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Le roman de l’hiver : « Dream Team » (6)

Depuis deux ans, Basket USA vous propose le roman de l’été (avec des extraits de l’autobiographie de Phil Jackson puis du « Michael Jordan, The Life » de Roland Lazenby), et pour vous accompagner au coin du feu, nous vous proposons désormais le roman de l’hiver. On attaque avec l’ouvrage de référence de Jack McCallum, grande plume de l’hebdomadaire US « Sports Illustrated », sur l’aventure de la « Dream Team » à Barcelone. Une formation de légende qui fêtait en 2017 ses 25 ans. Bonne lecture !

Première partie
Deuxième partie
Troisième partie
Quatrième partie
Cinquième partie

John Thompson, de Georgetown, fut sélectionné pour être le coach de l’équipe de basket olympique des Etats-Unis en 1988, ce qui ne veut pas dire qu’il était particulièrement populaire au sein de la hiérarchie de l’ABAUSA (1). Thompson n’avait pas une grande expérience internationale et ne se préoccupait pas d’étudier le jeu au-delà de nos frontières ; c’était une chance qu’il partageait avec de nombreux coaches américains de l’époque. Il était indépendant, à la limite de l’arrogance. Il ne tolérait aucune interférence des instances officielles et il les défia en nommant Mary Fenlon, la conseillère pédagogique de l’université de Georgetown, coach assistante de l’équipe olympique.

Pourtant, il était le choix prévisible du comité, ayant fait des Hoyas une force d’envergure nationale à force de volonté, avec un don pour tirer le meilleur des jeunes durs qui venaient jouer pour lui. Il y avait un code bien défini au sein de la succession de coaches de l’ABAUSA, un code presque aussi rigide que le protocole de la famille royale britannique. Ce job de coach olympique était tout simplement « conféré » au candidat le plus adapté, celui qui avait fait allégeance. Dean Smith, de North Carolina, en 1976, Dave Gavitt, de Providence, en 1980 (il avait été nommé malgré le boycott qui fit que les Etats-Unis restèrent à la maison), et Bob Knight en 1984 – c’est ainsi que cela se passait. Vous signiez, vous formiez votre équipe avec les meilleurs universitaires disponibles et vous « envoyiez le bois ».

Thompson ne veut pas de Robinson

Quand David Robinson, qui sortait d’un service de deux ans en tant qu’officier ingénieur civil dans une base de sous-marins de Géorgie, se signala à Thompson comme candidat aux Jeux, il avait déjà été le numéro 1 de la draft en 1987 et il avait déjà hérité du sobri quet « l’Amiral », bien que son plus haut grade n’eût été que celui de lieutenant. L’Amiral dit à Thompson qu’il serait probablement hors de forme pendant un moment car à la Navy, il n’avait pu disputer aucune compétition contre qui que ce fût de plus de 1,85 m. « Mais je vais travailler dur, Coach, comme je le faisais en fac, et je redeviendrai un joueur dominant », dit Robinson à Thompson.

Le coach le regarda de haut en bas et lui dit : « Fiston, je ne vais pas te prendre dans l’équipe. » Thompson énuméra ensuite la liste de ce qu’il considérait être les faiblesses de Robinson. « Tu ne sais pas manier le ballon, tu ne sais pas faire de passes, ta technique est très faible. »

Ce que Thompson avait vraiment contre Robinson, c’était qu’il le trouvait trop tendre. « Il pensait que j’étais un enfant gâté, surprotégé, me dit Robinson. Coach Thompson aime ces gars qui… » Robinson s’arrête, essayant probablement de ne pas adopter lui-même une tournure raciste, sachant que les équipes de Thompson étaient victimes de clichés, bien que pas autant que ne le pensait Thompson. « Le genre de gars qui pouvait aller défoncer un mur s’il le lui demandait, poursuivit Robinson. Mais voyez-vous, moi, je suis le genre de gars qui va dire : “Pourquoi devons-nous défoncer ce mur ?” »
Robinson a finalement intégré l’équipe – Thompson n’était pas suffisamment fou au point de laisser de côté un joueur qui, avant même son premier match en NBA, était l’un des pivots les plus talentueux au monde. Et le succès olympique vit son destin échoir principalement sur les épaules de Robinson… qui échouèrent.

