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Roman de l’été : « Allen Iverson, Not A Game » (10)

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture d’extraits d’un livre en rapport avec le basket américain.
Pour cette intersaison 2018 – et après le triptyque Phil Jackson/Michael Jordan/Dream Team, Basket USA feuillette « Allen Iverson, Not A Game », la biographie que Kent Babb a consacrée au génial arrière de Philadelphie MVP de la Ligue en 2001.
On prévient ses fans : ça dépote, car ce bouquin évoque sans fard les épisodes glorieux comme les périodes plus sombres. Bonne lecture !

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième partie

Sixième partie

Septième partie

Huitième partie

Neuvième partie

Chapitre 7 – Crossover

Allen Iverson déambulait chez le concessionnaire Mercedes deux mois avant son 21e anniversaire, se convainquant lui-même qu’il était juste là pour regarder. Sa deuxième saison à Georgetown venait de se terminer depuis quelques jours et le pouvoir de séduction du coupé S600 l’avait attiré hors du campus, de l’autre côté du Potomac, dans Arlington, en Virginie, où les voitures haut de gamme défilaient quasiment toutes les heures devant le concessionnaire.

Il tournait autour et le vendeur l’a repéré. Un bijou, avec de belles lignes et une teinte noire luisante, n’est-ce pas ? Vous entendez le ronronnement de ce six litres V-12 ? « Asseyez-vous à l’intérieur », a dit l’homme à la star du basket. Remarquez les sièges en cuir chauffants et le téléphone mobile à commande vocale. « Il y a non seulement ça mais c’est aussi une affaire », a poursuivi le vendeur, une occasion vendue pour la modique somme de 107 000 dollars.

Iverson est descendu du véhicule et le vendeur a fait ce que les bons vendeurs font : il a entretenu la conversation, posé des questions, tiré des informations du jeune homme. Iverson devait très probablement passer pro très bientôt, a-t-il dit à l’homme, et peut-être pourrait-il alors s’offrir cette voiture. Mais maintenant ? Ça n’allait sûrement pas arriver. « Eh bien, pas de problème, a continué l’homme ; si vous avez pris votre décision et avec la draft qui arrive dans seulement huit semaines, quelle différence cela fait-il, deux mois, particulièrement entre deux nouveaux amis ? »

Mais, a dit Iverson, il n’avait pas encore envisagé ses options avec son coach, John Thompson. Il n’avait encore dit à personne qu’il avait pris sa décision. Il avait seulement indiqué sa préférence dans une lettre au compagnon de longue date de sa maman, Michael Freeman. Thompson coachait les Hoyas depuis maintenant un quart de siècle et aucun joueur n’avait fait le choix de quitter la fac sans être allé au bout de ses quatre ans de cursus. Patrick Ewing, Dikembe Mutombo et Alonzo Mourning avaient tous fini par intégrer la draft mais aucun n’avait quitté l’université en avance. C’est tout simplement que cela ne se faisait pas à l’époque. Qui pourrait prédire comment réagirait John Thompson à une telle suggestion ? Tout l’entourage d’Iverson lui suggérait de rester à l’université au moins une saison de plus ; de prendre une année d’expérience, plus d’exposition à la télé, plus de sponsoring et ensuite de faire le plus grand bond en avant de sa vie.

Se tenant au milieu des véhicules ultra-performants du showroom Mercedes-Benz, le vendeur a adouci son offre : vous prenez la voiture, nous faisons affaire mais vous n’avancez pas d’argent et à la signature de votre contrat en NBA, vous revenez à Arlington pour finaliser. Iverson a souri et il est remonté dans le véhicule. Il a tranquillement poussé la puissante voiture sur North Glebe Road, pointant son nez et son fameux logo, l’étoile à trois branches, en direction de Washington. Allen avait peut-être pris sa décision à son insu : en acceptant une telle faveur, quelles qu’aient été ses intentions au sujet du paiement, il enterrait son statut d’amateur. Il y aurait d’autres terrains à explorer mais au moins, dorénavant, il pourrait se déplacer avec style. « Je voulais seulement l’essayer », dirait Iverson plus tard. Encore, disait-il en hochant la tête. Encore une fois.

