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[happy birthday] Mitch Richmond, S.O.S. d’un scoreur en détresse

Au début des années 90, Golden State aligne l’attaque la plus explosive de la Ligue. Avec ses potes Tim Hardaway et Chris Mullin, Mitch Richmond (48 ans aujourd’hui) fait feu de tout bois. Le jour où les Warriors l’échangent contre Billy Owens, « The Rock » prend un aller simple pour le néant.

A Sacramento, Mitch Richmond est un King sans royaume, cour ni couronne. Pour le sacre, il faudra attendre le règne des Lakers. Rien ne sert de scorer, il faut marquer à point…

C’est l’histoire d’un mec avec une forte tête et un bon physique, du basket plein les mains et les jambes comme la NBA en fabrique des dizaines par décennie. C’est l’histoire d’une équipe qui n’a de Kings que le nom puisque son seul et unique titre remonte à 1951 (et à l’époque, il fallait parler des Rochester Royals). Mais cette histoire-là appartient au passé. La faute à qui ? Mitch Richmond, le King devenu roi.

Roi de Sacramento, ça, tout le monde le savait. Mais aussi roi des All-Stars 1995. Et là, toute la planète basket est en ébullition, redécouvrant les talents de Sa Majesté Richmond (29 ans), « The Rock » pour les foules. Mitch est d’ordinaire plutôt avare en sourires. Mais ce week-end de février à Phoenix, il a littéralement éclaté de rire. Un fou rire de satisfaction sorti droit du cœur, reflété et même agrandi sur le verre opaque et bien poli de son premier (et unique) titre de MVP d’un Match des Etoiles.

« J’avais l’habitude de voir ce type de match à la télé. Tu rêves toujours de te retrouver sur le terrain à ce moment-là. C’était un rêve de gosse. »

Le All-Star Game et Mitch Richmond s’étaient souvent côtoyés. Dans la douleur. En 1993, il s’était blessé juste avant la fête. En 1994, alors que les coaches reconnaissent en lui un remplaçant indiscutable, il bégaye son basket, crispé par l’événement, et craque aux shoots, signant un piteux 5/16. Aussi, celui que les mauvaises langues surnommaient « le meilleur basketteur que vous n’avez jamais vu » enfile le bleu de chauffe au cours de l’année 1994-95.

 

« Lorsque j’ai raté mes deux premiers tirs, je me suis revu un an en arrière. Mais finalement, tout s’est bien passé. »

Un « Rock star » : 23 points, 10/13 aux tirs dont un impeccable 3/3 derrière l’arc, 4 rebonds, 2 passes, le tout en seulement 22 minutes. Le tour était joué.

« Je crois que je suis venu plus décontracté parce que je fais désormais partie d’une équipe qui gagne », explique-t-il. « Ces dernières saisons, c’était dur de jouer dans une équipe avec un record de nullité. Cette année, j’ai pu arriver au All-Star Game la tête haute et me sentir fier d’être un King. »

Sacramento est en effet l’une des équipes ayant le plus progressé. L’année précédente, au même stade du championnat, les Kings ne se gargarisaient pas de leurs 14 victoires pour 32 défaites. La tendance s’est inversée avec 25 succès pour 20 revers. Etait-il besoin de préciser que la maman était présente au match ?

« Sa présence rendait ce rendez-vous encore plus spécial. Me tourner vers elle et la voir sourire comme ça, ce fut génial… Concernant mon jeu, je ne shoote plus autant que par le passé. Mes passes sont au même niveau mais je pense avoir augmenté mes capacités aux rebonds et en défense. Le plus important, c’est cette prise de conscience collective. Les rencontres se gagnent en équipe. Personne ne se focalise sur son adversaire, nous faisons un travail défensif commun. Nous avons progressé dans la raquette, nous sommes plus agressifs, plus matures, même si les Kings restent jeunes et que le chemin qui nous sépare des meilleurs est long. »

Sacramento flirte alors avec le Top 8 de sa Conférence. Cela fait un bail que Mitch n’a pas disputé un tour de phase finale. Pour lui, les vacances débutent fin avril, généralement en famille, avec sa femme Julianna et son fils Philipp (il aura deux autres enfants, Jerin et Shane). La dernière fois qu’il a fait les playoffs (la deuxième de sa carrière), c’était en 1991.

