Pariez en ligne avec Unibet
  • 100€ offertsLa suite →

Roman de l’été : Kobe Bryant, « Showboat » (7)

Qui se cache derrière Kobe Bryant ? Vous le découvrirez avec la biographie de Roland Lazenby dont Basket USA vous propose de larges extraits pendant tout l’été.

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture de larges extraits d’un ouvrage de basket, soit pour vous distraire sur la plage (comme en ce moment), soit pour occuper les longues soirées au coin du feu.

Après Phil Jackson, Michael Jordan, Larry Bird, Magic Johnson, Allen Iverson et la « Dream Team », nous vous proposons de nous attaquer à un autre monument : Kobe Bryant, quintuple champion NBA qui a pris sa retraite il y a trois ans et qui attend toujours que les Lakers lui donnent un successeur.

Ce livre, « Showboat », est signé Roland Lazenby, l’auteur qui a rédigé la biographie fleuve de Michael Jordan.

Bonne lecture !

Première partie – Deuxième partie – Troisième partie – Quatrième partie – Cinquième partieSixième partie


Les Sixers ont terminé la saison régulière avec 46 victoires et se sont vus opposés aux Buffalo Braves (1) dans une série du 1er tour des playoffs au meilleur des trois manches. Jelly Bean Bryant a peu joué dans le premier match, une défaite, puis marqué 12 points dans la victoire du Match 2, qui permettait d’égaliser.

La veille du Game 3, le « Tribune » a publié un article sur Pam : « Madame J.B., une dame à 20 ans. » Que ce journal fasse un article sur la femme d’un joueur qui n’avait pas beaucoup d’influence sur les espoirs des Sixers en playoffs en dit long sur la célébrité dont jouissait Bryant auprès du public local. « Joey et moi parlons beaucoup basket », déclarait-elle dans le journal, ajoutant qu’elle comprenait que c’était son devoir de l’encourager et de l’aider à rester impliqué mentalement, malgré sa frustration.

Pam disait au « Tribune » qu’elle et son mari n’avaient pas beaucoup de temps à consacrer à la famille. Ses parents vivaient à proximité. Joe et elle avaient vécu avec eux pendant un temps, jusqu’à ce que les jeunes mariés acquièrent une jolie maison non loin de là, sur Lower Merion, dans la banlieue chic de la ville. Ils ne revenaient pas souvent à Southwest Philly, précisait-elle, ajoutant que « Big Joe » appelait souvent, au début, pendant sa grossesse, puis pour prendre des nouvelles de sa petite-fille Sharia, après sa naissance en mars.

Malgré les frustrations de la saison, la maison Bryant était rapidement devenue un havre de paix. « C’était une magnifique maison, m’a relaté Mo Howard. C’est là qu’on allait après les matches. On s’asseyait et on regardait la télé. On écoutait de la musique, on mangeait un morceau, on traînait. Et pendant l’intersaison, on allait là-bas. On s’entraînait dans la journée puis on s’y retrouvait parce que vous savez, ils faisaient partie des rares personnes que nous connaissions et qui avaient l’air climatisé à l’époque… » Le lendemain de la parution de l’article, les Sixers ont perdu le match décisif contre les Braves 124-123. Jelly Bean a été exclu pour 6 fautes après avoir marqué 9 points.

Trois semaines après la fin de la saison, la vie de Jelly Bean a été bouleversée par son délit de fuite, son accident et son arrestation. Cela a été un événement absolument dévastateur pour beaucoup de gens, de « Big Joe » à Sonny Hill en passant par les nombreux amis et fans de Bryant. Jelly Bean lui-même en a été perturbé. « Il était complètement retourné, s’est souvenu l’ancien GM des Sixers Pat Williams. Il envisageait le pire. Sa carrière était terminée, il allait être rejeté par toute la ville. C’était un véritable cauchemar pour lui. »

Le juge aurait pu faire un exemple

Il n’était pas rare, à cette époque, que les consommateurs de drogue aillent directement en prison dès leur première interpellation, souvent pour de longues peines. Au-delà de ça survenaient des problèmes de sécurité publique. Joe Bryant avait roulé à travers la ville en excès de vitesse, tous feux éteints. Il avait commis un délit de fuite et endommagé des biens publics et privés. Ajoutez à cela la cocaïne. Un juge pouvait facilement en faire un exemple et le boucler pour longtemps. Sa femme, Pam, s’est immédiatement exprimée face à un journaliste du « Tribune ». Elle a juré qu’elle serait derrière son mari « jusqu’au bout ».

