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Roman de l’été : Kobe Bryant, « Showboat » (3)

Qui se cache derrière Kobe Bryant ? Vous le découvrirez avec la biographie de Roland Lazenby dont Basket USA vous propose de larges extraits pendant tout l’été.

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture de larges extraits d’un ouvrage de basket, soit pour vous distraire sur la plage (comme en ce moment), soit pour occuper les longues soirées au coin du feu.

Après Phil Jackson, Michael Jordan, Larry Bird, Magic Johnson, Allen Iverson et la « Dream Team », nous vous proposons de nous attaquer à un autre monument : Kobe Bryant, quintuple champion NBA qui a pris sa retraite il y a trois ans et qui attend toujours que les Lakers lui donnent un successeur.

Ce livre, « Showboat », est signé Roland Lazenby, le même auteur qui a rédigé la biographie fleuve de Michael Jordan.

Bonne lecture !

Première partie

Deuxième partie

Le père de Jelly Bean avait très certainement plein d’anecdotes malheureuses à raconter mais il ne parlait pas souvent du passé. Il venait de la « Black Belt » géorgienne (1), qui longeait l’État en suivant la route 41. Il avait quitté la Géorgie dans la grande migration du XXe siècle des Afro-Américains. Philadelphie était une destination fréquente. Le quartier de Southwest Philly, en particulier, était en pleine mutation. D’une économie rurale au XIXe siècle, il était passé à une économie industrielle florissante sous l’afflux d’immigrants européens puis afro-américains venus travailler dans cette région où fleurirent des usines de savon, des fabriques de locomotives, des terminaux pétroliers, des raffineries pétrolières et, en 1927, un aéroport.

Au tournant du XXe siècle, la population de « la cité de l’amour fraternel », Philadelphie, était très majoritairement blanche, « caucasienne » comme disent les Américains. Mais un changement a commencé à se produire dans les années 1920 et s’est poursuivi jusque dans les années 1940. Des millions de Noirs sont montés vers le Nord. Les Afro-Américains, les « Nègres » comme on les appelait dans le Sud, arrivaient tous les jours par les trains qui s’arrêtaient dans la Black Belt, m’a expliqué Julius Thompson, l’un des premiers journalistes sportifs noirs embauchés par un quotidien d’envergure sur la côte Est. C’était en 1970. Il travaillait à l’époque pour le « Philadelphia Bulletin ».

Ayant été les premiers touchés par l’effondrement de l’économie agricole dans les années 1930, ils ont plié leurs maigres bagages et sont montés dans les villes du Nord à la recherche d’un emploi et d’une vie meilleure. La migration s’est faite dans le désespoir qui a suivi la chute des prix de la production agricole durant la Grande Dépression. Celle-ci a mis fin au métayage et au fermage, seules conditions auxquelles pouvaient prétendre beaucoup d’Afro-Américains dans un pays qui les avait tenus à l’écart du système éducatif depuis longtemps. Cette migration a également été accélérée par les violents lynchages – perpétrés par des Blancs – dont ont été victimes les Noirs pendant des décennies. On en retrouve le témoignage, souvent avec des photos, dans les journaux du Sud de l’époque.

Des semaines de 60 heures pour quelques pennies

L’attrait pour le Nord a grandi dans les années 1940 avec la promesse d’embauches dans les chantiers navals de Philadelphie pendant la guerre. Les opportunités d’emplois n’ont augmenté qu’après la fin du conflit, quand l’économie a trouvé un nouveau souffle. En Géorgie, Big Joe Bryant travaillait dans l’agriculture avec son père – le premier d’une succession de trois Joe Bryant. Il faisait des semaines de soixante heures pour quelques pennies (2) la journée. Les archives municipales indiquent que le grand-père de Big Joe était né esclave dans les années 1840 et avait passé sa vie, comme son fils le ferait ensuite, à effectuer un travail laborieux et éreintant dans les champs du Sud.

