"Lecture"

Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (11)

La reprise de la saison NBA, ce n’est pas encore pour tout de suite ! On continue de chasser l’ennui avec de longs extraits d’un livre 100% basket américain.

Après « Un coach, onze titres NBA » de Phil Jackson, nous vous proposons le deuxième ouvrage dédié à la balle orange édité par Talent Sport : « Michael Jordan, The Life » de Roland Lazenby, un bouquin de plus de 700 pages qui retrace toute la carrière de « Sa Majesté ».

Nous avons passé les premiers chapitres – qui évoquent les aïeux, l’enfance et la carrière universitaire de Mike – pour attaquer ses débuts chez les pros, et cette semaine, nous sommes en 1987…

Le roman de l’été, c’est un épisode par semaine jusqu’en septembre. Bonne lecture ! Lire la suite »

Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (10)

La reprise de la saison NBA, ce n’est pas encore pour tout de suite ! L’Eurobasket déjà terminé pour les Bleus, on continue de chasser les ennuis avec de longs extraits d’un livre 100% basket américain.

Après « Un coach, onze titres NBA » de Phil Jackson, nous vous proposons le deuxième ouvrage dédié à la balle orange édité par Talent Sport : « Michael Jordan, The Life » de Roland Lazenby, un bouquin de plus de 700 pages qui retrace toute la carrière de « Sa Majesté ».

Nous avons passé les premiers chapitres – qui évoquent les aïeux, l’enfance et la carrière universitaire de Mike – pour attaquer ses débuts chez les pros, et cette semaine, nous sommes en 1987…

Le roman de l’été, c’est un épisode par semaine jusqu’en septembre. Bonne lecture ! Lire la suite »

Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (9)

La saison NBA est terminée, il va falloir chasser l’ennui et trouver de quoi s’occuper. Basket USA a pensé à vous ! Comme l’an passé, nous vous offrons une sorte de roman de l’été, de longs extraits d’un livre 100% basket américain.

Après « Un coach, onze titres NBA » de Phil Jackson, nous vous proposons le deuxième ouvrage dédié à la balle orange édité par Talent Sport : « Michael Jordan, The Life » de Roland Lazenby, un bouquin de plus de 700 pages qui retrace toute la carrière de « Sa Majesté ».

Nous avons passé les premiers chapitres – qui évoquent les aïeux, l’enfance et la carrière universitaire de Mike – pour attaquer sa première année sur les parquets pros, en 1984-85.

Le roman de l’été, c’est un épisode par semaine jusqu’en septembre. Bonne lecture !

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième partie

Sixième partie

Septième partie

Huitième partie

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Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (8)

La saison NBA est terminée, il va falloir chasser l’ennui et trouver de quoi s’occuper sur la plage. Basket USA a pensé à vous ! Comme l’an passé, nous vous offrons une sorte de roman de l’été, de longs extraits d’un livre 100% basket américain.

Après « Un coach, onze titres NBA » de Phil Jackson, nous vous proposons le deuxième ouvrage dédié à la balle orange édité par Talent Sport : « Michael Jordan, The Life » de Roland Lazenby, un bouquin de plus de 700 pages qui retrace toute la carrière de « Sa Majesté ».

Nous avons passé les premiers chapitres – qui évoquent les aïeux, l’enfance et la carrière universitaire de Mike – pour attaquer sa première année sur les parquets pros, en 1984-85.

Le roman de l’été, c’est un épisode par semaine jusqu’en septembre. Bonne lecture !

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième partie

Sixième partie

Septième partie

Les Bulls attaquèrent leur saison, à la fin de l’automne 1985, en signant trois victoires consécutives mais au cours du troisième match contre les Golden State Warriors, Michael Jordan se cassa l’os naviculaire du pied gauche. Cette blessure avait contrarié ou mis un terme à la car- rière de plusieurs joueurs NBA. Prévoyant un retour rapide, il resta assis pendant le match suivant, avec ce qui était décrit comme une « blessure à la cheville ». C’était le premier match qu’il manquait durant sa carrière, lycée compris. Même sa fracture du poignet quatre semaines avant le début de sa saison sophomore à North Carolina ne l’avait pas empêché de tenir sa place. « Je me sens comme un supporter, avait-il déclaré aux journalistes le lendemain de sa blessure à Golden State. Je ne peux rien faire. Je peux juste regarder mes coéquipiers et les encourager. »

Et puis vint le diagnostic. « Après ça, l’année a été un désastre total », commenta Jerry Reinsdorf. Jordan a loupé les 64 matches suivants. Partout dans la Ligue, les vétérans échangèrent des regards complices. Le style de jeu de Michael, qui ne se ménageait pas et donnait tout, l’avait finalement rattrapé. « Il faisait ça tout le temps, se souvint George Gervin, résumant la sagesse populaire. C’est probablement pour cela qu’il a été blessé. Parce qu’il jouait tout le temps à fond. »

 

Pour Nike, le ciel s’effondre

La nouvelle de cette fracture au pied frappa Nike comme une avalanche. La marque venait tout juste d’investir des millions de dollars sur son nom. « La partie entière allait être terminée, résuma Sonny Vaccaro. Nous avons réalisé cela. Tout aurait pu se terminer là. » Jordan partageait leurs craintes. « J’avais un peu peur, expliqua-t-il plus tard. Je ne voulais pas être dérangé par qui que ce soit. Je ne voulais pas entendre sonner le téléphone. Je ne voulais pas regarder la télé. Je ne voulais pas écouter de la musique. Je voulais juste l’obscurité car cette blessure était une chose à laquelle je devais faire face et c’était très douloureux. Pour la première fois, je devais envisager de faire autre chose que jouer au basket. C’était très différent. »

Une fois la réalité de cette blessure acceptée, il eut envie de rentrer chez lui. Une idée qui fut immédiatement désapprouvée. « Michael voulait rentrer en Caroline du Nord et suivre sa rééducation là-bas, précisa Mark Pfeil, préparateur physique des Bulls à l’époque. Nous pouvions organiser ça en concertation avec Jerry Reinsdorf et Jerry Krause et bâtir un programme pour Michael en Caroline du Nord. Il a suivi sa rééducation là-bas, a travaillé pour obtenir son diplôme et a eu une certaine tranquillité d’esprit. Grâce à cela, il était prêt à reprendre la compétition à son retour. » Certains observateurs, parmi lesquels plusieurs de ses coéquipiers, ont critiqué le fait que Jordan quitte l’équipe pendant sa blessure. Même s’il n’avait disputé que trois matches, il était n°1 à l’Est dans les votes des fans pour le All-Star Game cet hiver-là.

