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Portrait | Micheal Ray Richardson, Blood Sugar Drugs Magik

Au début des années 80, on dit la cocaïne répandue dans le milieu NBA. Micheal Ray Richardson, prodige des Knicks présenté comme le nouveau Walt Frazier, devient un « drug addict ». Il avait tout pour se faire une place au soleil. Ce sera le premier joueur banni à vie de la Ligue.

Ne cherchez pas, on n’avait jamais vu ça en France. Une véritable star estampillée NBA. Micheal (et non Michael) « Sugar » Ray Richardson possède un palmarès rare. Quatre sélections All-Star, des titres de meilleur passeur et meilleur intercepteur de la Ligue, des prestations étincelantes qui firent dire à Chuck Daly, alors coach des Pistons : « S’il y a un meilleur joueur sur cette planète, je veux le voir ! »

Comment un basketteur de ce calibre peut-il se retrouver à Antibes en 1994 ? Retournons au début de l’histoire. Micheal Ray naît à Lubbock, Texas, le 11 avril 1955. Il déménage à Denver à l’âge de 6 ans après le divorce de ses parents. Dans le Colorado, il vit avec sa mère, ses deux frères aînés et ses trois petites sœurs. Maman est cuisinière à l’hôpital. La petite famille réside aux environs de « Mile High City ». « On n’était pas très riches mais on n’était pas pauvres pour autant », se souvient Micheal Ray.

Sa mère donna naissance à un septième enfant en arrivant dans les Rocheuses. Elle se souvient : « Elever sept enfants seule était bien évidemment une lutte quotidienne. Heureusement, Micheal Ray était un good kid. »

Un enfant très doux, toujours gentil. En grandissant, il cherche à se faire un peu d’argent de poche comme tous les ados. En dehors du lycée, il vend du pop-corn et des cacahuètes sur les événements publics. Le reste du temps, il joue au basket sur les playgrounds du coin. Il est assidu mais n’intègre l’équipe de la Manual High School qu’en dernière année. Il joue pivot. C’est un fan des Denver Rockets (ABA). Son rêve : porter un jour le maillot des futurs Nuggets. « Je pensais qu’il avait 1 chance sur 500 d’avoir une bourse dans une bonne université. Il était rapide, avait de bonnes mains mais il était entre deux tailles (ndlr : 1,89 m) et il avait un shoot trop plat », explique Floyd Theard, son entraîneur au lycée.

Avec ses neuf petits points de moyenne et des résultats scolaires laissant à désirer, Micheal se retrouve dans un junior college de l’Iowa. C’est à ce moment qu’une petite porte s’ouvre à l’université de Montana, une fac avec une très nette majorité d’étudiants blancs. De la ville, il passe à la campagne. Premier match. Il évolue au poste d’arrière. Six points, trois balles perdues et cinq fautes plus loin, il gagne son premier surnom chez les universitaires. « Il était si nerveux qu’il se jetait sur tout. On l’a appelé « Hatchet man » (L’homme hachette). On l’a longtemps charrié avec ça ! », sourit le coach, Jud Heathcote.

Pour Micheal, la nervosité s’expliquait simplement : « J’étais le seul Noir sur le terrain »

Une quinzaine d’étudiants de la fac sont noirs parmi les 7 000 que compte le campus. L’adaptation à ce nouvel environnement se fait lentement, d’autant que « Sugar » – le surnom qu’on lui donnera à la fin de son cursus – a tendance à bégayer. Heureusement, sa progression sur le terrain est encourageante. Incorporé dans le cinq de départ des Grizzlies dès le troisième match, il en impose en défense et tourne à 7.5 points et 3.6 rebonds.