Comme beaucoup d’autres, Big Joe Bryant était un réfugié lorsqu’il arriva jeune homme à Philadelphie. Pourtant, la vie qu’il avait laissée derrière lui avait apporté certains atouts, à savoir une résilience et un mental fort. La paternité était une chose très honorée chez les Bryant. Dans sa jeunesse, Big Joe était parti de la campagne pour aller à la ville et il y avait fondé une famille. Lui et sa femme ont eu trois enfants. Il les adorait tous les trois, tout particulièrement son aîné, celui qui portait son nom. « Je vais vous dire, M’sieur. Aux yeux de Monsieur B., Joe ne faisait jamais rien de mal », s’est souvenu Mo Howard, un ami de la famille.

La carrière de Jelly Bean dans le basket a commencé quand il était adolescent : il passait des heures sous le panier de fortune accroché à un poteau de la ville, sur Willows Avenue. A partir de là, il s’est aventuré, par Cobbs Creek Parkway, jusqu’au parc où il y avait plus de concurrence. Ensuite, il est allé sur d’autres terrains des environs de Southwest Philly, principalement sur la 48e rue, sur Woodland Avenue et sur le grand playground de Kingsessing Avenue.

Jelly Bean était cruellement maigre mais sa taille lui permettait d’être admis par les joueurs plus âgés qui dominaient les playgrounds. Il leur en a gardé une éternelle gratitude. Comme il était mince, il a appris à jouer dans le périmètre. Ces heures passées sur le bitume face à des garçons plus âgés lui ont donné une identité : il se voyait dorénavant comme un véritable basketteur. Des années plus tard, son fils, Kobe, ferait la même chose. C’était un don qu’ils partageraient : leur vision précoce de leur destin et leur amour de ce sport. « Il adorait le basket. Il voulait tout simplement jouer, éprouver cette sensation », m’a dit Julius Thompson en parlant de Jelly Bean. Mais il aurait tout aussi bien pu s’agir de Kobe.

L’un des premiers héros de Jelly Bean a été Earl « the Pearl » Monroe, qui avait évolué au lycée John Bartram au début des années 1960. Monroe avait une extraordinaire conduite de balle et il a été magique lorsqu’il a mené Bartram au titre de champion de la Public League de Philly en 1963, à l’époque où le petit Joe Bryant n’était qu’un garçon de 9 ans aux yeux tout écarquillés. Les équipes de la Public League étaient si rudes et si physiques que les autres lycées de Pennsylvanie ne les autorisaient même pas à participer au tournoi d’Etat. « Si elles y avaient participé, les équipes de la Public League l’auraient gagné tous les ans », m’a dit Vontez Simpson, ne faisant que répéter une croyance très largement partagée. « Il y avait énormément de très bons joueurs dans la Public League à l’époque », m’a relaté Dick Weiss, grand chroniqueur sportif et spécialiste du basket de Philly. « Je n’ai jamais vu autant de talent dans une même ville, a commenté Julius Thompson qui couvrait la Public League pour le Bulletin. Et ça défilait, encore et toujours. Ça a duré des années 1960 jusqu’aux années 1970. »

Earl Monroe, une comète pour le jeune Joe Bryant

Bien vite, Earl Monroe est parti à l’université, à Winston-Salem State, puis aux Baltimore Bullets (3) et finalement aux New York Knicks. Il a été comme une comète traversant le ciel pour le jeune Joe Bryant et ceux de la génération suivante. Tout comme l’ont été les stars de l’équipe des 76ers de 1966-67 – des joueurs tels que Wali Jones, Chet Walker, Hal Greer, Luke Jackson et Wilt the Stilt (4) -, quand ils ont gagné le titre NBA, alors que Joe Bryant avait 12 ans. Peu après, il est devenu fan de Kenny Durret qui était une star à La Salle. Joe aimait tout particulièrement le style flamboyant et passait des heures à travailler le dribble entre les jambes, derrière le dos, la passe aveugle, des choses que la plupart des joueurs de grande taille n’envisageaient même pas à cette époque.