« J’étais très frustré et dans un premier temps, je n’ai pas su comment gérer la situation, se souvint Michael. Je suis parti loin de tout ça, je suis retourné en Caroline du Nord, j’ai travaillé pour décrocher mon diplôme et j’ai suivi l’équipe à la télé. C’est la meilleure façon de faire face à cette situation. »

 

George Gervin est cramé

Durant son séjour à Chapel Hill, Michael prit place sur le banc de North Carolina pendant les matches, ce qui lui donna l’opportunité, pour la première fois, d’observer le système qui l’avait façonné. Lorsque son pied commença à aller mieux, il s’aventura en territoire interdit et commença à jouer dans des matches improvisés, à l’insu de Jerry Reinsdorf et Jerry Krause. « J’ai appris ça beaucoup plus tard, confia Krause. Après deux semaines, il était de retour sur le terrain. Je ne sais pas si c’est exact mais je l’ai entendu. Il n’a jamais dit qu’il jouait. Nous avons eu une réunion trois semaines plus tard au téléphone.

“Comment vas-tu ?

– Beaucoup mieux.

– Les médecins veulent que tu continues à te reposer. Viens ici durant la prochaine quinzaine, nous allons t’observer à nouveau.”

Cela a duré pendant deux mois.

« Je savais qu’il jouait là-bas parce qu’il me l’avait dit, admit Sonny Vaccaro. Il avait dit : “Je vais aller voir si ce foutu truc va bien. Je vais voir si je peux le faire. J’ai besoin de m’éloigner des gens et je sais que je serai protégé. » Cette information a à la fois rassuré et terrifié le staff de Nike, qui avait beaucoup misé sur sa carrière.

Privé de Michael Jordan, Stan Albeck dut faire de Gervin l’une de ses principales options offensives. Albeck avait entraîné Gervin à San Antonio. Aussi, les Bulls adoptèrent un ensemble de systèmes pour « Ice Man ». « Stan a fait de son mieux étant donné les circonstances, commenta Cheryl Raye-Stout, journaliste de radio à Chicago. Michael absent, il y avait beaucoup de types qui n’en avaient plus rien à faire du basket. Pendant les temps morts, il y avait des joueurs comme Sid Green qui ne participaient même pas aux regroupements. »

« C’était dur pour Stan, déclara Sidney Green en 1995. Il avait de grandes attentes pour l’équipe et pour Michael. Lorsque Michael s’est retrouvé sur la touche, Stan a dû changer tout son plan de jeu. Il a essayé de bâtir l’équipe autour de George Gervin mais George avait fait son temps. Il possédait encore son finger roll. À l’exception de George, nous étions tous jeunes. Vous devez vous souvenir que c’est l’année où Quintin Dailey a eu ses problèmes. »

 

La descente aux enfers de Quintin Dailey

Dailey était tombé dans une spirale de matches manqués et d’apparitions tardives. Lorsqu’il loupa un match en février, Krause le suspendit. Pour la deuxième fois en huit semaines, Dailey intégra un établissement de soins pour toxicomanes. « Quintin a été en retard à une autre séance de tirs et à ce moment-là, je savais qu’il avait des problèmes avec la coke, expliqua Krause. Nous attendions qu’il se présente pour le match. Stan a dit : “S’il arrive, je le ferai jouer.” Je lui ai dit : “L’aventure est finie pour lui chez les Bulls.” J’ai pris la décision, à ce moment-là, de commencer à chercher un autre entraîneur. »

L’absence de leadership dans l’équipe durant l’absence de Jordan soulignait tout le poids qu’il portait sur ses épaules. Le record des Bulls s’établissait à 22 victoires-43 défaites courant mars quand il expliqua à la direction que sa blessure était, selon lui, guérie et qu’il voulait revenir. « Je ne voulais pas voir mon équipe tomber dans le trou, expliqua-t-il plus tard. Je pensais être suffisamment rétabli pour apporter mon écot. »

Ses plans prirent Reinsdorf de court et occasionnèrent une autre confrontation difficile avec Krause. Le propriétaire et le general manager se posaient de sérieuses questions sur les risques que courait l’équipe avec un retour aussi rapide. « Ce qui nous a fait partir sur le mauvais pied, Michael et moi, raconta Krause, c’est qu’il pensait que je lui avais dit : “Tu es notre propriété et tu feras ce que nous voulons que tu fasses.” Je ne me souviens pas de lui avoir jamais dit ça en ces termes. Il a mal interprété mes propos. J’essayais de l’empêcher de jouer parce qu’il était touché au pied et que les médecins disaient : “Non, non, non.” Reinsdorf lui parlait des risques. C’était un gamin qui voulait jouer. Je ne pouvais pas le lui reprocher. Mais c’est là que tout a commencé. Parce que nous avons dit : “On va te laisser en retrait.” Nous étions tous assis dans cette salle et Stan ne faisait rien pour aider. Il aurait pu nous aider en expliquant la situation à Michael mais il s’est montré égoïste. Il aurait pu se ranger de notre côté et du côté des médecins, qui disaient que Michael n’était pas prêt à jouer. »

 

Jordan se sent comme un esclave

Krause se souvint de Jordan assis là, « avec de la vapeur lui sortant par les oreilles. Il a lancé : “Vous êtes en train de me dire que je ne peux pas jouer ?” » Plus ils parlaient, plus sa fureur grandissait. « On traitait avec des hommes d’affaires puissants qui faisaient des millions et mes millions étaient comme des centimes pour eux, commenta-t-il plus tard. Tout ce que je voulais, c’était reprendre le sport que j’avais pratiqué pendant très, très longtemps. Mais ils ne l’ont pas vu de cette façon. Ils ont pensé à protéger leur investissement de façon à ce que leurs millions continuent d’arriver. C’est là que je me suis vraiment senti utilisé. C’est la seule fois où je me suis vraiment senti utilisé en tant qu’athlète professionnel. J’ai eu l’impression d’être un objet. » « J’avais une peur bleue, confessa Krause à propos de la situation. Je ne voulais pas rester dans l’histoire comme le gars qui avait fait revenir Michael Jordan trop tôt. »

