Matchs
hier
Matchs
hier
ORL112
PHI97
CHA117
MEM119
BOS140
WAS133
HOU102
LAC93
MIN129
SAS114
LAL69
GSW57
POR64
TOR61
Pariez en ligne avec Unibet
  • CLE2.14MIA1.71Pariez
  • MIL1.1CHI7Pariez
  • 100€ offertsLa suite →

Roman de l’été : Kobe Bryant, « Showboat » (fin)

Qui se cache derrière Kobe Bryant ? Vous le découvrirez avec la biographie de Roland Lazenby dont Basket USA vous propose de larges extraits pendant tout l’été.

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture de larges extraits d’un ouvrage de basket, soit pour vous distraire sur la plage (comme en ce moment), soit pour occuper les longues soirées au coin du feu.

Après Phil Jackson, Michael Jordan, Larry Bird, Magic Johnson, Allen Iverson et la « Dream Team », nous vous proposons de nous attaquer à un autre monument : Kobe Bryant, quintuple champion NBA qui a pris sa retraite il y a trois ans et qui attend toujours que les Lakers lui donnent un successeur.

Ce livre, « Showboat », est signé Roland Lazenby, l’auteur qui a rédigé la biographie fleuve de Michael Jordan.

Bonne lecture !

Première partie – Deuxième partie – Troisième partie – Quatrième partie – Cinquième partie – Sixième partie – Septième partie – Huitième partie – Neuvième partie – Dixième partieOnzième partie

 

Comme son père, Kobe Bean était enclin à prendre de mauvais tirs. Aussi, Gregg Downer le sortait pour tenter de l’en dissuader. « On a essayé quelques fois et ça n’a pas très bien marché…, concéda le coach de Lower Merion. Il vous fusillait du regard et il était furieux contre vous. Il n’aimait pas ça du tout. » Quand les choses se passaient mal, Joe parlait en italien à son fils pour le calmer. Downer ne savait jamais ce que son assistant disait mais cela semblait marcher. « Je pense que Joe était un très bon intermédiaire, m’a expliqué le coach. Vous savez, Kobe ne s’en prenait pas trop à moi. S’il le faisait, il avait affaire à son père. »

Le jeune entraîneur a reconsidéré sa position concernant le fait de sortir Kobe. Et cela a été un plus. L’équipe de coaching a adopté une nouvelle philosophie : « Un mauvais tir de Kobe, c’est mieux qu’une passe mal réceptionnée par l’un de ses coéquipiers. » « Il avait de toute évidence un excellent Q.I. basket, a poursuivi le coach. C’était un très bon passeur dès sa première année. Il savait rendre ses coéquipiers meilleurs mais quand nous étions en difficulté, quand nos qualités naturelles n’étaient pas au rendez-vous, il se disait : “Vous savez quoi ? Je vais devoir tout faire tout seul.” »

Les circonstances étaient « idéales » pour que naissent des problèmes entre le jeune Bryant et ses coéquipiers plus âgés – les mêmes problèmes qu’il avait rencontrés en Italie, les mêmes problèmes auxquels il serait confronté en NBA. « A mesure que le temps a passé, le mâle alpha s’est révélé… », a reconnu Downer au sujet de la personnalité dominante de Kobe. Mais la chose évidente pour tout coach, dans de telles circonstances, c’était que la présence de Bryant rendait beaucoup de choses plus faciles. « L’élément positif était son éthique de travail, sa volonté d’être le meilleur possible et d’intégrer les informations, a ajouté Gregg Downer. J’ai toujours pensé que son cerveau était une éponge et si vous avez été coach, vous savez qu’on ne peut pas en dire autant de tous les joueurs… Quand vous disiez une chose une fois à Kobe, vous n’aviez pas à la lui répéter. C’était dans la boîte, une bonne fois pour toutes. Kobe a fait évoluer les choses dans le sens où nous avions maintenant une pièce maîtresse. Mais il n’était pas entouré d’une pléiade de talents… Ce qui facilitait les choses, avec Kobe, c’était qu’il gagnait tous les sprints. C’était celui qui bossait le plus dans l’équipe. Il allait voir ses coéquipiers et leur demandait en face d’assumer leurs responsabilités », a poursuivi Downer.