A ce moment-là, les équipes yougoslave et russe regorgeaient de joueurs talentueux, en passe de devenir leurs meilleurs basketteurs de tous les temps. Elles étaient aussi extrêmement bien coachées. Les Yougoslaves étaient entraînés par un maître de la stratégie appelé Ranko Žeravica et les Soviétiques par l’immortel Alexandre Gomelski, dont la vie et l’œuvre mériteraient d’être portées au cinéma.

Le mystérieux renard argenté

Gomelski, qui est mort en 2005, était surnommé le « Renard argenté ». C’était un personnage mystérieux, dont la rumeur disait qu’il était un agent secret russe, ce qui est plausible, même si le KGB le détestait, lui aussi. Personne ne sut vraiment ce qu’il en était du « Renard argenté ». Il était censé coacher l’équipe nationale aux Jeux olympiques de Munich en 1972 mais les autorités lui confisquèrent son passeport de peur que, étant juif, il ne quitte l’URSS pour rejoindre Israël. Il a toujours pâti de cette discrimination – pendant un temps, au cours des années 1980, il a été suspendu de coaching pour suspicion de contrebande – et pourtant, il réussit à s’imposer comme la figure majeure de la très riche histoire du basket soviétique.

Deux jours avant la confrontation en demi-finale à Séoul contre Robinson et les Etats-Unis, Gomelski parla aux joueurs soviétiques individuellement. Šarūnas Marčiulionis, la star lituanienne, se souvint de trois entrevues avec le « Renard argenté ». Toutes les trois étaient porteuses du même message : « Tu dois croire en toi-même. Les Américains ne sont pas des dieux. Ce sont juste des joueurs universitaires. » De plus, les Soviétiques, du moins les joueurs tels que Marčiulionis, Arvydas Sabonis et Alexandre Volkov, avaient un avantage supplémentaire : « Gagnez la médaille d’or et vous pourrez quitter le pays pour aller jouer en NBA », leur promettait-on ouvertement ou de manière détournée. « Nous considérions les Jeux olympiques comme notre bon de sortie », me rapporta Marčiulionis. C’était une motivation de poids.

Puis Gomelski lui aussi dut se préparer à affronter l’éreintante campagne de presse de Thompson, qui avait intimidé et laminé bon nombre de ses adversaires universitaires. Durant les séances d’entraînement, Gomelski ne travailla presqu’exclusivement que sur l’élaboration d’écrans pour libérer Marčiulionis et trouver des shoots ouverts à des joueurs tels que Sabonis et Volkov. Il ne voulait pas que les pertes de balle en tête de raquette se transforment en dunks. « Ne les laissez pas conclure des contre-attaques par des dunks, leur disait Gomelski. Quand ils font ça, leurs bras deviennent des ailes. » Cet homme avait le sens de la formule.

Séoul 1988 n’est pas Munich 1972

Les Soviétiques l’emportèrent 82-76, devenant ainsi les Pinsons de Darwin du basket mondial, le marqueur des changements évolutionnistes dont nous avons hérité. Contrairement à 1972, cette défaite contre les Soviétiques n’avait pas bénéficié d’un coup de pouce du destin, elle n’avait pas été une défaite à la « donne-leur trois chances supplémentaires pour gagner. » Les Etats-Unis furent tout simplement battus.

