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Roman de l’été : Kobe Bryant, « Showboat » (11)

Qui se cache derrière Kobe Bryant ? Vous le découvrirez avec la biographie de Roland Lazenby dont Basket USA vous propose de larges extraits pendant tout l’été.

C’est désormais une tradition sur Basket USA : chaque été et chaque hiver, nous vous proposons la lecture de larges extraits d’un ouvrage de basket, soit pour vous distraire sur la plage (comme en ce moment), soit pour occuper les longues soirées au coin du feu.

Après Phil Jackson, Michael Jordan, Larry Bird, Magic Johnson, Allen Iverson et la « Dream Team », nous vous proposons de nous attaquer à un autre monument : Kobe Bryant, quintuple champion NBA qui a pris sa retraite il y a trois ans et qui attend toujours que les Lakers lui donnent un successeur.

Ce livre, « Showboat », est signé Roland Lazenby, l’auteur qui a rédigé la biographie fleuve de Michael Jordan.

Bonne lecture !

Première partie – Deuxième partie – Troisième partie – Quatrième partie – Cinquième partie – Sixième partie – Septième partie – Huitième partie – Neuvième partieDixième partie

Ce conseiller avait déjà vu de telles réponses. En fait, elles étaient presque toutes du même acabit. Beaucoup de joueurs pensaient qu’ils étaient en route pour la gloire et la fortune en NBA. C’était la façon dont les meilleurs jeunes talents de l’agglomération de Philadelphie rivalisaient et se défiaient les uns, les autres. C’était une histoire de confiance en soi et quand on était fort à ce petit jeu-là, cela pouvait être aveuglant. C’était la mission de cette Ligue de susciter cette confiance chez les jeunes joueurs, tout en leur faisant ouvrir les yeux sur la réalité.

Alors le conseiller s’est fait un devoir de remettre les pieds de Kobe Bryant sur terre. « Il n’y en a qu’un sur un million qui va en NBA, lui a dit le conseiller. Donc, tu dois te trouver un avenir autre que le basket. » « Je serai celui-là sur un million », lui a prétendument répondu Kobe. Après tout, lui a-t-il expliqué, Magic Johnson l’avait bien fait. Michael Jordan y était arrivé. Pourquoi pas lui ?

Cela représentait le niveau de confiance et d’ambition que son père avait encouragé chez lui. Certains qualifieraient plus tard l’attitude de Bryant d’arrogante. Beaucoup la trouveraient inacceptable. D’autres étaient tout simplement stupéfaits de voir quelqu’un de si jeune et de si déterminé, sans parler de ses remarquables qualités, indépendamment du nombre de points qu’il pouvait marquer à l’âge de 11 ans.

Cependant, vu l’expérience singulière de Kobe, sa réponse était logique. Il avait été élevé avec ce sentiment qu’il n’était pas un jeune joueur comme les autres. Il était parfaitement conscient de son héritage familial. « Mon père et mon oncle Chubby ont passé beaucoup de temps avec moi, m’a confié un jour Bryant en me parlant de son enfance. Ils m’ont fait travailler le tir, le rebond et la défense. En plus, ils m’ont poussé à jouer à fond tout le temps. »

A ses débuts, ses pires craintes s’étaient avérées, ce que ses coéquipiers italiens lui disaient avec colère. Mais il ne s’est pas arrêté à ça. « Je pense que Kobe est venu là chaque été non pas parce que j’avais lancé une tradition ou quelque chose dans ce genre mais parce qu’il voulait vraiment jouer au basket dès son plus jeune âge, déclarerait plus tard Joe Bryant au « Philadelphia Tribune », en 1994. On va dire qu’il effectuait là son apprentissage. »

 

Le temps de la dolce vita

En tout, Joe Bryant a passé huit saisons professionnelles en Europe. Il a joué et coaché en Italie, en Espagne et en France. Ce parcours a fait que le jeune Kobe a beaucoup voyagé. Il a vu toute une palette de paysages extraordinaires, des Alpes au Vatican en passant par les vestiges romains et les charmes romantiques des canaux de Venise. C’est seulement plus tard, avec le recul, que les Américains qui ont joué en Italie se rendent compte combien ce pays était tranquille, quel que soit l’endroit où ils jouaient. Joe Bryant se souvenait de ses balades en famille en soirée, à manger des glaces – le genre de souvenirs vers lesquels ils pouvaient revenir encore et encore, plus tard, bien après que les choses eurent viré à l’aigre.