Très vite, les gens ont vu qu’il n’y avait rien que « JB », comme on l’appelait au collège Shaw puis plus tard à Bartram, ne puisse faire avec un ballon de basket. Il affichait déjà un talent naturel, un génie hors normes, pour les aspects très spectaculaires du jeu, que seuls quelques-uns maîtrisaient. Un mélange d’élus dont faisaient partie Earl The Pearl, Bob Cousy, les Globetrotters et Pistol Pete Maravich. Partout où « JB » jouait, les gens s’émerveillaient. Les « big men » n’étaient pas censés manier le ballon comme ça. En classe de Quatrième, Jelly mesurait presque 2 mètres et il avait une bonne foulée. Quand il voulait se rendre quelque part, il partait en joggant et arrivait à destination bien assez vite. Cette caractéristique lui a valu les faveurs des coaches d’athlétisme de la ville, aussi que bien celles des recruteurs de basket.

A la fin des années 1960 et au début des années 1970, le basket à Philadelphie apparaissait sans conteste comme un joli conte de fées nostalgique, à une chose importante près : la ville était gangrenée par la violence des bandes. La jeunesse en subissait les conséquences. Le « Philadelphia Daily News » a rapporté plus tard qu’il y avait 106 gangs différents sévissant dans la ville, chacun ayant son territoire spécifique. Leurs membres disposaient généralement d’armes à feu bricolées à la maison. Des cohortes de jeunes sont morts durant cette période où les affrontements s’immisçaient jusque dans les halls des écoles.

Quelle était l’emprise de la violence sur les jeunes hommes de Philadelphie ? La plupart du temps, il n’était même pas possible d’aller à l’école – sans parler d’y survivre une fois arrivé – si vous n’apparteniez pas à un gang. Le nombre faisait la force et c’était l’enfer pour tous les autres. « Dans ma ville natale, Philadelphie, en Pennsylvanie, des gangs terribles de Noirs faisaient la loi partout dans la communauté black. Il était très dangereux pour un jeune adolescent noir de vivre en terrain hostile, dans la violence urbaine », a écrit Reginald S. Lewis, lui-même ancien membre d’un gang.

Durant la seule année 1969, alors que Joe Bryant était en classe de Troisième au lycée Bartram, la ville a enregistré 45 morts imputables à des gangs. Les tensions se ressentaient dans tous les lycées du coin. Les gangs se formaient dès le plus jeune âge, recrutant des associés dans les écoles primaires. Jelly Bean Bryant est passé entre les gouttes, par chance. « Si vous n’étiez pas un athlète, vous étiez en danger, m’a raconté Julius Thompson. Les gens qui s’en sont sortis avaient un fort soutien chez eux. » « En y repensant, c’était une question d’éducation et d’orientation, a soutenu Gilbert Saunders. Comme beaucoup d’enfants, il manquait à Joe cette éducation. Il fallait beaucoup de bonne volonté pour élever Joe Bryant… »

Sous la protection de Sonny Hill

C’est le basket qui alimentait cette « bonne volonté ». En plus de la bienveillance de Big Joe et de la gentillesse des parents Saunders et des coaches de l’école publique, le facteur le plus important dans la vie de Bryant – et de loin – a été la légende de Philadelphie Sonny Hill et ses ligues de basket. Hill était quasiment toujours là pour rattraper les ratés et transformer les situations catastrophiques en opportunités. Il a joué un rôle similaire dans la vie de beaucoup de jeunes joueurs de Philadelphie. Gilbert Saunders en témoigne : « Sonny Hill m’a littéralement sauvé la vie. Ainsi que celle de beaucoup d’autres. »

A l’époque, Philadelphie grouillait de toutes sortes de ligues de basket, se rappelle Julius Thompson. « Partout, on voyait des gosses jouer au basket, du lever au coucher du soleil. » Cependant, la plupart des ligues d’élite se trouvaient en périphérie. Jusqu’à ce que Hill arrive. « Il dirigeait un syndicat de travailleurs, m’a expliqué Thompson. Je l’appelle « le patriarche du basket à Philadelphie ». Sonny avait un grand sens relationnel. Il réussissait à impliquer tout le monde. »

Sonny Hill a d’abord été un petit meneur sec. Il évoluait dans l’ancienne Eastern League, à l’époque où la NBA n’avait que dix équipes. Et quelques Noirs dans ses effectifs. Puis il est devenu à la fois un commentateur sportif à la radio, un dirigeant syndical et une force de proposition de la communauté. Une force de renom. Hill venait lui-même de la rue et il avait une très bonne compréhension des défis qui s’imposaient aux jeunes joueurs, dans leur vie et dans le sport.