L’Amiral afficha des stats respectables de 12,8 points et 6,8 rebonds à Séoul. Mais il ne fut pas dominant, il ne surgit pas du lot pour s’imposer durant cette compétition. Et il le vécut très mal. « J’ai pensé, bien sûr, que j’avais manqué ma seule et unique chance de décrocher l’or olympique, dit-il aujourd’hui. Et c’était très frustrant parce que je pensais qu’on avait le niveau pour ça. L’équipe de 1972 s’était fait voler. Nous nous étions fait battre. Et tu sais, j’avais grandi avec les Jeux olympiques, j’adorais les Jeux olympiques. Cela a été une profonde déception. »

Aux Etats-Unis, l’équipe de 1988 est encore perçue comme un échec honteux. C’est aberrant. Avec une approche différente, oui, les États-Unis « auraient » pu gagner mais leur défaite n’était pas nécessairement un échec. C’était le message que portaient tous ceux qui avaient les yeux ouverts. Médaille d’or : l’Union soviétique. Médaille d’argent : la Yougoslavie. Médaille de bronze : les Etats-Unis. « Nous sommes troisièmes ! Nous sommes troisièmes ! » Aucun officiel ne souhaitait revoir ça encore une fois. Mais, semblait-il, on ne pouvait rien y faire.

Robinson était déçu et découragé du fait d’avoir essuyé des reproches. Mais cela n’avait pas été une surprise complète pour lui. Il avait déjà joué de par le monde avec des équipes américaines et il avait vu les progrès du basket européen. Son esprit vif avait bien compris le fait que, bien que lui-même fût un athlète hors pair, le basket n’était pas un sport fait seulement de courses et de sauts.
Et il n’y avait pas que le basket dans la vie. C’est à peu près à cette époque que Robinson commença à éprouver les premières impressions d’insatisfaction avec le chemin que prenait sa vie, pas tant sur le plan basket mais d’un point de vue spirituel. Il se sentait vide à l’intérieur et il commença à chercher autre chose.

CHAPITRE 9 – L’ELU

Quand une fourchette devient une relique sainte
Le matin du 7 mai 1989, je me rendais à un petit-déjeuner dans un hôtel de la banlieue de Cleveland, celui où résidaient les Chicago Bulls pour la série des demi-finales de la Conférence Est contre les Cleveland Cavaliers. Le Match 5 décisif avait lieu dans l’après-midi. Lors de ce petit-déjeuner, j’ai bavardé avec le coach Doug Collins et ses assistants, Johnny Bach et Tex Winter, qui ont tous deux raconté plus d’histoires que ne pouvait en connaître Shéhérazade, et j’ai même relevé un ou deux commentaires de Jordan. Cette sorte de réunion improvisée se rencontre rarement de nos jours, où les journalistes mangent sur le pouce aux comptoirs, où on se fait ses propres sandwiches, tandis que les joueurs dînent ensemble dans des pièces privées. Mais les Bulls étaient une équipe jeune dans ces années-là – Michael Jordan, Scottie Pippen, Horace Grant – et ils se faisaient leurs propres sandwiches.

Jordan était dans sa cinquième saison, attelé à cette lourde tâche qu’est la conquête d’une bague de champion. Il n’avait pas d’équivalent en tant que joueur. Cependant, il était encore en butte à une certaine résistance. Etait-il un « gagneur », comme Bird et Magic ? Il était devenu le visage personnifiée de la NBA, paraissant si confortablement installé sous le feu des projecteurs que peu de personnes se souvenaient qu’il avait été un gamin complètement inhibé par la timidité et qui, en 1985, pouvait à peine articuler le texte de son premier spot publicitaire pour McDonald’s.

L’entourage proche de Jordan est composé de gens bien

A ce moment-là, Jordan avait certes été cordial avec moi mais il n’avait pas semblé m’apprécier outre mesure. Environ sept semaines plus tôt, j’étais allé à Chicago pour rédiger un article sur Jordan et il m’avait invité dans sa villa de banlieue pour passer un moment avec lui et ses amis. L’un des aspects touchants de la vie de Jordan était combien il était resté proche des potes de son enfance, dont Adolph Shiver, Fred Whitfield et Fred Kearns. C’était une variation du syndrome « Chef de bande » qui attire très souvent des ennuis aux athlètes stars. Certains athlètes ne peuvent pas ou ne veulent pas s’émanciper de leur passé et finissent par donner beaucoup trop d’argent et beaucoup trop de pouvoir à des gars qui ne devraient pas se trouver dans leur entourage. Mais le cercle de Jordan était constitué de bons gars et de citoyens responsables, un peu comme dans la série TV « Entourage » mais avec un style afro-américain, sans le Cristal et la coke (Whitfield est aujourd’hui président des Charlotte Hornets, la franchise dont Jordan est propriétaire).