Drafté deux rangs avant Larry Bird

Au terme de sa première saison, en 1974-75, il se marie. Il passe l’été à s’entraîner à Denver avec des joueurs des Rockets. Lors de son année sophomore à « UM », Micheal Ray glisse sur l’aile. Ses chiffres grimpent sensiblement (18.2 pts, 6.3 rbds). Le seul souci vient du coach qui annonce son départ pour Michigan State, où il entraînera un certain Magic Johnson. « Sugar est venu chez moi et s’est mis à pleurer. Il ne voulait plus rester », se souvient Jud Heathcote.

Richardson demeure malgré tout à « U of M ». Avec une idée en tête : se faire une place en NBA. Il s’affiche à 19.2 et 24.2 points de moyenne lors de ses deux dernières saisons en NCAA. Bon passeur, rebondeur et intercepteur, Micheal possède la panoplie du vrai joueur complet. Les agents se bousculent, offrant des tas de cadeaux. « Sugar » est retenu par les Knicks en 4e position de la draft 1978, deux rangs avant Larry Bird. C’est malgré tout un gros pari pour un point guard méconnu sortant d’une petite fac. Il débarque à « Big Apple » sur la pointe des pieds. « Les deux premiers mois, je ne sortais seul de l’hôtel que pour traverser la rue et me retrouver au Madison Square Garden », racontera-t-il plus tard.

Peu à peu, l’arrière de 1,95 m et 86 kg s’approprie la ville. Il est présenté comme « le nouveau Walt Frazier » par son premier coach, Willis Reed (qui rendra son tablier après 14 matches), pour ses qualités de passeur et d’intercepteur. Comme Magic Johnson, il atteint le triple-double les doigts dans le nez. Seulement, il est beaucoup plus véloce que le meneur des Lakers. Il peut facilement évoluer aux postes 1, 2 et 3 et affiche des prédispositions identiques au scoring, en défense et dans l’organisation du jeu. Peut-être est-ce pour cela que Larry Bird en fit un jour le meilleur basketteur sur Terre. « Micheal Ray était un gars qui jouait exactement comme je le faisais », déclara Magic Johnson. « A chaque fois que je le regardais, il venait directement sur moi. Et puis il faisait du trash-talking pendant tout le match. »

De son côté, Isiah Thomas explique à Peter Vecsey, la plume du « New York Post », que Richardson est le seul joueur qui lui file les jetons… « C’était le Sugar man… Un joueur délicieux. Aucune scène n’était trop grande pour lui », résume l’ancien meneur des Pistons.

Ce garçon timide mais qui ne se démonte pas face à ses aînés devient rapidement le chouchou du public et des médias new-yorkais. Tous ses coéquipiers l’adoptent.

A « Gotham », Richardson fait aussi connaissance avec le luxe. Durant ses quatre années à New York, il achètera une Rolls Royce, une Porsche, une BMW, une Jaguar, une Mercedes… Il est déjà marié (on l’a dit) mais il n’est pas rare de le croiser en galante compagnie. Il croque à pleines dents dans sa nouvelle vie… nocturne. A l’époque, la coke circule aisément. Un article du « Los Angeles Times » de 1980 affirme que plus de 75% des joueurs de la Ligue ont essayé la cocaïne.

La NFL et la MLB sont vraisemblablement touchées elle aussi par le fléau mais la NBA accueille une majorité de Noirs. Inconsciemment, le grand public fait l’amalgame. On parle ici d’une NBA d’un autre temps (il serait évidemment naïf de croire que la NBA du XXIe siècle a éradiqué tous les fléaux). Autres temps, autres mœurs. Micheal profite des mille et un plaisirs de la vie. Comme beaucoup d’autres.