A l’époque, Mitch, Tim Hardaway et Chris Mullin forment le trio magique de Golden State, le « Run TMC » (pour Tim, Mitch et Chris). Ça court dans tous les sens et ça dégaine de partout. Mullin (25.7 pts de moyenne), Richmond (23.9) et Hardaway (22.9) dynamitent tout ce qui se présente. Pendant deux ans, les Warriors alignent la meilleure attaque de la Ligue. En ce printemps 1991, ils sortent San Antonio au premier tour des playoffs puis tombent contre les Lakers en cinq matches. On lui trouve alors deux surnoms : « Rock » et « Hammer » (le Marteau).

« J’aime bien l’appeler Rock », confie Chris Mullin. « Physiquement, il est vraiment puissant et costaud. »

« Je me repasse souvent les vidéos des playoffs 1991. Ça fait si longtemps que je n’en ai pas disputé… », grimace Mitch, nostalgique, quatre ans plus tard.

Son meilleur ami : une future superstar de NFL

Mitchell James Richmond III naît à Fort Lauderdale (Floride) le 30 juin 1965. Petit, il chante avec les chœurs de l’église et rêve, en écoutant Marvin Gaye, de faire carrière dans la musique. A l’époque, Mitch est souvent dans les jupes de maman. Ernell O’Neal n’est pas seulement la femme qui l’a mis au monde, c’est aussi sa meilleure amie et confidente.

« Nous avons toujours été proches », confia-t-elle à l’hebdo américain « Sports Illustrated ». « Il était hors de question qu’il dorme chez des copains. Je voulais toujours savoir où il était la nuit. »

Mitch s’essaie au basket, au baseball mais c’est clairement le foot américain qui a sa préférence. Parmi les copains du quartier figure un certain Michael Irvin, lui aussi natif de Fort Lauderdale. Irvin deviendra le receveur superstar des Cowboys de Dallas. Avec le QB Troy Aikman et le coureur Emmitt Smith, il remportera le Superbowl en 1993, 94 et 96. Ados, Michael et Mitch font la paire. Le premier est très expansif, le second nettement plus réservé.

« Pour en placer une avec Mike, il fallait se lever tôt… J’ai pratiqué le foot US jusqu’en Seconde », explique Mitch que ses camarades surnomment encore « Smooth ». « J’aimais bien aussi le basket. C’était encore plus vrai quand j’ai commencé à grandir. »

Sa croissance devient spectaculaire. Quand il prend un ballon de basket dans les mains, il devient impossible de le lui arracher. C’est le coup de foudre.

« Le jour où il s’est mis au basket, il a su où il allait dans la vie », raconte sa mère. « Il voulait en faire son métier, il n’y avait pas d’autre voie possible. Mitch n’avait d’yeux que pour Julius Erving. Du jour au lendemain, il s’est mis à manger basket, dormir basket, vivre basket. Par chance, les choses se sont merveilleusement bien passées. »

Pour son premier match, il plante 13 points. Ce jour-là, il est extrêmement nerveux. Des petits tremblements parcourent son corps. Ça relève du blocage psychologique, un peu comme le trac.

« C’était une vraie préoccupation… J’étais très nerveux, comme je le fus plus tard dans ma carrière pro avant chaque match. Impossible de calmer mes nerfs ou de me décontracter. C’était plus fort que moi, mon corps tremblait. Et puis je n’avais pas l’habitude de jouer en public. C’était une première. »

Peu à peu, Mitch prend du plaisir sur le parquet. Mais en salle de cours, ça ne suit pas. Ses notes restent trop faibles. La menace se précise : s’il ne bosse pas plus, l’équipe de basket se passera de ses services. Richmond doit changer trois fois d’école à Fort Lauderdale. Dans cette épreuve, le soutien moral d’Ernell O’Neal fut primordial.