La leçon de Berry

Avant la saison sophomore d’Iverson, Dean Berry, un candidat pour devenir son coéquipier à Georgetown, a haussé les épaules et hoché la tête en remontant le ballon vers la ligne médiane. L’entraînement de Georgetown était fini pour la journée. Encore une tentative pour trouver quelque chose que le jeune homme ne pouvait pas faire. Et alors ont suivi les sprints quotidiens et la causerie de fin d’entraînement de John Thompson. Mais même après tout ça, Iverson ne voulait pas que le basket s’arrête là pour la journée. Il ne voulait pas rentrer dans cet appartement si ennuyeux du Village A.
Alors, il implorait ses coéquipiers de jouer des deux-contre-deux ou même des un-contre-un. La plupart étaient rincés et bons pour une sieste ou une assiette de pâtes. Berry, un étudiant de la section basket qui était venu à Washington pour se tester dans l’une des meilleures usines de basket de l’Amérique, était toujours partant. Il aimait observer comment ses coéquipiers plus talentueux, ceux qui avaient une bourse et qui n’avaient que rarement besoin de faire leurs preuves après leur arrivée sur le campus, réagissaient aux techniques qu’il avait apprises lui-même – comment les détails qu’il avait patiemment peaufinés finissaient par payer.

Quand il était au lycée, il regardait les vidéos de Tim Hardaway et John Stockton, il notait comment un geste qui semblait si prévisible pouvait leur donner une telle sécurité. Leur crossover était terriblement efficace et Berry a voulu l’apprendre. Il visionnait et revisionnait la bande, observant comment Hardaway dribblait haut et laissait la balle flotter dans sa main, tandis qu’il se penchait dans une direction puis partait brusquement de l’autre côté.

« Rewind » et puis « play », encore et encore, pour voir comment Stockton se penchait presque jusqu’à s’accroupir et protégeait le ballon grâce à sa vitesse – ses yeux et sa tête envoyaient un signal, le défenseur s’orientait puis il filait. Berry emportait ses leçons au playground où il essayait tous les gestes de ses héros. Il adorait voir son défenseur essayer de lui prendre le ballon. Puis en un éclair, il était passé.

Ils jouaient des matches informels, un après-midi à McDonough, quand Iverson lui a posé la question. Comment diable faisait Berry, qui était un an plus jeune, pour être tout le temps démarqué ? Pourquoi est-ce qu’ils n’arrivaient pas à l’arrêter ? Quelqu’un à Georgetown a fini par trouver la faiblesse d’Iverson : il n’arrivait pas à défendre sur le crossover de Berry. « Hey, lui a demandé Allen. Faut que tu me montres ça. »

John Thompson regrette d’avoir mis un tel oiseau en cage

Berry s’est exécuté avec plaisir. Il a attendu qu’Iverson réduise sa distance défensive et là, c’était le moment. Un rebond très appuyé pour leurrer Allen, en lui faisant croire que c’était bon, mais c’était du bluff. Le premier mouvement, toujours du bluff. « Tu veux que ton défenseur pense que tu vas aller à droite. En premier lieu, tu dois le penser, s’est-il souvenu d’avoir expliqué à son élève. Tu penses que ce défenseur va aller à droite si tu te penches et engages ton épaule dans cette direction. » Iverson a hoché la tête en se disant qu’il ne tomberait pas dans le panneau cette fois-ci ; il resterait bien sur ses appuis, en refusant de s’engager.

Donc, Berry a pris son temps, a ralenti les choses, forçant Iverson à attendre que ça vienne. Quand Berry l’a vu se pencher, il l’a surpris avec le gros dribble, la grosse feinte, le gros geste, le gros… – « Putain ! Il est encore barré… » « Encore une fois », l’a imploré Iverson, déterminé à l’arrêter d’abord et ensuite à l’apprendre lui-même. Berry a pris la balle en direction du milieu de terrain et a recommencé l’exercice. Rewind and play, encore et encore, rewind and play.

