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D’une défense individuelle à une défense collective, la NBA a fait sa mue

En 2001, Jerry Colangelo et le comité des règles NBA introduisaient des changements qui allaient avoir une influence majeure sur le développement de la ligue. Après avoir limité le hand-checking, qui autorisait un défenseur à poser une main sur l’attaquant et ainsi « contrôler » son dribble, la ligue a supprimé la défense illégale, qui empêchait un défenseur de flotter en l’obligeant à toujours rester proche de son adversaire, et qui ne permettait que les prises à deux (ou à trois).

Très critiqués à l’époque, et décrits comme un moyen pour la ligue de contrôler Shaquille O’Neal, ces changements avaient en fait pour but de limiter l’utilisation de l’isolation, avec des attaques figées autour d’un seul scoreur.

Plus que Shaquille O’Neal, ces nouvelles règles visaient donc plutôt Allen Iverson, Jerry Stackhouse, Vince Carter ou Tracy McGrady. Depuis qu’elle pouvait mesurer le rythme (soit le nombre de possessions par match), la NBA s’était en effet rendu compte que celui-ci baissait. Profitant de la défense illégale, les équipes multipliaient les isolations, demandant à leur meilleur attaquant de défier un joueur qui aurait du mal à le contenir en un-contre-un, pendant que ses coéquipiers s’écartaient. C’était assez efficace mais le spectacle proposé devenait répétitif et n’attirait pas vraiment les foules…

Vice-président des opérations basket de la ligue à l’époque, Stu Jackson justifiait alors ces choix.

« Les règles sur la défense illégale devaient être éliminées parce qu’elles étaient devenues problématiques », assurait-il à l’époque. « Elles sont problématiques pour nos fans, qui ne les comprennent pas. Elles sont problématiques pour les arbitres, qui ont du mal à les appliquer. Et enfin, les équipes utilisent ces règles pour mettre en place du basket en isolation. Les équipes identifient des zones où elles peuvent tirer avantage de ces règles dans un duel et ça produit du jeu identique d’une équipe à l’autre. Avec ce basket d’isolation, beaucoup d’équipes ne font pas grand chose. Il y a très peu de mouvements de joueurs, très peu de mouvements du ballon et de moins en moins de contre-attaques. Cela vient de la mauvaise utilisation de ces règles et elles doivent être éliminées. Notre but, c’est que le jeu se base à nouveau sur les passes, les coupes, les mouvements des joueurs et du ballon. Un basket qui se base sur le jeu rapide parce que c’est comme ça qu’il doit être joué ».

« À long terme, on ne pourra pas stopper une grand joueur, peu importe la défense »

Ce choix de la ligue fut une vraie révolution. La défense de zone devenait légale en NBA et allait bouleverser les stratégies défensives. Même si les Pistons de Chuck Daly ou les Sonics de George Karl n’étaient pas très loin de proposer une zone pour limiter Michael Jordan, ils jouaient avec le règlement et prenaient le risque d’être sanctionnés.

À partir de 2001, les équipes pouvaient placer des joueurs derrière le premier défenseur et ainsi mieux bloquer l’accès au cercle face aux superstars. Néanmoins, la ligue prit soin de ne pas autoriser des zones totales, comme en Europe.

« Quand nous avons décidé d’éliminer les règles de la défense illégale, notre principal souci était que les équipes placent un grand, comme Shaquille O’Neal, Theo Ratliff, Shawn Bradley ou Dikembe Mutombo et le laissent simplement au milieu de la raquette pour empêcher les pénétrations et forcer l’adversaire à prendre des tirs à faible pourcentage », continue Stu Jackson. « Pour éviter ce problème, la règle des trois secondes a été recommandé [un défenseur n’a ainsi pas le droit de rester plus de trois secondes dans la raquette s’il ne défend activement sur personne]. En empêchant un joueur de rester plus de trois secondes, nous espérons que cela empêchera ce joueur de camper dans la raquette pendant toute une possession ».

La principale critique fut alors de dire que l’introduction de la zone en NBA, avec des défenseurs capables de flotter pour bloquer les pénétrations, allaient empêcher les stars de la ligue de briller. Lors de son retour à Washington, et confronté à des zones autorisées, Michael Jordan expliqua ainsi qu’il « n’avait jamais aimé la zone » et qu’il trouvait que c’était un « moyen paresseux de défendre, qui gênait beaucoup la création de la part des stars ».

Là encore, Stu Jackson assurait que ce n’était pas la vision de la ligue.

