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Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (10)

La reprise de la saison NBA, ce n’est pas encore pour tout de suite ! L’Eurobasket déjà terminé pour les Bleus, on continue de chasser les ennuis avec de longs extraits d’un livre 100% basket américain.

Après « Un coach, onze titres NBA » de Phil Jackson, nous vous proposons le deuxième ouvrage dédié à la balle orange édité par Talent Sport : « Michael Jordan, The Life » de Roland Lazenby, un bouquin de plus de 700 pages qui retrace toute la carrière de « Sa Majesté ».

Nous avons passé les premiers chapitres – qui évoquent les aïeux, l’enfance et la carrière universitaire de Mike – pour attaquer ses débuts chez les pros, et cette semaine, nous sommes en 1987…

Le roman de l’été, c’est un épisode par semaine jusqu’en septembre. Bonne lecture !

 

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième partie

Sixième partie

Septième partie

Huitième partie

Neuvième partie

 

 

Le « I » dans « Victoire »

Il y avait quelque chose, dans cet appétit féroce, qui dérangeait beaucoup de monde au sein de la NBA. Larry Bird fut l’une des rares personnes qui osèrent en parler ouvertement. L’ailier des Celtics déclara à un journaliste : « Je n’aime pas voir le même gars prendre tous les tirs. Ce n’est pas ça, le basket. »

Jordan monopolisa le ballon cette saison-là à Chicago, prenant près d’un tiers des tirs de son équipe. C’était la première des neuf saisons qui le virent terminer en tête de la Ligue pour le nombre de tirs tentés. Mettre l’accent sur un joueur au détriment de la notion de collectif allait à l’encontre de ce que Tex Winter, le coach assistant des Bulls, considérait comme important dans ce jeu. Doug Collins semblait tout à fait favorable à ce que Michael rapporte un grand nombre de points, malgré les réticences de Winter. Peut-être en voulait-il encore plus si cela signifiait remporter encore plus de victoires. Timide, dans un premier temps, quand il s’agissait de coacher Jordan, Winter commença à pousser la star, dans sa troisième année NBA, à adopter une approche du jeu plus fondamentale. Jordan fut immédiatement irrité.

« Tu sais ce qu’il m’a demandé ?, confia-t-il au journaliste Curry Kirkpatrick. Et lorsqu’il a dit ça, je savais que l’un de nous était dépassé. Il m’a dit : “La meilleure chance que tu puisses avoir de réussir un panier sur un drive, c’est d’aller déposer la balle dans le cercle.” Il m’a demandé : “Pourquoi continues-tu de tenter tous ces sauts, ces mouvements et ces dunks délirants ?” Je n’arrivais pas à y croire. Je l’ai fixé du regard et je lui ai répondu : “Écoutez, je ne planifie rien de tout ça. Ça arrive, c’est tout.” »

Winter, qui allait sur ses 70 ans, avait plus de quarante ans d’expérience comme entraîneur de premier plan. Il avait été le coach de cinq universités et celui des Houston Rockets en NBA. Il s’était spécialisé dans le développement de l’attaque en triangle, qui était alors considérée comme archaïque. Certaines personnes dans le basket se moquaient de Tex, le prenant pour une sorte d’excentrique. Jerry Krause, qui le connaissait depuis des années, l’admirait profondément, lui ainsi que son attaque. Presque au point de le vénérer. Il était irrité de voir que ni Stan Albeck, ni Doug Collins ne suivaient ses conseils en attaque.

 

Tex Winter moqué par les joueurs

L’attaque de Winter n’était pas simplement une affaire de positions, comme il aimait le faire remarquer, il s’agissait d’un système ou d’une philosophie pour aborder le jeu, complété par un ensemble de principes fondamentaux liés. Le coach assistant le plus âgé se concentrait sur les détails d’une façon qu’aucun autre coach professionnel n’avait jamais considérée. Par exemple, il s’agitait sans fin en voyant que Jordan ne pouvait pas lancer une passe basique à hauteur de buste selon ses standards. Albeck et Collins avaient résisté aux conseils de Winter principalement parce que en tenir compte les aurait obligés à se dédier à son système tout entier. Son système, où il reconsidérait le moindre détail, créait une attaque qui prenait systématiquement le dessus sur la défense en exploitant les zones délaissées du parquet. Cela permettait aux joueurs de savoir où ils allaient avoir des positions de tir. Plus important encore, on déployait un front, avec les deux arrières, qui permettait d’équilibrer le jeu. L’idée de Winter, c’était qu’un joueur serait toujours en mesure de revenir en défense pour empêcher les contre-attaques faciles pour l’adversaire.

