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Bryant, Garnett et Duncan : légendes d’entre deux siècles

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160219_lakers_v_spurs_006L’annonce de la retraite de Kevin Garnett titre un trait sur une période charnière de l’histoire du basket. Aux côtés de Kobe Bryant et Tim Duncan, l’intérieur des Wolves est celui qui symbolise le mieux les années post-Jordan et pré-James.

Entre 1998 et le dernier shoot de Michael Jordan et 2012, date de la prise de pouvoir de LeBron James, les trois néo-retraités ont, avec Shaquille O’Neal et Dirk Nowitzki, dominé la ligue. Plus qu’une page, ou un chapitre, c’est un livre qui se ferme avec le départ de ces trois joueurs.

Des modèles de fidélité

Outre les statistiques et les palmarès (11 titres de champions, 4 trophées de MVP, 48 sélections All-Stars), je retiendrai surtout quelques points communs majeurs à ces trois immenses basketteurs. Tout d’abord, la fascinante fidélité qui entoure leurs carrières. Duncan et Bryant ont disputé toute leur carrière sous leurs couleurs d’origine (malgré les rumeurs et les transferts avortés). Évoluer dans une franchise pendant 19 ou 20 ans demeure prodigieux dans un monde sportif professionnel où les transferts et la free-agency ont bouleversé les normes des dernières années. Chaque goutte de sueur fut versée pour une franchise, une histoire, une couleur. Des franchises récompensées par des choix de draft, et pas forcément par une signature estivale forgée dans les dollars

Garnett, lui, a sacrifié 12 années de sa carrière dans une franchise où il n’a passé le premier tour qu’une seule et unique fois ! Ensuite, il a été au bout du « Big Three » de Boston, avant de faire jouer sa clause de non-transfert à Brooklyn pour revenir dans sa franchise de cœur. Meilleur joueur de l’histoire des Wolves, « The Big Ticket » est avant tout, pour moi, un Celtic dans l’âme. Un joueur d’équipe, fidèle aux principes et à l’histoire de la franchise aux trèfles. Son sens du collectif et du sacrifice furent des exemples dans la ligue, sublimés par sa rencontre avec Bill Russell.

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Une maîtrise du temps

Avec des carrières aussi longues, Bryant, Garnett et Duncan étaient devenus des maîtres du temps. Un temps long dédié au travail. On a souvent expliqué que Garnett avait joué chaque match comme si c’était son dernier, comme le veut l’expression consacrée et usée au fil des décennies, notamment dans les portraits d’Allen Iverson. J’ai toujours pensé le contraire. Selon moi, KG a disputé chaque minute avec l’intensité de la première. Comme si, par son activité, son envie, son énergie, il désirait montrer au monde entier sa volonté de devenir puis rester le meilleur joueur sur le terrain. Avec les saisons, il a bien évidemment gagné en expérience et en maîtrise, mais il a toujours conservé cette fraîcheur de rookie. Celle qui lui a permis de posterizer Blake Griffin la saison passée…

Les minutes, et plus globalement le temps, étaient inscrites sur Kobe Bryant, arrivé en NBA à sa sortie du lycée un an après Garnett. Dans son évolution de joueur. On sentait presque les heures de travail endurées par le troisième meilleur marqueur de l’histoire dans ses mouvements : le geste de son shoot, la précision de ses appuis, sa musculature, l’assurance de son regard, la perfection technique de ses fondamentaux. Par la répétition des heures durant, des nuits parfois, l’ancien arrière des Lakers a aiguisé son jeu en le taillant dans le marbre du temps. Artiste du ballon à l’esthétique sublime, il a dessiné son tableau technique avec des coups de pinceaux faits d’effort, de grimace et de sueur.

Duncan, lui, était déjà abouti dès son arrivée dans la grande ligue. Les années universitaires, écartées par les lycéens précoces Garnett et Bryant, l’ont sculpté. Le produit était parfait, au sens propre du terme, dès sa première rencontre en NBA. Faux lent, l’ailier-fort des Spurs a imposé son rythme, saccadé et souvent ralenti, à ses coéquipiers et adversaires. Imperturbable et efficace.

Des qualités et des attitudes différentes mais complémentaires

La perfection silencieuse voire froide de Duncan, ainsi que la connaissance de ses propres limites physiques, l’ont rendu presque ennuyeux visuellement. Le spectacle était dans l’efficacité, pas dans les qualités athlétiques. Au contraire de l’intensité de Garnett et de son désir brûlant de pénétrer à l’intérieur de la tête de son adversaire, de vouloir le faire sortir de son match. En fin de carrière, et trop souvent, « The Kid » allait trop loin. Son attitude fut même parfois détestable et son comportement plus que limite envers certains joueurs. Là où Duncan dominait par son placement et son expérience, Garnett préférait la provocation et l’intimidation.

Le génie offensif de Bryant, cette volonté viscérale de marquer chaque match encore et toujours plus de points, l’a poussé à faire des choix douteux, oublier ses coéquipiers ou briser les mouvements de l’attaque en triangle. Tel un écrivain se laissant déborder par son style, voulant révolutionner la langue pour dépasser Camus, Hugo ou Chateaubriand. Dans le cas de Kobe, ce fut Michael Jordan. Il a échoué.

La sobriété de Duncan était donc le parfait négatif à l’outrance de Garnett. Mais son jeu mécanique lassait rapidement face aux improvisations d’un Kobe, qui lui oubliait de jouer en équipe, là où Garnett et Duncan étaient de fantastiques coéquipiers.

Thèse et antithèse de chacun, les trois joueurs se servaient de correctifs nécessaires. Chaque observateur pouvant trouver son compte et son bonheur dans les caractères, les qualités et les imprécisions de Bryant, Garnett et Duncan.

La nostalgie ne fait que commencer

Ils, et leurs carrières historiques, vont désormais se transformer en un immense grenier où nos souvenirs seront entassés. On se souviendra avec gourmandise et admiration d’un rebond ou d’une défense sur pick-and-roll de Garnett ; d’un shoot avec la planche ou d’un contre de Duncan ; d’un appui ou d’un jump-shot de Bryant.

Avec les années, ces instants prendront la poussière. Les exploits de Stephen Curry, Kevin Durant ou Blake Griffin, et les vrais joueurs « Youtube » vont exploser les highlights des années 2010 puis 2020, pour ainsi les reléguer au second plan du monde NBA. Une tendance logique puisque chaque époque chasse l’autre. Comme un vétéran bousculé au rebond par un jeune premier.

Mais en fouillant sur Internet, dans nos disques durs, nos archives personnelles, mais aussi dans quelques magazines (eux aussi symboles d’une époque presque révolue) et surtout dans nos mémoires, une fois passé l’hiver de notre nostalgie, on pourra retirer la fine couche de poussière et retrouver des images magnifiques, des souvenirs inoubliables, des gestes fabuleux. Mais plus encore : des sensations.

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