 

« Kobe était un jeune joyeux, normal »

Une telle approche créait d’inévitables frictions, particulièrement avec les défaites de cette première année. Cependant, les autres joueurs avaient du mal à s’opposer à l’implication de Bryant. « Concernant les élèves de Terminale et certains des gars plus âgés, qui n’avaient pas connu beaucoup de succès, il faut souligner ceci : quand ils voyaient combien il travaillait dur, la passion qu’il mettait dans le basket, il leur était difficile de nous remettre en question ou de ne pas adhérer à ce que nous essayions de mettre en place », a ajouté le coach.

Evan Monsky, l’un des joueurs les plus âgés, m’a dit, en repensant au Bryant de cette époque, qu’il est important de comprendre que son désir d’être un grand joueur n’était pas un trait permanent, omniprésent, de sa personnalité dans le vestiaire. « C’était un jeune joyeux, normal. Il se marrait et plaisantait avec tout le monde », m’a rapporté Monsky. Pourtant, les coaches n’appréciaient pas toujours le côté démesurément prétentieux de Kobe Bean. « Je le trouvais un peu borné, a concédé Gregg Downer. Il était un peu arrogant mais ce sont aussi ces qualités qui font de vous un grand sportif. » Downer aimait que ses joueurs passent « devant » le poste, qu’ils se placent entre l’attaquant poste bas et le ballon. « Un jour, à l’entraînement, nous lui avons crié de passer devant le poste et il a répondu : “C’est pas comme ça que je ferai en NBA !” Nous lui avons hurlé en retour : “T’es pas en NBA, ici !” »

Certains diront que la personnalité dominante de Kobe Bryant, favorisée par la présence de son père dans le staff de coaching, prenait complètement le dessus sur le programme de Lower Merion. Il y avait sans doute une part de vérité là-dedans mais comme me l’a fait remarquer Downer, Joe Bryant s’est appliqué à toujours rester à sa place en tant que parent, à ne jamais rechercher un quelconque avantage pour son fils. Joe était consciencieux dans ses responsabilités de coach. Il s’est montré très efficace comme entraîneur de l’équipe junior et s’est avéré être un excellent assistant auprès de l’équipe fanion. « A l’époque était en vigueur ce qu’on appelait la “seat-belt rule”, la règle du siège ; c’est-à-dire que les coaches devaient rester assis, a rappelé Downer. Une règle stupide, vraiment stupide… Littéralement, vous ne deviez pas vous lever quand vous coachiez. J’ai passé environ dix ans de ma carrière d’entraîneur à respecter cette règle qui vous obligeait à rester assis. »

Lors d’un match, durant cette première année, Joe s’est levé du banc pour contester une décision et il a reçu une faute technique. Durant le match suivant, on ne l’a pas vu, il n’était pas sur le banc. L’un des coaches a cherché Jelly Bean du regard dans la salle et l’a vu assis dans les tribunes. A la mi-temps, Gregg Downer a envoyé un assistant lui demander ce qui n’allait pas. Joe lui a dit qu’il ne voulait pas être une influence négative pour l’équipe. Il avait donc décidé de s’éclipser discrètement du centre d’attention des matches. Downer et les autres coaches ont ri et insisté pour que Joe revienne sur le banc, estimant que sa présence était trop précieuse. De plus, aucun d’entre eux ne parlait italien.

Downer était un jeune coach à l’époque. Plus tard, il deviendrait une figure du basket lycéen de Pennsylvanie en affichant trois championnats d’Etat sur son CV. Cette expérience, coacher Kobe Bryant, a été très formatrice selon lui. « Vous savez, quand vous assemblez toutes les pièces du puzzle aujourd’hui, que vous considérez son âge, le chemin qu’il a parcouru, sa singularité et sa détermination… Vous comprenez que c’est quelque chose d’incroyable. Je ne sais pas si “fou” est le terme adéquat mais il a très certainement été unique », m’a confié Downer.