Côté terrain, ça rigole moins, du moins durant sa saison rookie. L’année 1978-79 est un peu longue. Le nouveau coach, Red Holzman (celui des titres de 1970 et 1973), a coutume de laisser les rookies prendre un peu de cuisson sur le banc. En chiffres, cela donne 17 minutes et 6.5 points de moyenne, très loin des 26.9 de Bob McAdoo (cédé en février à Boston), des 17.8 de Spencer Haywood (envoyé dès janvier au New Orleans Jazz) ou des 17.3 de l’arrière Ray Williams, drafté un an avant lui. Le n°20 demande à être échangé. Refusé. Au début de la deuxième saison, il bénéficie d’un petit coup de pouce du destin. Au cours d’un entraînement, Holzman, excédé, jette le ballon par terre en hurlant qu’il a besoin d’un meneur leader. « J’ai ramassé le ballon et je lui ai dit que j’étais là », raconte « Sugar ».

A 24 ans, Richardson explose avec 15.3 points et 6.6 rebonds sur 37.3 minutes et surtout une première place au classement des passeurs (10.1 assists) et des intercepteurs (3.2 steals) de la Ligue. C’est le premier basketteur NBA à réaliser cette prouesse. Dans les deux cas, c’est un record de franchise. On ne parle plus seulement de Walt Frazier qui possédait un jeu comparable, on évoque allègrement Magic Johnson, autre meneur à tout faire de grande taille.

Deux fois dans le premier cinq défensif

En février 1980, le Texan est sélectionné pour le All-Star Game de Landover (Maryland) avec son nouveau coéquipier new-yorkais Bill Cartwright, 3e choix de la draft 1979 et meilleur marqueur de « Big Apple » sur l’année. Micheal Ray passe 6 minutes sur le parquet. Après une saison et demie seulement, il fait désormais partie du gratin. La sélection Est, c’est George Gervin (San Antonio évolue alors dans la division Central), futur MVP de la rencontre, Moses Malone, Dr J, Elvin Hayes…

Richardson n’est pas une étoile filante. En 1981 et 82, il se maintient dans les 16-17 points, 7 rebonds, 7 passes et 2 à 3 interceptions, ce qui lui vaut deux nouvelles sélections au All-Star Game, à Richfield (Ohio) et East Rutherford. En 1981, il est retenu pour la deuxième fois dans le premier cinq défensif. « Sugar » ne change pas pour autant. Un journaliste de Denver n’en revient pas. « Il n’a pas demandé d’augmentation une fois arrivé au sommet, comme beaucoup de joueurs gâtés. Il est resté humble. C’est vraiment un garçon bien. »

Le conte de fées continue jusqu’à l’été 1982 (17.9 pts de moyenne). Hubie Brown est nommé coach des Knicks. Il n’aime pas trop le style de Richardson et pour ne rien arranger, des rumeurs font état d’une consommation régulière de cocaïne. « Sugar » expliquera plus tard qu’il lui arrivait de s’adonner au « freebase » (coke que l’on fume) « comme on boit un verre quand on fait la fête ».

Le 22 octobre, il est cédé à Golden State après la signature de Bernard King, ailier prolifique et agent libre, chez les Knicks. Adieu New York, bonjour San Francisco. « Dieu soit béni ! » sera son seul commentaire.

Lui ne le sera pas. On l’accueille en le questionnant sur sa consommation de drogue et on ajoute des clauses dans son contrat relatives à la question. On lui colle même un détective privé aux fesses en raison des bruits alarmants circulant au sujet de son passé sur la Côte Est. « Sugar » n’est pas heureux au bord de l’Océan pacifique. Sa consommation de drogue devient maladive et ses stats piquent du nez (12.5 pts, 4.4 rbds et 7.4 pds sur 32.5 mn).

Quatre mois plus tard, le 6 février 1983, il est cédé aux Nets contre Sleepy Floyd et Mickey Johnson. Larry Brown, le coach, veut croire en lui. L’amélioration n’est pas immédiatement sensible. Son temps de jeu est identique, sa production globale aussi (12.7 pts, 4.8 rbds, 6 pds). Pour la deuxième fois, il termine meilleur voleur de ballons (2.8) de NBA. Il le sera trois fois, perf seulement égalée par Michael Jordan, Allen Iverson et Alvin Robertson.