A la fin de l’après-midi, une jeune femme, Juanita Vanoy – qui est devenue plus tard Madame Michael Jordan puis la très riche ex-Madame Jordan après avoir touché environ 168 millions de dollars du jugement de son divorce – a descendu les escaliers, un bébé dans les bras. Ça m’a complètement déconcerté car je n’avais jamais entendu dire que Jordan était papa ; et nous avons passé la demi-heure suivante à babiller autour du bambin.

Plus tard dans la soirée, pendant le match au Chicago Stadium, Tim Hallam, le chargé de communication des Bulls, s’est approché et m’a dit : « Tu sais, Michael ne souhaite pas que tu écrives qu’il a un fils. » Tim faisait seulement son travail. « Mais Tim, je l’ai vu, ce bébé, lui répondis-je. On a parlé de couches et de trucs comme ça. Il ne m’a rien dit sur le fait de ne pas en parler.
– Eh bien, il m’a dit de te dire ça. Plusieurs autres gars le savent et n’ont rien écrit là-dessus. »

Pas question de cacher que Jordan est papa

Pour moi, c’était un dilemme journalistique, pas un cas de conscience. La liste des êtres humains qui ont eu des enfants hors mariage est assez longue et comporte des amis et des parents. Quelle importance ? Mais je ne voyais pas pourquoi je devais cacher le fait que Jordan avait un bébé – qu’est-ce qu’il allait faire ? Enfermer Jeffrey Michael dans un placard ? – donc j’en ai parlé dans mon article de la semaine, au dernier paragraphe. J’ai été critiqué à Chicago, à la fois pour l’avoir caché et pour l’avoir écrit. Et Jordan fit savoir qu’il était furieux. Mais c’était une autre époque, où la détente entre le journaliste et le sujet était possible, et il a laissé tombé.

Quoi qu’il en soit, au petit-déjeuner, ce matin-là à Cleveland, après le départ des Bulls, un adolescent s’est approché furtivement de la table et s’est emparé d’un couvert. « Regarde ! cria-t-il. La fourchette de Michael Jordan ! Michael Jordan a mangé avec cette fourchette ! » Il la fourra dans sa poche et sortit du restaurant. Je repense à cette fourchette de temps en temps. Est-ce qu’il l’a toujours, dans une collection, quelque part ? Est-elle en vente sur eBay ? Dans un cadre en verre, dans le cabinet de son avocat ?
Quand vous étiez dans l’entourage de Jordan, votre article s’écrivait de lui-même la plupart du temps. Lors d’une visite à Chicago, un an plus tôt, j’attendais Jordan après l’entraînement. Il m’avait demandé de sauter dans sa voiture car il voulait esquiver les chasseurs d’autographes. Alors que nous roulions sur le parking d’un centre commercial dans sa Porsche 911 Turbo, deux voitures lui avaient coupé la route, le forçant à freiner. Un homme avait sauté d’une des voitures en tenant un survêtement sur lequel il avait fixé le logo Air Jordan, tandis que deux demandeurs d’autographe s’étaient extraits de l’autre. Jordan avait docilement apposé son nom sur les articles qu’on lui tendait et avait pris la carte du gars avec le survêtement. Tout ce remue-ménage était du pain béni pour un journaliste.

Quant à la fourchette, eh bien, c’est devenu un collector après que Jordan en eut planté une, métaphorique, chez les Cavaliers. C’était le jour où il réussit un tir impossible à double détente (ses 43e et 44e points du match), avec le défenseur des Cavaliers Craig Ehlo, qui mesurait 2,00 m, accroché à ses basques. Ce panier donna aux Bulls une victoire spectaculaire 101-100 qui clôtura la série en leur faveur. Le moment que je préfère dans cette action, que vous avez vue des milliers de fois, c’est quand Ehlo envoie ses mains en l’air en désespoir de cause, comme pour dire : « C’est pas juste ! » Et ça ne l’était pas.