 

Un seul être vous manque…

Les défaites subies lors de la première saison ont certes rendu la vie dure, à la fois au jeune coach et à la starlette de Troisième, mais plutôt que de les opposer, elles les ont rapprochés. « On n’aimait pas perdre mais on n’était pas très bons. En fait, après chaque défaite, on n’avait qu’une hâte, c’était de retourner à la salle le lendemain pour se remettre au travail. » « Ma première année a été vraiment difficile, s’est souvenu Kobe. Je pense qu’on a fini à 4 victoires pour 20 défaites. Ça a été une année très, très dure. Mais ça m’a apporté de l’expérience. Mon coach au lycée était un très bon formateur. Il restait longtemps avec moi après l’entraînement et venait en avance pour m’aider avant les séances. On parlait basket et il m’a vraiment aidé à grandir, à acquérir de la maturité en tant que joueur. »

Malgré la frustration occasionnée par ces lourdes défaites, au cours de cette première saison, Bryant a réalisé des prestations hallucinantes en termes d’explosivité athlétique, ce qui laissait pantois tout le milieu du basket lycéen de Philadelphie. Son talent et sa détermination attiraient de nombreux coaches de la ville. Sam Rines, un entraîneur d’Amateur Athletic Union à Philadelphie – et donc, un gars toujours à la recherche de nouveaux talents – m’a raconté la première fois où il a vu Bryant. « Il n’était pas encore reconnu unanimement. Ce que je veux dire par là, c’est qu’on voyait qu’il était bon. C’était le genre de gars dont on pouvait dire : “Oh, purée, il n’est qu’en Troisième !” »

Peu de temps après ça, le jeune Bryant s’est blessé au genou. Il a manqué les derniers matches de sa saison freshman. « Il avait 14 ans et mesurait environ 1,88 m, s’est souvenu Jeremy Treatman, un journaliste basket et animateur radio local. Il ne dunkait pas à l’époque. Il était vraiment maigre. En fait, il s’est cassé la rotule après un simple choc contre le genou d’un autre joueur. C’est vous dire combien il était fin. » Cette situation a donné l’opportunité à Gregg Downer de constater combien son équipe était faible sans Kobe. « J’ai toujours pensé que nous étions à une entorse de la cheville de Bryant près d’être une équipe de lycée lambda, m’a-t-il dit. Et c’était probablement ce que nous étions. »

Même après cette première saison hyper décevante, Downer reconnaissait l’immense pression que Bryant avait ajoutée à l’équipe. Il avait compris que cette pression allait s’accroître de façon spectaculaire les années suivantes. Kobe Bryant avait un objectif très clair en tête et si vous n’étiez pas partant, eh bien, ça allait chauffer pour vous… Il avait clairement fait comprendre qu’il était le genre de gars à vous prendre par le col et à vous jeter direct du train.

Chapitre 11 – La vibe

La scène était sans cesse différente pour Kobe mais chaque lieu semblait générer une dynamique familière. Sa saison sophomore à Lower Merion a brusquement vu l’émergence de deux figures noires au milieu d’un écrin de blancheur soyeuse. Voici comment Jermaine Griffin et lui se sont rencontrés : l’un était un « réfugié » d’une vie privilégiée en Europe, l’autre était tout droit échappé de Far Rockaway, dans le Queens, à New York. Griffin est arrivé à Lower Merion en Seconde. Sorti de la rude vie des rues de « Far Rock », il venait d’un programme pour la jeunesse appelé ABC, pour « A Better Chance » (1). C’était l’un des huit jeunes qui vivaient dans une maison avec un éducateur. Cette expérience leur donnait la possibilité de changer le cours de leur vie. « Ils prennent beaucoup de jeunes du centre-ville, a expliqué Griffin dans une interview en 2015. Je pensais que c’était la meilleure chose pour moi à l’époque. »

