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Décès de Darryl Dawkins (1957-2015)

darryl-dawkins

Déjà endeuillée à plusieurs reprises cette saison, la NBA a perdu aujourd’hui un pionnier en la personne de Darryl Dawkins, premier lycéen jamais drafté en NBA, de surcroit en 5e position en 1975. Connu pour ses costumes extravagants mais aussi ses cassages de plexiglas, l’ancien coéquipier de Julius Erving aux Sixers s’est éteint aujourd’hui à 58 ans. C’est ce que rapporte la chaîne WFMZ sans donner de détails sur son décès.

Bon vivant, affable, auteur d’une carrière longue de… 25 ans (achevée dans feu l’IBA), « Chocolate Thunder » restera comme l’un des visages les plus attachants de la ligue avant son explosion médiatique.

Un roman à lui tout seul, dont voici le portrait.

Premier lycéen drafté par une franchise NBA

« Tu ne comprends pas, man… Exploser un panier, c’est géant ! »

Et il se marre, l’ami Darryl ! Darryl Dawkins, 2,11 m pour 140 kg. Faire voler les panneaux en éclats, les éparpiller façon puzzle, c’est sa grande spécialité.

« En match, ça m’éclate de tout défoncer, d’éparpiller le panier et le plexiglas sur le terrain. C’est une sensation d’enfer ! C’est comme si tu passais la nuit avec deux super nanas… »

1975. L’université de Tampa Bay fait les yeux doux à Dawkins. N’importe quel kid du lycée Maynard Evans, à Orlando, aurait signé sans hésiter. Pas Darryl. Les clubs pros le veulent. Tout de suite. Son coach, Fred Pennington, soigne sa promo en déclarant :

« Darryl est probablement le meilleur joueur de lycée de l’histoire. C’est aussi l’une des meilleures personnes que j’aie jamais rencontrées. »

La Maynard Evans High School a remporté le championnat d’Etat en 1975. Sauter la case NCAA présente évidemment quelques risques. Mais il y a le précédent Moses Malone. Un an plus tôt, Malone a quitté Petersburg, une high school de Virginie, pour intégrer directement les Stars d’Utah, en ligue ABA. Dawkins lui emboîte le pas. Adieu les études ! Les Sixers le retiennent en cinquième position de la draft. C’est le premier lycéen jamais sélectionné par une franchise NBA.

« Je n’avais que 18 ans mais on m’a proposé beaucoup d’argent. C’était l’occasion de m’offrir une bagnole, une maison et d’en faire construire une pour ma mère. Je suis issu d’un milieu pauvre. Je ne l’oublie jamais. Si je peux aider quelqu’un, je le fais de bon cœur. On m’a collé une image de brute parce que je cassais des paniers et que j’envoyais des gars dans les tribunes. Mais quand je mets les pieds sur un terrain, je défends la bouffe de ma famille. Et il n’y a pas un mec sur cette planète qui peut venir me marcher dessus. »

Comment stopper cette Breaking Machine ? Depuis ses débuts, Darryl Dawkins fait peur. Son physique impressionne, sa tonicité dépasse l’imagination. En revanche, il a dû travailler sa technique avec acharnement.

« A 14 ans, au lycée, je possédais toutes les armes d’un basketteur, sauf les fondamentaux. Alors, mes coaches se sont sacrifiés après les séances d’entraînement pour me faire faire des heures supplémentaires. J’ai conservé cette habitude durant ma carrière NBA. »

Le voilà sous le maillot des Sixers où il rejoint l’un des mythes vivants du basket mondial : Dr. J.

« Julius Erving est et restera mon joueur préféré. Savoir que j’allais jouer dans la même équipe que mon idole suffisait à mon bonheur. »

Quand il le voit à l’œuvre pour la première fois, l’arrière des Knicks Walt Frazier ironise :

« Je parie que ses profs au lycée l’appelaient « M. Darryl »… »

Les attentes sont élevées. Trop sans doute.

« Quand j’ai débarqué en NBA, on voulait que je sois le nouveau Wilt Chamberlain… Et ce, sans avoir passé une seule minute en college. Je ne peux pas être Wilt. Et puis il était nettement plus grand (ndlr : 5 cm de plus). »

Véloce et doté d’un bon toucher, Dawkins devient quand même, après un duel incroyable d’insolence et de courage face à Kareem Abdul-Jabbar, le pivot le plus craint de la Ligue.

« Ce soir-là, on jouait une rencontre importante. A chaque fois qu’il me plantait un bras roulé, je demandais le ballon et j’allais lui écraser un smash dans la tronche. »

Complimenté par Abdul-Jabbar, Dawkins sera, quelques semaines plus tard, à l’origine de la deuxième explosion américaine la plus célèbre après Hiroshima. Une explosion plus pacifique heureusement. En avant pour le grand frisson. Planquez-vous, « Chocolate Thunder » (l’Eclair au chocolat) raconte.