« Dans chaque étape de ma vie, ma mère a été présente. Elle fut là derrière chacun de mes pas. Elle n’a pas cessé de me répéter qu’elle faisait cela pour mon bien. Je me souviens qu’elle m’a viré de l’équipe, quelquefois… Sur le coup, je ne comprenais pas. Elle voulait que j’aie de meilleures notes à l’école avant de penser au basket. »

Durant son année senior, c’est la cata. Il n’a pas le total de points requis pour boucler son cursus. Mitch veut tout plaquer. L’école. Le basket. Maman met son veto.

« Il lui suffisait d’effectuer trois semaines de rattrapage en été pour aller à la fac et décrocher une bourse de 100 000 $. Je lui ai demandé si abandonner était vraiment ce qu’il voulait. Mais je ne lui ai pas laissé le choix. Il allait faire cette summer school pour prouver à ses profs qu’il pouvait faire quelque chose de sa vie. »

Soulagement : Mitch décroche ce fichu diplôme durant l’été. Pour la fac, il faut se rabattre sur un junior college. Il choisit Moberly Area J.C. à Moberly, dans le Missouri. Autrement dit à l’autre bout du monde. Sa maman lui manque. La mer et le soleil aussi. Richmond a le mal du pays. Plusieurs fois, il va trouver le coach, Dana Altman, pour lui dire que ce n’est plus vivable.

« Il avait souvent le cafard », raconte Altman. « Il s’est accroché, avec le soutien de sa mère. »

Durant deux ans, Mitch tourne à 13 points. Les Greyhounds postent un record de 69 victoires pour 9 défaites. Altman s’applique à modeler son jeu. Il le fait parfois jouer ailier sans que cela altère son rendement. Mais pour avoir une chance de réussir en college avec son 1,96 m (pour 98 kg), il doit aussi être capable de briller dans le backcourt. Altman lui fait bosser son tir longue distance. Sans relâche. Et sa condition physique. Il veut voir un petit bulldozer, pas seulement un shooteur pur qui évite les contacts. En classe, la pression ne retombe pas. Mitch apprend à mettre le nez dans les bouquins.

Le traumatisme de Séoul

Sa vie bascule une première fois durant l’été 1986. Kansas State University offre un poste d’assistant à Dana Altman. Ce dernier l’accepte et emporte Richmond dans ses bagages. Un an plus tard, c’est l’explosion. Le Wildcat, repositionné shooting guard, tourne à 22.6 points, 6.3 rebonds, 3.7 passes et surtout 46.9% à 3 points. On lui file la balle, à lui d’inventer l’attaque qui va avec. Il est retenu dans le deuxième cinq All-American après avoir établi le record de points de la fac sur une saison (768).

Dans la « March Madness », Mitch est chaud comme la braise ! En deux ans, il dispute 6 matches et fait péter les stats : 26.7 points et 9.2 rebonds de moyenne. Au printemps 1988, Kansas State University atteint l’Elite Eight. Pour disputer le Final Four, il faut sortir le Kansas de Danny Manning. L’obstacle est insurmontable. Défaite 71-58. Sans Mitch, l’aventure se serait achevée beaucoup plus tôt. Durant son année senior, il a appris à donner de la voix, à se comporter comme un vrai leader.

« Que ce soit à Moberly ou Kansas State, tous ses coéquipiers ont eu une confiance aveugle en lui », raconte Dana Altman. « Partout où il est passé, il a été apprécié. On ne lui veut que du bien. Ses coéquipiers lui souhaitent une grande réussite chez les pros. »

Richmond ne convainc pas seulement sur les parquets. Il décroche son diplôme de sociologie. Le soir de la remise des prix, Ernell est bien évidemment là, la larme à l’œil. Le fiston est en passe de faire quelque chose de sa vie. Et puis les plus hautes instances veillent sur lui. En 1987, il fut intégré à l’équipe américaine pour un tournoi universitaire à Zagreb, dans ce qui était encore la Yougoslavie. Médaille d’argent et déjà, un titre de meilleur scoreur (16.7 pts). L’été suivant, USA Basketball fait à nouveau appel à lui, cette fois pour les Jeux Olympiques de Séoul. Parmi les universitaires placés sous les ordres de John Thompson, on trouve David Robinson, Stacey Augmon, Danny Manning, Dan Majerle, Hersey Hawkins… Les Etats-Unis s’inclinent 82-76 en demi-finales contre l’U.R.S.S.