En août 1991, Joe envisageait de jouer encore une saison, peut-être davantage. A l’époque, Pam semblait heureuse de vivre à l’étranger. Elle était devenue une excellente cuisinière italienne et avait adopté beaucoup d’influences européennes, de son mode de vie à son œil pour la décoration intérieure. « La vie est magnifique en Italie, disait-elle à l’époque. Les gens sont tellement agréables et tout le monde se connaît. Pour Joe, jouer ici est une véritable bénédiction. » « Je dois vous dire que ma femme a été à mes côtés dans cette aventure jusqu’à la fin, a confié Joe au « Tribune ». Je l’aime pour être restée avec moi et pour avoir maintenu notre famille soudée. »

A l’automne 1991, un appel téléphonique reçu tard dans la nuit a sonné le glas du séjour des Bryant en Italie. Les grands-parents de Kobe ont fait part à la famille de la stupéfiante nouvelle : Magic Johnson avait annoncé qu’il avait contracté le VIH et qu’il se retirait du basket. Le lendemain matin, Pam et Joe ont communiqué la nouvelle à Kobe, sans rentrer dans les détails de la maladie qui forçait la superstar des Lakers à quitter les parquets américains. Ce n’était pas là le plus important. Le garçon de 13 ans était effondré. Il pleurait, avait perdu l’appétit. Il était dans un état de désolation qui a duré plus d’une semaine. « J’essayais juste de comprendre », s’est-il souvenu. Il ne savait pas ce qu’était le VIH mais il a cherché, essayant de comprendre. « Je pleurais. Je ne savais pas de quoi il s’agissait. J’ai lu quelques livres, loué un documentaire là-dessus. Pour savoir. Quand tu es môme, tu ne sais pas quoi faire. J’espérais pouvoir l’aider d’une manière ou d’une autre. C’était très dur », a-t-il ajouté.

Joe avait commencé la saison en France avec une petite équipe (1). Ses enfants allaient à l’école en Suisse, de l’autre côté de la frontière. Il aurait pu jouer en Europe jusqu’à la fin de ses jours ou du moins encore deux saisons, pensait-il, à rentrer ses tirs pour une équipe ou pour une autre. Mais en dépit du confort dont elle jouissait en Europe, Pam en avait assez des déplacements. Elle avait le mal du pays, ce qui était compréhensible, et les enfants devaient rentrer en Amérique pour y faire leur vie.

Sans diplôme universitaire, Joe était de nouveau inquiet à propos de ce qui se passerait dans sa vie après sa carrière de basketteur. Il pourrait peut-être coacher. Après seize saisons comme basketteur professionnel, il a pris sa retraite, juste quelques jours après l’annonce de Magic Johnson. Jelly Bean avait mené son aventure basket aussi loin qu’il avait pu. C’était maintenant au tour de Kobe et ça irait à une allure fulgurante.

 

Les fantômes du passé

Celui qu’on appellerait plus tard « Black Mamba » est retourné à Ciriglio durant l’été 2013, portant un sac à fleurs et une chemise pastel. Il a posé à côté d’un panneau « Bienvenue » à l’entrée du village et s’est rendu sur le petit terrain dans la montagne, parmi les arbres. Il était délabré et même le terrain de football juste en contrebas semblait à l’abandon. Ce monde avait changé.

A Pistoia, lui et un garde du corps sont allés à la salle qui était flambant neuve quand il avait 10 ans. Il est monté directement à l’étage. Il savait où se trouvait la porte qui lui permettait toujours d’entrer, même sans la clé. Il a fait le tour du niveau supérieur de la salle, a regardé le parquet où il exécutait ses shows à la mi-temps quand il était « mop boy ». Il s’est arrêté un moment, dans ses pensées, puis est sorti rapidement.

En 2015, il est de nouveau retourné à Pistoia. Il est soudainement apparu un matin très tôt, dans le centre-ville. Les gens qui se trouvaient là ont été très surpris. « C’est vraiment Kobe ? », se sont-ils demandés. Quand Alessandro Conti a entendu dire que Bryant était en ville, il s’est précipité hors de sa résidence pour aller le saluer. Mais la superstar mondiale avait disparu. Elle avait mis le cap vers un autre lieu pour traquer les nombreux fantômes de son enfance.