« Je ne suis pas d’accord avec cet argument parce que ce qui identifie notre ligue, ce sont les superbes actions et les joueurs très athlétiques. Qu’on utilise la défense illégale ou toute autre type de défense, ces grands joueurs seront toujours nos meilleurs joueurs, peu importe la défense. D’un autre côté, si les défenses sont mises en place pour arrêter un joueur avec un type spécial de zone, la conséquence, c’est que peut-être plus de joueurs seront impliqués. Dans des schémas d’attaque à cinq joueurs, il y aura plus de mouvements, plus de joueurs qui prendront des tirs, et une nécessité d’avoir de meilleurs shooteurs. Nous pensons que ce sera mieux pour le jeu. À long terme, on ne pourra pas stopper une grand joueur, peu importe la défense ».

Une révolution en défense… et donc en attaque

Quinze ans plus tard, la NBA peut s’enorgueillir d’avoir visé juste. Comme l’explique Rick Carlisle, il n’est désormais plus possible de cacher des joueurs en attaque. Forcés de trouver d’autres moyens de créer des décalages, les clubs NBA se sont appuyés sur le pick-and-roll, popularisé par Mike D’Antoni. Forcément, le profil et le rôle des franchise player ont évolué.

Dans l’idée, le but est toujours le même : prendre l’avantage sur un défenseur et/ou profiter de l’aide. Mais alors qu’on leur demandait de pouvoir faire la différence en isolation ou d’attirer la prise à deux poste bas dans les années 1990, le leader offensif des années 2010 doit désormais pouvoir tirer avantage des défenses adverses, qui réagissent de façon collective, généralement sur le pick-and-roll. C’est ainsi la grande force de James Harden, LeBron James ou Russell Westbrook, autant scoreurs que distributeurs dans ces situations. Et qui créent la majorité des opportunités offensives de leurs équipes.

Parce que le pick-and-roll est devenu l’arme principale des attaques NBA, la mobilité des intérieurs est désormais primordiale et ceux qui sont pris de vitesse trop facilement (Greg Monroe, Jahlil Okafor, Al Jefferson, Enes Kanter, David Lee…) sortent les uns après les autres des cinq de départ, relégués dans des rôles de remplaçants scoreurs.

Comme l’expliquait Steve Kerr, la polyvalence est désormais la tendance défensive en NBA.

Ces derniers temps, les Warriors l’appliquent par ailleurs avec application. Sans Kevin Durant, Golden State a ainsi serré la vis et face à San Antonio, ils ont affiché toute l’évolution défensive entrevue depuis les changements de règles en 2001. D’abord sur une séquence où Kawhi Leonard récupère le ballon à cinq secondes de la fin de possession. L’ailier de San Antonio décide alors d’aller vers le cercle mais il doit alors passer en revue les cinq joueurs des Warriors !

Après Andre Iguodala sur le pick-and-roll, il slalome ainsi entre les aides de Stephen Curry, Zaza Pachulia et Shawn Livingston, pour finalement devoir passer le ballon à LaMarcus Aldridge afin d’éviter le contre de Draymond Green. Finalement, Golden State récupère la possession alors que l’intérieur texan n’arrive pas à se saisir de la balle.

Un peu plus tard, les Californiens vont illustrer leur polyvalence et leur intelligence défensives en coupant toutes les tentatives de San Antonio pour décaler un joueur. Tony Parker, Danny Green et Kawhi Leonard multiplient pourtant les écrans et les courses mais Golden State switche encore et encore, Matt Barnes et Klay Thompson s’échangeant notamment « The Klaw ». L’ailier récupère donc la balle sans qu’aucun décalage n’ait été créé et doit travailler seul face à la défense.

En décembre, Steve Smith, Grant Hill et Danny Granger analysaient ainsi les changements incessants des Warriors, qui peuvent paralyser une attaque. Face à des joueurs habitués à obtenir l’avantage sur des écrans, pour attaquer la défense dans la foulée, ces switchs se révèlent très gênants.

Une stratégie du « switching » pas infaillible

Pour résumer, avant 2001, la NBA était le royaume des joueurs capables de faire la différence en un-contre-un sur leurs adversaires. En introduisant la possibilité de flotter et donc d’aider plus efficacement, la ligue a forcé les scoreurs à s’ajuster, les repoussant plus loin du cercle. Forcément, les attaques se sont adaptées et, grâce au pick-and-roll, elles ont trouvé une arme leur permettant de créer de nouveau des décalages. Avec Golden State (mais aussi Boston, par exemple), on assiste désormais à une nouvelle évolution avec ce switching incessant, qui force les adversaires à faire de nouveau la différence en un-contre-un, avec de l’aide derrière, puisque les écrans ne permettent plus d’offrir de l’espace à l’attaquant.

Néanmoins, cette stratégie n’est pas infaillible. Lors des dernières Finals, une des clés du retour des Cavaliers a notamment été d’utiliser les principes défensifs de Golden State pour que LeBron James se retrouve le plus souvent possible face à Stephen Curry. Histoire de profiter de l’avantage physique du King, mais aussi d’épuiser le double MVP et de lui faire prendre le maximum de fautes. Une option payante qui a frustré le meneur de Golden State, et relancé Cleveland.

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