« Je ne me souviens même plus de ce qui s’est passé pendant le match… », racontera Richmond à « Newsweek » bien des années plus tard. « Je nous revois juste sur le chemin de l’hôtel après la défaite. J’ai eu le sentiment que c’était le déplacement en bus le plus long de ma vie… Cette défaite nous a dévastés. Je crois que je n’ai jamais connu revers plus amer tout au long de ma carrière. »

Dans la petite finale, les USA dominent l’Australie pour s’adjuger la médaille de bronze. Sur huit matches, Mitch a tourné à 8.9 points, 3.4 rebonds et 2.1 passes. Il pense que la Nation ne fera plus appel à lui. Il se trompe. Dans l’immédiat, c’est la NBA qui l’attend. L’aventure pro commence chez les Golden State Warriors qui le draftent en cinquième position en juin 1988 (le précèdent Danny Manning, Rik Smits, Charles Smith et Chris Morris). Mitch va tout de suite faire étalage de ses remarquables dispositions de tireur d’élite. Il empochera le titre de Rookie de l’année avec 22 points de moyenne (16e meilleur marqueur NBA) à 46.8%, assortis de 5.9 rebonds et 4.2 passes. Don Nelson jubile. Et ce n’est forcément qu’un début.

« Mitch est encore un diamant brut et cela me plaît énormément. Il est en train de s’affirmer à la fois en tant que joueur et en tant qu’homme. C’est une formidable étape dans sa vie de jeune basketteur pro. Mitch fait exactement ce que je lui demande. Je lui demande d’être dominant mais sans nuire à la cohésion et à l’expression collective de l’équipe. Ça aussi, il le fait. »

Au lendemain de ce revers 4-1 face aux Lakers en demi-finales de Conférence Ouest, un échange va briser net son élan et son ascension. L’attaque de Golden State est flamboyante mais la défense souffre faute d’un big man intimidateur. Nelson mise sur Billy Owens pour apporter un peu de poids, de rebonds et de points intérieurs à sa cavalerie légère. Nous sommes le 1er novembre 1991. Les Warriors cèdent Richmond et Les Jepsen à Sacramento contre Owens et un second tour de draft.

Sur le coup, ce trade n’apparaît pas insensé. Mais Golden State mettra de longs mois à se remettre de cette erreur de jugement grossière. La vie de Mitch bascule une seconde fois. De bon joueur dans une bonne équipe, il devient une star dans une mauvaise (25-57), Sacramento. Durant ses trois saisons à Oakland, il avait tourné à 22.7 points. Il se plaisait énormément dans la Baie. Il appréciait ses coéquipiers, il aimait sa vie. Cet échange est un véritable coup de massue. Les Kings n’ont jamais fait les playoffs depuis le déménagement de la franchise dans le Nord de la Californie, en 1985. Mitch ne s’en cache pas : il est malheureux.

« Cette période a été terriblement dure. J’aimais profondément les Warriors. J’avais le sentiment qu’il manquait juste une ou deux pièces pour atteindre le niveau supérieur. Quitter Golden State fut un crève-cœur. »

« Ça a été dur pour Mitch mais aussi pour moi », explique de son côté Chris Mullin, l’un de ses meilleurs potes sur le circuit.

Débarquer telle une starlette dans une équipe incapable d’atteindre la barre des 30 victoires par saison, c’est comme prendre une retraite anticipée à 25 ans. Mais « Rock » est solide. Dans son basket comme dans sa tête. A Sacramento, tout le monde le rassure.

« C’est ton équipe. Regarde autour de toi. Combien de joueurs ont la leur ? », lui lance son GM.