Ensemble, ils construisaient une machine. Thompson et Iverson, le coach endurci et bourru et le gosse qui ne s’arrêterait devant rien pour atteindre la grandeur. A eux deux, tant de possibilités leur étaient offertes. John Thompson avait fourni la structure qu’il avait promise à Ann Iverson, tandis que le jeune meneur avait offert au coach une chance d’accéder encore une fois au Final Four, avant que sa carrière ne décline. En retour, Thompson lui avait donné les clés de son attaque, laissant à Iverson toute latitude pour diriger les opérations sur le parquet la plupart du temps – et les fois où il avait restreint Allen par son coaching, il avait regretté d’avoir mis en cage un tel oiseau. « Quand on rentrait à la maison, je me disais que j’aurais dû le laisser faire. On se plantait en voulant le discipliner, en lui disant : “Prends ton temps et fais comme tous les autres.” J’aurais dû lui dire : “Vas-y ! Fais-le pour nous” », a déclaré Thompson en 1996, cité par l’agence Associated Press.

Thompson a lâché un peu de lest sur ses airs d’homme à la discipline de fer, expliquant ses options de positionnement défensif avec un mouvement de danse ou bien en mugissant d’un rire sonore, quand Iverson montrait à l’équipe une caricature de son ventre proéminent dessinée à la main. Avec Allen comme pièce centrale, les Hoyas jouaient à un rythme étouffant que peu d’équipes de la Conférence Big East pouvaient freiner. A l’université d’Arkansas, le coach Nolan Richardson avait gagné un championnat national avec sa marque de fabrique, son « enfer de 40 minutes », une approche pied au plancher qui ravageait les poumons et exténuait purement et simplement la plupart des adversaires. Maintenant, John Thompson la perfectionnait, réfrénant ses propres instincts et s’essuyant le front avec cette serviette-éponge qu’il avait toujours à l’épaule. Il disait au gosse de faire telle chose, pour l’amour du Christ, et de rapporter cette foutue victoire à la maison.

Iverson a perfectionné le crossover, jamais satisfait, jusqu’à ce qu’il puisse stopper Berry et jusqu’à ce que Berry ne puisse plus jamais le stopper lui. Sa détermination à perfectionner ce move l’avait rendu efficace. La vitesse d’Iverson l’a rendu mortel. Et il voulait l’essayer sur tout le monde ; qui pourrait l’arrêter ? « Il l’essayait tout le temps en match. Chaque fois qu’il en avait l’opportunité, il le lançait. Il savait que c’était un super move et il voulait tout le temps le faire », s’est rappelé Berry.

« Aux chiottes, les trois passes ! »

Retenant les leçons qui donneraient des maux de tête chroniques aux coaches NBA, Allen apprenait à improviser – il utilisait des trucs qu’il avait appris tout seul sur les playgrounds d’Hampton – et à gagner des matches sans l’aide de personne. « Trois passes ? Aux chiottes, les trois passes ! Je peux battre ce gars de suite », a affirmé Thompson dans la même citation d’Associated Press, en se glissant dans l’esprit de son meilleur joueur. Si Georgetown se trouvait en difficulté, c’était parce que les coéquipiers d’Iverson, pas l’adversaire, étaient incapables de suivre son rythme effréné ; ils restaient souvent ligne de fond ou en tête de raquette à regarder, en attendant qu’Allen produise quelque chose. S’il passait la balle dans leur direction, une éventualité de moins en moins probable, elle avait toutes les chances de rebondir en dehors d’une paire de mains non préparées, rigides comme la pierre.

