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Ex, mensonges et vidéo

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Le feuilleton Kawhi Leonard est terminé, du moins pour le moment, mais sa conclusion fait couler beaucoup d’encre. D’une part, sur le plan sportif, les avis sont divisés au sujet du vainqueur de l’échange entre Toronto et San Antonio.

Au fil des semaines passées, les Spurs auraient reçu des offres de la part des Lakers et des Sixers, sans oublier des coups de fil intéressés de nombreuses franchises, dont les Celtics.

Ces trois franchises disposent toutes d’atouts jeunes, dans leurs contrats rookie, et San Antonio a surestimé la propension de ses concurrents à perdre ses éléments les plus prometteurs contre un joueur de retour de blessure, après une année quasi-vierge, et dans la possibilité de tester la free agency dans un an. À titre d’exemple, le toujours bien informé Zach Lowe, d’ESPN, affirme que les Spurs auraient exigé que Ben Simmons ou Joel Embiid soient inclus dans le cadre d’un échange. Une requête synonyme d’impasse pour les Sixers.

Un bon compromis pour les Spurs, un potentiel coup de maître pour les Raptors

Au bout du compte, c’est avec Toronto que les Texans ont fait affaire en échange de DeMar DeRozan, Jakob Poeltl et un premier tour de Draft 2019 (protégé 1-20), qui sera transformé en deux deuxièmes tours de Draft 2020 si la protection a lieu en juin prochain. Sur le papier, San Antonio s’en sort plutôt bien : avec DeMar DeRozan, la franchise obtient un quadruple All-Star et All-NBA team, reconnu pour son éthique de travail et en progression constante depuis son entrée dans ligue. Le pivot Jakob Poeltl a lui déjà montré de très belles dispositions, notamment cette saison : excellent protecteur du cercle, mobile et dynamique malgré des qualités athlétiques moyennes à ce niveau. En revanche, le reste de son jeu est à polir, un domaine dans lequel San Antonio excelle, mais l’effectif avait besoin d’un intérieur supplémentaire.

De l’autre côté, Toronto récupère deux des meilleurs défenseurs extérieurs de la ligue, dont l’un est aussi devenu au fil des ans l’un des meilleurs attaquants. Certes, les questions autour de la santé et de la motivation de Kawhi Leonard restent en suspens mais, comme Danny Green, son contrat est expirant et l’ailier a tout intérêt à se montrer productif la saison prochaine. S’il en est capable physiquement, Toronto peut être légitimement considéré comme le vainqueur de l’échange.

Même s’il venait à partir au bout d’un an, ce qui n’est en rien certain (comme le démontre le cas Paul George au Thunder), Toronto disposera alors d’une souplesse financière qu’elle n’avait plus depuis les prolongations de Kyle Lowry, DeMar DeRozan et l’arrivée de Serge Ibaka.

Toronto a géré le départ de DeMar DeRozan sans classe

Néanmoins, dans cette manoeuvre, la gestion humaine des Raptors est pointée du doigt et c’est peut-être ce qui fera de ce trade censé être positif un problème à l’avenir.

En effet, la franchise aurait promis à DeMar DeRozan durant la Summer League de Las Vegas qu’il n’était pas dans les discussions de transfert. Suite à l’annonce de cet échange, l’arrière serait furieux. Et sa colère fait boule de neige au sein des joueurs de la ligue.

Nombre d’entre eux ont réagi à la nouvelle, choqués par ce qu’ils interprètent comme une trahison de la part des Raptors. Ainsi, Lou Williams s’est montré très loquace sur les réseaux sociaux.

« Non, ils ne vont pas trahir mon gars comme ça (…) Ça me touche. Mon pote a donné son coeur et son âme à la franchise et la ville. Il était loyal et il a été poignardé dans le dos. »

Damian Lillard et Isaiah Thomas ont évoqué la « froideur » et l’illusion de la « loyauté » dans cette grande entreprise qu’est la NBA alors qu’Enes Kanter a directement tiré à boulets rouges sur les Raptors.

« Respect sans faille pour DeMar DeRozan, un joueur classe qui a donné son coeur à la franchise. L’un des joueurs les plus loyaux que je connaisse. Dégagé pour rien. »

Le plus virulent est peut-être Anthony Morrow et son propos semble en dire long sur le sentiment partagé par les autres joueurs…

« Ah, bonne chance aux Raptors pour la free agency une fois que Kawhi sera parti et après ce qu’ils ont fait à DeMar. Plus aucune superstar ne voudra jouer pour une franchise de menteurs. »

Quel sera l’impact de la maladresse humaine des Raptors ?

Et c’est là que le bât blesse pour Toronto : voilà des années que les joueurs se montrent de plus en plus sensibles aux critiques du public lorsqu’ils décident de leur destination (la lecture des commentaires des joueurs comme DeMarcus Cousins ou Draymond Green sous ce post Instagram de Paul George est éloquente). Souvent, un soi-disant manque de loyauté leur est reproché. De fait, lorsqu’une star comme DeMar DeRozan est échangé malgré les indications de sa franchise et alors qu’il avait refusé le moindre rendez-vous avec la concurrence lorsqu’il était free agent, les joueurs bouillonnent.

Ce n’est évidemment qu’une lutte de classes entre riches, dans laquelle il est davantage question d’egos que de droits syndicaux, mais Toronto en devient le symbole pour les joueurs et cela pourrait avoir des conséquences pour leurs prochains marchés estivaux.

La valeur de l’honnêteté finalement plus sensée que la loyauté

La NBA est une ligue de joueurs et ces derniers incarnent une fraternité. La solidarité entre eux est réelle et c’est pourquoi leur syndicat est l’un des plus puissants du sport professionnel américain. Ce n’est pas pour rien que Bryan Colangelo a été poussé à la démission par les Sixers alors que sa responsabilité dans l’affaire des comptes Twitter anonymes n’était pas prouvée, la confiance de Joel Embiid & co était entamée et c’est le lien entre les Sixers et tous les joueurs qui était menacé.

Pour rester attractives, les franchises doivent en effet redoubler de vigilance dans leur relation avec les athlètes, et plus particulièrement lorsqu’il s’agit des meilleurs d’entre eux. Peut-on reprocher à Toronto d’avoir échangé DeMar DeRozan ? Non, ce choix sportif leur appartient. En revanche, après neuf ans de collaborations, dissimuler la tractation à l’intéressé ne peut qu’avoir des conséquences négatives.

Chaque partie sait qu’un mariage peut se terminer, l’important est de conserver une communication basée sur l’honnêteté. Au bout du compte, Dwyane Wade résume assez bien l’absurdité de la notion de loyauté dans le sport, quelle que soit la partie concernée.

« Je déteste l’emploi de ces deux mots, loyauté et le sport, ils ne vont pas ensemble. »

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