Certains pensaient que ces événements allaient provoquer une crise d’apoplexie pour John Cox mais la famille Cox avait déjà rencontré des problèmes judiciaires en août 1974, quand Chubby avait été poursuivi pour vol à l’arraché. Il conduisait sa voiture avec un groupe d’amis et avait suggéré que l’un d’entre eux saute du véhicule pour arracher le sac d’une femme. Chubby a par la suite juré qu’il plaisantait mais l’incident est très vite remonté aux oreilles des journalistes qui sont venus frapper à la porte de la maison familiale. Ils ont ensuite publié des articles cauchemardesques dans tous les journaux de Philadelphie.

Richie Phillips, un ancien procureur qui deviendrait l’agent de Joe un an plus tard, avait représenté Chubby Cox face à ces accusations et il avait fini par le faire acquitter. Le jeune meneur a pu se faire transférer à l’université de San Francisco et y devenir une star, en jouant aux côtés de Bill Cartwright (2). Avec le désastre judiciaire de Joe, Phillips apparaissait comme un réconfort dans ses deux rôles d’agent et d’avocat. L’avocat a déclaré, confiant, aux journalistes que son client serait exonéré de toute responsabilité pénale, ce qui semblait plutôt extraordinaire au vu du nombre de preuves qui s’accumulaient contre lui.

L’audience préliminaire était programmée début juin, ce qui voulait dire que l’accusation présenterait ses arguments pour renvoyer le dossier devant un grand jury, pour une condamnation. A ce stade de la procédure, la défense n’avait jamais fourni la moindre argumentation. Mais en tant qu’ancien procureur, Phillips souhaitait accélérer les choses. Il prévoyait de plaider en défense lors de l’audience préliminaire, un effet d’annonce qui était très inhabituel.

Même si de sévères condamnations étaient très fréquemment prononcées pour usage de stupéfiants, la cocaïne n’était pas particulièrement considérée comme une drogue dure en 1976. Ce produit était présent aux USA depuis longtemps mais les cartels de la drogue d’Amérique du Sud avaient réussi à avoir accès au marché américain pendant cette décennie-là et ils avaient commencé à inonder le pays de poudre. Son usage était considéré comme branché et il avait été immédiatement très prisée parmi les nantis de l’âge disco.

La coke et le cash coulent à flot

L’American Psychological Association n’avait pas encore déclaré que cette drogue était addictive. Elle se répandait dans tous les milieux culturels, particulièrement en NBA où le changement de la structure salariale provoquait un grand afflux de cash pour les joueurs. En 1976, un grand nombre d’entre eux s’envoyaient ce pognon « dans les narines », d’après l’expression consacrée de l’époque. Très vite, la NBA a gagné la réputation de regorger d’usagers. « Tout le monde en prenait, s’est souvenu Sonny Vaccaro, le directeur marketing dans la chaussure de sport. Et je dis bien « Tout le monde ». Dans ces années-là, toute la culture de la NBA tournait autour de la drogue. »

Pete Newell, à l’époque GM des Lakers, rappelait en 1992, dans une interview, que les années 1970 étaient une sale période pour la Ligue. Ça sentait l’herbe dans les couloirs des hôtels. Des groupes de femmes branchaient les joueurs et instauraient un climat de récréation sexuelle. La cocaïne était considérée comme aphrodisiaque, dans un environnement qui l’était déjà. « Beaucoup de joueurs sont devenus accros au sexe. Ils étaient complètement dévorés par ça », expliqua l’ancien Laker Lou Hudson en 1992.

Newell m’a raconté que les dirigeants des équipes ne savaient tout simplement pas quoi faire face à cette situation, à une époque où la Ligue elle-même n’avait pas de véritable réglementation concernant la drogue. Los Angeles étant en quelque sorte le point de départ de la contre-culture, les Lakers ont engagé, en dehors de leur service, des détectives du LAPD reliés au monde de la nuit pour tracer les agissements des joueurs.

