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Portrait | Clifford Robinson, paradis artificiels

« Uncle Cliffy » bouscula les canons de l’ailier-fort en ajoutant à une défense agressive une belle adresse à 3 points. Double finaliste NBA avec Portland, Cliff Robinson est décédé ce samedi à 53 ans.

« Jeunesse » rime parfois avec « colère ». A 25 ans, Cliff Robinson est jeune et colérique. Les nerfs à fleur de peau, le cœur en feu. Quand ses émotions deviennent trop fortes, il en rajoute, force ses shoots et collectionne les fautes techniques. Mais sans ce tempérament volcanique, Clyde Drexler, Terry Porter et les Trail Blazers ne seraient probablement pas champions de la division Pacific, ni challengers pour le titre NBA. « Cliff est comme un sixième titulaire pour nous », souligne Jack Schalow, l’assistant de Rick Adelman, coach de Portland.

Robinson (2,08 m et 109 kg) pouvait jouer indifféremment ailier ou pivot. Seul Trail Blazer à avoir participé à tous les matches durant ses trois premières saisons, Cliff alignait des chiffres parlants en cette saison 1991-92 : 12.4 points et 5 rebonds en 25 minutes, auxquels il faut ajouter 107 contres, la meilleur perf de l’équipe de l’Oregon. Plus une bonne dizaine de petites bastons pour pimenter son quotidien de basketteur ! Robinson avait un regard de tueur. Les yeux revolver. Il adore s’en servir, y compris avec les arbitres. « Cela vient des playgrounds que je fréquentais plus jeune. Les gars plus âgés voulaient toujours m’en mettre plein la tête, histoire de me faire passer pour un naze. Il fallait leur montrer que je n’étais pas impressionné. Même si c’était parfois le cas… »

Pour entrer en NBA, il est recommandé de soigner son image. Auteur d’une brillante carrière à l’université de Connecticut (15.3 pts, 6.1 rbds et 1.2 pd sur 4 ans), Robinson aurait dû être retenu au premier tour de la draft 1989. Mais aucune des 27 équipes ne le choisit. Sa réputation lui porta préjudice. Les scouts lui reprochaient une certaine indolence et un caractère à problèmes. Clifford fut tout simplement jugé sur des apparences. « C’est comme dire qu’un livre n’est pas bon parce que la couverture ne vous plaît pas… », ironisa Jim Calhoun, l’entraîneur des Huskies. « C’est vrai que c’était un gamin à humeur variable. D’accord, il fonctionne parfois bizarrement. Il n’a pas une approche de la vie très simple. Mais Cliff est un garçon très intelligent qui a un bon fond et qui ne fait rien sans y réfléchir au préalable. »

Son père meurt quand il a 10 ans

Aîné de cinq enfants, Robinson adore les gamins auxquels il réserve son sourire étincelant. Son diplôme universitaire transpire le développement humain et les relations sociales. Chez les Robinson, on est très famille. Son père mourut quand il avait 10 ans. Sa mère éleva donc toute la famille seule. « Elle a toujours fait le maximum pour nous. Il y a eu des moments difficiles, évidemment. On n’avait pas toujours ce qu’on voulait mais en ne connaissant pas le luxe, on a appris à connaître la vraie valeur de la vie. »

Souvent, Clifford s’occupe de ses frères et sœurs. Comme il a déjà un caractère bien trempé, sa mère se pose parfois des questions. « Je me demandais s’il était capable d’assumer les responsabilités d’un grand frère. Je lui parlais et il me répondait, en me regardant dans les yeux : « T’inquiète, Ma, tout ira bien »… »

Même s’il ne savait pas ce qui l’attendait, Robinson eut, de tout temps, une confiance en lui inébranlable. Une assurance doublée d’un amour du jeu sous toutes ses formes. Tony Panzica, son coach à la Riverside High School (Buffalo), se souvient.« Par simple défi, il se mettait souvent dans des situations impossibles. Il venait me voir pour que je l’en sorte. Ce n’était jamais très sérieux mais les profs et les dirigeants du lycée étaient parfois excédés. Il y a deux choses chez Cliff que je retiendrai toujours. Un immense respect pour sa mère et son honnêteté. J’avais acheté des chemisettes pour toute l’équipe. Avant de les offrir aux joueurs, je leur avais donné des boîtes de sucettes qu’ils devaient vendre. En échange de l’argent, les gars recevaient leur polo. Cliff est le seul à m’avoir rapporté la somme au centime près… »