Au début des années soixante, Hill a créé la Baker League, une compétition d’été pour les joueurs professionnels. Elle a vite acquis de la renommée, notamment pour avoir permis à Bill Bradley, membre des New York Knicks, de consolider son jeu après être rentré d’un congé sabbatique (il était parti étudier à l’étranger). « Quand Sonny a lancé sa ligue, il la faisait jouer à l’Eglise Baptiste du Grand Espoir, s’est souvenu Dick Weiss. Je me vois encore aller là-bas pour y voir jouer Earl Monroe contre Bill Bradley après ses études dans le cadre d’une bourse Rhodes. Bradley s’est affûté dans la Baker League. C’était la meilleure ligue pour le préparer avant d’aller ensuite en NBA, aux Knicks. Il est descendu de Princeton à Philadelphie pour jouer dans cette Baker League. »

Les matches d’été de la Baker League étaient souvent d’un niveau bien meilleur que ceux de la saison régulière de NBA à l’époque, a reconnu Dick Weiss. Très vite, la ligue de Hill a retenu l’attention d’autres joueurs de tous horizons, de Wilt Chamberlain à Walt Frazier. Elle a été reconnue comme un haut lieu du jeu estival, à une époque où la NBA montait ses propres ligues d’été officielles. Sa réussite avec la Baker League l’a encouragé à créer un autre programme en 1968, tandis que Joe Bryant allait entrer en classe de Troisième. La Sonny Hill League apportait un format de compétition structuré pour les meilleurs lycéens de la région. Elle deviendrait une référence témoignant du savoir-faire de Hill.

Pique-nique géant pour basketteurs

Cette ligue amateur s’est établie comme le marchepied de la Baker League. « Le lieu était blindé de monde, s’est souvenu Dick Weiss. C’était devenu un lieu de rassemblement pour toute la communauté noire. » « C’était une sorte de pique-nique géant, a commenté Mo Howard qui a joué en Hill League et qui a ensuite été le meneur star de l’université de Maryland, sous les ordres du coach Lefty Driesell. Mes premiers souvenirs de basket viennent des matches de Baker League. Je me souviens d’être allé dans les sous-sols de l’église, où il y avait une magnifique salle de sport, et d’y avoir vu jouer Bill Bradley, Cazzie Russel, Wali Jones et Hal Greer. J’allais voir ces gars-là se produire dans une ambiance d’été. Et ça jouait bien. »

Quand Howard est arrivé au lycée, la Hill League avait démarré. Il s’est retrouvé à disputer des matches en lever de rideau des pros qui jouaient en Baker League. « Tu parles que ça nous motivait, nous les jeunes, de jouer avant un match de Baker League ! On savait qu’il allait y avoir un monde dingue pour la rencontre de Baker League. Et puis on trouvait les meilleurs lycéens dans chaque équipe. Il y avait dix ou quinze gars qui venaient de tout Philadelphie, qui comptait beaucoup de lycées. Donc, là, on parle des tout meilleurs lycéens », a poursuivi Howard.

Les lycéens étant en compétition avant les pros, des relations se sont vite nouées. « Ce n’était pas grand-chose, pour des gars comme Wali Jones ou Earl Monroe, de m’interpeller et de me dire : « Travaille ta main gauche, mon gars. » Ou bien : « Améliore ton bank shot. » (5) Je veux dire, on avait un accès direct à ces gars-là. Et très souvent – je ne sais pas pourquoi ça se passait comme ça -, ils venaient nous parler. C’était incroyable ! », a ajouté Howard.

Il y avait différentes ligues pour les meilleurs joueurs de lycée de la région et jusqu’à ce que la Hill League apparaisse, les meilleurs éléments évoluaient dans la Narberth League, qui se déroulait sur des terrains extérieurs en banlieue de Philadelphie. Ce qui différenciait la Hill League, c’est qu’elle avait lieu en ville, sur des terrains couverts. « Au bout d’un moment, la Sonny Hill League était devenue la ligue de l’élite », s’est rappelé Julius Thompson.