Le n°23 estima que la direction voulait continuer à perdre des matches pour améliorer la position de la franchise dans la draft. « Perdre des matches intentionnellement reflète le genre de personne que vous êtes vraiment », déclara-t-il au « Chicago Tribune ». Un commentaire qui résonna des années plus tard, lorsqu’il devint propriétaire d’une équipe NBA (les Charlotte Bobcats, devenus Charlotte Hornets). « Personne ne devrait jamais essayer de perdre pour avoir quelque chose de mieux. Vous devriez toujours essayer de faire du mieux possible avec ce que vous avez. S’ils voulaient vraiment participer aux playoffs, j’aurais été là chaque fois que nous aurions eu une chance de remporter un match. »

« C’était comme un feuilleton télé, affirma Reinsdorf en 1995. Nous étions trop honnêtes avec Michael. Nous lui avons communiqué le rapport des trois médecins que nous avions consultés à propos de la date de son retour. Tous les trois avaient dit que la blessure n’était pas suffisamment guérie. Ils avaient précisé que s’il jouait, il y avait 10 à 15% de chances que cela mette un terme à sa carrière. Michael était un compétiteur né. Il voulait simplement jouer. J’ai pensé qu’il avait le droit d’entendre ce que les médecins avaient à dire. Je n’ai jamais pensé qu’il risquait toute sa carrière. Cela n’avait tout simplement pas de sens pour moi. Michael a considéré que s’il avait 10 à 15% de chances d’en rester là, cela lui laissait 85 à 90% de chances de ne pas se blesser à nouveau. Pour moi, il n’était pas question d’un quelconque ratio risque/récompense. La récompense était de revenir et de jouer dans une équipe qui avait déjà connu une mauvaise année. Pourquoi risquer votre carrière entière pour cette récompense ? Michael a insisté sur le fait qu’il connaissait son corps mieux que moi. Alors, nous sommes parvenus à un compromis. Il jouerait progressivement, sept minutes seulement par mi-temps pour commencer. »

 

La règle idiote des 7 minutes

Face à ce coup du sort, Jordan évacua sa colère en menant les Bulls presque à lui seul. « Mike était comme ça, expliqua Mark Pfeil. Quand il estimait que rien ne pouvait l’atteindre, il se concentrait et jouait. Entorses, élongations, spasmes musculaires, grippe… La première question de Michael était toujours : “Est-ce que je vais avoir mal en jouant ?” Si je lui répondais non, c’était fini. Il se concentrait sur la suite. »

« Ils ont limité son nombre de minutes, se rappela Cheryl Raye-Stout. Ils ont littéralement regardé une montre pour savoir combien de temps il pouvait jouer. Stan s’asseyait et devait calculer le temps. Avec le retour de Michael, il était tout le temps sous pression. Certains ont pensé que ce temps de jeu limité avait pour but de les aider à obtenir un lottery pick. Nous ne connaîtrons jamais la réponse à cette question. »

Pendant un match, Albeck fit jouer Jordan plus longtemps qu’il n’était supposé le faire, se souvint Reinsdorf. « J’ai dit à Krause de lui demander de ne pas le refaire. Stan nous a dit ce qu’il en pensait. Le match suivant avait lieu à Indiana. Il restait 25 ou 30 secondes, les Bulls étaient menés d’un point. À ce moment-là, Michael avait atteint les sept minutes. Stan l’a sorti du match. Il l’a fait sortir juste pour nous montrer combien cette règle des sept minutes lui semblait ridicule, combien c’était arbitraire ».

Les Bulls ont remporté le match sur un tir en suspension de John Paxson mais Reinsdorf était furieux. Albeck l’avait fait passer pour un idiot. « La chose que je n’ai jamais pu comprendre, déclara Pfeil, c’est comment Michael pouvait s’entraîner pendant deux heures et ne pas être capable de jouer plus de 14 minutes. »

« Le temps de jeu de Michael a augmenté lorsqu’il est devenu évident que nous pouvions faire les playoffs, souligna Reinsdorf. Finalement, Krause est descendu à la mi-temps d’un match, tard dans la saison. Il a demandé au préparateur physique de dire à Stan de faire jouer Michael le plus de minutes possible. Je n’aurais pas dû le laisser jouer du tout cette année-là. Ce fut une erreur. »

Le déguisement de Dieu

Le retour de Jordan à un temps de jeu maximal aida les Bulls à remporter six de leurs treize derniers matches. Ils terminèrent la saison avec 30 victoires pour 52 défaites. Un bilan tout juste suffisant pour se hisser en playoffs, avec une victoire en fin de saison sur Washington.

Tête de série n°8, Chicago affronta les Boston Celtics, tête de série n°1, au 1er tour. Dirigés par Red Auerbach, président, et entraînés par K.C. Jones, les Celtics allaient boucler cette année avec un record à domicile de 50 victoires-1 défaite. Larry Bird était en passe de remporter son troisième titre de MVP consécutif. Les Celtics étaient dans une période faste : ils atteignirent quatre ans de suite les Finales NBA, de 1984 à 1987, et remportèrent deux fois le titre (1984, 1986). C’était une grande, une très grande équipe de basket avec un frontcourt qui associait Larry Bird, l’ailier fort Kevin McHale et les pivots Robert Parish et Bill Walton. Dans ces playoffs 1985, tous avançaient déterminés vers la seizième bannière de champion de la franchise.

« Notre équipe pouvait gagner n’importe quel genre de match, résuma Bill Walton. Elle avait un roster complet, un coach brillant, un leader exceptionnel dans le front office en la personne de Red, des fans spectaculaires et l’avantage du terrain parfait. Elle possédait en plus Larry Bird, le plus grand joueur avec lequel j’aie jamais joué. Bird était capable d’enflammer les supporters à domicile beaucoup plus que n’importe quel autre joueur. Et aussi grand que pouvait être Larry comme joueur, il était encore plus grand en tant qu’être humain, encore meilleur en tant que leader. Aussi grands que soient nos visions, nos souvenirs et nos rêves concernant Larry Bird en tant que joueur, il était mieux que cela. Il était mieux que cela parce que le jeu, les règles, l’horloge, les arbitres, tout créait énormément de contraintes pour un basketteur comme lui, qui était un artiste inventif. Il était Michel-Ange. Il était Bob Dylan. Il était le type qui voyait des choses que personne d’autre ne voyait. Il était capable de prendre ce rêve et cette étincelle et de les transformer en action. Il n’y avait aucun basketteur comme Larry Bird. »

 

Pas de plan anti-MJ

Comme joueur, le coach de Boston, K.C. Jones, avait peut-être été l’arrière qui mettait le plus de pression sur le porteur du ballon. Il remporta championnat après championnat aux côtés de Bill Russell. En ce mois d’avril, la confiance de Jones était aussi souveraine que ses joueurs. Il ne vit pas la nécessité de faire un effort particulier contre ces Chicago Bulls hétéroclites et leur jeune star qui sortait de la liste des blessés. « Nous n’avions vraiment rien préparé pour défendre sur lui, se remémora Kevin McHale. Nous n’avons rien fait. Nous avons juste décidé de le laisser marquer. Et vous vous souvenez du premier match. Il est devenu fou. »

Dégagé des prises à deux, Jordan marqua 49 points en 43 minutes dans le Match 1 mais Boston écrasa Chicago 123-104. « Cette défense en un-contre-un sur Jordan ne fonctionne pas vraiment pour les Celtics », affirma le commentateur Tommy Heinsohn à la mi-temps de cette première rencontre.

