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Arvydas Sabonis : le Tsar aux mains d’argent

Arvydas SabonisConsidéré comme l’un des meilleurs joueurs européens de tous les temps, Arvydas Sabonis (2m21, 48 ans) avait le potentiel et le talent pour devenir aussi l’un des meilleurs pivots de l’histoire de la NBA. Mais le « Tsar » était né dans les années 60, en URSS, et à son époque, la mondialisation de la NBA n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui…

Après avoir remporté tout ce qu’il était possible de gagner dans le basket FIBA mais aussi squatté longtemps les infirmeries, le géant lituanien se décidera tout de même à plus de 30 ans à franchir l’Atlantique. Ce sera sous les couleurs de Portland, et les Américains découvriront alors un pivot limité physiquement mais doté de mains et d’un coup d’oeil dignes de Magic Johnson.

Si près d’une finale NBA…

On est en l’an 2000. Les Blazers de Portland affrontent le Jazz d’Utah en demi-finale de la conférence Ouest et à quelques minutes du match 3, le vestiaire visiteur est en pleine crise. Le pivot titulaire des Blazers, Arvydas Sabonis, ne peut pas bouger. Sa cheville est complètement bloquée. Le préparateur physique, presque en désespoir de cause, continue de masser le pied du massif lituanien quand tout à coup, un bruit sourd se fait entendre.

« Il y a eu un ‘clic’ dans sa cheville. Il s’est levé et a dit : ‘Ok, je peux y aller’. En fait, ce qui était déplacé s’est remis en place, et il a joué tout le match. »

22 points et 8 rebonds plus tard, Sabonis offre à Portland un avantage décisif de 3-0 dans la série en route pour la finale de l’Ouest face aux Lakers… La suite, on la connaît. Les Blazers ne mettent pas un tir pendant le dernier quart temps du match 7 à Los Angeles, et Shaq conclut ce alley oop légendaire sur une passe de Kobe Bryant. Les Blazers ratent les finales NBA. Pour Sabonis, c’est l’un des pires souvenirs de son immense carrière.

« C’est l’un des pires matchs que j’ai joués dans ma vie. En tout, il y en a trois ou quatre. Et celui-là en est un. C’était le dernier match de la série et on menait de 15 points avec 10 minutes encore à jouer. Et on le perd. C’est difficile… très difficile à oublier » confessait Sabas à Grantland.

Des anecdotes qui confinent au surnaturel

Mais quand Shaq fanfaronne et s’énerve même tout rouge quand aucun des intérieurs des Blazers ne veut reconnaître sa supériorité domination physique, Sabonis souffre en silence. Physiquement et moralement, il souffre. Car le géant de 2m21 n’est plus le même homme qu’il était en 1986. Il n’est plus, comme le Shaq des années 2000, à son « acmé physique ».

Dire que Sabonis était à son top physique alors qu’il n’a que 21 ans et demi, face à David Robinson pour le Championnat du monde de 1986, c’est bien le drame de sa carrière. Avec sa mulette et sa moustache, Sabonis est bondissant, rapide, presque fluet. Sa vitalité et sa grinta pour le jeu sont déjà bien présentes (comme sur cette magnifique explication de texte avec l’arbitre à 0 :45 sur la vidéo).

En 1982 lors d’une tournée américaine, alors qu’il n’a que 17 ans, Sabonis domine Ralph Sampson (le futur n°1 de la draft en 1983) et fait saliver les scouts locaux au point que Dale Brown souhaite le recruter à LSU et que le légendaire coach Bob Knight admette que Sabonis « est probablement le meilleur non-américain que j’ai jamais vu jouer au basket ».

Dans un tournoi, cette fois au Japon, à Hiroshima, c’est le scout pour les Warriors, Pete Newell, qui raconte une action incroyable du lituanien qui gobe un rebond en haute altitude, à une main, avant de lancer d’un revers de la (même) main – tel un lanceur de disque dira Newell – une passe sublime pour un coéquipier démarqué.

En 1984, lors d’un nouveau passage, cette fois sur nos terres hexagonales, à Saint Quentin (ville natale d’un autre géant, le néo Jazz Rudy Gobert), c’est le journaliste de Sports Illustrated, Alexander Wolff, qui est le témoin privilégié de l’incroyable talent du jouvenceau.