Cette tactique freina à peine l’usage de la cocaïne. Ron Carter, un rookie sorti de l’Institut militaire de Virginie, est arrivé aux Lakers en 1978. Il se souvient d’une soirée dans un club de L.A. qui lui a brutalement ouvert les yeux. Cette soirée était organisée en l’honneur de Kareem Abdul-Jabbar par deux acteurs très connus qui étaient de grands fans. Et tout à coup, des bols de cocaïne sont mystérieusement apparus sur les tables. « Vous devez garder à l’esprit qu’on ne savait rien sur ces trucs-là, m’a expliqué Pat Williams. Je me souviens qu’on entendait parler de ces rapports, de ces rumeurs, et personne d’entre nous à la direction n’avait la moindre idée de ce que c’était. Je veux dire qu’on ne savait pas ce qui se passait. Je me souviens d’avoir un jour pris le journal et lu que Joe Bryant s’était fait arrêter à Fairmount Park. »

Philadelphie est l’une des nombreuses équipes qui se sont retrouvées entraînées dans ce changement brutal de la culture populaire. Le dossier Jelly Bean serait parmi les premiers à exposer le problème sur la place publique. « Il y avait beaucoup de gens à Philly qui s’inquiétaient pour lui, parce qu’ils l’aimaient et qu’ils ne voulaient pas qu’il aille en prison, m’a expliqué Dick Weiss, qui couvrait les 76ers pendant cette période. La NBA était enlisée dans cette situation. Ça m’a toujours étonné que personne ne se fasse arrêter lors des déplacements en avion… Il fallait traverser toutes ces villes. Ils transportaient la came avec eux. Les joueurs n’en parlaient jamais avec les journalistes. Nous n’en faisions pas grand cas mais si ça sortait, ça faisait le tour des médias. Ça faisait partie de la culture à l’époque. »

Joe Bryant est presque inconsolable

Même dans ce contexte, l’arrestation de Bryant avait fait la Une des journaux. Cet incident l’avait rendu presque inconsolable. Mais en plus d’avoir Richie Phillips comme avocat, il avait un autre puissant atout avec lui : sa relation avec Sonny Hill, dont la ligue regorgeait de contrôleurs judiciaires et autres officiels travaillant pour les tribunaux. Gilbert Saunders m’a expliqué que Hill n’était pas enclin à perdre l’un des joueurs qu’il avait sauvés des rues de Philadelphie. La tournure étrange de l’audience préliminaire de Bryant l’a confirmé.

Jelly Bean est arrivé à la salle d’audience 285 de la mairie dans une tenue très solennelle. Il portait un costume élégant et une cravate nouée de façon légère. Il était accompagné de son bébé, sa petite fille chérie Sharia, coiffée d’un chapeau à froufrous. Pam, cheveux style pixie, marchait à sa droite, dans un élégant costume à pantalon. En la voyant, on ne pouvait se douter que cela ne faisait que deux mois qu’elle avait accouché. Le couple était flanqué de ses représentants dans les allées de la salle. Richie Phillips portait un costume trois pièces et des lunettes noires.

Phillips avait fait venir vingt témoins de moralité pour parler en faveur de Bryant, une tactique inédite pour une audience préliminaire. La liste de ces témoins comprenait le coach de Bryant et le GM de l’équipe. L’équipe venait d’être vendue mais l’ancien propriétaire historique, Irv Kosloff, avait une immense affection pour Jelly Bean et il s’est présenté pour le défendre, comme l’a fait son coach d’athlétisme, le révérend Eugene Festus, un ancien membre des célèbres Harlem Hellfighters de la Première Guerre mondiale et une véritable légende de Philadelphie.