Iverson avait une volonté de fer et il était incroyablement déterminé. Aucune situation ne semblait l’intimider. Quand sa saison sophomore a touché à sa fin, il a été nommé Défenseur de l’année de la Conférence Big East pour la deuxième fois consécutive. La compilation de ses meilleurs moves – les contre-attaques contre Villanova et Syracuse, les crossovers dont avaient été victimes Duane Woodward, de l’université de Boston, et Jason Terry, de la fac d’Arizona, les drives acrobatiques, les interceptions et les tirs à 3 points qui avaient donné le tournis à Syracuse et Connecticut – apparaissait régulièrement à la télévision et les recruteurs de NBA avaient commencé à le remarquer.

Le succès devenait addictif et Thompson devenait progressivement plus sensible aux suggestions : les Hoyas pourraient perdre le petit phénomène après seulement deux ans. Quand les supporters de Georgetown ont commencé à se manifester pour qu’Iverson reste à l’université – « Deux ans de plus ! Deux ans de plus ! » -, Thompson s’est tourné vers la section des étudiants et il a lancé sa serviette-éponge dans la foule. Thompson, l’un des plus puissants coaches de basket d’Amérique et donc l’un des hommes les plus influents de l’enseignement supérieur dans ce pays dingue de sport, pensait qu’il était suffisamment fort pour écarter la possibilité qu’Iverson s’en aille. Il devait maintenir les prédateurs éloignés de ce trésor si convoité.

« Je n’ai pas besoin d’envoyer tout le personnel arpenter ce campus parce que vous insinuez qu’il va quitter la fac. Quand ça arrivera, on devra verrouiller toutes les portes. Je commencerai à voir de mystérieuses personnes rôder dans les parages. Les loups encercleront la maison. Les vautours voleront au-dessus du toit et je serai prêt au combat parce que vous devez faire face aux loups », a dit Thompson aux journalistes en 1996.

Il avait toujours été protecteur avec Iverson mais maintenant, il avait une attitude particulière avec le petit. Il ne voulait pas risquer de le perdre et plus important, il ne voulait pas qu’Iverson fasse quelque chose qu’il pourrait regretter. Thompson a surréagi quand, lors d’un match à Villanova, des étudiants ont exhibé une pancarte avec écrit dessus « T coupable », et une autre qui appelait Iverson « le prochain Jordan » : sur celle-ci, « Jordan » avait été rayé et « O.J. » avait été gribouillé à la place, une référence à O.J. Simpson. Plus tôt, lors d’un match à Pittsburgh, la section des étudiants avait scandé « Prison ! Prison ! » quand Iverson avait tiré des lancers francs. « Je suis hyper protecteur, conservateur, et fier de l’être. Je ne vais pas changer », a dit Thompson aux journalistes ensuite.

Le coach de Georgetown menait une bataille perdue, quels que soient les efforts qu’il faisait pour se convaincre du contraire. Quand les Hoyas se sont inclinés en finale du tournoi de la Big East contre Connecticut, il a vu Iverson pleurer dans les vestiaires. Le coach s’est dit en lui-même, avec son amie et collaboratrice de longue date Mary Fenlon, qu’Allen était passé par tant d’épreuves que la déception de la défaite avait fait ressurgir ses émotions. Mais c’était faux. Iverson pleurait parce qu’un chapitre important de sa vie se refermait.

L’incorrigible M. Freeman

Il a continué de descendre sur Hampton, pendant des périodes creuses et des vacances, pour rendre visite à sa famille pour des anniversaires et pour envisager des projets d’avenir avec Tawanna, qui s’était fait jeter dehors par sa mère pour n’avoir pas respecté ses règles ; elle habitait dorénavant chez la tante d’Iverson, Jessie. Il a fait connaissance avec sa petite dernière, Tiaura – mais pas immédiatement – et a écouté les dernières nouvelles concernant Iiesha, sa sœur de 18 mois, qui devait suivre les soins d’un spécialiste. Allen avait apprécié son expérience à l’université et la tutelle de John Thompson et quitter Georgetown lui serait difficile, disait-il à ses amis, sur des perrons familiers, tandis que la nuit laissait place au matin.