« Novembre 1979, Kansas City. Je reçois un ballon venant de l’aile et je décolle de toutes mes forces. Puis il y a un coup de tonnerre pas possible, le plexiglas du panier s’évapore en une pluie fine. Je me retrouve au sol avec l’arceau dans les bras… »

Stupeur générale dans la salle. Le commentateur de la télé US en perd la voix. Le mythe Darryl Dawkins est né.

« Les gens me regardaient différemment. Comme un extraterrestre. Dans ma tête, je m’étais juré de recommencer. »

Mais il y a des incrédules et les paris vont bon train. Et si c’était une erreur de fabrication ? Un panier en mauvais état ? Trois semaines plus tard, « Double D » va clore le débat.

« La première fois, j’ai été aussi surpris que le public. Mais j’ai adoré ! Depuis, une seule chose m’obsédait : recommencer. »

L’occasion se présente à Philadelphie lors d’un match opposant les Sixers aux Spurs.

« Seul dans la raquette, je reçois la balle comme je le souhaitais. Je me dis : c’est maintenant ou jamais… »

Ce fut maintenant. Pendant l’interruption nécessaire pour installer un nouveau panier, une interminable ovation monte des tribunes. Heureux Darryl. Furax, Larry O’Brian, le commissioner de la Ligue. Ce dernier lui téléphone le lendemain.

« Il m’a dit que si je cassais encore un panier, il me suspendrait avec une amende de 5 000 dollars à la clé… »

Le public veut qu’il casse des paniers !

Frustré, Dawkins réédite ses exploits… mais seulement à l’entraînement. Pourtant, le public en redemande. Certains proposent même de payer l’amende ! Rien à faire, Dawkins se plie aux consignes. Mais chaque fois qu’il s’élance, personne ne se risque à tenter de le contrer. Le premier réflexe est plutôt de se planquer. Dawkins ne brisera plus aucun plexiglas en compétition.

Un dunk qui démolit un panneau, ça mérite bien une petite appellation. Darryl en trouve plusieurs : « Chocolate Thunder Flying », « Teeth shaking » (le secoueur de dents), « Glass breaking »… Le facétieux Dawkins ne manque pas d’imagination. C’est lui qui crée les nicknames « Sir Slam » et « Dr. Dunkenstein ». Il donne un nom à chacune de ses figures – « The In-your-face disgrace », « The cover your head », « The look out below » (Regarde ci-dessous) – et raconte qu’il est un alien venu de la planète Lovetron où vit encore sa compagne Juicy Lucy. Une planète où il passe ses étés et dispute un championnat « funkman » interplanétaire…

Mais restons sur Terre. Sa carte de visite en NBA ? Sept ans à Philadelphie, cinq chez les Nets, une saison à Utah, une à Detroit. Pendant neuf ans, de 1977 à 1986, Dawkins dépasse les 11 points de moyenne. Son pourcentage de réussite aux tirs est l’un des meilleurs de la Ligue. Il dispute les Finales NBA à trois reprises, à chaque fois sous le maillot des Sixers. En 1977, durant son année sophomore, Portland et Bill Walton s’imposent 4-2. Dawkins sort de sa coquille en compilant 7.3 points et 5.4 rebonds durant la campagne de playoffs. En 1979-80, il signe la meilleure saison de sa carrière (14.7 pts, 8.7 rbds) mais un jeune débutant du nom de Magic Johnson assure le sacre des Lakers (4-2) avec une prestation d’anthologie au Spectrum dans le Game 6 des Finales.

En 1982, Philly ne trouve pas la solution au casse-tête Kareem Abdul-Jabbar (4-2). Dawkins a loupé la moitié de la saison sur blessure. Les Sixers n’en veulent plus et le cèdent à New Jersey contre un premier tour de draft. Ironie du s(p)ort : « Dr. Dunkenstein » quitte Philadelphie l’année où la franchise de Pennsylvanie connaît la consécration, en 1982-83. Il faut dire que le départ de Dawkins fut suivi de celui, déterminant, de Caldwell Jones, échangé contre Moses Malone.

A 25 ans, « Sir Slam » est au top de sa forme. En 1983-84, il rapporte 16.8 points (à 59%) et 6.7 rebonds par match. Une année qui le voit établir le record de fautes sur une saison, 386 (mieux que les 379 commises un an plus tôt !). C’est une de plus que Michael Jordan dans toute sa carrière mais avec 346 matches de moins… La suite de son parcours est malheureusement flinguée par les blessures et un dos en compote. Trente-neuf matches joués en 1984-85, 51 en 1985-86… On retrouve sa trace à Salt Lake City en 1987. Annus horribilis.

