjà pu discuter avec lui ? 

« Pour le moment, je ne le connais pas plus que ça. Mais c’était la première fois de ma carrière où c’est le coach qui m’a appelé directement pour me recruter. Toutes les autres équipes NBA qui étaient intéressées, aucun coach ne m’a appelé. Donc, déjà ça, ça pèse. J’ai certes déjà entendu des histoires par Tony et Boris mais je ne le connais pas encore plus que ça. »

Et envie de jouer pour lui…

« Jouer pour lui et pour San Antonio. C’est une équipe qui joue vraiment pour quelque chose. Oklahoma, c’était aussi comme ça mais je n’ai pas eu le temps d’arriver jusqu’aux playoffs car je me suis fait échanger avant… »

« J’ai fait huit clubs différents en cinq ans ! »

On imagine que vous cherchez un peu de stabilité après une telle saison…

« Oui, j’aimerais bien [rires]. La dernière fois, on en parlait avec Edwin [Jackson] et on rigolait. Sur les cinq dernières années, j’ai changé de club huit fois ! Quand on voit ça de loin, on pourrait se dire que je n’en ai rien à faire, mais ça me dérange un peu quand même ! En Europe, je changeais de clubs parce que c’étaient des étapes obligatoires, des caps à passer. Mais en NBA, c’est parce que je n’étais pas maître de mon destin. »

Avez-vous davantage regretté de quitter Oklahoma City ou Chicago ?

« Oklahoma. Je n’ai rien contre Chicago, hein ! Mais j’y suis arrivé pour faire vingt matchs, un tour de playoffs et voilà quoi ! Tu arrives en fin de saison, c’est déjà spécial. Mais c’était bien trop court… »

Comment ça se passe avec les coéquipiers justement, quand on débarque en cours de route comme ça ?

« C’est difficile en général avec les coéquipiers américains. Ils ne sont pas comme nous. Même si nous, on essaie d’être comme eux, il y a une différence. C’est compliqué mais il y a de plus en plus de joueurs européens en NBA maintenant. C’est dans ces moments-là où on se dit que c’est important d’avoir une vie extra-basket. »

Le secteur intérieur des Bleus a connu beaucoup de forfaits, que cela vous inspire-t-il en termes de responsabilités ?

« J’ai entendu dire que Vincent allait nous responsabiliser plus que les autres années. Je suis prêt à relever le challenge. On verra. »

Comment avez-vous occupé votre été ? On vous a vu à la boxe notamment…

« J’ai fait de la boxe mais aussi d’autres activités. J’essaie de ne pas faire du basket tout le temps, c’est bien de couper. Quand je coupe, j’aime bien faire du sport. Donc, je fais d’autres trucs. Cet été, c’était la boxe beaucoup, un peu de tennis aussi, beaucoup de muscu parce que j’aime bien aussi. »

Après une année si mouvementée, quel regard portez-vous sur votre parcours ?

« J’ai connu un parcours atypique par rapport aux autres gars qui sont allés directement en NBA. J’ai eu la chance de tomber au Partizan, un club où j’ai pu combler mon retard, et même le dépasser. J’avais pris du retard sur pas mal de choses… Si on m’avait dit après Chalon que j’en serai là maintenant, à avoir vécu tout ce que j’ai vécu, moi je signe tout de suite ! »

Propos recueillis à l’INSEP

Basket USA

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