Gregg Downer a déclaré, en parlant de Jermaine Griffin, que confier sa vie à un programme comme ABC demandait une très grande force de caractère. Le jeune homme s’est présenté à Lower Merion à la fin de l’été 1993. Il a rencontré un monde complètement différent de celui où il avait vécu à « Far Rock », une commune de bord de mer « peuplée » de logements sociaux et de milliers de bungalows vieillissants, datant de l’époque où Far Rockaway était une station balnéaire qui ignorait les fléaux urbains. « Ce quartier était très dur, a déclaré Carmela George au « New York Times ». Il y avait des meurtres, de la drogue, de la prostitution, des guerres de gangs… Les bungalows étaient incendiés. »

Cette atmosphère contrastait avec la gentrification grandissante de la commune de bord de mer, alors qu’une nouvelle génération de bobos débarquait, à l’assaut des biens immobiliers disponibles. Griffin avait vu beaucoup de choses dans sa jeune vie mais « A Better Chance » lui avait offert la possibilité de connaître autre chose. « Je venais d’un milieu majoritairement noir, m’a-t-il expliqué. L’école où je suis allé à Lower Merion était majoritairement blanche. Ça a été en quelque sorte un choc culturel pour moi. »

Ce changement n’avait pas été fait pour le basket mais c’est rapidement devenu un élément de l’équation. L’une des premières personnes qu’il a rencontrées durant sa première visite de l’école a été Gregg Downer. Ce dernier a immédiatement remarqué que Griffin mesurait 1,90 m. Le coach n’a pas mis longtemps à lui brosser un tableau de la situation et le sophomore du Queens a aimé ce qu’il a entendu. « Sa vision de ce qu’il voulait accomplir avec l’équipe. Et la douleur de la saison précédente, avant mon arrivée. »

Il a très vite appris à connaître Kobe Bean et les deux adolescents ont développé une admiration réciproque. « La première fois que je l’ai rencontré, il a été cool, s’est souvenu Griffin. On s’est regardés tous les deux, vous voyez. Il bossait son jeu. Je bossais le mien. » « Le basket a été un élément du puzzle, a analysé Gregg Downer. Mais je pense que Kobe et lui se sont tout de suite connectés. On avait d’autres bons joueurs dans cette équipe mais Jermaine et lui sont devenus très proches. Jermaine est en quelque sorte devenu le second violon du club. C’était un élément important et il est devenu le complice de Kobe. » « Vous savez, Kobe était celui d’entre nous qui avait le plus de confiance en lui, m’a dit Griffin. Je pense que c’est la raison pour laquelle Kobe et moi étions si proches au lycée. Je suis, moi aussi, quelqu’un qui a beaucoup de confiance en lui. Je venais de New York, j’étais un peu différent, je parlais différemment, j’avais un argot différent, un style différent et ça s’est révélé très utile. »

 

Jermaine Griffin, l’ami prodigieux

Ainsi, Griffin apportait véritablement une perspective différente sur les événements et les décisions qu’affrontait son nouvel ami. Bryant était confronté à son propre choc culturel à Lower Merion. Il avait l’air de se sentir plutôt chez lui dans ce lycée de banlieue. Pourtant, il était avide de connaître la culture afro-américaine, de se rapprocher de ses racines, de ne plus se sentir comme un étranger en terre étrangère. « Kobe me disait : “C’est comme ça que ça se passe.” Je lui répondais : “Kobe, je pense qu’on devrait faire comme ça”, m’a relaté Griffin. C’est pourquoi on s’entendait si bien. On était tous les deux en confiance. Il n’avait pas à me prendre par la main, je n’avais pas à le prendre par la main. Il pouvait prendre les commandes à sa façon et je pouvais prendre les commandes à la mienne. »

Griffin en avait rencontré quelques-uns dans les rues de Far Rock qui avaient, par nécessité, une grande confiance en eux-mêmes. Mais la confiance en soi de Bryant était clairement au-dessus du lot, même en deuxième année. Griffin ne s’est pas arrêté à ça et il a très vite appris à connaître les autres facettes de la personnalité de son nouveau camarade. Sous les airs de supériorité se cachait une sensibilité nourrie par une approche très précautionneuse des choses. « J’ai décelé un aspect que les autres personnes n’avaient peut-être pas vu avant », m’a-t-il dit. En bien des points, Bryant était « comme tout le monde », a observé Griffin, sauf qu’il était clairement un mâle alpha, avec la volonté de devenir un basketteur de classe mondiale.