Le procureur avait une avalanche de preuves mais dans l’audience du Commonwealth contre Joseph Washington Bryant III, le juge J. Earl Simmons a rapidement conclu qu’il n’y avait aucune raison pour que la police fouille le véhicule du joueur. C’était une conclusion absolument renversante au vu des faits commis par Bryant cette nuit-là, un mois plus tôt. Le juge a dit à Bryant : « A partir d’aujourd’hui, je vous demande de mener une vie sans histoire. Vous avez une position élevée dans cette ville et j’attends de vous un comportement à la hauteur de cette position. Vous êtes une idole pour les jeunes de Philadelphie. Je souhaite que vous continuiez de mériter ce statut. » « Toute la franchise était derrière lui, s’est souvenu Pat Williams. Il était abattu, très soulagé et reconnaissant. Je pense que ça l’a refroidi. »

« Bryant s’en tire à bon compte », annonçait le « Delaware Tribune » en Une le lendemain, un sentiment partagé par les médias locaux. Jelly Bean aurait dû au moins recevoir une tape sur les doigts, disaient-ils. En fait, il « s’était juste fait gronder », a écrit le « Times ». Aucune peine n’a été prononcée officiellement mais le spectre de l’incident poursuivrait Bryant durant toute sa carrière. Jelly Bean en viendrait à penser qu’il devait assumer la pire des punitions, une sanction dont il est presque impossible de se libérer.

Pourtant, avec le temps, il est apparu que la décision du tribunal avait préservé la famille. S’il n’était pas tombé sur un juge clément, Joe Bryant aurait très facilement pu aller en prison et il n’y aurait sans doute pas eu de Kobe Bean Bryant. Les fans des Los Angeles Lakers n’auraient sans doute jamais connu la présence irradiante de celui qui se dénommerait lui-même le « Black Mamba ».

DEUXIÈME PARTIE – LE PRODIGE

Chapitre 6 – Kobe Bean

En novembre 1977, les Sixers ont réalisé une série de 14 victoires pour 1 défaite. Ils ont explosé les Celtics à Boston 121-112 le vendredi précédent Thanksgiving puis se sont envolés pour Philly pour deux matches en trois jours et ont enquillé deux autres victoires, le samedi contre Milwaukee et le mardi contre Houston. Ils se sont levés de bonne heure le lendemain pour aller disputer un match le soir même à Detroit puis ont pris un autre vol le jour-même de Thanksgiving.

Quelque part dans ce calendrier frénétique, Joe et Pam Bryant ont trouvé le temps de concevoir leur troisième enfant. Sharia était née en 1976 et leur seconde fille, Shaya, en 1977. Neuf mois exactement après cette halte à la maison des Sixers avant Thanksgiving, leur premier et unique garçon a fait son apparition sur la planète, le 23 août 1978, juste après que Joe eut bouclé un autre été très fructueux en Baker League.

La lignée de la famille Bryant comportait trois Joseph. Les Cox, eux, avaient une succession de trois John. Mais Pam et Joe ont choisi de nommer leur fils Kobe. Peut-être parce que pendant la grossesse de Pam, ils avaient savouré un succulent dîner dans un restaurant japonais à proximité de King of Prussia (3), en Pennsylvanie. En fait, ont-ils tous les deux expliqué plus tard, ils aimaient le son de ce nom qu’ils prononçaient « Ko-bi » et non « Ko-bé », comme on le fait en japonais. Ne voulant pas non plus couper tout lien père-fils, ils ont relié son deuxième prénom au surnom de son père : Bean. Ce qui a donné : Kobe Bean Bryant.

Comme si le monde avait besoin d’une preuve supplémentaire de l’inculture du couple, diraient plus tard certains observateurs. Mais c’était les « seventies », une décennie où une nouvelle génération s’émancipait des traditions du passé. Après tout, le docteur Patch Adams, le fameux docteur-clown, appellerait l’un de ses fils Atomic Zagnut. Ainsi, Joe et Pam étaient parfaitement dans l’air du temps en nommant leur fils Kobe Bean. D’ailleurs, ils aimaient beaucoup le bœuf ! Le temps leur donnerait raison d’un point de vue marketing. Cela ferait bien vite de leur fils une star à un seul nom, son premier prénom.