Il rêvait d’être champion NFL avec Buffalo

Robinson est originaire de Buffalo, une cité industrielle au bord du lac Erié, célèbre pour ses tempêtes de neige. Il rêvait d’être le quarterback des Bills (finalistes malheureux de quatre Superbowls consécutifs, de 1991 à 94). Il rêvait évidemment de remporter le titre NFL. Mais quand il passa de 1,83 m à 1,95 m en Seconde et qu’il atteignit 2,03 m en Première, Cliff comprit qu’il pouvait ranger son casque et ses protections… Son avenir était sur un parquet. Il devint une star nationale lors de sa dernière année de lycée, tournant à 23 points, 13 rebonds, 3 interceptions et 4 contres.

Next step : University of Connecticut. Là-bas, Clifford apprit à défendre dans des face-à-face avec des futures stars NBA comme Dikembe Mutombo, Derrick Coleman, Rony Seikaly et Charles Smith. Il découvrit aussi la discipline et le travail scolaire. Comme il n’avait pas un bulletin de notes extraordinaire, Cliff fut obligé de s’asseoir sur le banc pour la moitié de sa deuxième année, privé de compétition. Il pensa rentrer chez lui. Sa mère régla le problème. « Je lui ai dit : « Je ne veux pas de toi ici, concentre-toi sur tes études et tu rejoueras ». C’est ce qu’il fit. »

Robinson est devenu une star NBA dans la difficulté. Sa saison rookie fut mémorable sur et en dehors du terrain. Le plus beau de ses « exploits » ? En avril 1990, durant le premier tour de playoffs contre Dallas (3-0), il insulte et gifle une policière à la sortie d’une boîte de nuit. Il était 4 h du matin. Robinson fut condamné à 50 heures de travaux d’intérêt général. Il dut également suivre des cours de civisme… avec la policière en question. « J’avais déconné », reconnaît-il.

La seule chose qui pourrait inquiéter les Trail Blazers, désormais, c’est sa sélection de shoots. Il aime ça et a tendance à en forcer quelques-uns. Mais comme il est quelquefois inarrêtable, les coaches ont du mal à lui fixer des limites. Durant l’été 1992, après avoir signé un contrat de 5 ans lui garantissant 2 millions de dollars environ par saison, Cliff s’achète une maison gigantesque avec tout le confort intérieur, de la salle de jeux vidéo à la piscine. Il adore aussi les bijoux. Mais de bague, il n’y eut point…

Robinson dispute deux Finales NBA avec les Trail Blazers, en 1990 contre Detroit – durant sa première année dans la Ligue – et en 1992 contre Chicago. Champion en 1989, Detroit défend son titre l’année suivante contre une escouade emmenée par Clyde Drexler, Jerome Kersey, Terry Porter et Drazen Petrovic. Mariah Carey se fait un nom en interprétant « America is beautiful » au Palace d’Auburn Hills. Les « Bad Boys », eux, entrent dans l’histoire en étant les premiers à remporter les Games 3 à 5 d’une série au format 2-3-2 (lancé en 1985, puis abandonné cette saison). Detroit s’impose 4-1 derrière un Isiah Thomas stratosphérique, élu MVP des Finales. Cliff, qui dispute donc sa première saison en NBA, connaît son heure de gloire en bloquant un shoot de James Edwards à la dernière seconde du Game 2 pour sécuriser la victoire des Trail Blazers dans le Michigan (106-105 en overtime).

Michael Jordan tue Portland à 3-points

En 1992, la rivalité entre Clyde Drexler et Michael Jordan déchaîne les passions. L’Amérique veut en faire les nouveaux Bird et Magic… Une image fera le tour du monde : Jordan, auteur de 6 tirs primés dans la première mi-temps du Game 1 et bluffé par sa propre performance, lève les bras, avec une expression de surprise teintée d’incompréhension, devant un Clifford Robinson déconfit sous son bandeau rouge sang… Ce soir-là, « MJ » égale le record de tirs à 3-points réussis dans un match des Finales, établi au printemps précédent par Bill Laimbeer dans le Game 2 (la marque fut égalée par Dan Majerle en 1993 puis battue par Kenny Smith, Scottie Pippen,  Ray Allen et enfin Stephen Curry en 2018). Chicago plie la série en six matches.