 

Chapitre 10 – LOWER MERION

Les Bryant sont rentrés à Philadelphie en novembre 1991, alors que le monde était en plein bouleversement. Il y avait des bombardements à Belfast, la guerre civile en Croatie et l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Un politicien de l’Arkansas relativement méconnu du nom de Bill Clinton menait campagne pour l’investiture du Parti démocrate. Clarence Thomas, en lice pour un siège à la Cour suprême, était accusé de harcèlement sexuel envers Anita Hill.

L’album de l’année était « Back on the block » de Quincy Jones et c’était ce que ressentaient les Bryant en regagnant leur maison de banlieue à Wynnewood : ils étaient de retour au bercail. Joe et Kobe se défiaient dans des un-contre-un titanesques, dans l’allée du garage. Chaque jour, Kobe progressait, ce qui faisait que Joe devenait de plus en plus physique pour essayer de garder l’ascendant. Résultat : des lèvres éclatées et des cris en tous sens… Pam, excédée, lançait un regard noir à Joe et intervenait pour interrompre ces foires d’empoigne.

Juste avant Thanksgiving – quelques semaines après l’annonce publique du VIH de Magic Johnson -, Freddie Mercury, le leader du groupe de rock Queen, est mort du SIDA, ce qui a ravivé les émotions des Lakers et de leurs fans, qui pensaient que Johnson allait subir le même sort. Une atmosphère de deuil s’est emparée de la franchise et privée du leadership de Johnson, l’équipe a vu sa réussite disparaître.

Pendant ce temps, Kobe Bean se lançait à fond dans sa carrière lycéenne américaine. En classe de Quatrième, il a rencontré des difficultés à se mêler au milieu urbain afro-américain. Les huit années passées à l’étranger avaient forgé, chez lui, une identité singulière. Dans la banlieue de Philadelphie, ses camarades de classe s’émerveillaient devant ce nouveau « frère » avec un accent étrange.

Comme d’habitude, Kobe s’est immergé corps et âme dans le basket. Il s’est trouvé un copain de voisinage, Robby Schwartz, qui était plus maigrichon et plus petit que lui mais tout aussi déterminé, pour shooter et s’entraîner avec lui. La plupart du temps, dans leurs un-contre-un tout terrain, Schwartz prenait les rebonds mais il ne parvenait à gagner qu’un match sur dix. Bryant était trop adroit au-delà de 1,80 m et il était étonnamment mince, avec de long bras qui jaillissaient comme des serpents de ses fines épaules.

Un jeune loup à cran et impatient

Cependant, ses coaches le voyaient comme un jeune loup à cran et impatient, jetant des regards noirs chaque fois qu’il se faisait remplacer dans un match, à tel point que Joe s’est mis à lui parler en italien pour le calmer. C’est son obstination qui marquait toujours les gens. La mission de Bryant était de prouver sa valeur en permanence, encore et encore. La première opportunité pour le faire n’a pas été longue à se présenter.

Au mois de novembre, le premier jour de sa classe de Quatrième, il déjeunait à la cafétéria du collège de Bala Cynwyd quand un garçon s’est présenté devant lui. « J’ai entendu dire que tu étais bon au basket, lui a lancé le garçon. Eh bien, pour être le chef, tu dois battre le chef. » « Alors je l’ai joué après l’école, a raconté plus tard Bryant. Je l’ai mouché. Et c’est comme ça que je me suis fait respecter là-bas. C’était ce que j’attendais depuis toutes ces années en Italie. Mon adrénaline était montée à un point tel qu’il n’en avait pas idée. »

Le « chef » du collège de Bala Cynwyd ne serait pas le dernier à se faire rabattre le caquet par Kobe, qui était alors âgé de 13 ans. Aujourd’hui beaucoup plus âgé, Mo Howard se souvient encore avec émerveillement de son jeu solide et des matches informels qu’il disputait avec de vieux amis, dont Joe, dans un club de remise en forme de Philadelphie. « Quand on n’était que huit ou neuf, on demandait à nos enfants de compléter. Et je vais vous dire un truc : je défendais sur lui et ce gosse m’a mis la misère… Il devait avoir 13 ans. Vous savez, plus tard, aux Lakers, il lançait ce regard à ses adversaires quand il marquait. Eh bien, j’ai vu ce regard quand il avait 13 ans. Ce gosse m’a marché dessus, il a complètement ruiné mon ego. »