Au début, les journaux de Philly nommaient le jeune fils Bryant en utilisant ses deux prénoms. Ce qui donnait par exemple : « Le jeune Kobe Bean montre les signes d’un joueur prometteur. » Ce prénom avait du sens, diraient certains plus tard, parce que le bœuf de Kobe a beaucoup de valeur. Il est produit selon des méthodes spéciales. Il est élevé et « soigné » pour fournir une marque exotique, très prisée, comme Kobe Bean Bryant le deviendrait lui-même plus tard.

Cherchez la femme…

Ce qui comptait bien plus que le nom était le patrimoine génétique. « Pam venait d’une famille de sportifs, m’a fait remarquer Paul Westhead. Chubby était un bon joueur. Ce n’était pas un mollasson. Il était doué. Il n’avait pas la taille de Joe mais c’était un joueur affûté. En extrapolant sur le dernier enfant né de cette union, vous pouviez dire qu’il disposerait de beaucoup de talent. »

Au-delà de l’ADN, ce qui engendre les grands compétiteurs semble souvent venir de mères perfectionnistes. Pam Cox Bryant a gardé une part de mystère parce que contrairement à la maman de Michael Jordan, Deloris Jordan, elle n’a jamais écrit de livre, elle n’a jamais fait les couvertures des magazines et elle n’a jamais fait le tour du monde pour promouvoir la santé familiale. Au lieu de cela, elle a mené une vie ordinaire. Durant les années où son fils se construisait, elle a utilisé son talent particulier pour gérer les choses en coulisses, ce qui lui valait à la fois l’admiration et la colère de la famille et des amis. Tous les commentaires s’accordent pour dire qu’elle était brillante, attrayante, charmante, fine. Et qu’elle aimait les choses raffinées et sophistiquées. Pourtant, comme son père, elle préférait éviter les feux des projecteurs, comme ceux qui viendraient plus tard se braquer sur son fils.

La meilleure preuve de son penchant perfectionniste se trouve au sein de sa propre famille. Sa progéniture, deux filles et un fils, a été choyée, bien éduquée et bien élevée. Et ce, dès le plus jeune âge, que ce soit au niveau des manières, de l’élocution, du comportement ou encore de la contenance. « Si les autres gens élevaient leurs enfants comme les Bryant, nous aurions beaucoup de gens productifs dans ce monde », a commenté Leon Douglas, un coéquipier de Joe dans le championnat italien qui avait été témoin du travail de Pam.

Pourtant, la famille et les amis ont remarqué que Kobe était davantage l’objet de son affection et de son attention que ses sœurs. Et qu’il y avait un lien très fort entre la mère et le fils. « Quand Pam a enfin eu un garçon, elle était folle de joie, m’a raconté un ami de la famille. Elle adorait ses filles, bien sûr, mais le centre du monde, c’était Kobe. Peut-être parce que c’était ce que voulait Joe et qu’elle voulait le garder. Il était le fils sur lequel ils pourraient tout investir. »

L’affection de Pam pour Chubby durant leur adolescence n’était qu’un galop d’essai avant l’événement majeur : élever son fils. « Lorsque Kobe est arrivé, Pam s’est soudainement illuminée, s’est rappelé Mo Howard. Elle avait un fils et après lui, l’amour de sa vie était probablement Chubby. Elle prenait soin de Chubby d’une manière incroyable. Et maintenant, elle avait son propre fiston. »

Kobe : « Sur le terrain, je suis plus comme ma mère »

Pam cultivait inlassablement l’image de la famille parfaite. « Quoi qu’il se passe au sein de sa famille, cela nous était toujours décrit comme quelque chose de parfait, a ajouté cet ami proche. Je veux dire que chaque fois qu’elle parlait à quelqu’un, c’était toujours parfait. Elle décrivait une situation, tout était parfait. Kobe. Ses filles. Tout. » Cette perfection s’inscrivait dans tout le comportement de Pam. « Elle était toujours très attrayante, a-t-il poursuivi, très douce, très accessible, vraiment très charmante. Et ses deux filles étaient pareilles. » Son approche intégrait la notion d’accomplissement. Leurs qualités individuelles en sport n’ont jamais offert la moindre excuse à ses enfants. Ils devaient faire leurs devoirs et se comporter de manière pleinement responsable.