Dennis Johnson et Danny Ainge, deux excellents défenseurs, assurèrent la surveillance de Michael durant cette série, avec les remplaçants Rick Carlisle et Jerry Sichting. « Après ce premier match, nous avons jugé que nous devrions probablement faire prise à deux sur lui ou tenter un truc, ajouta McHale. K.C. Jones a indiqué : “Nous allons y réfléchir.” Ils avaient remporté 30 matches. Nous en avions gagné 67. Il n’y avait aucune chance qu’ils nous battent. »

Jordan avait autre chose en tête trois soirs plus tard, avant le Match 2 au Boston Garden. « Il y eut un silence total dans le vestiaire avant la rencontre, raconta Sidney Green. Michael était extrêmement concentré. Nous savions qu’il avait l’intention de faire quelque chose d’énorme. » La confrontation alla en double prolongation. En 53 minutes de jeu, Jordan prit 41 tirs et en réussit 22. Les Celtics commirent beaucoup de fautes sur lui. Il réussit 19 de ses 21 lancers francs. Il ajouta 6 passes, 5 rebonds, 3 interceptions et 4 pertes de balle sur la feuille de match. Ses 63 points établirent un record NBA, toutes époques confondues, pour un match de playoffs.

« C’était Dieu déguisé en Michael Jordan », déclara Bird après la rencontre. Le commentaire resta associé aux moments forts de Jordan pour l’éternité. Avec ce seul exploit, il avait fait vaciller l’assurance de la meilleure équipe de basket. « Dans le premier match, il avait marqué 49 points et nous avions gagné de 19 points, commenta Walton. Nous nous étions dit : “Oh, il ne le refera plus jamais.” Au match suivant, il a planté 63 points, a éliminé toute l’équipe avec les fautes et si Larry Bird n’était pas devenu dingue, nous n’aurions pas gagné 135-131 en double prolongation. »

 

La NBA entre en effervescence

Ce jour-là, Bird inscrivit 36 points en 56 minutes et il fallut l’apport offensif du roster entier de Boston pour contrer l’effort de Jordan. McHale marqua 27 points, Ainge 24, Johnson 15, Parish 13 et Walton 10. « Nous n’avions vraiment pas conçu de plan pour lui, pour être honnête, précisa McHale. C’était comme si nous étions simplement entrés sur le parquet en lui disant : “Bon, tu sais que nous allons pratiquer notre défense habituelle. Si tu marques contre nous, qui s’en souciera ?” Personne ne s’attendait à une performance à 60 points. » Walton ajouta : « Dans le vestiaire, après ce deuxième match, nous avons dit : « Ce type est assez bon. Pourquoi ne fait-on pas prise à deux sur lui ? On verra si Dave Corzine et les autres Bulls peuvent réussir quoi que ce soit. »

Dans le Match 3, Jordan fit face à des prises à deux et à la taille des Celtics. Il prit 18 tirs au Chicago Stadium et en réussit 8. Il termina avec 19 points, 10 rebonds et 9 passes. Son équipe fut balayée 122- 104. « Nous avons fait prise à deux sur lui et lui avons pris la balle des mains, commenta McHale. Nous avons vraiment mis un plan en place pour lui. Les gens ont oublié que nous avons conclu cette série par un sweep. On était à 3-0. Nous sommes rentrés chez nous. »

Le résultat de la série ne semblait guère avoir d’importance. Toute la NBA et les fans étaient en effervescence devant les prestations de Jordan. Quatre ans plus tôt, il avait retenu l’attention d’une large audience dans le pays avec un tir spectaculaire pour remporter le championnat NCAA. La performance de Michael contre Bird et ses Celtics mena sa légende vers de nouveaux sommets. Tout comme les supporters, les coaches NBA étaient éblouis par ce qu’il avait accompli contre la meilleure équipe de basket.

« C’était merveilleux ! s’extasia Sidney Green. Je connais Michael. C’est le genre de gars qui aime que les gens ne le croient pas capable de faire quelque chose. Cela n’a fait qu’ajouter plus de combustible à son feu intérieur. Il voulait se prouver à lui-même mais aussi prouver à tout le monde qu’il pouvait tenir sa place en étant blessé et qu’il était prêt à jouer. »

Plus que tout, c’était un message pour la direction des Chicago Bulls. « C’est lors de ce match, admit Reinsdorf quelques années plus tard, que nous avons commencé à réaliser combien Michael pouvait être bon. » Cela a également constitué un moment important pour Michael à titre personnel. « Jusque-là, il y avait pas mal de types dans les médias qui affirmaient que j’étais bon mais pas de la même classe que Magic Johnson ou Larry Bird, rappela-t-il quelques années plus tard. J’ai gagné le respect de Larry Bird. À mes yeux, c’était cela qui me montrait que j’étais sur la bonne voie. Pas les points que j’avais marqués parce qu’à la fin de la journée, nous avions perdu le match. C’est un temps fort sympa à regarder mais il n’est pas très amusant puisque j’ai perdu. La formule de Bird était le plus beau compliment qu’on m’ait fait à ce stade de ma carrière. »

 

A suivre…

 

Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life »

726 pages, 32 euros, 13,99 euros en format numérique (ePub).

En vente en librairie, dans les grandes surfaces et sur les sites de vente en ligne.