« À sa manière, Tex était un homme très obstiné et combatif, commenta Johnny Bach. Il croyait dans cette attaque en triangle avant même les pages de l’Évangile. C’était son évangile à lui. Il voulait installer ce système. J’ignore si Krause lui avait dit : “Oui, tu peux mettre tes systèmes en place.” Il ne devait pas seulement convaincre Doug. Il devait également convaincre Michael que cette attaque était non seulement bonne pour l’équipe mais que lui-même pouvait opérer dans ce cadre. »

C’était une histoire difficile à vendre. Elle était d’autant plus difficile à vendre que Jordan voyait en Winter l’un des gars de Krause. Il était donc « corrompu ». C’était une cible lui permettant de s’amuser un peu. « Tex était comme un grand-père pour nous tous, se souvint le préparateur physique Mark Pfeil. Mais les joueurs se moquaient de lui. Michael avait l’habitude de le taquiner. Sur tout. Un jour, à l’entraînement, il s’est faufilé derrière lui et il lui a baissé son short jusqu’aux genoux. Tex s’est retrouvé fesses nues. »

Winter ne rapporta rien de tout cela à Krause mais la distance grandit entre Collins et lui. Collins, l’entraîneur qu’il était supposé guider. Winter croyait avoir été engagé pour enseigner le basket, alors il l’enseignait aussi souvent que possible, avec une sorte de retour franc et direct que la plupart des joueurs n’avaient pas connue depuis l’université.

« Lorsque nous entrons sur le parquet pour un entraînement, j’entraîne quiconque se présente, avait dit un jour Winter en commentant son approche. Et je vais l’entraîner à ma façon, qu’il s’agisse de Michael Jordan ou de qui que ce soit. Cela ne fait aucune différence. Ils le savent. Si je vois Michael commettre une erreur, je le corrigerai aussi vite que je le ferais pour quelqu’un d’autre. D’un autre côté, c’est un tel athlète que vous devez le gérer un peu différemment des autres joueurs. Je ne pense pas que vous puissiez vous en prendre à lui d’une manière très critique. Un gars plus jeune ou un autre type, vous avez le sentiment de pouvoir les motiver en leur tombant dessus de façon assez rude. »

 

Doug Collins complique toujours les choses

Tandis que Bach poussait Jordan à attaquer, Winter parlait constamment de l’approche collective. Et sa volonté pouvait être tout aussi forte que celle de Jordan. Le conflit couva au sein du coaching staff de Chicago, exacerbé par la détermination de Collins à être indépendant. « Il a apporté un enthousiasme qui est allé au-delà du normal, affirma Bach à son sujet pendant sa première saison. Il était excité, surtout en compétition. Certains entraîneurs voient peu de choses sur le parquet. Ils sont très bons sur ce qu’ils enseignent mais ils ne voient pas beaucoup plus que cela. Doug, lui, a toujours été un entraîneur qui voyait trop de choses. » Collins ne semblait jamais pouvoir laisser un truc en l’état. Il ajoutait toujours de nouveaux systèmes de jeu à la feuille de route de l’équipe.