Le plus important est ailleurs. Brown, son nouveau mentor, le pousse à se faire aider. Micheal Ray accepte d’être suivi pour son addiction au Fair Oaks Hospital de Summit (New Jersey). Il est vraiment décidé à s’en sortir. Sa dépendance l’a coupé de sa famille, de ses amis et même de ses coéquipiers. Troisième de la division Atlantic avec 49 victoires, New Jersey se hisse en playoffs. Les coéquipiers de Buck Williams et Otis Birdsong tombent en deux manches contre New York. Ce n’est pas le plus grave : Larry Brown a quitté son poste pour filer à Kansas. Après Jud Heathcote, Richardson a perdu son deuxième père de substitution.

Il s’accroche, accepte une cure de désintoxication totale mais quitte l’établissement prématurément. Nouvelle tentative dans une clinique du Minnesota. Nouvel échec. « Sugar » ne va pas au bout du programme. Il convoque pourtant la presse pour expliquer que ses vieux démons ont été vaincus. Quand ? Le jour où la NBA valide son nouveau règlement en matière de stupéfiants. Au premier contrôle positif, le contrevenant obtient un sursis. Au deuxième, une dernière chance. Au troisième, il peut dire adieu à sa carrière. « Three strikes, you’re out. » Nous sommes en septembre 1983. Richardson a fréquenté trois cliniques en cinq mois.

Très vite, il apparaît évident que Micheal Ray n’a pas décroché. New Jersey le congédie en décembre 1983 avant de le réintégrer dans son roster sous la pression de son agent et de Charles Grantham, patron de l’association des joueurs. Richardson loupe un total de 34 matches (12 pts). Au printemps 1984, avec le renfort de Darryl « Chocolate Thunder » Dawkins, les Nets se paient le champion sortant, Philadelphie (3-2). Dans le Game 5, Richardson rapporte 24 points et 6 interceptions. En demi-finales de Conférence, les Nets s’inclinent 4-2 face aux Bucks.

« Come-back de l’année » en 1985

On croit à une forme de rédemption, matérialisée par la signature d’un contrat de 4 ans et 3 millions de dollars. Micheal Ray prête son concours au tournage d’une vidéo de prévention (« Cocaine drain ») et se soumet de bonne grâce aux contrôles prévus par son nouveau contrat. Il va sur ses 30 ans. C’est un joueur ayant atteint une forme de maturité (le croit-on…) et de plénitude dans le jeu qui réapparaît à l’automne 1984.

Il sort sa meilleure saison en carrière avec, pour la première fois, plus de 20 points par match (20.1). Termine meilleur intercepteur de la Ligue (3 steals) tout en délivrant 8.2 passes et en captant 5.6 rebonds. Polyvalence récompensée par le titre de « Come-back de l’année » et une quatrième et dernière sélection pour le Match des Etoiles, en février 1985 à Indianapolis, dans une rencontre tumultueuse qui voit le rookie Michael Jordan privé de munitions en raison d’une cabale menée par Isiah Thomas.

Battu d’un point dans le Game 3 de son premier tour de playoffs face à Detroit – la quatrième campagne de « Sugar » -, New Jersey descend rapidement de son petit nuage. Micheal Ray s’est remarié mais les ennuis le poursuivent. Si sa production reste assez consistante – il est capable de compiler 38 points, 11 rebonds, 11 passes et 9 interceptions sur un match (on est tout près d’un rarissime quadruple-double) -, les inquiétudes demeurent. On parle d’une dépression. On sait que le bonhomme goûte depuis longtemps aux plaisirs interdits. Qu’il est happé dans une lente descente aux enfers – défonce, cures, rechutes.

De manière assez miraculeuse, Micheal Ray a pu mener une carrière de basketteur pro à peu près normale, pour ne pas dire (très) brillante. Seul, le talent n’aurait pas suffi. Il possède une résistance largement au-dessus de la moyenne. Son corps a encaissé tous les excès. Et au moment où il semblait vouloir reprendre sa vie en main, le passé a fini par le rattraper.