La Hill League et la Baker League ont contribué a donné une grande fierté au basket de Philadelphie pendant une période très troublée. Particulièrement durant les années où Frank Rizzo a été commissaire de police puis, plus tard, maire de Philadelphie. « Il y avait évidemment un énorme sentiment de colère à Philadelphie dans les années 1960. Il y a eu une émeute après la disparition de Martin Luther King. C’était dangereux de sortir sous l’administration Rizzo. Il y avait beaucoup de tensions entre Noirs et Blancs. Le basket était le seul sport qui réunissait tout le monde », m’a expliqué Weiss.

Le basket, un pare-balles contre les gangs

Hill a créé la Sonny Hill League en partie pour combattre les gangs qui infestaient la ville. Avec toutes ces bandes qui se battaient pour défendre leur territoire, il était difficile, pour les jeunes, d’aller d’un quartier à un autre en prenant les transports en commun. Quand ils le faisaient, ils étaient la plupart du temps confrontés à des intimidations. Mais si un joueur avait avec lui un sac estampillé Sonny Hill League, les membres des gangs le laissaient généralement passer sans problèmes. Ce qui voulait dire que les joueurs pouvaient se rendre aux matches de cette ligue dans toute la ville. Hill avait intelligemment pourvu les postes de coaches et d’encadrants adultes de sa ligue en faisant appel à des agents de contrôle judiciaire et des personnalités liées à l’ordre public. Les gangs ont vite compris qu’ils ne devaient pas faire d’embrouilles aux joueurs de la Hill League…

La Sonny Hill League était par ailleurs très exigeante sur la discipline. « Il n’y avait aucune discussion avec les arbitres, aucun éclat de voix d’aucune sorte, s’est souvenu Gilbert Saunders qui y a évolué. Peu importe que tu sois talentueux. Ils te tenaient responsable de ton statut et de ton comportement. » « Sonny savait y faire avec la discipline, a reconnu Dick Weiss. Vous deviez avoir votre maillot correctement placé dans le short pour pouvoir jouer dans sa ligue. Et vous ne deviez jamais contester les décisions des arbitres. Sinon, il intervenait. Il croyait très fort en la fierté personnelle dans le jeu de chacun, dans l’approche de chacun. Il s’agissait de faire les choses comme il le fallait. »

La longévité et le succès de la Hill League ont été possibles grâce au talent unique et au rayonnement de Hill lui-même. « Il a réussi à organiser le quotidien d’une ville entière avec cette ligue, a continué Weiss. Il avait un poids politique énorme dans la communauté et il l’a utilisé pour lancer sa ligue. » Elle a amené un regard neuf sur le basket au cœur de la cité. Mais cela n’était pas du goût de tout le monde. Certains l’ont accusé d’user de son influence pour orienter les meilleurs joueurs vers certains lycées, puis vers certaines universités. Hill a démenti catégoriquement. Il a consacré beaucoup de temps à démontrer le contraire. « Beaucoup de gens le voyaient simplement comme un opportuniste qui piochait des jeunes dans les autres ligues, a précisé Weiss. Ces critiques n’ont pas compris qu’il redonnait de la fierté à Philadelphie. Et combien il était important, pour Philadelphie, d’avoir de la fierté pour quelque chose qui émanait d’elle. »

Sonny s’est souvenu que Jelly Bean avait rejoint la Hill League en Quatrième ou en Troisième et qu’il n’y était pas resté. Bien qu’il fût grand et athlétique, il n’avait pas la maturité requise pour participer à la compétition. « Il est revenu environ un an plus tard et il avait mûri. Je pense qu’il le devait beaucoup à son père. » Big Joe adorait la discipline et le cadre de cette ligue, au point que longtemps après que ses deux fils y eurent fait leurs armes, il continua d’en être membre bénévole.