Quand t’es dans le désert…

Dès lors, Richmond prend les choses en main. Comme au bon vieux temps de Kansas State University, dont il fut le shooteur le plus prolifique.

« A mon arrivée à Sacramento, je me disais qu’on n’avait pas de talent et qu’on jouait sans énergie ni passion. Au college, même si on n’était pas des surdoués, on se donnait à fond et on gagnait quelques matches. »

Mitch refuse de céder à l’abattement et persévère. En 1992-93, dans sa cinquième saison NBA, il décroche, sur invitation des coaches, sa première sélection All-Star. C’est le premier King distingué depuis que l’équipe est à Sacramento. Cinq autres convocations suivront.

« Très honnêtement, ne pas être retenu plus tôt fut une déception. Je pense que j’étais suffisamment bon. Le All-Star Game était très clairement l’un de mes objectifs en NBA. Or, vous n’êtes jamais totalement satisfait de vous lorsque vous n’atteignez pas tous vos objectifs. »

On ne verra pourtant pas Richmond à Salt Lake City en ce mois de février 1993. Blessé au pouce droit deux jours après l’annonce de sa sélection, il loupe le rendez-vous et doit même mettre un terme à sa saison. En 1994 et 95, avec 23.4 et 22.8 points de moyenne, il est retenu dans le deuxième cinq All-NBA. Le précédent King ainsi distingué fut Otis Birdsong en 1981. En dehors de cette distinction, rien à se mettre sous la dent. Le problème reste le même : Richmond plante à volonté mais faute de soutien, il score dans le vide. Il doit porter la franchise à bout de bras. Et seul, il ne l’emmène jamais très loin. En ajoutant les points de Lionel Simmons, Wayman Tisdale, Spud Webb et autres Walt Williams, ça donne 29 victoires en 1992, 25 en 1993, 28 en 1994… Et donc un départ en vacances précipité.

« Tout cela est terriblement frustrant », admet le n°2 dans les colonnes de « USA Today ». « J’ai passé trois ans dans une losing team. Personne n’a envie d’être considéré comme un loser mais il faut bien jouer quand même. »

En cette année 1994-95, il prend encore plus de volume. 22.8 points, 4.4 rebonds et 3.8 passes de moyenne. Ses partenaires reconnaissent en lui un capitaine de route aux conseils précieux.

« Ça a pris du temps pour qu’il devienne un winner. Maintenant qu’il a goûté à la victoire, on ne l’arrête plus. Son enthousiasme déteint sur tous », commente Spud Webb, le meneur de poche des Kings.

« Si tu veux obtenir le respect d’autrui, tu dois commencer par respecter les autres. Je suis devenu plus expressif. J’explique aux gars qu’être en NBA n’est pas un aboutissement. Il faut y faire sa place. »

Avec son titre de MVP du All-Star Game, celui que l’on peut alors considérer comme l’un des meilleurs arrières de la Ligue a obtenu le respect. Sacramento a déclaré le 1er mars 1995 « Mitch Richmond Day ». Avec « Rock », « King » veut à nouveau dire roi. Enfin, presque… L’équipe termine la saison avec 39 victoires et loupe une fois encore la postseason. Février 1996 voit l’arrivée d’un certain… Billy Owens, échangé contre Walt Williams et Tyrone Corbin. Avec 39 victoires, l’équipe coachée par Garry St. Jean décroche cette fois son billet pour la grande kermesse d’avril. Pour trouver trace des Kings en playoffs, il fallait remonter à 1986 (0-3 contre Houston). Bien sûr, le cinq californien ne pèse pas lourd face à Seattle (3-1) mais l’avenir s’annonce un peu meilleur.