« L’entraîneur (ndlr : Frank Layden) ne supportait pas que le public scande mon nom. Il voulait être la seule star du club… »

Il quitte la NBA au bout du banc des « Bad Boys »

L’aventure se termine tristement à Detroit (1.9 pt, 14 matches) en 1988-89. L’année du premier titre des « Bad boys ». A 32 ans, Dawkins prend congé des parquets américains. Il n’aura jamais complètement justifié les attentes placées en lui le soir de cette fameuse draft. Ses détracteurs, comme K.C. Jones, l’ex-entraîneur des Celtics, pointent sa fainéantise. « Dr. Dunkenstein » ? Doté d’un potentiel énorme mais pas suffisamment bosseur. Dave Wohl, ex-coéquipier et entraîneur de Dawkins chez les Nets, livrera cette analyse terrible dans les colonnes de « Sports Illustrated » :

« Beaucoup d’entre nous jugeront Darryl en fonction du joueur qu’il aurait pu être et seulement en fonction de cela. Beaucoup seront aveuglés par l’éclat d’un basketteur brillant qui ne se sera jamais transformé en star incontournable. Darryl nous a bluffés, parfois, en donnant un aperçu de ce qu’aurait pu être sa domination. On était tristes parce qu’on ne savait pas comment faire en sorte que ça arrive plus souvent. Mais bon, peu de joueurs ont été capables de nous faire ressentir cette sensation ne serait-ce qu’une fois. »

Dawkins avait l’habitude de répéter : « Quand tout a été dit et fait, il n’y a plus rien d’autre à dire ni à faire ». La NBA, c’est vraiment du passé, même s’il tentera un come-back à Denver en 1994 puis à Boston un an plus tard. Aussi, « Chocolate Thunder » traverse l’Atlantique.

« Après quatorze ans de basket pro, je comptais prendre ma retraite pour m’occuper de ma famille. Mais les Italiens du Torino m’ont proposé un bon contrat. »

De l’argent bien investi puisque le club piémontais passe de la N1B à la N1A. L’équipe championne d’Italie, le Philips Milan, est séduite par le bonhomme.

« Je m’apprêtais à signer pour une troisième saison à Turin mais Milan m’a appelé en me disant : « Arrête les négociations, nous doublons ton salaire »… »

MVP du championnat italien

En 1991, à 34 ans, Dawkins est désigné meilleur étranger du championnat d’Italie. Il en veut plus. Milan rêve d’être champion d’Europe. Darryl aussi. « L’Eclair au chocolat » a encore faim. Mais la consécration se refuse à lui. Il revêt les couleurs du Telemarket Forli avant de rentrer aux Etats-Unis. Il effectue une pige chez les Harlem Globetrotters et dispute une saison en CBA. Nous sommes en 1995-96. Les matches Sioux Falls Skyforce-Florida Beach Dogs donnent lieu à un improbable duel entre « Chocolate Thunder » et le pivot soudanais Manute Bol (2,30 m)… Darryl s’essaie aussi au coaching dans les ligues mineures : IBA, ABA, USBL…

Le briseur de plexiglas d’hier est un homme toujours imprévisible et plein de ressources. En 2005, il participe à une émission de télé-réalité de la chaîne ESPN, une sorte de « Star Academy » pour apprentis consultants sportifs. Dana Barros, qui préfère éviter le ridicule, se désiste à la dernière minute. Nick Anderson, qui le remplace, est rapidement éliminé et remplacé par Dennis Scott. Dawkins se retrouve en compétition avec l’ex-gâchette du Magic, Dee Brown, Matt Bullard, J.R. Reid et Gerald Wilkins. Il est éliminé en deuxième semaine par les votes du public, suite à une égalité.

Le premier lycéen drafté par une franchise NBA aurait fait un excellent personnage de roman. Sa vie fut tout sauf un long fleuve tranquille. Dans son autobiographie, il n’éludait rien de sa vie sur les parquets comme en dehors. Le racisme, les drogues, les femmes, la vie nocturne… Kelly, sa première épouse, se suicida en novembre 1987 alors qu’il était en déplacement avec son équipe. Il la rejoint aujourd’hui, à seulement 58 ans.

Stats

14 ans

736 matches (232 fois starter)

12 pts, 6.1 rbds, 1.3 pd, 0.5 int, 1.4 ct

57.2% aux tirs, 13.3% à 3 points, 68.5% aux lancers francs

Basket USA

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