Talent Sport : http://talentsport.fr

https://www.facebook.com/Talentsport2014/

Autres livres de basket disponibles

> Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (sorti le 14 mai 2014)

> Jack McCallum, « Dream Team » (sorti le 8 juin 2016)

> Kent Babb, « Allen Iverson, not a game » (sorti le 9 novembre 2016)

> Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (sorti le 31 mai 2017)

 

Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (7)

La saison NBA est terminée, il va falloir chasser l’ennui et trouver de quoi s’occuper sur la plage. Basket USA a pensé à vous ! Comme l’an passé, nous vous offrons une sorte de roman de l’été, de longs extraits d’un livre 100% basket américain. Lire la suite »

Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (6)

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Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (5)

La saison NBA est terminée, il va falloir chasser l’ennui et trouver de quoi s’occuper sur la plage cet été. Basket USA a pensé à vous ! Comme l’an passé, nous vous offrons une sorte de roman de l’été, de longs extraits d’un livre 100% basket américain.

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Le roman de l’été, c’est un épisode par semaine jusqu’en septembre. Bonne lecture ! Lire la suite »

Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (4)

La saison NBA est terminée, il va falloir chasser l’ennui et trouver de quoi s’occuper sur la plage cet été. Basket USA a pensé à vous ! Comme l’an passé, nous vous offrons une sorte de roman de l’été, de longs extraits d’un livre 100% basket américain.

Après « Un coach, onze titres NBA » de Phil Jackson, nous vous proposons le deuxième ouvrage dédié à la balle orange édité par Talent Sport : « Michael Jordan, The Life » de Roland Lazenby, un bouquin de plus de 700 pages qui retrace toute la carrière de « Sa Majesté ».

Nous avons passé les premiers chapitres – qui évoquent les aïeux, l’enfance et la carrière universitaire de Mike – pour attaquer sa première année sur les parquets pros, en 1984-85.

Le roman de l’été, c’est un épisode par semaine jusqu’en septembre. Bonne lecture !

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

 

CHAPITRE 16

La première impression

Jordan rentra chez lui fin août pour une autre cérémonie en son honneur, cette fois au Thalian Hall de Wilmington. Il présenta officiellement sa mère avec sa médaille d’or olympique. Le lycée Laney profita de l’occasion pour retirer le numéro 23 de Michael des maillots des Buccaneers. Un mois plus tard, il fit le voyage pour le camp d’entraînement de Chicago.

Michael imaginait que sa vie chez les Chicago Bulls serait très différente de celle qu’il avait eue aux Tar Heels. Il n’avait aucune idée de l’énorme différence à laquelle il serait confronté. Cela commença avec le coaching. Il n’était plus du tout bridé par les diktats de Dean Smith ou de Bobby Knight. Son nouveau coach, Kevin Loughery, avait 44 ans. C’était l’archétype de la période de folie du basket professionnel, dans les années 1960 et 1970, où il s’était illustré avec les Baltimore Bullets (devenus Washington Wizards). Loughery avait un fort accent de Brooklyn et un sourire de travers qui allait bien avec son approche très euphorique du jeu. « Kevin était de la vieille école, commenta l’ancien préparateur physique des Bulls Mark Pfeil. À cette époque, les gars faisaient encore la fête dans le basket pro. Tu venais, tu faisais le taf puis tu partais en soirée dans les bars, pour t’amuser un peu. »

Loughery avait un rapport intuitif au basket. Il avait été un bon joueur professionnel, tournant à 15.3 points par match sur douze saisons. Loughery a tout de suite séduit Jordan parce qu’il avait coaché Julius Erving et les New York Nets et qu’il avait remporté deux titres en American Basketball Association avec eux. En tant que joueur, il avait défendu sur Jerry West dans la finale de division 1965 Los Angeles Lakers-Baltimore Bullets, une série pendant laquelle le n°44 californien avait battu des records avec des matches à 40 points. Grâce à ses expériences avec West et Erving, Loughery avait compris que des qualités physiques supérieures imposaient leurs propres lois. Sous Loughery, la jeune star de l’équipe allait avoir le ballon aussi souvent que possible.

 

Le vent de la liberté

Jordan a déclaré très souvent que Loughery était de loin le plus fun des coaches pour lesquels il avait joué. « Il m’a donné la confiance pour m’exprimer à ce niveau, expliqua Michael plus tard. Lors de ma première année, il m’a donné la balle et m’a dit : “Eh, p’tit gars, je sais que tu as du jeu. Alors, vas-y.” Je ne pense pas que cela aurait été le cas dans le système d’un autre coach. »

Soudain, le Jordan jouant à fond la gomme, le spectre volant qui avait hanté la salle du lycée Laney, était réapparu mais avec un physique plus développé et un jeu plus affiné. Ses qualités athlétiques ne se cachaient plus.

Loughery utilisa cette année pour aider Jordan à trouver son identité comme joueur et gagner en confiance. Le coach le laissait dérouler son jeu plutôt que de le lui imposer. Il comprenait que Michael avait une très forte envie de briller et réalisait que c’était son job de nourrir cette envie. Le système de Dean Smith – et même celui de Bobby Knight – avait restreint son développement. Loughery voulait donner à Jordan la liberté nécessaire à son accomplissement. Loughery voulait donner à Jordan la liberté dont il avait besoin pour s’épanouir. Le fait que Loughery puisse asseoir son autorité avec le soutien du general manager Rod Thorn y a beaucoup contribué. Rod Thorn avait été son assistant chez les Nets et il avait toute confiance en son coaching.

La relation personnelle de Loughery avec la jeune star a été tout aussi importante. « Je pouvais lui parler comme à un ami », expliqua Jordan. Loughery avait été dans la même situation. Il comprenait les défis qui se présentaient au rookie, notamment celui lancé par ses nouveaux coéquipiers. En lieu et place des jeunes All-American hyper motivés de UNC, Jordan devait dorénavant travailler avec une bande de bras cassés et autres joueurs déclassés, dont certains étaient confrontés à des problèmes d’alcool et de cocaïne.