Compte tenu du conflit qui opposait ses parents et de celui qui opposait ses entraîneurs, il n’est pas étonnant que Jordan ait donné l’impression de perdre confiance dans les figures qui représentaient l’autorité autour de lui. Mais la critique, elle, semblait toujours retenir son attention. Il ne fait aucun doute que les observations émises par Bird et Winter le prirent par surprise et le laissèrent un peu sur la défensive. « Je prends ces coups comme un défi pour devenir meilleur et faire en sorte que mon équipe aille mieux, déclara-t-il lors d’une interview. Mais ce n’est pas comme si je jouais avec une escouade de joueurs majeurs… Quiconque pense cela est un imbécile. »

En réalité, l’égoïsme croissant de Jordan quand il s’agissait de marquer avait commencé à générer du ressentiment parmi ses coéquipiers. Quelques années plus tard, Michael lui-même fit preuve de franchise sur la question. Il reconnut qu’il était concentré sur sa personne plutôt que sur son équipe. À l’époque, sa concentration sur son propre jeu et ses propres capacités semblait insondable. Il avait tenu compte des conseils de Bach et persisté à privilégier à l’attaque à tout-va.

Le mois de mars apporta une autre série de cinq matches à 40 points et plus. En avril, il eut l’occasion de devenir le seul joueur, depuis Wilt Chamberlain en 1962-63, à marquer plus de 3 000 points dans une saison. Chamberlain l’avait fait deux fois. Jordan inscrivit 53 points contre Indiana, puis 50 contre Milwaukee. Don Nelson, le coach des Bucks, enleva sa cravate et écrivit dessus « Grande saison, grande personne » avant de la donner au n°23 des Bulls. Nelson était un autre de ces entraîneurs à l’ancienne, « Laissez faire l’assassin ». Plus tard, il échangerait des insultes subtiles avec Tex Winter et Phil Jackson dans le feu de la compétition. La cravate signée, c’était sa façon d’encourager Michael, exactement comme Bach. Le monstre offensif régala ses fans avec sa seconde performance à 61 points de la saison, cette fois contre Atlanta, au Chicago Stadium. Jordan termina la saison avec 3 041 points et la meilleure moyenne de la Ligue, 37.1 points par match.

 

Collectif contre one-man show

Durant sa charge contre les Hawks, il signa 23 points d’affilée, ce qui constituait un record NBA. À la fin du match, il arma un tir de la moitié du terrain et loupa la cible de peu. Une telle action incitait les puristes comme Winter à hocher la tête de dépit. Pendant ce temps, les fans partout dans la Ligue exultaient. Au moment où Michael quitta le terrain, Winter lui dit : « Il n’y a pas de lettre “I” (sous-entendu, « Moi, Je ») dans le mot “Team” (équipe). » Jordan mit ce moment en avant dans le discours qu’il prononça pour son intronisation au Hall of Fame, en 2008. Il rappela qu’il avait regardé Winter et lui avait répondu : « Oui mais il y en a une dans le mot “Win” (gagner). »

Cet épisode résuma le grand débat du basket. Le débat de la culture américaine elle-même. L’individu en opposition à l’équipe ou au groupe, à la société. Avec le recul, il devint clair, à la fois pour Winter et pour Jordan, que la confrontation philosophique qui les opposait eut un profond effet sur tous les deux, leur succès ultérieur et leur propre vision du jeu. La « récompense » de Jordan pour sa démonstration offensive tout au long de la saison fut son éviction des deux cinq défensifs de l’année. Cela le rendit furieux. Cette saison-là, il était devenu le premier joueur de l’histoire de la NBA à cumuler plus de 200 interceptions et 100 contres. Il totalisait 236 interceptions et 125 contres.

Dans l’histoire de la Ligue, Jerry West avait été le seul meilleur marqueur à intégrer un cinq défensif All-NBA. Jordan voulait être reconnu pour son jeu complet. Il avait établi des records de franchise sur une saison dans six catégories différentes. Sa production suffit pour mener la première équipe de Doug Collins à un bilan de 40 victoires-42 défaites et un nouvel affrontement avec les Celtics au 1er tour des playoffs. Bird et Boston réussirent un sweep, bouclant la série en trois matches (Jordan tourna à 35.7 points). Cela donnait du poids au message de Larry Bird et Tex Winter : la force collective d’une équipe pouvait facilement éclipser un one-man show. Les Bulls de Michael Jordan avaient perdu neuf matches de playoffs. Ils n’en avaient remporté qu’un seul sur ses trois premières saisons en NBA. « Le gars dont vous voulez voir les actions marquantes, c’est lui, commenta Danny Ainge, l’arrière de Boston. Mais je ne sais pas si ce serait amusant de jouer avec Michael. »

