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Les blogs de la rédaction

Luka Doncic, c’est Mozart qui assassine

Par  — 

Pour sa deuxième saison NBA, et ses premiers playoffs, le prodige des Mavericks n’en finit plus d’éblouir. Avec à la base de son talent une vision du jeu bien particulière.

Son récital lors du dernier match face aux Clippers a de nouveau enchanté la planète basket. À 21 ans, avec une cheville gauche douloureuse, et alors que Kristaps Porzingis n’était pas en tenue, Luka Doncic a rendu fou l’équipe de Los Angeles. Le petit prodige de Dallas a ce qui fait les très, très grands joueurs : on sait très bien ce qu’il va faire, mais on n’arrive simplement pas à l’arrêter.

Les pivots de Doc Rivers (Ivica Zubac, Montrezl Harrell…) ne pouvaient simplement pas rester sur le terrain face au Slovène, tellement il punissait leur couverture défensive. Pour tenter de le contrôler, le coach adverse a donc dû revoir sa stratégie, en misant sur un petit cinq, capable de tout « switcher ».

Maître du pick-and-roll à seulement 21 ans

Mais comment définir le génie de Luka Doncic ? Il y a plus d’un an et demi, je parlais d’une « vision Jedi », c’est-à-dire une capacité à voir les choses avant qu’elles ne se produisent, et donc à anticiper.

C’est toujours l’impression que j’ai en le voyant jouer, en particulier sur le pick-and-roll. Il « sent » les aides, les mouvements, les espaces. Il joue avec, comme pouvaient le faire Steve Nash ou Manu Ginobili, même si l’Argentin était plus rapide et plus attiré vers le cercle. Dès son plus jeune âge, Luka Doncic a eu un ballon dans les mains. Dès son plus jeune âge, il a travaillé le pick-and-roll, subi toutes les défenses et couvertures possibles en Europe, fait face à tout ce qu’on pouvait lui opposer pour le ralentir.

En NBA, il est arrivé dans une ligue où le pick-and-roll est roi, popularisé par Mike D’Antoni depuis le milieu des années 2000. Cet écran d’un intérieur pour le porteur du ballon est la base absolu du jeu actuel, et Luka Doncic en maîtrise tellement les subtilités qu’on se demande comment, avec les règles en vigueur, il peut être freiné.

Ce qui ne signifie pas que l’ancien du Real Madrid est exempt de défauts. Sa défense est perfectible, son adresse extérieure également, mais sa maîtrise du roi des systèmes lui offre un avenir unique.

Aujourd’hui, ESPN se demande ainsi s’il ressemble plus à LeBron James, Magic Johnson ou Larry Bird. Je n’ai pas assez vu jouer les deux derniers pour comparer, mais je n’ai pas le sentiment qu’il ait vraiment la même vision que le King. L’ailier des Lakers est aussi un maître du pick-and-roll. Il sait en tirer avantage, en se jouant des réactions de la défense, sauf qu’il provoque ces réactions.

Il joue avec la « matière » qu’il façonne, quand Luka Doncic s’amuse dans « l’antimatière », ces zones vides que les autres ne font que traverser, ces mouvements que les autres ne font que par nécessité. Ils paraissent invisibles, mais ils sont ses indices, comme si le Mav dessinait le terrain en négatif.

Une vision « culturelle » ?

À mes yeux, le Mozart slovène ressemble ainsi beaucoup plus à Steve Nash ou Manu Ginobili dans sa façon de voir le terrain. Pourquoi ? Peut-être que c’est carrément culturel…

LeBron James a grandi en jouant au football américain, où on crée des situations à plusieurs options, le but étant de choisir la meilleure quand elle se présente. Luka Doncic a d’abord été footballeur et je pense, comme Steve Kerr, que c’est un des points qui fait sa singularité.

« Si j’étais le tsar du basket américain, je dirais : ‘OK, je suis en charge du basket chez les jeunes aux États-Unis, et je voudrais que tout jeune joueur de basket joue au football car ça se traduit directement dans le jeu’ » expliquait ainsi le coach des Warriors l’an passé. « Le problème aujourd’hui dans le basket, c’est que les jeunes essaient simplement de battre tout le monde en un-contre-un avec le dribble. Ils sont incroyablement doués pour dribbler, mais ils ne comprennent pas la passe et le mouvement, et c’est ce que le football leur apprendrait. »

Le football (non américain) est un jeu d’espaces et de mouvements. De pleins et de vides. Toute une partie de sa beauté est justement ce passage du plein au vide, comme le résument joliment Les Cahiers du Football. : la sacro-sainte « intelligence tactique » ne semble pas suffisante pour expliquer le talent de ces quelques joueurs dans l’exploitation des vides adverses. Davantage encore que les automatismes, c’est-à-dire la connaissance intuitive des courses effectuées par ses partenaires, le quarterback footballistique semble doté d’une faculté indicible : la capacité à ne pas se focaliser sur les zones où se joue le ballon. Autrement dit, à savoir ne pas regarder le jeu. Cette capacité fait directement écho à ce que la philosophe japonaise Noriko Hashimoto explique à propos du « ma », cette conceptualisation du vide dans l’esthétique nippone que l’on retrouve notamment dans l’architecture, les arts scéniques ou la calligraphie : « le ma est l’intervalle entre les traits qui sépare et à la fois relie les traits entre eux ».

Pour moi, c’est cette capacité à jouer avec les pleins et surtout les vides qui fait de Luka Doncic un joueur si particulier, surtout sur les terrains NBA. Et ça n’est pas prêt de s’arrêter.

https://www.youtube.com/watch?v=jlQLILfjvC4

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