Le 36e choix de la Draft 1989 est un intérieur complètement atypique, à la fois bon contreur et intercepteur et excellent shooteur à 3 points. Durant la saison 1992-93, Robinson fait feu de tout bois. En sortant du banc, il compile 19.1 points, 6.6 rebonds et 1.99 contre. Le natif de Buffalo signe cette année-là 163 crêpes et s’arrête à 19 tirs primés.

Trois ans plus tard, il se contentera de 68 contres mais convertira 178 shoots derrière l’arc… Deuxième meilleur marqueur de Portland derrière Clyde Drexler (19.9 pts), le n°3 est élu meilleur sixième homme de la Ligue en 1993. Au printemps suivant, il décroche sa seule sélection All-Star. A Minneapolis, en relais du quatuor Kemp-Malone-David Robinson-Olajuwon, Clifford apporte 10 points, 2 rebonds et 5 passes en 18 minutes. Mais c’est l’Est qui s’impose (127-118). Bon intercepteur (il atteignit 6 steals dans un match à cinq reprises), Clifford Ralph Robinson fut aussi retenu dans la All-Defensive Second Team en 2000 et 2002.

En playoffs non plus, ça ne rigole pas. Portland disparaît deux fois de suite au premier tour, battu 3-1 par San Antonio puis par une équipe de Houston en route pour le titre. Le départ de Drexler chez les Rockets assombrit considérablement l’horizon des Trail Blazers. De 1995 à 97, ils sont à nouveau éliminés prématurément (contre Phoenix, Utah et les Lakers). Robinson, passé meilleur scoreur, se sait dans une impasse. En 1997, il tombe à 15.1 points avec l’avènement du trio Kenny Anderson-Isaiah Rider-Rasheed Wallace. Free-agent, celui que l’on appelle désormais « Uncle Cliffy » choisit de quitter le Nord-Ouest des Etats-Unis. Direction l’Arizona. Pourquoi « Uncle Cliffy » ? C’est le nom que des groupies donnèrent à une petite danse improvisée par l’intéressé après la victoire contre le Jazz dans le Game 4 de la finale de Conférence Ouest 1992 (4-2). Ce surnom ne va plus le quitter.

50 points contre Denver à 33 ans

Pendant quatre ans, Phoenix profite des talents multiples de cet ailier fort-pivot inclassable. Robinson ne descendra pas sous la barre des 14 points. En 2000, les Suns goûtent une gloire très éphémère en sortant le champion en titre, San Antonio (privé de Tim Duncan), au premier tour (3-1). Robinson aussi. En cette année 2000, « Uncle Cliffy » pète la forme ! Le 16 janvier, à 33 ans et deux mois, il devient le joueur le plus âgé de l’histoire à planter 50 points (tout ronds) dans un match. La scène se passe contre Denver. Pour Clifford, c’est une première. Cette saison-là, il s’offre 120 tirs primés. Pendant longtemps, il fut le joueur de 2,08 m et plus ayant réussi le plus de shoots à 3 points en carrière (1 253 en 18 ans). Dirk Nowitzki (2,13 m, 1 376 tirs primés réussis au 15 décembre 2014) l’a depuis dépassé…

Transféré à Detroit en 2001 contre Jud Buechler et John Wallace, Robinson signe deux saisons correctes (161 matches, 16.4 puis 14.6 pts de moyenne) avant de vagabonder d’Ouest en Est. Il est expédié chez les Warriors en août 2003 (contre Bob Sura) puis chez les Nets en février 2005 (contre deux deuxièmes tours de draft). C’est à Golden State qu’il signe son record de tirs à 3-points dans un match : 7 contre Cleveland le 15 janvier 2004.