C’est lors de ces ligues d’été que Jelly Bean a rencontré Mo Howard pour la première fois. Il a rapidement sympathisé avec lui. « Joey et moi jouions ensemble en Narberth League et en Sonny Hill League, ainsi que dans une autre équipe d’une autre ligue, s’est souvenu Howard. On était très occupés l’été. Sans compter les ligues récréatives et les ligues de quartier d’été. Ça faisait beaucoup de matches à jouer… Il y avait toujours un endroit où ça jouait. »

Inséparables papas

En classe de Première, Jelly Bean et Mo Howard ont gagné la Sonny Hill League avec une formation où brillait aussi Andre McCarter, qui est ensuite parti à UCLA, pour se perfectionner sous les ordres de John Wooden. C’est alors que le père de Mo Howard, Edward, a rencontré Big Joe Bryant et qu’ils ont réalisé qu’ils étaient tous les deux originaires de Géorgie. Des liens se sont formés instantanément. « C’était deux pères très présents et influents. Ils vous auraient tous les deux donné leur chemise », m’a dit Julius Thompson à propos de Howard et Bryant.

« Il n’y avait pas deux hommes plus fiers que Monsieur B. et mon père », s’est souvenu Howard, tout sourire. Il a ajouté que cela n’avait pas d’importance si Jelly Bean et lui étaient dans la même équipe ou non, « ils s’asseyaient l’un à côté de l’autre et déconnaient ensemble. Ils étaient vraiment comme cul et chemise. Monsieur B. était un colosse. Il était grand et massif. Alors que mon père était costaud lui aussi mais petit. Mon père était chauffeur de camion. La première personne vers qui il se tournait quand il entrait dans la salle, c’était Joe Bryant, « Mister Big ». On l’appelait « Mister Big ». C’était une relation pleine de vie pour Joey, moi-même et nos papas. »

La génération précédente d’Afro-Américains n’avait jamais eu les opportunités dans le sport qu’ont eues leurs fils. Howard m’en a fait le constat : « Pour eux, c’était ça : « Quoi qu’il vous arrive, les gars, la célébrité, la gloire, vous devrez le partager avec nous. » Ce que cela a fait, c’est que ça a validé ce qu’étaient ces deux hommes. Ils étaient nos pères et ça leur donnait une fierté qu’ils n’avaient peut-être jamais eue dans leurs vies. Là, ils avaient deux fils qui étaient de grands joueurs. C’était leur truc. Ils s’adoraient, Papa et Monsieur B. Je ne serais pas correct si je ne disais pas ceci : quand vous parlez de jeunes qui ont un certain succès, particulièrement de garçons noirs, les pères entrent en scène après que les enfants ont fait de l’argent. Nous, nos pères ont été là depuis le début. Ils nous achetaient nos chaussures, ils nous achetaient nos chaussettes, ils nous donnaient de l’argent pour que nous nous achetions des hot dogs après le match. Ces gars étaient dans nos vies. Ces gars faisaient les déplacements partout où nous allions. Ça, c’est du soutien. Ils pensaient : « Si nous ne sommes pas là, les gens vont penser qu’on n’en a rien à faire de nos fils. » Jusqu’à mon dernier jour, je vous dirai que mon père et M. Bryant, tout le monde les connaissait, tout le monde les respectait. »

A suivre…

 

  1. L’expression « Black Belt » a d’abord désigné une zone agricole formant une sorte de ceinture, répartie sur treize Etats du sud des Etats-Unis. On y a fait venir des esclaves noirs en grand nombre pour cultiver le coton. Après la guerre de Sécession, ce terme n’a plus été utilisé que pour désigner la zone géographique à forte population afro-américaine.
  2. Autre nom donné au cent américain, un centième de dollar.
  3. Devenus les Capital Bullets en 1973, les Washington Bullets en 1974 et les Washington Wizards en 1997.
  4. Surnom de Wilt Chamberlain, « l’Echassier ».
  5. Tir avec la planche.

 

Paru chez le même éditeur

Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (14 mai 2014)

Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life » (17 juin 2015)

Jack McCallum, « Dream Team » (8 juin 2016)

Kent Babb, « Allen Iverson, Not a game » (9 novembre 2016)

Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (31 mai 2017)

Julien Müller et Anthony Saliou, « Top 50 : Les légendes de la NBA » (10 octobre 2018)

Marcus Thompson II, « Stephen Curry, Golden » (31 octobre 2018)

Julien Müller et Elvis Roquand, « Petit quiz basket » (28 novembre 2018)

George Eddy, « Mon histoire avec la NBA » (6 mars 2019)

Jackie MacMullan, « Shaq sans filtre » (3 juillet 2019)

 

Talent Editions : http://www.talenteditions.fr

 

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