« Nous avons une bonne équipe », assure Mitch, crédité de 23.1 points de moyenne en saison régulière et 21 sur la série. « Dans ce groupe, il y a pas mal de gars qui connaissent le jeu. Le ciel est notre seule limite. »

Il faut le dire vite… Ce groupe (Brian Grant, Olden Polynice, Tyus Edney…) ne reverra jamais la couleur des playoffs. Toujours est-il que Richmond devient le septième joueur de l’histoire à avoir tourné à 21 points et plus lors de ses huit premières saisons en NBA. Cela durera encore deux ans. Six joueurs seulement ont réussi cette prouesse : Abdul-Jabbar, Jordan, Chamberlain, Oscar Robertson, Shaq et Allen Iverson. En 1995-96, Richmond possède le neuvième meilleur pourcentage à 3 points de la Ligue (43.7). Il a réussi 225 tirs primés sur 515 tentés (n°2 NBA). L’arrière au shoot autrefois suspect est devenu un tireur d’élite doublé d’un joueur complet. Solide dans le périmètre, bon en pénétration. C’est un défenseur physique et un rebondeur correct. Mitch passe pour être l’un des basketteurs faisant le meilleur boulot défensif sur Michael Jordan. Le Maître le tient même comme son adversaire le plus redoutable dans la Ligue. L’un des plus difficiles à contenir.

« Il n’y a tout simplement pas de points faibles dans son jeu », assure le n°23 des Bulls. « Je me retrouve beaucoup dans l’étendue de sa palette offensive. »

« Ce n’est pas seulement un grand joueur, c’est aussi un gros bosseur », ajoute le meneur Tyus Edney, vainqueur et MVP de l’Euroleague en 1999 dans les rangs de Kaunas. « Chaque soir, il arrive à la salle gonflé à bloc. Vous savez qu’il jouera du mieux possible pour vous aider à gagner le match. »

 

« Mitch peut vous jouer poste haut, prendre un jump shot sur votre tête ou jouer au sol et dribbler. Et en plus, il défend », analyse Doc Rivers. « Si vous tentez de faire une trappe, il trouve le coéquipier démarqué. Si vous ne le faites pas, il score. Choisissez votre poison… C’est un grand joueur, pas du tout égoïste. Le pire adversaire que vous puissiez trouver sur votre route. »

 

« Depuis le jour où il est arrivé à Golden State comme rookie, c’est un type sur lequel on a pu compter pour deux choses : 20 points chaque soir et une débauche d’efforts totale », résume Garry St. Jean, son coach. « Mitch peut vous donner tout ça sans même attirer l’attention sur lui. »

Passe-temps : imiter ses collègues basketteurs

Richmond est retenu dans le troisième cinq All-NBA. Il est convoqué par la Fédé US pour les Jeux Olympiques qui se déroulent cet été-là à Atlanta. Il a une seconde chance de décrocher l’or, huit ans après le traumatisme de Séoul. Cette « Dream Team » III est moins flamboyante que la première mais il y a encore du très lourd (Shaq, Olajuwon, Barkley, Pippen, Malone, Stockton, Robinson, Payton, Hardaway, G. Hill, R. Miller…). Pour Richmond, voilà l’occasion de prouver qu’il fait réellement partie du gratin NBA.

« Je ne savais pas si j’aurais un jour la chance de refaire les Jeux », explique le King. « Aussi, je suis très heureux d’être là. Je vais essayer d’effacer un souvenir vieux de 8 ans. Je veux simplement montrer au public de quoi je suis capable. Je veux jouer bien, jouer dur et aider les USA à gagner. »

A l’entraînement, la cote de Richmond grimpe en flèche. Le coach, Lenny Wilkens, qui officie habituellement à Atlanta, est sous le charme.

« Maintenant que j’ai la chance de passer du temps avec lui, je réalise à quel point il bosse dur. Il peut jouer des deux côtés du parquet. Pendant des années, il a dû s’occuper du scoring chez les Kings mais c’est un authentique all around player. Les gens ne réalisent pas tout ce qu’il peut faire. »

Les USA déroulent jusqu’à l’obtention du titre olympique face aux Yougoslaves. Richmond assure le minimum syndical : 9.6 points, 1.6 rebond, 1.3 passe. Le retour aux affaires ordinaires est déprimant. Il signe sa meilleure saison (25.9 pts de moyenne, n°4 NBA) mais le compteur de Sacramento reste bloqué à 34 victoires. Mitch éprouve une forme d’usure, surtout mentale. La lose ne peut pas durer. Au cours de l’été 1997, il demande à être transféré.