En évoquant aujourd’hui cette période, Evan Monsky, un autre coéquipier de Bryant, reconnaît que ce dernier était comme tous ces adolescents qui essayaient de se trouver une place dans le monde parfois complexe du lycée. Il souriait, ce visage noir dans les couloirs, au-dessus de la foule principalement blanche qui se déplaçait de classe en classe. Très vite, la célébrité est venue réduire à néant cette aventure et Bryant l’a accueillie avec avidité, comme tout adolescent, en souriant d’un air suffisant. A bien des égards, son année sophomore représenterait ses dernières heures d’innocente jeunesse et de liberté, avant que la vie qu’il voulait désespérément mener ne le prenne corps et âme – comme un enfant star, ont observé plusieurs connaissances – et ne l’emmène dans un endroit d’où il pourrait regarder en arrière, plus tard, avec nostalgie. Et se demander quels trésors il avait échoué à amasser.

« Au lycée, on était des déconneurs, s’est souvenu Griffin, qui a fini par révéler son passé à Lower Merion et son amitié avec Bryant. S’agissant de l’école, il y avait des jours où on n’avait pas envie d’y être. Des jours où on voulait s’en échapper. On adorait le lycée mais il y a eu des fois où on avait juste envie de sortir et d’aller manger un morceau à l’extérieur. Ou bien juste faire un break, aller écouter de la musique ou faire autre chose. » Ils ont partagé ces moments, ils ont séché l’école ensemble, tout comme ils partageaient une découverte dans les cours d’anglais de Seconde de Jeanne Mastriano, une jeune femme à lunettes avec un côté contre-culture. « C’était l’un de mes profs préférés, m’a dit Griffin. Il y avait un petit quelque chose de différent en elle. Elle faisait toujours de super commentaires sur mes écrits et on avait toujours de profondes conversations, en dehors des sentiers battus. Etre dans sa classe m’a complètement changé ; ça m’a donné un autre regard sur l’écriture, sur la vie, sur le simple fait d’échanger. Et tous ces livres que nous avons lus… Ça m’a amené à un tout autre niveau. » « Nous avons fait beaucoup de dissertations en Seconde, s’est souvenue Mastriano en 2015. Beaucoup de sujets libres, beaucoup de choses issues de notes, de premiers jets, histoire de faire sortir les mots – les bons comme les mauvais. »

Ces travaux d’écriture ont beaucoup apporté à Jermaine Griffin. Ils lui ont permis de formuler ses premières expériences à Far Rock, tout comme ils ont aidé Kobe Bryant à examiner sa propre jeunesse – à tel point qu’en 2015, il définirait Mastriano comme sa « muse ». Ce qui, en retour, a fait rire son ancienne professeure, estomaquée de se voir ainsi labellisée comme une demi-déesse. « Une muse, l’une des neuf sœurs sources d’inspiration, c’est bien ça ?, a-t-elle dit lors d’une interview à la radio. Eh bien, il ne m’appelait pas ‘‘muse’’ au lycée mais nous avions une bonne relation. »

 

Une muse nommée Jeanne Mastriano

Bryant semblait toujours tenu à l’écart des salles de classe, occupé par les longs week-ends passés à jouer pour une équipe d’élite ou une autre. Mais il revenait toujours avec ses devoirs finis, ce qui lui a fait gagner le difficile respect de Jeanne Mastriano. « Il était remarquablement discipliné au lycée », s’est-elle souvenue. Cette discipline, c’était le travail de Pam Bryant, m’ont dit des amis de la famille. Elle insistait beaucoup là-dessus, pour maîtriser l’environnement très changeant de son fils.