« Sabonis était à couper le souffle. Trois choses m’ont choqué. Premièrement, ces passes de relance. Il les balançait sans aucun effort et elle tombait tout cuit dans les mains des arrières à la mi-terrain. Deuxièmement, son tir extérieur. Et troisièmement, il était parfaitement proportionné, un être humain normal mais simplement colossal… ah oui, et il n’avait que 19 ans à l’époque ! »

Sabonis, camarade soviétique malgré lui

La légende de Sabonis s’écrira pourtant de l’autre côté du Mur. Le citoyen Sabonis est effectivement né sous la mauvaise bannière. Sa Lituanie natale est alors possession soviétique et c’est la rigueur communiste qui dicte son quotidien. S’il domine outrageusement dès ses débuts avec trois titres d’Union Soviétique en 1985, 1986 et 1987, plus une médaille d’or continental en 1985 avec la sélection, Sabonis se sent exploité.

Car, dans le même temps, Arvydas se brise une première fois un tendon d’Achille en 1986. Puis une seconde fois en 1987. Mais la cadence infernale des compétitions ne ralentit pas… et bien au contraire, ce sont les Jeux Olympiques de Séoul en 1988 qui sont le prochain objectif. Longtemps réticents, les instances soviétiques laissent finalement le géant aller se soigner en Oregon, sur l’ardoise des Blazers qui l’ont drafté deux ans plus tôt, en 1986.

C’est alors qu’un nouveau chapitre de la légende Sabonis s’écrit. La venue du géant sur la côte Pacifique crée une onde de choc en pleine Guerre Froide. Du côté américain, le vénérable coach de Georgetown John Thompson s’irrite de cette venue qui désavantage l’équipe américaine en vue des JO alors que l’on suppute également que le KGB a coupé le tendon de Sabonis pour l’empêcher de s’enrôler dans une université américaine. Du côté soviétique, les plus incroyables rumeurs se propagent racontant que Sabonis est tombé en grave dépression, a sombré dans l’alcoolisme… et se serait même donné la mort !

Ses élucubrations, aussi folles soient-elles a posteriori, révèlent pourtant bien la fascination qui entourait le gentil géant. Dévoreur de bananes (à croire qu’elles n’existaient pas en URSS) et de cassettes vidéos (Top Gun étant son film préféré) lors de son passage dans l’Amérique capitaliste des eighties, Sabonis doit bien remettre le bleu de chauffe pour les JO alors que, de son propre aveu, il pensait « venir en touriste » après sa grave blessure. Mais, même claudiquant, Sabonis porte l’URSS à la médaille d’or, battant les Etats-Unis au passage, pour la première fois de leur histoire sans accéder à la finale.

Le grand Sabonis, rookie NBA en quête de confiance

S’il se félicite de cette victoire historique (il aurait déclaré entre deux rires que « quelque chose s’est passé »), Arvydas Sabonis sait que le revers de sa médaille d’or est un lourd tribut physique. Perpétuellement mis à l’épreuve, le corps du jeune Sabonis (il n’a que 23 ans) vieillit à vue d’œil. Les médias américains (le New York Times !) sont alertés par cette décision soviétique qui met en péril la santé d’un sportif professionnel. Et à son arrivée en NBA en 1995, quand l’embargo soviétique est enfin levé, le docteur des Blazers, Robert Cook, a cette formule unique pour répondre au GM Bob Whitsitt:

« Il m’a dit qu’Arvydas pouvait obtenir une place handicapé pour sa voiture, rien qu’en voyant ses radios. »

Perclus d’arthrite, de problèmes de genoux, de dos et d’épaules, Sabonis est un rookie tout à fait atypique en NBA. Il arrive, en « gueule cassée », en vétéran du circuit européen qui vient d’obtenir deux titres en Espagne et l’Euroligue avec le Real Madrid (avec le MVP en bonus). Sur la scène internationale, Sabonis est au sommet une médaille d’or mondiale (en 1982), une médaille continentale (en 1985), et une médaille d’or olympique (en 1988). En bref, Sabas est un monstre sacré !

Alors que la FIBA avait ouvert le flot en 1989 avec Marciulonis, Petrovic, Divac ou encore Volkov, Sabonis n’a quant à lui pas traversé l’Atlantique avant 1995. Si impressionné par la vitesse du jeu NBA qu’il croyait que la télé était bloquée en avance rapide lors de son passage en Oregon en 1988, Sabonis ne se sentait pas prêt à sauter le pas. La peur du grand saut pour ce géant, un comble !