Dès le plus jeune âge, Kobe Bean a été élevé dans une famille admirée par les autres. Pas seulement dans les journaux de Philadelphie mais partout où elle se rendait. Pat Williams s’est rappelé des Bryant emmenant leur nouveau-né au Spectrum, la salle des Sixers. « Les gens me demandaient : « De quoi te souviens-tu à propos de Kobe Bryant ? » Et je leur répondais que je me souvenais de ses grands-parents. Ils le berçaient ou bien ils l’emmenaient aux matches dans son siège pour bébé. Disons qu’il a grandi au Spectrum. Il a passé la première année de sa vie avec les Sixers. » Gilbert Saunders se souvient d’avoir croisé Joe accompagné de son bambin. Il sortait d’un ascenseur après un match de basket estival. Le petit Kobe Bean roulait dans une voiture pour enfants. « C’était une Mercedes », s’est rappelé Saunders en riant.

Jelly Bean était l’archétype du papa fier. Cela se vérifiait chaque fois qu’il sortait avec son fils. Kobe Bryant serait connu, plus tard, pour partager une passion très forte pour le basket avec Daddy. Mais avec la célébrité de celui-ci et ses fréquents déplacements d’athlète professionnel, durant les années où la personnalité de Kobe s’est construite, il est compréhensible que ce soit avec Pam Bryant que le « kid » a développé les premiers liens. Et les liens les plus forts. Ses sœurs le brocarderaient, le décrivant comme un indécrottable fils à maman.

Ainsi, Kobe reflétait beaucoup la personnalité de Pam, loin des allures d’insouciance de son père. « Du point de vue de l’enthousiasme, de l’amour du basket, je suis plus comme mon père, déclara Bryant en 1999. Mais sur le terrain, je suis plus comme ma mère. Elle est un peu comme un pitbull. Elle a un tempérament tranchant, ajoutait-il en frappant ses mains l’une contre l’autre. Très battante. Donc, j’ai hérité du meilleur de chacun. »

La mère et le fils avaient pour l’essentiel d’agréables personnalités. Mais celles-ci pouvaient, de manière surprenante, devenir subitement très froides. Et cette froideur pouvait être extrêmement et étonnamment rebutante pour ceux qui en faisaient les frais. La mère et le fils feraient de cette froideur, combinée à leur capacité à entrer brusquement dans une colère noire, l’un des paramètres de leurs vies. Cependant, l’élément moteur principal de celles-ci était le perfectionnisme. Tex Winter, le coach vétéran qui a travaillé très étroitement avec Michael Jordan puis avec Kobe Bryant, a dit très souvent que c’était le principal trait de caractère que les deux superstars avaient en commun – leur perfectionnisme exacerbé. Concernant Kobe, il est correct de dire qu’en bien des points, c’est la mère qui a fait l’homme.

  1. Les Buffalo Braves ont déménagé en 1978 pour devenir les San Diego Clippers puis les Los Angeles Clippers en 1984.
  2. Star universitaire à l’époque et futur coéquipier de Michael Jordan chez les Chicago Bulls.
  3. King of Prussia est une « Census-designated place » (CDP), une zone délimitée par le Bureau du recensement des Etats-Unis à des fins statistiques, sans réelle valeur légale. Elle héberge le King of Prussia Mall, le plus grand centre commercial des Etats-Unis.


À suivre…

Paru chez le même éditeur

Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (14 mai 2014)

Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life » (17 juin 2015)

Jack McCallum, « Dream Team » (8 juin 2016)

Kent Babb, « Allen Iverson, Not a game » (9 novembre 2016)

Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (31 mai 2017)

Julien Müller et Anthony Saliou, « Top 50 : Les légendes de la NBA » (10 octobre 2018)

Marcus Thompson II, « Stephen Curry, Golden » (31 octobre 2018)

Julien Müller et Elvis Roquand, « Petit quiz basket » (28 novembre 2018)

George Eddy, « Mon histoire avec la NBA » (6 mars 2019)

Jackie MacMullan, « Shaq sans filtre » (3 juillet 2019)

Talent Editions : http://www.talenteditions.fr

A lire aussi
Commentaires
Forum (et HS)  |   +  |   Règles et contenus illicites  |   0 commentaire Afficher les commentaires