 

Magic Johnson est un peu jaloux

Ses performances individuelles sur l’année poussèrent malgré tout ses détracteurs les plus déterminés à prendre la parole. « Tout le monde dit toujours que ce jeu, c’est Larry et moi », déclara à la presse Magic Johnson, qui défit les Celtics en Finales NBA avec les Lakers pour s’adjuger le titre de champion. « En réalité, c’est Mike et tous les autres. » Jordan et Johnson s’étaient mutuellement identifiés comme les meilleurs joueurs de la planète basket. Autrefois, Magic était l’idole de Michael au lycée. Il apparaissait maintenant comme un adversaire différent. Il n’était pas simplement question de gagner. Jordan essuyait des critiques importantes, allant de son rôle au sein de son équipe à ses relations avec les stars des autres formations.

« Ce n’est pas un secret au sein de la Ligue : même avec ses quatre bagues de champion, Johnson nourrit quelque chose qui semble être davantage que de la jalousie professionnelle envers Jordan, écrivit Curry Kirkpatrick dans l’hebdomadaire « Sports Illustrated ». Sur le plan marketing, Magic aurait dû être l’égal de Michael sept ans plus tôt, lorsqu’après avoir remporté le titre NCAA 1979 avec Michigan State, il avait réalisé un tour de force dans le Match 6 des Finales NBA 1980 en menant les Lakers à la victoire contre les Philadelphie Sixers. »

De toute évidence, cela dérangeait toujours Johnson et d’autres vétérans de voir le contrat de Nike avec Jordan et les efforts de promotion qui allaient avec lui conférer un statut qui dépassait celui des stars les plus accomplies de la Ligue. Michael, lui, n’hésitait pas à exprimer sa théorie : Magic Johnson avait été derrière la manœuvre de Jerry Buss, le propriétaire des Los Angeles Lakers, pour tenter d’échanger James Worthy. « Je n’ai rien contre lui, déclara Jordan à Kirkpatrick. Je pense simplement qu’il n’aime pas les joueurs qui viennent de North Carolina. »

Que Magic Johnson et Isiah Thomas en fassent autant à propos de ce qui était alors leur grande amitié n’aida pas. Johnson envoya une invitation pour son match de charité réunissant des All-Stars l’été, une rencontre très appréciée. Jordan la déclina sèchement. Il n’avait visiblement pas oublié l’affront subi lors du All-Star Game deux ans plus tôt.

La vérité, c’est que l’arrière de Chicago devait honorer un nombre impressionnant d’engagements durant l’intersaison. Jordan avait ri la première fois que David Falk lui avait montré le nom Air Jordan. En moins de trois ans, il était devenu une force de marketing sans précédent. Les ventes de chaussures et d’accessoires Nike étaient estimées à 165 millions de dollars. « Dans un premier temps, j’ai pensé que c’était une lubie, affirma Michael en revenant sur le succès de sa ligne de chaussures. Mais c’est beaucoup plus important aujourd’hui qu’avant. Les montants sont tout simplement exorbitants. »

 

Effrayé, le PDG de Nike songe à faire marche arrière

Curieusement, Phil Knight avait commencé à avoir des doutes au sujet des relations de sa société avec Jordan. Cela généra une sorte de drame. Il se prolongea l’année suivante, alors que les discussions se poursuivaient à propos d’un nouveau contrat pour Air Jordan. C’était comme si « MJ » avait acquis trop de pouvoir trop vite. Cela avait effrayé Knight, expliqua Sonny Vaccaro. Il était difficile de maintenir des ventes aussi importantes. Une légère baisse donna au président de Nike un motif pour marquer une pause. « Phil était prêt à se débarrasser de lui, affirma Vaccaro. Il était prêt à signer toutes les équipes d’université et à oublier Michael. Je lui ai dit : “Tu ne peux pas faire ça.” »

Rob Strasser avait quitté la société. Il conseillait maintenant Jordan et le poussait à développer sa propre ligne de produits. Knight rejeta cette idée. Il continua de s’interroger sur la valeur de la relation entre Nike et Jordan. Jusqu’à ce que Vaccaro rassemble quelques chiffres indiquant clairement que l’entreprise ne pouvait rien gagner, sur le marché des universités, qui soit proche des ventes d’Air Jordan.

