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DeMarcus Cousins, Paul George et les gens qui ne font jamais leur lit

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« Quand j’étais jeune, je venais assister aux procès, ça me fascinait. Une fois, un type était accusé d’en avoir tabassé un autre. Un témoin avait dit que ça ne l’étonnait pas car l’agresseur ne faisait jamais son lit. »

Dans un portrait complètement dingue dans Le Monde, Benoît Poelvoorde résume assez bien l’absurdité d’un jugement, de ceux qui pensent pouvoir dessiner à partir d’un détail les contours d’une âme. Evidemment, ça me rappelle Meursault, le personnage d’Albert Camus dans L’Etranger, condamné à mort davantage parce qu’il n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère que parce qu’il a effectivement tué quelqu’un.

Quel rapport avec la NBA ? J’y vois un lien avec les deux signatures les plus surprenantes de la free agency, celle de Paul George à Oklahoma City et DeMarcus Cousins à Golden State.

Toute grosse signature est désormais aussi affaire de communication

Je m’explique. En 2010, lorsque LeBron James quitte Cleveland avec « The Decision », son choix de rejoindre le Heat déclenche une véritable tempête. Sur le fond, un peu, puisque le fait de rejoindre ses amis Dwyane Wade et Chris Bosh change l’équilibre habituel en NBA, les trois joueurs décidant eux de prendre leur destin en main pour former leur équipe. Sur la forme, surtout, car le King et son entourage ont voulu contrôler l’annonce, refusant aux Cavaliers de leur donner la moindre indication et leur empêchant toute anticipation. L’épisode va longtemps hanter LeBron James et en 2014, lorsqu’il décide d’annoncer son retour à Cleveland, il fera d’ailleurs exactement l’inverse avec une lettre publiée par Sports Illustrated.

Chez les proches du King, on n’a d’ailleurs jamais caché que le retour dans l’Ohio était autant affaire sportive (offrir enfin un titre aux Cavs et à la ville maudite de Cleveland) que de communication (effacer la blessure de 2010) pour réparer « l’héritage » du quadruple MVP.

C’est réussi alors que deux ans plus tard, Kevin Durant rate à son tour son départ d’Oklahoma City. Au lieu d’assumer le pitch des Warriors, basé sur son rôle dans le système de Golden State et sur le fait que la mentalité « My Turn, Your Turn » de Russell Westbrook ne peut que conduire le Thunder à du jeu en isolation et à l’échec dans la quête du titre, KD s’enferme dans une communication illisible, ne souhaitant pas jeter publiquement de l’huile sur le feu par rapport à son ancien coéquipier. Le coup de grâce étant la découverte de son compte Twitter caché…

Mais une bonne communication est-elle une bonne signature ?

Et c’est donc via le prisme de l’importance toujours plus large de la communication dans les choix sportifs que les signatures de Paul George et DeMarcus Cousins s’opposent. Le fait qu’un an après avoir forcé son départ des Pacers, en espérant un transfert vers les Lakers, le premier explique qu’il espère que son choix « rendra la majorité des gens heureux » est troublant.

Comme le fait qu’il négocie avec ESPN la diffusion d’un reportage en trois actes pour expliquer sa décision, dans le but clair de montrer sa loyauté pour le Thunder, en affichant bien qu’il n’a pas voulu discuter avec d’autres clubs et en annonçant son choix à la fête de Russell Westbrook.

Paul George dessine habilement sa propre image. Oui, il a bien quitté les Pacers mais il est l’anti-KD puisqu’il refuse de partir d’Oklahoma City et qu’il accepte de continuer la quête du titre avec Russell Westbrook. Est-ce avant tout un choix de communication ? Je ne l’espère pas pour l’ailier…

Pour DeMarcus Cousins, c’est l’inverse.

Le pivot a pris un risque et il s’est raté dans cette free agency. Sa blessure au tendon d’Achille a plombé sa cote, et il a vite compris qu’il n’obtiendrait jamais le contrat long ou même un contrat court bien payé. Quitte à signer pour un an à un « petit » salaire, avant de repartir chercher un gros contrat, il a choisi de sortir ce qu’il a appelé lui-même sa « carte maîtresse », en rejoignant les doubles champions en titre pour récupérer tranquillement et revenir dans un club en manque de présence poste bas, et ainsi montrer sa valeur en playoffs.

Sans doute que DeMarcus Cousins a un peu paniqué après les premières heures de la free agency mais le choix sportif se comprend. De l’extérieur, l’ajout d’un cinquième All-Star à une équipe qui domine la ligue depuis quatre ans a forcément du mal à passer. Au pivot de l’assumer clairement.

Car comme le disait Albert Camus pour résumer L’Etranger : « Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort » parce qu’il « ne joue pas le jeu de la société » et « refuse de mentir ».

Peut-être que si on s’attardait sur les actes des joueurs et pas sur leurs larmes ou le fait qu’ils ne font jamais leur lit, on verrait alors que nous sommes de très mauvais dessinateurs.

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