Pendant ses breaks sur la Presqu’île et pendant toute l’année précédente, Iverson avait entendu parler de Michael Freeman, le père des deux filles d’Ann Iverson et l’homme qu’il avait considéré comme son papa la plus grande partie de sa vie. Freeman avait travaillé un temps comme soudeur et il avait été employé d’un chantier naval où il avait rencontré Ann. Ils avaient emménagé ensemble en 1975. Mais ce job était payé une misère et très vite, Freeman était allé voir ailleurs. Il a été reconnu coupable de tentative de trafic de cocaïne en 1991. Il a alors demandé au jeune Iverson, âgé de 15 ans, de veiller sur la famille le temps où il ne serait pas là – et lui a dit que le basket serait, pour lui et pour la famille, le moyen de se sortir de la Presqu’île et de cette vie désespérée qu’ils ne connaissaient que trop bien.
Freeman a bénéficié d’une libération conditionnelle en 1992. Moins de deux ans plus tard, il était de nouveau derrière les barreaux pour avoir encore vendu de la cocaïne, quand il ne trouvait pas d’activités légales ou qu’elles ne payaient pas suffisamment. Il fallait nourrir les enfants, Iiesha avait besoin de soins. La conclusion de ces péripéties à laquelle Iverson en était venu, c’est que parfois, un homme doit faire ce qu’il doit faire et non ce qu’il veut faire, si d’autres personnes dépendent de lui. En avril 1996, deux mois après la libération de Freeman, la police a fait irruption dans une maison à Hampton. Ils ont trouvé Freeman et ses frères, des pochons et une balance, du cash et de la coke. Et le voilà encore parti en cabane. Iverson a écrit à Freeman en lui promettant qu’il prendrait soin de lui quand il serait libéré – et qu’il l’emmènerait avec le reste de la famille, quelle que soit la ville de NBA où il s’installerait.

A environ 280 km au nord, sur le campus qui dominait le Potomac, John Thompson continuait de chasser les mouches, même quand la colonie se faisait plus dense. Il décrivait la tradition « sacrée » des joueurs de Georgetown qui restaient à l’université pendant leurs quatre années et qui résistaient à l’attraction de la NBA. Et il affirmait que si Iverson devait dévier de cette coutume, ce ne serait pas John Thompson qui serait pris au dépourvu. « Si Allen Iverson nous quitte, soyez sûrs que je lui aurai demandé de partir, sans quoi il n’ira nulle part », a-t-il affirmé aux journalistes en mars 1996.

Quand Georgetown a perdu en finale du tournoi de la Big East et que Thompson a été positivement ému mais induit en erreur par les larmes de son arrière All American, les Hoyas ont chuté dans l’esprit des membres du comité du tournoi NCAA. L’équipe est entrée dans la « Big Dance », le tournoi final de basket NCAA, en tant que tête de série n°2. Elle a passé sans anicroche les trois premiers tours. Puis elle a rencontré Massachusetts pour une place dans le Final Four. Le marchepied pour entrer dans l’histoire et une chance, pour Coach Thompson, d’atteindre les demi-finales nationales pour la première fois depuis que Patrick Ewing avait mené les Hoyas au titre NCAA onze ans plus tôt.

John Thompson joue la carte David Falk

Iverson a « crossé » Marcus Camby, donnant aux recruteurs de NBA un autre aperçu de son talent contre l’un de ses rivaux pour la draft, mais en seconde période, l’issue du match entre ses mains, comme Thompson la lui avait confiée à contrecœur si souvent, Allen s’est loupé. Il n’a réussi qu’un seul de ses 10 tirs, un signe que, peut-être, son esprit était ailleurs, et il s’est lamenté ensuite en disant qu’habituellement, il rentrait ces shoots. Les Minutemen ont gagné. Ils ont éliminé Georgetown et mis fin aux espoirs de Thompson d’atteindre un dernier Final Four. Trois ans plus tard, il prendrait sa retraite, à 57 ans. Il le fit au lendemain de sa première saison perdante depuis 1971-72, en invoquant une tentative pour sauver son mariage. Il n’avait jamais été aussi proche du sacre final et de la traditionnelle découpe des filets.