Knight avait le choix : prendre ses distances avec Michael ou bien surfer sur cette vague, même si elle était quelquefois effrayante. Il choisit finalement de maintenir le cap avec Jordan. Un nouveau gros contrat fut signé. Cette transaction permit quelques années plus tard l’émergence de la marque Jordan Brand et créa une richesse inimaginable pour un sportif.

« Il a eu cette grosse augmentation. Puis la marque Jordan, souligna Vaccaro à propos des contrats successifs de l’intéressé avec le fabricant de chaussures. Il ne fait aucun doute qu’il a été bien servi. C’était énorme. Michael écrivait sa légende. C’était une transaction qui ouvrait une nouvelle ère dans l’histoire des contrats. Cela ne fait aucun doute. Et il faut le porter au crédit de Michael et de Nike : ils ont créé un empire. » « Il grimpait très vite et le produit était terriblement bon, ajouta Johnny Bach. Michael essayait chaque nouvelle paire de chaussures qui était fabriquée. Il était très fier du produit. Il voulait s’assurer qu’il aimait ce qu’il voyait. »

Son image semblait ne faire plus qu’une avec celle de Nike, tandis qu’il continuait à la fois d’embrasser et de s’éloigner de cette gloire dévorante. Comme si le temps d’antenne des spots Nike à la télé n’avait pas suffi, l’émission « 60 minutes » sur CBS diffusa un portrait de dix minutes réalisé par Diane Sawyer. Il mettait en scène un Michael Jordan amusant, presque doux. C’était le genre d’image fabriquée à laquelle vous ne pouviez pas ne pas succomber. David Falk était près de lui, fou de joie. En support de ce que son agent appela le « spot publicitaire » de 60 minutes, on assista à la première apparition de Michael comme personnage de dessin animé. Il était mis en scène dans la bande dessinée populaire « Shoe », écrite par Jeff MacNelly. Ce lauréat du prix Pulitzer se trouvait être un camarade Tar Heel. Avec Michael, aucune connexion ne semblait échouer. La première collection de jouets à son image devait sortir dans les rayons pour les fêtes de Noël.

 

L’extraterrestre des sports pros américains

Lacy Banks revint vers les Bulls comme journaliste sportif pour le « Chicago Sun-Times » en 1987 et fut présenté à Jordan. Sa première impression sur la star, c’était que Michael était assis sur le trône et qu’il était assez satisfait de ce rôle, comme il s’en souvint quelques années plus tard en riant. « Il avait pris possession du monde. » « C’était comme s’il avait été adoubé, se remémora Sonny Vaccaro. Je veux dire sérieusement. Même lorsqu’il faisait une chose qui n’était pas prévue, tout allait bien. »

Ses fans et ses adversaires commençaient à comprendre que son ascension était plus fulgurante et prodigieuse que ce que chacun avait pu imaginer. « À l’époque du sport à la télé, observa David Falk cet été-là, en 1987, si vous deviez créer un sportif pour les médias et une star pour les années 1990 – un être sain, clair, naturel, ne jouant pas trop un modèle de vertu, un peu espiègle ; en associant un talent spectaculaire, une taille moyenne, une bonne élocution, une vraie capacité de séduction, une certaine accessibilité, des valeurs d’un ancien temps -, vous inventiez Michael Jordan. Il est le premier hybride moderne des sports d’équipe. Nous pensions qu’il transcendait le genre humain et le basket. » « Les choses changeaient et Michael était au centre du changement, expliqua Sonny Vaccaro. Il faisait des spots publicitaires pour tout le monde et il est devenu cette entité. »

McDonald’s, Coca-Cola, Chevrolet, Wilson Sporting Goods et une demi-douzaine d’autres entreprises utilisèrent son image pour promouvoir leurs produits. Les montants qu’elles lui versaient éclipsaient son contrat de quatre millions de dollars sur cinq ans avec les Bulls. Ce qui signifiait que son programme, cet été-là, était rempli par tous les rendez-vous imaginables, des invitations aux émissions de télé aux lancers pendant les matches de la Ligue majeure de baseball (MLB).