« Je ne m’éclatais plus sur le parquet. Je n’étais plus heureux dans le locker room. Tout ce que j’aimais avant ne me procurait plus les mêmes plaisirs. »

Une fois encore, Mum lui demande de s’accrocher. Il y a pire que jouer au basket pour gagner sa croûte. « Rock » dédramatise. Refait le plein d’amour du jeu. Sa situation est confortable au possible. Il mène une vie paisible à Granite Bay (Californie). Zik (Marvin Gaye toujours, Luther Vandross, Babyface), jeux vidéo, bowling, un peu de playground, de boxe, de foot US et d’athlé. Ses modèles ? Hakeem Olajuwon, Evander Holyfield, Mike Tyson, Jackie Joyner-Kersee.

Comme le Shaq et Dwight Howard, il aime imiter ses collègues basketteurs. Cibles favorites : Hakeem et Alonzo Mourning. Il assure même que personne dans la Ligue ne peut échapper à ses caricatures… Pour pouvoir singer les petites manies et mimiques de ses confrères, il mate des vidéos. Il faut aussi trouver du temps pour gérer sa ligne de vêtements, Smart Clothes, et sa fondation, Solid as a rock (vous ne pouviez pas y échapper…), qui aide à scolariser des ados chez lui, à Fort Lauderdale. Sur le terrain, il n’a pas à se soucier d’autre chose que de planter des points.

Son nom est cité dans plusieurs rumeurs de transferts mais après la trading deadline de février 1998, Richmond est toujours un King. Et il demeure un scoreur « underrated », sous-évalué. Sacramento est un petit marché qui n’intéresse ni le public, ni les médias, ni les télés nationales. L’équipe n’a fait les playoffs qu’une seule fois depuis le fameux échange de 1991. Mitch a beau planter à gogo, il n’a pas été élu starter pour le Match des Etoiles. C’est un franchise player en mal de reconnaissance qui se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment. Pour ne rien arranger, ce n’est pas un bon client en interview. Son discours policé est à l’image de son jeu. C’est sobre, sérieux, efficace mais pas spécialement génial ni très flashy.

« Je ne suis pas le dunkeur qui saute le plus haut ni le basketteur le plus créatif », admettait-il dans « Sports Illustrated ». « Peut-être mon jeu ne correspond-il pas à ce que l’on attend d’un basketteur NBA appelé à faire des pubs ou des apparitions télé. Ça m’ennuyait un peu quand j’étais plus jeune mais je n’en ai plus rien à faire aujourd’hui. Si la reconnaissance doit venir, elle viendra. Si ce n’est pas le cas, je continuerai de faire le taf. » « Je suis fier d’être devenu un joueur consistant dans cette Ligue en scorant quasiment chaque soir », ajoutait-il dans « Newsweek ». « Je suis heureux là où je suis, je vous assure. Mes stats rivalisent avec celles des autres. Jouer ailleurs qu’à New York, peut-être est-ce une bonne chose. Je ne ferais peut-être pas aussi bien si j’étais dans un big market. Oui, jouer à Sacramento est peut-être une bénédiction. »

La vie est parfois une affaire de destins croisés. Le fameux intérieur qui manquait à Golden State époque « Run TMC » était peut-être Chris Webber. Quand il rejoignit les Warriors, Richmond n’était plus là. Le 14 mai 1998, au lendemain d’une nouvelle saison sans playoffs (27-55), Sacramento envoie Mitch Richmond et Otis Thorpe à Washington contre « C-Webb ». Ces deux-là ne joueront jamais ensemble. « The Rock » avait besoin de changer d’air après 7 ans sans oxygène. Seulement, il quitte Sacramento au moment où la franchise bâtit un collectif de rêve… La présence d’un joueur avec son profil n’aurait pas été de trop (Doug Christie, qui héritera du poste 2, était plutôt un défenseur).