En 2007, à 40 ans et après avoir disputé 1 380 rencontres NBA (huitième plus gros total de l’histoire), le n°30 des Nets coiffé d’un éternel bandeau rouge stoppe les frais. Le secret de sa longévité, seulement égalée par une poignée de joueurs dans l’histoire comme Kareem Abdul-Jabbar, Robert Parish, Kevin Willis ou Dikembe Mutombo ? Une hygiène de vie irréprochable ? Pas vraiment… Il est aussi question, ici, de drogues hallucinogènes et des paradis artificiels chers à Baudelaire. Quatre fois, Clifford se fit pincer pour usage de marijuana. 1997 : charges abandonnées. Février 2001 : un match de suspension (conduite sous l’emprise de substances illicites au volant de sa Porsche). Février 2005 : cinq matches de suspension. Mai 2006 : cinq matches de suspension, en pleine demi-finale de Conférence Est contre le Heat, pour une double violation du programme de la Ligue en matière de drogues.

Commentaire de Lawrence Frank qui entraîne alors New Jersey : « Une affaire comme celle-là vous met forcément un coup car Cliff est un bon coéquipier et quelqu’un de bien. Mais nous faisons tous des erreurs dans la vie. »

Pour durer, il n’y eut pas seulement les joints. « Je pense que le fait de couper complètement avec le basket durant l’été me fait le plus grand bien », expliquait Robinson à l’époque. « Ça m’aère l’esprit. L’été, je prends un 4×4, je bouge, j’oublie le jeu. Quand je reviens, j’ai encore plus faim. Et puis ce transfert chez les Nets a regonflé mon moral. Jeune, j’ai joué dans la Big East. Mes anciens camarades de college et ma famille peuvent venir me voir jouer plus facilement. »

Producteur de cannabis

Robinson, qui aurait amassé plus de 60 millions de dollars durant sa carrière, se retire chez lui, à Hillsboro (Oregon), avec sa femme Heather et leurs deux enfants (il en a eu sept en tout). En rêvant de coacher un jour dans la Ligue ou alors de s’occuper d’enfants défavorisés, comme son diplôme universitaire l’y prédestinait… Pourquoi l’Oregon, lui le natif de Buffalo ou plus exactement d’Albion (Etat de New York) ? « J’ai passé huit saisons chez les Trail Blazers et j’ai vécu 20 ans ici. Je me suis acclimaté à la région dès mon arrivée. Les fans ont été bons avec moi, j’ai noué beaucoup d’amitiés dans le coin. C’est un chouette endroit pour voir mes enfants grandir. J’adore la tranquillité de cette ville, me balader aux environs, faire du camping (ndlr : il aime aussi la peinture et le snowboard)… C’était le point de chute quasiment idéal. »

Ces dernières années, il avait lancé son entreprise de production de cannabis dans l’Oregon et sur son site internet, « Spliff » Robinson se montrait allègrement un joint à la main. « Si vous jouez 18 ans en NBA avec un calendrier de 82 matchs par saison, vous devrez composer avec des problèmes d’anxiété et des difficultés pour vous décontracter. Le cannabis m’a toujours aidé pour ça. »

Un discours que partage beaucoup de joueurs, dont Kevin Durant, et depuis le syndicat des joueurs tente de convaincre la NBA d’assouplir les règles anti-dopages à propos du cannabis. Il y a quelques mois, Gary Payton estimait que 6 à 7 joueurs sur 10 fumaient en NBA, et notamment pour mieux récupérer. « « Je ne sais pas combien exactement mais je dirais que ça tourne autour des 60-70% » avait-il avancé comme chiffre. « Il faut dire que le corps en prend un sacré coup pendant la saison. Quand il y a une solution comme ça qui ne fait pas de mal et ne met pas en danger le travail accompli, alors ils l’utilisent. Je ne suis pas contre. Il faut l’utiliser sans en abuser non plus. Je veux simplement qu’ils puissent s’aider eux-mêmes. »

STATS

18 ans

1 380 matches (844 fois starter)

14.2 pts, 4.6 rbds, 2.2 pds, 1 int, 1 ct

43.8% aux tirs, 35.6% à 3 points, 68.9% aux lancers francs

PALMARÈS

Meilleur 6e homme : 1993

All-Star : 1994

All-Defensive Second Team : 2000, 02

 

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