Le talentueux meneur Quintin Dailey était la cible d’une véritable campagne de rejet de la part du public de Chicago. Cela avait commencé bien avant que Jordan n’arrive. « Q était un bon ami, affirma le préparateur physique Mark Pfeil. J’avais de la peine pour lui. Nous avons essayé de le mettre en garde mais comment voulez-vous faire pression sur quelqu’un qui est parti de rien ? Il m’a répondu : “Je finirai à la rue ? J’ai été à la rue. Je peux survivre dans la rue. On ne peut pas me faire peur avec ça.” »

LOS ANGELES, CA: Michael Jordan #23 of the Chicago Bulls moves the ball at the parameter against the Los Angeles Clippers during a 1984-85 season game at the Sports Arena in Los Angeles, California. (Photo by Rick Stewart/Getty Images)

Un effectif plein d’âmes en perdition

Un autre joueur de talent est lui aussi tombé dans l’excès d’alcool et de cocaïne. Il s’agit d’Orlando Woolridge. Cet ailier en provenance de Notre Dame jouait chez les Bulls depuis trois ans. Les deux coéquipiers étaient malheureusement engagés sur une voie qui les mènerait à un décès prématuré (1). L’effectif était rempli d’âmes en perdition. Comme l’expliqua le chargé de communication des Bulls, Tim Hallam, Jordan avait trop l’esprit de compétition pour manifester de l’intérêt pour l’alcool ou la drogue. Cela aurait signifié montrer une faiblesse à l’adversaire. Une chose que Michael n’aurait jamais faite.

Le joueur d’appoint Rod Higgins, l’une des rares personnes stables de l’équipe, avait trois ans de plus que Jordan. Dans le chaos que représentait cette saison, ils sont vite devenus amis. Cette amitié dura bien plus longtemps que leurs carrières respectives de joueurs. Six ans plus tard, Jordan dit de ses coéquipiers, au sein de cette première équipe, qu’ils étaient les plus affûtés physiquement mais aussi les plus paumés. Il les appelait les « Looney Tunes » (2).

La salle d’entraînement des Bulls, Angel Guardian Gym, ne semblait pas devoir mener davantage au succès que ses infortunés nouveaux coéquipiers. « C’était une sorte de salle sombre et lugubre avec un parquet très dur, expliqua Tim Hallam. C’était du brut de décoffrage. On garait sa voiture sur la pelouse par derrière. Il y avait un petit chemin piétonnier sur lequel les joueurs étaient autorisés à s’approcher en voiture. Puis ils devaient le quitter pour se garer dans l’herbe. Le vestiaire était une vraie antiquité. Il n’y avait rien à manger. Vous savez, c’était très austère. Il n’y avait aucune sorte d’équipement. »

Angel Guardian était toujours remplie d’enfants, d’après les souvenirs de celui qui fut longtemps le responsable billetterie, Joe O’Neil : « L’équipe devait attendre en rang que les CE2 quittent le parquet. Là, les Bulls pouvaient s’entraîner. Les joueurs investissaient le parquet et il y avait un rang de gosses en travers du hall. Ils allaient à la piscine ou à la salle. »

 

La météo, Michael s’en fout

L’ancien meneur des Bulls John Paxson se souvenait que cet endroit était également très froid, n’offrant que peu de répit contre la météo bien connue de Chicago. Jordan n’accorda absolument aucune importance à ces conditions, pas plus qu’il ne l’avait fait au Venezuela, lors des Jeux panaméricains. Angel Guardian était, en tout point, aussi bien que les terrains extérieurs d’Empie Park et que tous les autres endroits où il avait joué et grandi. Il haussa tout simplement les épaules et se mit au travail.

Pendant ces premières semaines, les Bulls logèrent leur nouveau rookie au Lincolnwood Hyatt House, non loin d’Angel Guardian. Quand Jordan atterrit à l’aéroport O’Hare, quelques jours avant le camp d’entraînement, il fut accueilli par un chauffeur de limousine de 29 ans, appelé George Koehler, qui venait de rater une course et qui essayait d’en trouver une autre. Il aperçut le frêle et jeune rookie, l’appela par erreur « Larry Jordan » et lui proposa de l’emmener n’importe où dans la ville pour 25 dollars. « Vous connaissez mon frère ? », lui avait alors demandé Jordan en lui jetant un regard confus. Cela fut le début d’une très belle relation. Koehler est devenu le chauffeur régulier de Michael puis son assistant personnel et enfin un ami de longue date.

Il se souvenait d’un Jordan encore vert et peu sûr de lui ce jour-là dans la grande ville. « J’ai regardé dans le rétroviseur et je pouvais à peine le voir car il était recroquevillé comme un môme, raconta Koehler. Je ne sais pas s’il était déjà monté dans une limousine. Il ne connaissait personne à Chicago. Je lui étais étranger et il était manifestement tendu, craignant que je ne le largue dans une impasse quelque part. » Jordan prit rapidement ses repères. « Il venait tous les jours à l’entraînement comme s’il devait disputer un Match 7 des Finales NBA, se rappela Joe O’Neil en riant. Il vous aurait détruit à l’entraînement. C’est ce qui a donné le ton à notre équipe. »

 

« Il avait tout le package »

Loughery avait déjà vu Michael jouer de loin. De près, l’impact était beaucoup plus impressionnant. « Quand on a commencé à faire des exercices de un-contre-un, se souvint-il, on a immédiatement réalisé qu’on avait affaire à une star. Je ne peux pas dire que nous savions qu’il deviendrait le meilleur basketteur de tous les temps. Mais nous avons tout de suite senti que Michael savait shooter et marquer. Beaucoup de gens ont douté de cela. Sous Dean Smith à l’université et sous Bobby Knight aux Jeux olympiques, il jouait dans un système basé sur le jeu de passes. Aussi, les gens n’avaient jamais eu la possibilité de le voir manier le ballon comme il savait le faire. Lorsque nous nous sommes aperçus quel compétiteur acharné il était, nous avons compris que nous avions un joueur de très grande classe. »

Bill Blair, l’assistant de Loughery, se rappela que les coaches avaient décidé de faire du cinq-contre-cinq tout terrain durant le deuxième jour d’entraînement afin d’observer les qualités de Jordan en situation. « Michael a pris un rebond défensif puis a traversé tout le terrain. Il a pris son envol en tête de raquette et a écrasé un dunk. Kevin a dit : “On n’a plus besoin de continuer le cinq-contre-cinq.” »

« Sa faculté d’anticipation était très développée – il pouvait lire le jeu -, comme sa vélocité et sa puissance, se souvint Loughery. C’est un autre élément qui a souvent été négligé. La puissance de Michael. Il avait vraiment tout le package. »

Pourtant, depuis le départ, Jordan restait focalisé non pas sur ce qu’il avait mais sur ce qu’il n’avait pas. « C’est sûr que je joue à un autre niveau, plus dur, dit-il après son premier entraînement chez les pros. J’ai beaucoup à apprendre. »