Le « Big Three » du pauvre

Au lieu de ça, Richmond (33 ans) s’en va former le « Big Three » du pauvre dans la capitale fédérale avec Rod Strickland et Juwan Howard. Les trois gus, payés à prix d’or, sont catalogués comme « fumistes » à mesure que les défaites s’empilent. Endormi par le lock-out, Mitch passe pour la première fois sous la barre des 20 points (19.7). Sa moyenne ira en déclinant pendant trois ans. Aux yeux du grand public, le joueur d’équipe respecté hier est devenu un pré-retraité ne pensant plus qu’à sa pomme et se la coulant douce en attendant son gros chèque.

Son adresse est en chute libre (de 44.5 à 41.2%). Il a perdu son toucher et loupera un total de 53 matches. Crédités de 18, 29 et 19 victoires, les Wizards sont évidemment inéligibles pour une participation en playoffs. Michael Jordan, lancé dans une carrière de GM, fait progressivement le ménage. Exit Strickland et Howard. Richmond, lui, termine la saison 2000-01 à Washington. Il est libre. Sa Majesté n’en veut plus. S’il a planté 16.2 points de moyenne, c’était sur 37 matches seulement et surtout, Monsieur a 36 ans.

A l’autre bout du pays, Lakerland nage en plein bonheur. Phil Jackson, Shaquille O’Neal et Kobe Bryant visent le « threepeat ». Tous les ans, Los Angeles a tenté de relancer un joueur confirmé. Promu troisième option, Glen Rice s’est acquitté de sa tâche en attaque (beaucoup moins en défense). La deuxième année, Isaiah Rider a été écarté du roster des playoffs. Pour ce troisième shot, les Lakers tendent une perche inespérée à Mitch Richmond. Il prend ce qu’on lui donne, 1 M$, ce qui n’a plus guère d’importance compte tenu de ses gains en carrière (53 M$).

De retour en Californie, il réapparaît avec le numéro de ses débuts, le 23. Pour sa dernière année en NBA, le Floridien rapporte 4.1 points sur 64 matches. En playoffs, il dispute… 4 minutes sur 2 rencontres. Suffisant pour atteindre le Graal (il faut avoir disputé 1 match de postseason pour être déclaré champion). Son large sourire en Finales contre les Nets est un peu déplacé. On ne peut pas décemment lui reprocher de fêter l’acquisition, sur le fil, d’une bague. On ne peut pas non plus le féliciter de récolter des lauriers qui ne sont, pour une fois, pas mérités. Le mercenaire chercheur d’or a-t-il fait preuve d’opportunisme ? Non, il a signé le contrat qu’on voulait bien lui tendre. Simplement, le fait n’ajoute rien à sa gloire quand tant d’autres jurent fidélité à leur équipe de cœur, quitte à sombrer avec (n’est-ce pas, LeBron ?).

Depuis son retrait des parquets, le champion NBA 2002, auteur de 20 497 points et 1 326 tirs primés en carrière, a travaillé pour les Warriors comme scout et assistant. Son maillot n°2 a été retiré par Sacramento le 6 décembre 2003. Le site Basketball Reference lui donne 64,2% de chances d’être intronisé au Hall of Fame en dépit de ses quatre petites campagnes de playoffs.

Stats

14 ans

976 matches (902 fois starter)

21 pts, 3.9 rbds, 3.5 pds, 1.2 int, 0.3 ct

45.5% aux tirs, 38.8% à 3 pts, 85% aux lancers francs

Palmarès

Champion NBA : 2002

All-Star : 1993, 94, 95, 96, 97, 98

All-NBA Second Team : 1994, 95, 97

All-NBA Third Team : 1996, 98

MVP du All-Star Game 1995

Rookie de l’année 1989

All-Rookie First Team : 1989

Champion olympique : 1996

Médaille de bronze aux J.O. : 1988

Vidéos

Reportage sur Mitch Richmond

Un mix

La cérémonie lors du retrait de son maillot à Sacramento

Basket USA

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