Quelques jours après le retour de l’équipe d’Atlanta, Iverson s’est rendu à Arlington, chez le concessionnaire Mercedes-Benz, au volant de son bijou de S600. Thompson, toujours accroché à son espoir qu’Allen rempile pour effectuer sa saison junior, avait entendu parler de cette voiture et il avait immédiatement questionné l’arrière à ce sujet. « Rends cette foutue bagnole ! », avait grondé Thompson au jeune homme. Et c’est ce qu’il a fait. Mais le mal était fait : une voiture de luxe, sortie du garage gratuitement, cela violait quasiment les règles de la NCAA et mettait effectivement fin à la carrière amateur d’Iverson.

Thompson a convoqué une réunion. Il a fait venir Ann d’Hampton. Ils se sont vus dans le même bureau où elle s’était rendue une année et demie plus tôt. Ils ont de nouveau parlé de l’avenir d’Iverson et Thompson a sorti une arme secrète : David Falk, l’agent de NBA qui représentait Michael Jordan, le héros d’enfance d’Iverson, celui d’autres anciennes stars de Georgetown. Thompson a dit à Iverson et à sa mère que le jeune homme devait rester avec lui au moins encore un an et Falk est intervenu en disant qu’Allen n’était pas encore prêt pour la NBA.

« Je lui ai dit que la Ligue était un marché très difficile à pratiquer. Les fans sont durs, la télé est exigeante et à Georgetown, il était habitué à un environnement très protecteur », s’est rappelé Falk des années plus tard.

Iverson revenait à la charge : Iiesha avait besoin de soins médicaux qui dépassaient les ressources de la famille, Tiaura et Tawanna avaient besoin d’une aide financière, il était dans l’incapacité d’assumer ces charges en tant que joueur universitaire qui n’avait que sa bourse comme ressource. Thompson et Falk ne l’ont pas lâché mais il n’adhérait pas à leurs arguments. « Il nous a écoutés pendant environ deux heures et il a dit : “Merci mais je dois le faire” », a précisé Falk.

Iverson et Thompson ont entériné leur désaccord. Le jeune homme a embauché Falk en tant que représentant, à la façon dont ça se faisait à Georgetown, et la fac s’est préparée pour la conférence de presse sur le parquet de McDonough. Ann Iverson s’est assise à la gauche de son fils. Elle se penchait, embrassait Allen et remerciait John Thompson pour l’avoir accompagné vers l’âge adulte. Thompson était assis à la droite d’Iverson. Il lui a fait part de son sentiment et a vertement critiqué la rétrograde NCAA, dont les règles faisaient qu’il était impossible, pour lui et pour l’école, d’apporter une aide financière à la famille d’Iverson, même s’ils profitaient de ses remarquables qualités. Il a été clair sur le fait qu’il ne partageait pas la décision de son protégé, expliquant qu’il était certain que les compétences d’Allen le rendaient prêt pour la NBA mais qu’il était « mort de trouille concernant les 22 heures » de la journée où il ne jouerait pas au basket.

Quand ça a été au tour d’Iverson de parler, sa joue gauche parée du rouge à lèvres de sa mère, il a remercié Georgetown et il a assuré à l’assistance qu’il avait l’intention de terminer son cursus universitaire. Il a dit que ce n’était pas nécessairement ce qu’il voulait faire. Mais, comme il l’avait appris chez lui par le passé, quand les autres dépendent de vous, des choix difficiles doivent parfois être faits…

A suivre…
 

Kent Babb, « Allen Iverson, Not A Game », 307 pages, 22 euros, 13,99 euros en format numérique (ePub).

En vente en librairie, dans les grandes surfaces et sur les sites de vente en ligne.

Talent Sport

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Autres livres de basket disponibles

> Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (sorti le 14 mai 2014)

> Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life » (sorti le 17 juin 2015)

> Jack McCallum, « Dream Team » (sorti le 8 juin 2016)

> Kent Babb, « Allen Iverson, Not A Game » (sorti le 9 novembre 2016)

> Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (sorti le 31 mai 2017)

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