Avant que les Bulls ne quittent leur regroupement tactique, Jordan avait glissé à son coéquipier Craig Hodges : « Je m’en charge. » Les Bulls utilisaient souvent ce que Bach appelait « l’attaque de l’archange », définie par l’assistant comme « donner la balle à Michael et dire : “Sauve- nous, Michael.” » Après le match, Doug Collins, qui avait l’air plus épuisé que Jordan, dit ceci, à propos de cette action : « C’était “On donne la balle à Michael et tout le monde fout le camp de là.” » Jordan éclata de rire mais il eut l’air embarrassé que Collins ait utilisé le mot « foutre ». En fait, à l’époque, dans la conversation courante, Jordan disait des choses comme « Va te faire… » et « Ce c.o.n. ». Il portait en lui une certaine innocence et j’ai toujours pensé qu’il ne pourrait jamais se sentir mieux qu’en cet instant à Cleveland, quand sa gloire se dessinait, son avenir brillait sans nuages et ses couverts étaient des objets sacrés.

CHAPITRE 10 – L’ARRIÈRE-GARDE

Présent aujourd’hui… très vite envolé

En avril 1989, environ un mois avant que Michael Jordan ne réalise son célèbre tir face à Craig Ehlo, l’Inspecteur des viandes vit son vœu se réaliser. Boris Stanković n’avait jamais baissé les bras dans sa croisade pour l’ouverture des Jeux olympiques aux professionnels, pas même après l’échec de sa première tentative pour faire passer la résolution au Congrès de la FIBA 1986, à Madrid. A cette époque, faire entrer la NBA à la FIBA revêtait aussi un aspect pragmatique pour Stanković : après les Jeux de Moscou en 1980, boycottés par les Etats-Unis, la FIBA avait perdu beaucoup d’argent et courait tout droit à la faillite. Elle avait besoin de l’afflux de trésorerie que lui promettait l’arrivée des joueurs de NBA.

Donc, lors d’un congrès extraordinaire à Munich, qui avait été précédé de nombreuses passes d’armes en coulisses, une résolution qui autorisait les joueurs de NBA à participer aux Jeux olympiques fut adoptée par 56 voix contre 13. Les Etats-Unis et l’Union soviétique figuraient parmi les nations ayant voté non. « Nous savions qu’elle allait passer, commenta l’ex-commissioner David Stern, mais nous n’étions pas du tout enthousiastes à cette idée. Nous nous disions : “Bon, qu’allons-nous faire maintenant ?” »

C’est un tout petit peu exagéré. Mais il est absolument vrai qu’aucune mobilisation d’envergure n’eut lieu dans les bureaux de la NBA à Manhattan. En fait, ce vote attira peu d’attention aux Etats-Unis parce que nombre d’observateurs pensaient qu’il n’y aurait pas d’application pratique. Personne ne réussirait jamais à faire participer des joueurs de NBA aux Jeux olympiques. Parmi les plus sceptiques se trouvait le commentateur du basket universitaire Billy Packer, qui avança que les propriétaires de franchises NBA ne laisseraient pas leurs joueurs y aller et que de toute façon, les joueurs de NBA, égoïstes, ne voudraient pas renoncer à leurs vacances. Feu Al McGuire, un commentateur qu’on avait du mal à suivre mais qu’on aimait entendre s’exprimer, disait la même chose. En outre, c’était le printemps, le début de la saison de Ligue Majeure de Baseball et, plus que tout, il y avait Michael Jordan. Qui pouvait prêter la moindre attention à ce qui pourrait ou ne pourrait pas se passer aux Jeux olympiques trois ans plus tard ?

Dans un coin des Etats-Unis, toutefois, l’intérêt était très grand. Immédiatement après le Final Four à Seattle, un groupe de représentants de l’ABAUSA s’envola pour Munich afin de rejoindre le congrès FIBA. Leur rôle officiel était d’exprimer un vote contre la résolution ; un vote dont ils connaissaient tous l’inutilité parce qu’il était évident que si l’Inspecteur des viandes avait convoqué le congrès, c’est qu’il avait les voix pour.