« Il a fallu s’y habituer mais maintenant, j’aime bien tous ces trucs en dehors du terrain, confia Jordan pendant un court déplacement à Pittsburgh, à caractère promotionnel, cet été-là. « C’est comme si je retournais à l’école. J’apprends sans arrêt. À l’université, je n’avais jamais pris conscience des opportunités offertes à un athlète professionnel. J’ai eu la chance de rencontrer toutes sortes de personnes, de voyager, de développer mes compétences financières, d’avoir des idées, d’apprendre des choses sur la vie, de créer un monde en dehors du basket. »

 

Juanita Vanoy au centre de l’échiquier

Une grande partie de ce monde à part semblait intégrer de plus en plus Juanita Vanoy. Il lui avait demandé sa main le réveillon du Nouvel An, au moment où ils considéraient l’année 1987 et l’abondance qu’elle semblait devoir leur offrir. De fait, il avait acheté une nouvelle maison au nord de Chicago, d’une surface de 500 m2, avec cinq chambres. Tandis qu’elle l’aidait à la décorer, ils commencèrent à imaginer le genre de vie qu’ils pourraient mener ensemble. La nouvelle de leur engagement ne fit pas très plaisir aux parents de Michael, toujours engagés dans un combat personnel pour conserver une influence dans sa vie.

Les activités discrètes qui faisaient sourire James Jordan constituaient un cauchemar pour la mère de Michael et pour sa fiancée. « Nous vivons dans un monde plein de tentations, expliqua Sonny Vaccaro. À ce niveau-là, au niveau de Michael, c’est incroyable. Il était beau. C’était un jeune gars séduisant assis sur le toit du monde. Les légendes sont ainsi faites. Mais toutes ces choses sont propres à la gloire et à la fortune. C’est difficile d’être une idole. »

Vaccaro voyagea et travailla suffisamment souvent avec Jordan pour être surpris, voire stupéfait par sa discrétion. Même s’il était jeune, Michael était manifestement assez sage pour ne pas placer ses amis et ses associés dans une position inconfortable. Il avait ses moments mais ce n’était pas un séducteur déchaîné comme Magic Johnson, qui prétendit plus tard avoir couché avec pas moins de cinq cents femmes par an au sommet de sa gloire.

Pour Vaccaro, le fait que Jordan ait été capable de négocier les épreuves de la célébrité démontrait l’étonnante étendue de ses talents et de ses dons. « Quand vous parlez de Michael, il y avait de toute évidence cette chose… Ce mélange de séduction, peu importe ce que c’était. J’utilise le mot « charisme » mais on dirait que personne ne peut définir ce que cela veut réellement dire. Toutes ces choses dont nous parlons dans sa vie, y compris son combat personnel à l’intérieur de sa famille, il a surmonté tout cela. Il y a quelque chose de vraiment exceptionnel là-dedans. Il n’y a pas beaucoup de personnes qui peuvent faire ça, dans tous les domaines de la vie. »

A suivre…

 

Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life »

726 pages, 32 euros, 13,99 euros en format numérique (ePub).

En vente en librairie, dans les grandes surfaces et sur les sites de vente en ligne.

Talent Sport : http://talentsport.fr

https://www.facebook.com/Talentsport2014/

Autres livres de basket disponibles

> Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (sorti le 14 mai 2014)

> Jack McCallum, « Dream Team » (sorti le 8 juin 2016)

> Kent Babb, « Allen Iverson, not a game » (sorti le 9 novembre 2016)

> Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (sorti le 31 mai 2017)

 

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