Ça commence par un dérapage idiot. Les Nets s’affichent à 19-12 après une série de neuf victoires en 10 matches. Pour Noël est organisée une petite fête à l’intention de tous les joueurs. On est le 27 décembre. Après la sauterie, Darryl Dawkins emmène Richardson boire quelques verres supplémentaires dans un sports bar, en compagnie de Bobby Cattage. Ignorant les consignes de ses coéquipiers. Micheal Ray cède aux tentations. Il disparaît pendant trois jours, loupant deux entraînements et un match. Leah, sa femme, reste sans nouvelles. Il réapparaît et met évidemment son absence sur le compte de la drogue. Entre une énième fois en cure. Sans résultat. « C’est la première fois que je ne savais pas quoi lui dire », racontera son ami et coéquipier Buck Williams. « Il m’avait dit tellement de fois qu’il n’y retoucherait plus… »

Le 25 février 1986, « Sugar » échoue dans un contrôle anti-drogues. C’est la troisième fois qu’il se fait prendre. La sanction tombe par la voix de David Stern : radiation à vie. « C’est la chose la plus difficile que j’aie jamais eu à faire en tant que commissioner », affirme le patron de la Ligue.

Le n°20 des Nets est le premier joueur de l’histoire frappé par la nouvelle réglementation. La NBA ne le reverra plus. Le fautif s’estime victime d’une forme de discrimination raciale. Il ne comprend pas que la Ligue ait pu faire preuve d’une clémence sans limites pour Chris Mullin, alcoolique notoire, et frapper aveuglément dans son cas. Pour « Sugar », l’explication est simple : il fallait faire un exemple avec un joueur afro-américain pour envoyer un signal fort à la communauté et amadouer le grand public.

Séjour chez les Long Island Knights (USBL). Puis chez les Albany Patroons (CBA), champions pour la deuxième fois en 1988. Il obtient le droit de réintégrer la Ligue mais préfère partir en Europe. Trois ans au Virtus Bologne avec une Coupe des Coupes (1990) et deux Coupes d’Italie à la clé, assorties d’un record dans le All-Star Game italien (50 pts en 1990) et d’un titre de MVP du même match en 1989. Un an à Split. Deux à Livourne. Antibes en 1994.

Au début de sa carrière européenne, il décline une offre des Sixers qui ne lui proposent qu’un an alors que lui en réclame deux, sachant qu’il a soufflé ses 32 bougies. En 1991, deux tests à la cocaïne se révèlent positifs, lui barrant la route d’un retour en NBA. Il conteste les résultats, explique qu’il s’est permis un écart pour supporter un traitement. De toute façon, il s’est établi en Europe et a tiré un trait sur sa vie d’avant. « J’en avais assez de la longueur des saisons NBA, des avions J’ai eu envie de voyager, de connaître de nouvelles choses. J’ai bien fait ! La preuve, je joue encore à 40 ans », commenta-t-il lors de son passage en France.

Sa joie de vivre déteint sur Antibes

Sur le Vieux Continent, la « Sugarmania » bat son plein. Richardson a des fans partout. Enormément de fans. Il est ami avec Lee Johnson (champion de France 1991) depuis qu’ils ont fréquenté les parquets NCAA. C’est le directeur sportif de l’Olympique d’Antibes Juan-les-Pins qui le convainc de poser ses valises dans le Sud de la France. Engagé pour remplacer Henry James, le « gamin quadra » épate littéralement la galerie.