« Vous saviez que vous aviez affaire à quelqu’un de spécial parce que Michael était toujours à l’entraînement quarante minutes en avance, rapporta Blair. Il voulait travailler son shoot. Et après l’entraînement, il vous demandait de l’aider. Il travaillait encore son shoot. Il ne comptait pas les heures qu’il passait à la salle. Le truc que j’ai toujours adoré avec lui, c’est que lorsqu’on le sortait pour qu’il souffle, il était toujours sur votre dos, vous demandant de le remettre en jeu. Michael adorait jouer au basket. »

 

Secretariat

La délégation des médias chargés d’assurer la couverture du premier jour de présence de Jordan au camp d’entraînement était composée, exactement, d’un journaliste de quotidien, d’un auteur de magazine, de quatre photographes et d’une équipe de télévision. Il est vrai que l’équipe de baseball des Cubs clôturait une saison digne des livres d’histoire ce week-end-là et les Bears (football américain) rencontraient Dallas dans leur stade, le Soldier Field, le dimanche, mais la triste vérité est que personne ne se préoccupait des Bulls en septembre 1984. Avec ou sans Michael Jordan. « Les Bulls étaient le parent pauvre de la ville, expliqua Jeff Davis, directeur des sports à la télévision à « Second City » (3).

Il n’y avait pas que Chicago. La NBA aussi s’en fichait royalement. La Ligue avait un nouveau contrat télévisuel avec CBS Sports cette saison-là et elle n’avait pas inclus une seule fois les Bulls dans sa programmation. Même les stations locales n’étaient pas intéressées par des reportages sur les Bulls pour leurs journaux, précisa Davis. « La télé se déplaçait rarement à cette époque. » Si une équipe de télé se pointait à Angel Guardian, Loughery n’y prêtait aucune attention. Il n’y avait pas de restrictions quant à l’accès des médias aux entraînements. Jeff Davis y allait tout simplement parce qu’il était fan de basket. « Je n’oublierai jamais ces entraînements de début de saison. Bon sang ! Il y avait une intensité, chez Jordan, qui n’existait chez aucun autre joueur que nous avions eu parce qu’il avait un talent immense. On pouvait voir à quel point il bossait dur et on savait qu’il ferait quelque chose. Il montait au cercle avec une telle aisance, face à n’importe qui… Il était exigeant. Il voulait que les défenseurs se collent à lui. “Plus près. Allez, défends dur ! Bouge-toi, nom de Dieu !” Il poussait des jurons. Il avait un franc-parler sacrément rude. »

« Michael choisissait quelqu’un chaque jour, témoigna le préparateur physique Mark Pfeil. On a pu voir ça très tôt. Tous les jours, quelqu’un allait être son souffre-douleur. Ça pouvait tomber sur n’importe qui dans l’équipe. Des gars comme Ennis Whatley, Ronnie Lester ou encore Quintin Dailey. Michael attaquait et leur plantait des paniers sur la tête, encore et encore. Il en faisait ses souffre-douleur pour les faire jouer plus dur, principalement parce qu’il avait un grand esprit de compétition. Il y a eu des fois, pendant son année rookie, où l’entraînement était ingérable. Loughery frappait dans ses mains et laissait Michael faire son truc. »

« C’était intéressant d’avoir un rookie comme Michael, affirma Rod Higgins en 2012. Instantanément, il gagna le respect des anciens grâce à sa compétitivité. Quand le camp d’entraînement a commencé, j’ai compris que ce gamin chercherait des noises à ses coéquipiers s’ils n’élevaient pas leur niveau de jeu. Il ne se préoccupait pas, par ailleurs, de savoir lequel des vétérans défendait sur lui. »

« Michael est comme Secretariat (4), plaisanta le coach assistant Fred Carter en début de saison. Tous les autres chevaux savent qu’ils devront galoper pour se maintenir à niveau avec lui. » « À l’entraînement, Loughery mettait Michael dans différentes équipes juste pour voir ce qu’il pouvait faire, précisa Rod Thorn. Quelle que soit l’équipe dans laquelle Kevin le mettait, cette équipe gagnait. Kevin m’a dit : “Je ne sais pas si ce sont les autres gars qui sont trop mauvais ou bien si c’est lui qui est trop bon…” »

 

L’équipe qui perd court 10 tours

« Kevin faisait toujours un truc à l’entraînement, ajouta Pfeil. Il divisait l’effectif en deux équipes. La première à 10 gagnait. L’équipe qui perdait courait 10 tours. Kevin appelait ça “10 points ou 10 tours”. Michael n’a pas couru un seul tour de la saison… Un jour, son équipe menait 8-0. Kevin l’a fait passer dans l’autre équipe. Michael était furieux. Il a marqué les neuf premiers points et son équipe a gagné. »

« Dès que je l’ai vu au camp, j’ai changé mes plans en attaque, rapporta Loughery. Il imposait le type d’attaque dont nous avions besoin. Nous n’étions pas une équipe très forte en enlevant Michael. Donc, il aurait à prendre beaucoup de shoots. J’ai aussitôt pensé à des moyens de l’isoler pour qu’il joue des situations de un-contre-un. C’était cohérent de le mettre dans cette situation car il était plus puissant que la plupart des arrières. On devait bâtir notre attaque autour de lui. »

Jordan espérait jouer arrière pour avoir un avantage de taille sur des adversaires plus petits. Loughery poussa cette analyse un cran plus loin. Ce rookie pouvait créer des déséquilibres avantageux au poste de meneur. En fait, il pouvait aussi jouer petit ailier. Cette polyvalence signifiait en substance que les Bulls bénéficiaient d’un renforcement sur trois positions.

L’équipe entama une petite tournée de matches exhibitions avant le coup d’envoi de la saison 1984-85. Elle commença au Civic Center de Peoria, devant 2 500 spectateurs. Jordan prit place sur le banc des remplaçants. Il scora 18 points. Le mini-calendrier de cette tournée mena ensuite les Bulls à Glens Falls, dans l’État de New York, où Michael s’en donna à cœur joie avec des dunks pendant l’échauffement, pour le plus grand plaisir d’un public qui l’applaudit chaudement, jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il allait infliger une défaite à ses Knicks.

 

Une ambiance de chambre mortuaire

Lors d’une étape dans le Nord de l’Indiana, Tim Hallam s’aperçut pour la première fois que quelque chose était différent dans la connexion que les fans établissaient avec Jordan. Il inscrivit 40 points ce soir-là. Après le match, un groupe de supporters, dont beaucoup de jeunes garçons, l’ont suivi dans le hall comme si Jordan était leur joueur de flûte de Hamelin. Ce magnétisme devint encore plus apparent au fil des jours. Plus tard, il serait nécessaire de l’isoler, de le protéger de la puissance déchaînée de cette affection. Mais établir ce cordon sanitaire prit des mois. Dans les premiers jours de sa saison rookie, son public grandissant était bon enfant.