L’équipe olympique n’est pas à vendre

Dave Gavitt venait tout juste d’être élu président de l’ABAUSA et en tant que tel, il en serait le votant officiel. Il vota non mais ce qu’il pensait au fond de lui était oui. A ce moment-là, Gavitt avait déjà rencontré les dirigeants de la NBA et il avait dit à Stern et Granik : « Ecoutez, on va voter non mais ça va passer quand même. Vous avez maintenant à définir une stratégie par rapport à ça. »
Stern avait sa petite idée : la NBA achèterait tout simplement l’équipe olympique à l’ABAUSA. « Elle n’est pas à vendre, lui rétorqua Gavitt. C’est l’équipe de la nation. Ce que vous devez faire, c’est devenir partie prenante de l’ABAUSA et je vous promets qu’en mettant ça sur pied ensemble, le comité vous protégera et s’assurera que vous aurez une représentation majoritaire issue de la NBA. »

Ce fut l’insistance de Gavitt pour que la NBA adhère en bloc qui fit, au final, toute la différence. Alors que d’autres craignaient l’arrivée de la monolithique NBA, Gavitt en voyait les avantages. Pour une bonne raison : l’organisation amateur – qui dépendait principalement des fonds du Comité olympique des Etats-Unis et d’un contrat mal ficelé avec Converse, d’un montant d’environ 300 000 dollars, une somme qu’à l’époque, Nike dépensait pour les seules chaussures de Jordan – était presque sur la paille. La NBA, en pleine renaissance grâce à ses Michael/Magic/Larry, était inondée de cash. Gavitt mit en avant que si les « Propriétés » de la NBA entraient dans la danse et faisaient le marketing, tout le monde en bénéficierait. Stern répondit banco.

Dans les cercles du basket amateur, Gavitt était celui qui avait tout réussi. Il avait été un coach puis un dirigeant à succès et respecté, l’un des maîtres à penser derrière la création de la Conférence Big East et, plus impressionnant encore, la force motrice derrière la métamorphose du tournoi de basket NCAA en un panier doré d’un milliard de dollars. Juste après le vote, les Boston Celtics ont nommé Gavitt président de leur franchise. Comme de nombreux gars d’université qui connurent une certaine réussite chez les pros – Rick Pitino, Jerry Tarkanian, John Calipari, Lon Kruger, Leonard Hamilton, Tim Floyd et la liste n’est pas close – Gavitt trouva le saut très long, d’une envergure « beamonesque » dans sa difficulté. Mais cela n’affecterait en rien son rôle déterminant dans ce qui allait être un changement abyssal dans le basket olympique. « De bien des façons, Dave a été le gars typique du milieu universitaire, dit Russ Granik. Mais il a aussi été celui qui a eu une vue d’ensemble. »

1. Fondée en 1974, l’Amateur Basketball Association of the United States of America fut renommée USA Basketball le 12 octobre 1989, quand la FIBA modifia son règlement pour permettre aux joueurs professionnels de participer aux compétitions internationales.

A suivre…
– Jack McCallum, « Dream Team », éditions Talent Sport, sorti le 8 juin 2016, 396 pages, 22 euros et 13,99 en format numérique (Kindle)

A lire aussi, chez le même éditeur

– Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA », sorti le 14 mai 2014, 352 pages, 22 euros et 13,99 en format numérique (Kindle)
– Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life », sorti le 17 juin 2015, 726 pages, 24 euros et 13,99 en format numérique (Kindle)
– Kent Babb, « Allen Iverson, not a game », sorti le 9 novembre 2016, 322 pages, 22 euros et 13,99 en format numérique (Kindle)
– Jackie MacMullan, « Magic-Bird, quand le jeu était à nous », sorti le 31 mai 2017, 352 pages, 22 euros et 13,99 en format numérique (Kindle)

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