Même si l’application de Bryant dans ses devoirs n’avait rien à voir avec l’implication mentale qu’il mettait dans le basket, Mastriano a vu sa très grande soif pour toutes sortes de savoirs. « Il voit l’apprentissage comme une sorte de stimulant. Il écoute très attentivement, a-t-elle déclaré en 2014. Pouvez-vous imaginer comment serait le monde si tout le monde vivait de cette façon ? » Jeanne Mastriano évaluait les rendus à la mesure de Griffin et Bryant. Elle les poussait à demander ce qu’ils attendaient de l’écriture, pour lui donner une direction. « Kobe écrivait toujours sur le basket, a-t-elle ajouté. Il parlait toujours de devenir un joueur professionnel. »

Bryant avait montré depuis longtemps une affinité avec l’écriture, avec la poésie. Cela enchantait « Big Joe » : il avait été stupéfié, pendant des années, par les choses que son petit-fils lui avait présentées. « Big Joe » avait décelé depuis longtemps que Kobe était très doué dans d’autres domaines. Il aurait pu envisager d’être autre chose qu’un basketteur mais Jelly Bean et son fils étaient tellement focalisés sur le monde du basket que cela paraissait peu vraisemblable. Bryant s’est nourri de cette activité d’écriture à l’adolescence, « en dehors » de cette vie confinée dans le basket ; sa crise d’identité l’a amené à explorer la culture afro-américaine autour de lui, celle d’où venaient ses parents. Il avait déjà fait une partie du chemin quand il a rencontré Jermaine Griffin. Tout d’abord en Sonny Hill League. Puis dans les nombreux matches informels qu’il avait disputés dans les salles de sport et sur les playgrounds de North Philly.

De façon étrange, l’un de ses liens les plus forts avec la culture noire s’est forgé au Jewish Community Center, sur City Avenue, juste à côté, dans la banlieue de Wynnewood. Joe avait commencé à y travailler en tant que responsable fitness, l’un des divers emplois qu’il occupait afin de pallier la diminution (très rapide) des économies de la famille depuis qu’il n’était plus joueur professionnel. En plus de travailler pour la JCC et d’être rémunéré par le lycée de Lower Merion, il coachait l’équipe fanion féminine d’une école juive privée, Akiba, à Wynnewood. Il avait connu un franc succès auprès de ses joueuses. « Il était phénoménal, s’est souvenu Jeremy Treatman, coach de l’équipe juniors des garçons d’Akiba à l’époque. Il était tellement impliqué et tellement cool ! Il rendait les choses vraiment plaisantes pour les filles. Je veux dire par là qu’il leur apportait beaucoup. Elles n’étaient pas très bonnes mais il les a vraiment fait progresser. Il était d’un enthousiasme extraordinaire. »

Jeremy Treatman et Joe Bryant sont vite devenus amis. Les coaches des garçons venaient voir Jelly Bean communiquer sa passion et montrer les fondamentaux aux filles, des feintes balle en main au travail des appuis. Bryant avait tellement l’air d’aimer le coaching que Treatman s’est dit qu’il aurait pu rester en poste un bon moment, si le job avait été mieux payé. Treatman s’est souvenu de Kobe durant cette période où il était un jeune adolescent. Il venait aux entraînements d’Akiba où il exécutait des gestes spectaculaires, sur un panier en marge du terrain. Il ne jouait plus comme un enfant. Treatman a demandé à Joe s’il avait été aussi bon que son fils au même âge.

« Bon Dieu, non, a répondu le père, son éternel sourire aux lèvres.

– Vraiment ?, lui a demandé Treatman.

– Crois-moi. Il est bien meilleur que je ne l’étais à son âge. Il n’y a qu’à le regarder. »

 

La découverte du rap au Jewish Community Center

Au-delà du basket, l’élément qui a eu un impact décisif sur la vie de l’adolescent Kobe est venu du Jewish Community Center. Le père et le fils allaient shooter à la salle du JCC. C’est là que le jeune Kobe a rencontré Anthony Bannister, un gardien du centre qui avait environ 16 ans à l’époque. Bannister était un fin connaisseur de tout ce qui concernait le rap, des perles du passé aux dernières nouveautés de la musique noire – le hip-hop, le R&B, toutes les ramifications des styles d’expression de la colère, du machisme et du côté bling-bling. Ces styles qui, pendant plus d’une décennie, ont captivé l’imaginaire d’une jeunesse brassant tous les horizons culturels. Le haut débit du langage parlé du rap faisait écho aux vers du jeune poète qui sommeillait en Kobe Bryant.