La nouvelle de la présence du petit nouveau, fils d’un joueur de NBA, dans l’équipe de Bala Cynwyd s’est vite propagée. Gregg Downer, le coach de 33 ans du lycée de Lower Merion, un quartier voisin, s’est déplacé pour assister à un match d’élèves de Quatrième. « Lorsque je me suis rendu à ce match, il ne s’agissait pas du show Kobe Bryant, s’est souvenu Downer dans une interview en 1995. J’y suis allé et en fait, on le faisait entrer et sortir dans ce match, donc je ne pouvais pas vraiment me rendre compte de sa véritable valeur. Il était maigre, il faisait 1,80 m pour environ 60 kg. Il avait l’air de vouloir jouer arrière. Je veux dire par là qu’il voulait être en possession du ballon. »

Gregg Downer était dans sa deuxième saison en tant que coach à Lower Merion, un lycée du canton de banlieue de Montgomery qui avait remporté le championnat d’Etat pour la dernière fois en 1943. Il ne savait pas exactement comment redonner vie au programme sportif du bahut. Et en regardant ce premier match, le coach a pensé que ce gosse maigrichon faisait peut-être partie de la solution. « Quand j’ai pris mes fonctions en 1990, il s’agissait d’une refondation complète, a poursuivi Downer. J’ai passé mon entretien d’embauche. On m’a rapporté des cas édifiants, des fins de match avec seulement quatre joueurs sur le terrain à cause d’une inéligibilité scolaire. Ils avaient perdu une rencontre 54-13 sans marquer un seul point en deuxième mi-temps… »

Downer a alors invité ce nouvel élève de Quatrième à assister à un entraînement du lycée de Lower Merion. « C’est là que j’ai vraiment pu constater qui il était », m’a dit l’entraîneur. Pour commencer, le candidat est arrivé avec son père de 2,06 m. « Quand j’ai commencé à travailler avec Kobe, Joe était là, sur le côté, a continué Downer. Et j’ai commencé à comprendre quel était son héritage génétique. »

 

Le gamin de 13 ans ridiculise tout le monde

Dans les années 1980, Gregg Downer avait joué meneur à Lynchburg College, une équipe de Troisième division en Virginie. Avant cela, dans les années 1970, il avait été un grand fan des Sixers, abonné au Spectrum. Il révérait Doug Collins mais ses souvenirs de Jelly Bean lui sont revenus en mémoire. Il s’est même souvenu qu’au Spectrum, le père de Jelly Bean avait sa place non loin de la sienne.

Joe Bryant est resté à l’écart ce jour-là à Lower Merion, préférant laisser Kobe gérer cette rencontre, une approche qui deviendrait une habitude. Seulement quelques minutes après le début du cinq-contre-cinq, Downer a compris qu’il avait affaire à un joueur aux qualités d’un niveau professionnel, un petit gars qui se jouait avec aisance des membres de l’équipe fanion du lycée.

Les joueurs plus âgés de Lower Merion faisaient le même constat. Ils étaient tous scotchés de voir qu’un jeune loustic bientôt freshman allait dominer leur existence. « Lorsque vous aviez observé ses qualités, s’est souvenu le coach, que vous aviez compris la part génétique dans tout ça, que vous aviez commencé à y réfléchir, que vous aviez observé son éthique de travail et sa mentalité de mâle alpha, vous compreniez que vous aviez affaire à quelque chose d’exceptionnel, d’absolument unique. » Tout en le regardant, il a indiqué à un assistant qu’il était certain que ce genre de joueur allait leur permettre de conserver leurs postes.

L’époque où il avait été à l’université était révolue depuis longtemps mais Downer continuait de disputer des matches de compétition dans des ligues récréatives. Quelque chose, ce jour-là, l’a poussé à défier le jeune Quatrième en un-contre-un. Le coach a subi le même sort que ses joueurs, le même sort que Mo Howard, le même sort que les coéquipiers européens de Joe Bryant – une humiliation infligée par un gamin de 13 ans. Cet été-là, un joueur du même âge appelé Donnie Carr a rencontré Kobe Bean dans une ligue de développement de Sonny Hill. Ils sortaient tous les deux de Quatrième et ils jouaient tous les deux dans la ligue de Hill, contre des élèves de Première et de Terminale.