La réaction de ses coaches et de ses coéquipiers lors de ce premier camp d’entraînement et l’engouement qu’il suscita chez les fans pendant la présaison renforcèrent l’idée que Michael allait révolutionner la franchise. « On a vu ses qualités, expliqua Loughery, mais il fallait se trouver en sa présence chaque jour pour constater la compétitivité du bonhomme. Il essayait de prendre le dessus dans toutes les situations difficiles. Il se jetait corps et âme dans la bataille. Et il adorait ça. »

Cette franchise avait besoin de tout ce que ce nouveau rookie avait à offrir. La première fois où ils assistèrent à un match des Bulls au Chicago Stadium, James et Deloris Jordan furent sidérés par l’assistance clairsemée et l’ambiance de mort qui y régnait. En comparaison de l’énergie intense du basket à l’Université de Caroline du Nord, les matches des Bulls apparaissaient pathétiques. Les Jordan se demandaient comment l’équipe parviendrait à payer leur fils des centaines de milliers de dollars chaque année. Ça va s’améliorer, disait Deloris à son mari, mais elle était loin d’en être sûre.

Cette négativité commençait avec le Stadium lui-même, la « Madhouse on Madison », située en plein milieu d’un des pires quartiers de Chicago. Ce quartier avait rudement souffert pendant les émeutes qui avaient suivi l’assassinat du Dr Martin Luther King en avril 1968. Quinze années après, la quasi-totalité du West Side était devenue complètement glauque. Tout fan suffisamment brave pour aller assister à un match des Bulls, garer sa voiture et poursuivre son chemin à pied jusqu’aux portes d’entrée le faisait souvent la peur au ventre. « Il y avait ces gosses qui vous disaient : “Est-ce que je peux laver votre pare-brise, Monsieur ?, se rappela Davis. Si vous vous gariez sur le parking et que vous ne leur donniez pas un peu de monnaie, vous aviez vos pneus crevés. C’était courant. Si vous étiez avec les médias, on vous disait : “Ne vous garez pas n’importe où, allez sur le parking de l’équipe et partez de là aussi vite que vous le pouvez après le match.” Et donc, vous aviez un exode massif du parking en l’espace de 30 à 45 minutes. Les gens ne s’attardaient pas aux abords de la salle après les matches. »

 

Chicago, le trou à rats

« Les Bulls étaient en difficulté à l’époque et le Stadium était dans le West Side, expliqua Tim Hallam. En ce temps-là, ça n’avait pas l’allure que cela a maintenant, avec tout le développement économique. C’était la deuxième salle la plus vieille de la Ligue, derrière le Boston Garden. Vous savez, c’était un endroit magnifique quand il avait été construit, avec une très belle acoustique. Le bruit était restreint car il rebondissait sur le toit et revenait. Il n’y avait pas de réverbération assourdissante. C’était idéal pour une foule bruyante mais nous n’avions pas des salles remplies de monde à l’époque. Aussi, l’ambiance était bien souvent glaciale. » « Nous avions un tout petit noyau d’abonnés, admit Joe O’Neil. Au troisième quart-temps, je pouvais compter l’assistance. Je sortais et je comptais les supporters. »

Steve Schanwald, qui finit par devenir vice-président des Bulls, arriva à Chicago en 1981 en tant que dirigeant de l’équipe de baseball des White Sox. Diplômé de l’Université du Maryland, il avait adoré l’enthousiasme du basket de l’ACC et se fit une joie d’aller assister à quelques matches des Bulls. Il eut un choc. « Le Stadium était un bâtiment froid pour le basket, se remémora Schanwald. J’aimais bien y aller car je pouvais me trouver un siège et me détendre. Mais ça faisait vraiment peine à voir. Je ne pouvais pas croire que c’était du basket NBA. Ça ressemblait plus à du basket CBA (5). Ou pire encore. Le Stadium en lui-même était une super salle quand il était plein de monde. Mais quand il était vide, il y régnait une ambiance de mort. Il n’y avait pas de tableau d’affichage étincelant. On m’a dit que dans les premiers temps, les fans des Bulls suivaient les matches de basket à travers le plexiglas du hockey. C’est vous dire le peu de respect qu’inspiraient les Bulls. »

 

  1. Quintin Dailey est décédé en novembre 2010, à 49 ans. Orlando Woolridge est décédé en mai 2012, à 52 ans.
  2. Littéralement, « chansons idiotes ». On pourrait traduire par « les Détraqués ».
  3. Surnom de Chicago, deuxième ville la plus peuplée des États-Unis depuis 1890 avant d’être dépassée par Los Angeles en 1990.
  4. Cheval de course faisant partie des plus grands champions de l’histoire.
  5. La Continental Basketball Association (1946-2009) était une ligue mineure de basket.

 

Roman de l’été : « Michael Jordan, The Life » (3)

La saison NBA est terminée, il va falloir chasser l’ennui et trouver de quoi s’occuper sur la plage cet été. Basket USA a pensé à vous ! Comme l’an passé, nous vous offrons une sorte de roman de l’été, de longs extraits d’un livre 100% basket américain.

Après « Un coach, onze titres NBA » de Phil Jackson, nous vous proposons le deuxième ouvrage dédié à la balle orange édité par Talent Sport : « Michael Jordan, The Life » de Roland Lazenby, un bouquin de plus de 700 pages qui retrace toute la carrière de « Sa Majesté ».

Nous avons passé les premiers chapitres – qui évoquent les aïeux, l’enfance et la carrière universitaire de Mike – pour attaquer sa première année sur les parquets pros, en 1984-85.

Le roman de l’été, c’est un épisode par semaine jusqu’en septembre. Bonne lecture ! Lire la suite »

Dream Team : les 25 ans du « plus grand match que personne n’ait jamais vu » (2)

Le 22 juillet 1992, à huis clos, s’est déroulé « le plus grand match que personne n’ait jamais vu ». Sur le parquet de la salle de Monaco, une opposition entre les superstars de la Dream Team. La seule et unique, celle de 1992, future championne olympique à Barcelone.

Auteur du livre « Dream Team », Jack McCallum est là, dans les tribunes, et il raconte ce mythique scrimmage. En bonus, des images de ce fameux match… Lire la suite »