« En mon for intérieur, je ne me croyais pas capable de jouer à ce niveau. C’était un petit danger pour moi. Je pensais ça à l’époque, à tort ou à raison. Mais il faut dire que personne n’était venu m’en parler sérieusement, donc, quand quelqu’un d’Espagne est venu me chercher, j’y suis allé » raconte Sabas.

D’autres sources révèlent que son maître entraîneur, Alexander Gomelski, l’aurait découragé de venir en Amérique, car ça aurait mis sa famille en danger. Pire encore, on supposait que Gomelski obtenait de l’argent en gardant Sabonis au pays. Quoiqu’il en soit, Arvydas est parti en Espagne à Valladolid d’abord. C’est là qu’il relancera sa carrière après ses multiples blessures avec une demi-finale de Coupe Korac en point d’orgue en 1992. Une préparation parfaite pour l’un des événements majeurs dans la carrière de Sabonis : les JO de Barcelone.

Pression maximale et cuite légendaire à Barcelone

Pour la première fois de sa vie, Sabonis allait porter le maillot de sa mère-patrie : la Lituanie. Montée de bric et de broc, la sélection lituanienne obtiendra la fameuse aide du groupe californien, les Grateful Dead, pour financer le périple jusqu’en Catalogne. Et Arvydas et ses copains repartiront avec la médaille de bronze en poche, la légende de Sabas s’enrichissant au passage d’une énième anecdote croustillante.

Absent du podium lors de la remise des médailles, Sabonis aurait été repéré le lendemain dans le dortoir des filles, avec la gueule de bois mais le sourire toujours en coin. Le colosse aurait en fait été l’instigateur la veille au soir d’un concours endiablé de bras de fer (contre des shots d’alcool) où il aurait étalé bon nombres de lutteurs et autres athlètes du village olympique avant de s’éclipser dans la nuit noire. Président des Mavs, Donnie Nelson, alors assistant aux Warriors (où jouait le Lituanien Marciulonis) dira ensuite que « Sabonis aurait littéralement donné sa vie sur le terrain ce jour-là. »

Compétiteur forcené, Sabonis l’est depuis ses débuts. Et Mihovil Nakic, un brave pivot russe peut en attester. Il ne faut pas s’embrouiller avec Arvydas Sabonis, un gentil géant dans le civil, mais bête de compétition une fois sur les planches. Sabas apportera cette culture de la gagne avec lui au Real Madrid. Il y règnera trois ans comme souverain d’Europe. Ce sera son tremplin vers la NBA. Mais, à jamais privé de son agilité et de sa vitesse, Sabonis sait qu’il ne pourra jamais montrer la véritable étendue de son talent en NBA quand il y débarque en 1995. Dans une boutade, il ironisait en disant :

« Je ne suis plus une locomotive, je suis plutôt un petit chariot maintenant »

Dans le fond, en privé, Sabonis souffre de ne pas avoir eu cette opportunité de clouer le bec à Shaquille O’Neal. De ne pouvoir lui proposer autre chose que sa fantastique vision du jeu, son incroyable sens de la passe, et puis ses mains en or pour le shoot extérieur, une rareté extrême pour ce type de mastodonte.

« C’est un tel compétiteur que ça le blesse quand je regarde des vidéos de lui avant ses blessures. Donc, je n’en regarde pas » raconte son fils dans les colonnes de Sports Illustrated.

Le Hall of Fame : le minimum syndical ?

Même à 30% de ses capacités, Sabonis valait tout de même 24 points et 10 rebonds pour ses premiers playoffs face au Jazz. Diminué physiquement, ce bon Arvydas a également parfois été humilié moralement. Par le Shaq lors de leurs multiples affrontements en playoffs… puis par la serviette de Rasheed Wallace (à 5 :05 dans la vidéo) lors d’un des nombreux épisodes de la malheureuse série Jail Blazers. Cet épisode a ainsi fait dire à Bill Walton qu’il était un « sous homme » pour ne pas avoir eu le courage de mettre une baffe au Sheed pour son insubordination !

Mais, à chaque fois, Sabonis est resté de marbre. Il a poursuivi sa carrière malgré la douleur, malgré la bêtise de certains de ses coéquipiers, malgré les critiques extérieures, malgré les rumeurs les plus folles qui circulaient à son égard. Un colosse aux pieds d’argile qui parvenait, quotidiennement, à faire des miracles.