Carr avait entendu dire énormément de choses sur ce fils d’un joueur de NBA qui était censé avoir un potentiel illimité. « Mais la première fois que je l’ai vu, s’est souvenu Carr, c’était un gars tout maigre, longiligne et qui avait deux genouillères. Ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais. Il grandissait encore et avec ses genoux douloureux, il avait du mal à se pencher, des trucs dans ce genre. Il était vraiment très longiligne. De longs bras, une longue silhouette… Il était hyper grand. Il faisait presque 1,93 m. »

 

« On se disait tous : « Je ne lui trouve rien d’extraordinaire » »

Ces problèmes venaient de la maladie d’Osgood-Schlatter, qui occasionne d’intenses douleurs aux genoux aux adolescents sportifs. Cette affection ralentissait Bryant et lui donnait une démarche un peu gauche. A l’époque, pour prendre un tir, il devait emmener son défenseur à un endroit puis commencer à effectuer une série de feintes et enfin déclencher son tir. Une fois qu’il montait, il s’élevait généralement suffisamment haut pour prendre son shoot au-dessus des défenseurs. « Pour être tout à fait honnête, on voyait déjà son potentiel à l’époque mais pour nous, il n’y avait rien d’exceptionnel parce que, encore une fois, il n’était pas aussi rapide ni aussi explosif qu’il le deviendrait plus tard. C’était une sorte de gamin filiforme qui bougeait au ralenti. On était tous là à se dire : « Il est fort mais est-il si fort que ça ? » Personne ne le lui disait en face, évidemment, mais on se disait tous entre nous : « Je ne lui trouve rien d’extraordinaire. » »

Leur grande rivalité lycéenne a commencé cet été-là, en Sonny Hill League, m’a raconté Carr en souriant. « C’est comme ça que notre rivalité a commencé, car on se chambrait et on se défiait l’un, l’autre. Je le provoquais et il me provoquait. Même si Kobe venait de la banlieue aisée, je disais toujours à tout le monde qu’il ne se comportait jamais comme un jeune de banlieue aisée. Il se comportait comme un jeune du centre-ville et ce n’était pas de la comédie. Il a toujours eu cette dureté de Philadelphie en lui. Et cette mentalité qui faisait qu’il ne courberait jamais l’échine. Il adorait les défis. Quand vous veniez lui parler, il était fermé et concentré. Vous pouviez lire la détermination sur son visage et vous vous mettiez à jouer encore plus dur. »

A mesure que Carr a connu Kobe Bean, il a compris que ce jeune à genouillères passait beaucoup de temps à relever des défis qu’il se fixait à lui-même. « Il recherchait tout ce qui pouvait le motiver, m’a raconté son rival. Il avait la même mentalité, quand il était ado, que celle dont les gens parleraient plus tard. Il recherchait toujours quelque chose qui puisse nourrir son feu intérieur et le faire jouer avec cette rage de vaincre. Il y avait beaucoup de ça dans son jeu à l’époque, à la fin de son année de Quatrième. »

Eddie Jones, à l’époque ailier de 1,98 m à l’université Temple, est de ceux qui ont vu ce jeune Kobe dans la ligue de Hill. « Même à l’époque, quand il avait 13 ans, il savait jouer, s’est souvenu Jones. Il pouvait réduire des gars en miettes. » « C’était de super compétitions et c’était génial, s’est souvenu Bryant à propos de la Sonny Hill League. Les gars de l’université Temple venaient nous voir jouer parce qu’on allait dans leur salle. Eddie Jones venait, Aaron McKie et Rick Brunson aussi. C’était ces gars-là qui jouaient après nous. Alors, je restais et j’allais les aborder. Eddie me prenait parfois dans son équipe pour des matches informels. Il trouvait que je jouais pas mal, alors il me choisissait. Et je jouais avec eux. »