Anthony Bannister était un personnage fascinant avec son immense talent d’auteur et ses ambitions : produire des disques. Tout cela niché dans sa loge de gardien du Jewish Community Center.… Elle était à l’écart de la salle, dans un couloir sombre. C’est là que Bryant apprendrait toutes les subtilités du hip-hop qu’il avait manquées en grandissant en Europe. Ils allaient faire des paniers ensemble puis se retiraient dans le bureau pour envoyer des lyrics, des rythmes, des beats et autres formes d’expression.

A mesure que l’amitié de Griffin et Bryant a grandi, le premier s’est retrouvé embarqué dans les sessions de Bannister au Jewish Community Center, avec d’autres figures aspirant à se faire un nom sur la scène rap de Philly. « Il a eu une énorme influence, s’est souvenu Griffin au sujet de Bannister. C’était un gars cool qui adorait la musique, qui adorait écrire, qui adorait se donner en spectacle. Il avait quelques années de plus que nous. On allait là-bas pour écouter et faire de la musique. On les écoutait partir en freestyle, rapper… Kobe et moi, on jouait au basket. Vous voyez, on était vraiment potes. Et il a été l’une des raisons pour lesquelles on s’est immergés de plus en plus dans la musique. Si on a commencé à écrire, c’est parce qu’on allait l’écouter. »

« Ce gars est incroyable ! », a dit Kobe à Griffin. « Il savait rapper, il savait manier les mots », m’a précisé Griffin. Bannister a fait découvrir à Bryant toutes les techniques du genre : sampler les beats et les boucles de morceaux puis poser des mots et des idées par-dessus, en utilisant ces choses de façon nouvelle, en juxtaposant un bout de morceau avec quelque chose venant d’un autre morceau. « Kobe avait 14 ans. Il était tout maigrichon, tout sec, mais passionné et déterminé », a expliqué Anthony Bannister au rédacteur Thomas Golianopoulos. Bryant a renvoyé l’ascenseur à Bannister pour son aide, devenant, pour lui, une sorte de terreur du basket dans la salle du JCC. « C’était ce genre de gars, m’a dit Griffin dans un sourire, en parlant de Bryant. Vous comprenez, il poussait toujours le bouchon un peu trop loin… Je suis sûr qu’Anthony en a eu marre plein de fois. »

Les choses étaient rendues faciles par le fait que Bannister avait un grand sens de l’humour. Et que lui aussi avait des occasions de prendre la main. « Kobe venait travailler et tester ses nouveaux moves sur Anthony », a poursuivi Griffin. Il m’a expliqué que Bryant essayait toujours ses créations les plus « hot dog » dans la salle du JCC, avant d’oser les sortir sur les playgrounds de Philadelphie. Anthony Bannister était ainsi devenu une sorte de rat de laboratoire pour Kobe.

 

  1. Ce programme lancé en 1963 a aidé les jeunes de couleur issus de milieux défavorisés à intégrer des programmes scolaires de qualité.

 

La suite et la fin du livre, c’est dans toutes les bonnes librairies et sur les sites de vente en ligne !

 

Paru chez le même éditeur :

Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (14 mai 2014)

Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life » (17 juin 2015)

Jack McCallum, « Dream Team » (8 juin 2016)

Kent Babb, « Allen Iverson, Not a game » (9 novembre 2016)

Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (31 mai 2017)

Julien Müller et Anthony Saliou, « Top 50 : Les légendes de la NBA » (10 octobre 2018)

Marcus Thompson II, « Stephen Curry, Golden » (31 octobre 2018)

Julien Müller et Elvis Roquand, « Petit quiz basket » (28 novembre 2018)

George Eddy, « Mon histoire avec la NBA » (6 mars 2019)

Jackie MacMullan, « Shaq sans filtre » (3 juillet 2019)

Talent Editions : http://www.talenteditions.fr

 

A lire aussi
Commentaires
Forum (et HS)  |   +  |   Règles et contenus illicites  |   0 commentaire Afficher les commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Toute l’info en continu

Afficher les actus suivantes

Les + partagés

Afficher la suite des + partagés