« Bien souvent, je demandais à Arvydas comment allait son pied. Il me disait toujours : ‘Comme d’habitude, ça fait mal. C’est toujours pareil.’ Ce qui changeait, c’était le niveau de douleur. Il avait perpétuellement cette gêne, mais chaque jour, elle était un peu différente. On regardait ces radios et on se demandait candidement : ‘mais comment fait-il pour courir sur le terrain ?’ » commente le doc des Blazers à Grantland.

Intrônisé au Hall of Fame de Springfield en 2011, non sans avoir glané quelques honneurs pour sa tournée d’adieu dans le club de ses débuts, le Zalgiris Kaunas, en 2004 (meilleur joueur de la saison et du Top 16 en Euroligue), Sabonis effectuera alors son premier voyage aux Etats-Unis depuis sa retraite des parquets NBA en 2003.

« Ecoute, ce qui est arrivé est arrivé… Je ne connais que ce qui s’est réellement passé dans ma vie. Le reste ? Qui sait ? Si j’étais venu en 1986 ou en 1992. Si j’avais fait ça, on en parlerait différemment . Mais je suis venu en 1995, donc on parle de 1995. »

Bien conscient d’avoir certainement perdu une partie de lui-même avec ces blessures à répétition et le rythme infernal imposé par les instances soviétiques durant les années 1980, Arvydas Sabonis est logiquement ronchon quand on l’interroge sur sa venue tardive en NBA. Au fond de lui, peut-être qu’il se répète inlassablement qu’il aurait pu dominer Hakeem Olajuwon ou le Shaq de la grande époque s’il était né de l’autre côté du Mur… ou 10 ans plus tard.

 

Parcours et palmarès

1981 : Il signe son premier contrat pro au Zalgiris Kaunas

1982: Champion du Monde avec l’URSS (10 points par match)

1983: Médaille de bronze au championnat d’Europe avec l’URSS (18 points par match)

1984 : Il remporte le premier de ses 6 Euroscars (MVP européen décerné par la Gazzetta Dello Sport, recordman à égalité avec Dirk Nowitzki) et reçoit également les honneurs dans son pays en étant nommé meilleur sportif  lituanien de l’année (il le sera à 4 reprises)

1985 : MVP européen – Meilleur sportif lituanien – Champion d’URSS avec Kaunas – Mr Basketball en Europe – Champion d’Europe avec l’URSS et MVP du championnat d’Europe (20 points de moyenne)

1986 : Meilleur sportif lituanien – Champion d’URSS avec Kaunas – Champion de la Coupe des Coupes avec Kaunas – Vice champion du monde avec l’URSS (15 points par match)

1987 : Troisième titre d’affilée de Champion d’URSS avec Kaunas

1988 : MVP européen – Champion Olympique avec l’URSS (13 points par match)

1989 : Il signe à Valladolid en Espagne – Médaille de bronze au championnat d’Europe avec l’URSS (16 points par match)

1990 et 1991: RAS si ce n’est une nomination dans les 50 meilleurs joueurs de l’histoire de la FIBA !

1992 : Demi-finale de la Coupe Korac avec Valladolid – Il signe au Real Madrid – Médaille de bronze olympique avec la Lituanie (24 points par match)

1993 : Champion d’Espagne avec le Real – Coupe du Roi – MVP des finales

1994 : Champion d’Espagne avec le Real – MVP de la saison et des finales

1995 : MVP européen – Vainqueur de l’Euroligue avec le Real – MVP du Final Four – MVP de la saison en Liga – Médaille d’argent au championnat d’Europe pour la Lituanie (22 points, 14 rebonds par match) – Il signe aux Blazers de Portland

1996 : Elu dans le meilleur cinq débutant en NBA – Médaille de bronze olympique pour la Lituanie (17 points, 10 rebonds, 3 passes par match) – Meilleur sportif lituanien

1997 : MVP européen

1999 : MVP européen

2004 : Il signe son dernier contrat pro au Zalgiris Kaunas – MVP de la saison régulière d’Euroligue – MVP du Top 16 – Elu dans le meilleur Cinq de la saison en Euroligue – Champion de Lituanie avec Kaunas

2013 : Médaille d’argent à l’Eurobasket en tant que président de la fédération lituanienne (dont il vient de démissionner).

 

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