En plus d’une maîtrise effarante, d’un charisme débordant, d’un sens aigu du collectif et d’une adresse diabolique, ce clutch player dans l’âme possède une joie de vivre qui déteint sur toute l’équipe. Il aime toujours la vie et en profite pleinement. Avec légèreté. On le sait lié au DJ Philippe Corti, roi des nuits de Saint-Tropez. Jacques Monclar,  alors coach d’Antibes, est sidéré par le personnage : « Ses performances techniques et humaines me laissent sans voix… »

Au bout de l’aventure, en 1995, il y a un titre de champion de France décroché sur le terrain de Pau. C’est un shoot à 3-points au buzzer de « Sugar » qui fait la différence dans le quatrième et dernier match de la finale (81-80, victoire 3-1). Apothéose. Le club azuréen est champion de France pour la troisième fois de son histoire. Il perdra sa couronne l’année suivante en demi-finales, toujours face à l’Elan (0-2). En 1996-97, à 42 ans, Richardson émarge encore à 16.9 points, 6.3 rebonds, 2.9 passes et 1.5 interception (9e de Pro A). Antibes finit 10e du championnat.

Micheal Ray est un homme toujours vert. Il est capable de se défaire d’une prise à deux comme à ses débuts. Même le temps n’a pas de prise sur lui. Alors, il reprend son balluchon. Rieti, Italie. Cholet (18 matches, 12.3 pts). Forli et Livourne, en Italie, pays dont il acquerra la nationalité. Antibes à nouveau, en 2000-01, pour éviter la relégation au club azuréen, torpillé au fil des ans par des soucis de trésorerie. Dix points et 6.2 rebonds sur 5 matches, à 46 balais. Contre Le Havre, il plante 19 pions en réussissant un 5/9 derrière l’arc.

Trois ans plus tard, après une pige chez les Nuggets comme ambassadeur de la communauté, il se lance dans le coaching chez les Patroons (CBA). Le 28 mars 2007, en pleines séries finales contre les Yakima Sun Kings, il est suspendu indéfiniment pour avoir tenu des propos « borderline » sur les Juifs dans une interview au « Albany Times Union ». Micheal Ray reçoit deux journalistes du quotidien dans son bureau et évoque le contrat signé avec le GM, Jim Coyne. Après avoir sous-entendu qu’il a engagé des avocats de confession juive pour arracher un deal en béton, il embraye : « Ils (les Juifs) sont rusés. Ils ont le meilleur système de sécurité au monde. Etes-vous déjà allé dans un aéroport à Tel-Aviv ? Vous voyez, ils sont haïs partout dans le monde, alors ils doivent être rusés. Ils ont énormément de pouvoir dans ce monde, vous voyez ce que je veux dire ? Et je trouve que c’est bien. Il n’y a aucun mal à cela. Regardez la plupart des sports professionnels, les clubs sont dirigés par des Juifs. Regardez la plupart des entreprises à succès, les business qui marchent, ils sont gérés par des Juifs. Ce sont des gens rusés. »

Le « Disoriented Express »

Dans le même article, « Sugar » est accusé d’avoir tenu des propos homophobes envers un spectateur au cours du premier match de la série. Lynché par les médias, il se défend d’être antisémite. Sa seconde femme (dont il a divorcé) est juive, sa fille Tamara, l’un de ses cinq enfants, aussi… Le journaliste du « New York Post » Peter Vecsey vole à son secours, brossant le portrait d’un homme instable – le « Disoriented Express » -, donc « influençable », et mettant en cause les méthodes de travail de ses confrères. David Stern himself – lui-même Juif – prit la défense de l’accusé : « Je n’ai aucun doute sur le fait que Micheal Ray n’est pas antisémite. Il a peut-être émis un jugement très pauvre mais ça ne reflète pas son sentiment à l’égard de cette communauté. »

Entre autres plaidoiries, l’intéressé expliqua qu’il n’avait fait qu’énoncer une « évidence ». « C’est comme si on disait que 85% des joueurs de NBA sont des Noirs… »

Joe Taub, ancien proprio des Nets, Juif, confident de la première heure et soutien indéfectible à travers les ans, balaya également les accusations d’antisémitisme.