L’automne suivant à Lower Merion, Downer s’est aperçu que Bryant avait une incroyable éthique de travail. Il s’imposait un programme d’entraînement exténuant avec de la course sur route, de la musculation et du basket à plein temps. Dans les entraînements collectifs, il était déterminé à ne jamais perdre un exercice ou un concours. Une promesse à lui-même qu’il a réussi à tenir pendant presque quatre ans. « Quand j’ai commencé à me rendre compte du niveau de ce personnage appelé Kobe Bryant, j’ai recruté des gens, au sein de mon staff de coaching, en fonction de leur niveau de jeu, m’a expliqué Downer. Mon unique obsession était : « Je dois trouver des gars qui puissent défendre sur le gamin, qui puissent rivaliser avec lui, qui puissent le défier. » »

 

« Il est soft, il vient des pavillons de banlieue… »

Il a enrôlé un ancien joueur universitaire, un arrière athlétique qui s’appelait Jimmy Kieserman. Puis il a convaincu son propre frère Drew, qui avait de la taille et de la puissance, de quitter le monde de l’entreprise pour travailler comme coach. La blague qui tournait dans le programme sportif de Lower Merion, c’était : « Nom de Dieu, je saute dans l’avion ! J’y vais, moi, défendre sur ce gamin de 14 balais ! Y’a pas de problème. » La chute, bien sûr, c’était qu’ils se faisaient tous battre par le féroce freshman.

L’autre recrue de Downer était le père de sa jeune star. Le coach avait une arrière-pensée : un programme de banlieue comme celui de Lower Merion pourrait perdre sa nouvelle recrue au profit d’un programme de Philadelphie beaucoup plus prestigieux, tel que celui du lycée catholique romain Roman Catholic. Carr faisait partie de cette équipe. Avoir le père de Kobe comme coach contribuerait à solidifier la relation ; de plus, les deux filles de la famille étaient déjà à Lower Merion. Elles s’y étaient bien adaptées et y pratiquaient le volley.

Ceci est resté une inquiétude, qui a plané silencieusement au-dessus du programme pendant les quelques saisons suivantes. Mais il devenait de plus en plus évident que Bryant aimait se trouver dans un programme où il pouvait dominer, un programme où il avait tout le temps de jeu dont il avait besoin pour progresser et qui convenait à son profil. « Les premières fois qu’on a joué contre des écoles du centre-ville, il y avait tout un buzz autour de moi, m’a-t-il expliqué un jour. La moitié de nos adversaires disaient : « Oh, il est soft, il vient des pavillons de banlieue. » »

Ces commentaires négatifs étaient en partie dûs au bilan de Lower Merion durant la première année de Bryant. La saison d’avant, Downer avait engrangé 20 victoires. Les attentes étaient élevées mais les départs pour cause de diplôme ou de blessure ont décimé l’effectif. Les Lower Merion Aces de 1992-93, avec le freshman Kobe Bryant en tant que titulaire, ont terminé la saison avec un bilan de 4 victoires pour 20 défaites. « C’était moche… », m’a dit Downer.

Le coach et sa future star ont découvert qu’ils avaient une aversion commune pour la défaite. « Perdre aussi souvent était très certainement un déchirement pour lui », a poursuivi Downer, ajoutant que le fait de perdre rendait difficile la décision de le sortir pendant les matches. « Il faisait tout pour nous à mesure que la saison avançait, jouant du poste 1 au poste 5. Et c’était un gars difficile à mettre sur le banc, je vous le confirme… »

 

  1. Le FC Mulhouse Basket.

 

A suivre…

 

Paru chez le même éditeur

Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (14 mai 2014)

Roland Lazenby, « Michael Jordan, The Life » (17 juin 2015)

Jack McCallum, « Dream Team » (8 juin 2016)

Kent Babb, « Allen Iverson, Not a game » (9 novembre 2016)

Jackie MacMullan, « Larry Bird-Magic Johnson, quand le jeu était à nous » (31 mai 2017)

Julien Müller et Anthony Saliou, « Top 50 : Les légendes de la NBA » (10 octobre 2018)

Marcus Thompson II, « Stephen Curry, Golden » (31 octobre 2018)

Julien Müller et Elvis Roquand, « Petit quiz basket » (28 novembre 2018)

George Eddy, « Mon histoire avec la NBA » (6 mars 2019)

Jackie MacMullan, « Shaq sans filtre » (3 juillet 2019)

Talent Editions : http://www.talenteditions.fr

 

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