Dès le mois de mai, Richardson prit les rênes de l’Oklahoma Cavalry, qui s’en sépara en décembre. Il demeura dans l’Etat et récupéra la direction de l’équipe, devenue le Lawton Fort Sill Cavalry, après un changement de proprio. Il la mena au titre CBA en 2008 et 2009 et au titre PBL (Premier Basketball League) en 2010 avec une vieille connaissance, Oliver Miller, sous ses ordres. « Sugar » fut désigné « Entraîneur de l’année ».

« Qu’est-il arrivé à Micheal Ray ? » C’est le titre d’un documentaire sorti en 2000 avec une narration signée Chris Rock. « Sugar » y est cité en exemple. Pour son talent précoce et sans limites – il a droit aux louanges de Magic Johnson et Isiah Thomas, les deux plus grandes références des années 80 – mais aussi… pour son mode de vie autodestructeur.

Le doc laisse entendre que le transfert de ses amis les plus proches chez les Knicks, Ray Williams et Mike Glenn, au lendemain de la défaite 2-0 face à Chicago en 1981 eut un effet désastreux. Le très dévoué Micheal devint un « drug addict » mal à l’aise dans ses baskets, livré à lui-même dans le plus impitoyable des univers.

L’autre acte fondateur (si on peut dire…) de cette descente aux enfers aurait été le départ de Jud Heathcote de Montana quelques années plus tôt. Micheal Ray alla donc trouver son coach universitaire les larmes aux yeux pour savoir si les rumeurs faisant état de sa signature à Michigan State étaient fondées. On devine toute la détresse qui habitait cette formule terrible : « Coach, souvenez-vous, je n’ai pas de père »

J’aurais pu finir comme Len Bias »

En traversant l’Atlantique, Richardson refit surface. Au cours du McDonald’s Open 1997 à Paris, il rencontra le regretté David Stern. C’était la première fois que les deux hommes se retrouvaient depuis le fameux bannissement. Le commissioner de la NBA l’interpella :

– « Bonjour, Micheal, comment vas-tu ? »

–  « Je vais très bien. J’ai une nouvelle compagne (ndlr : Ilham, une Franco-Marocaine, sa troisième femme), un enfant et je joue toujours. Je veux vous remercier. »

– « Me remercier ? Mais pour quoi ? »

– « Je veux vous remercier pour m’avoir sauvé la vie. »

Richardson s’expliqua : « Je n’éprouve pas de colère, j’assume la pleine responsabilité de mes actes. C’est pour cela que je peux aujourd’hui m’asseoir avec vous et en parler sans regrets. David ne m’a pas exclu de la Ligue. C’est moi qui l’ai fait. Quand vous y pensez, il m’a probablement sauvé la vie. Sans cela, j’aurais sans doute fini comme Len Bias (ndlr : prodige de Maryland mort d’une overdose deux jours après avoir été retenu par Boston en 2e position de la draft 1986). Malheureusement, ça m’a coûté ce que ça m’a coûté.

Etre banni m’a réellement ouvert les yeux. Dieu a un plan pour chacun d’entre nous. Le mien fut malheureusement celui-là. Mais je suis toujours là. Quand je regarde ma vie, je me sens béni. Len, lui, n’est plus là. Il ne m’arrive jamais de penser : « Que se serait-il passé si… ? » Parce que, même avec tout ce que j’ai connu, j’ai pu continuer de jouer au niveau professionnel pendant 11 ans. Et en plus, je suis en bonne santé. »

Stats

8 ans

556 matches (276 fois starter)

14.8 pts, 5.5 rbds, 7 pds, 2.6 ints, 0.4 ct

45.7% aux tirs, 22% à 3 pts, 69% aux lancers francs

Palmarès

All-Star : 1980, 81, 82, 85

All-Defensive First team : 1980, 81

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