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Le Hall of Fame est plus qu’une histoire de palmarès

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À l’aube de l’intronisation de la prochaine promotion du Hall of Fame, de nombreux débats autour de la légitimité de la présence de certains joueurs reviennent sur le tapis : cette année, Grant Hill, ses 300 matchs manqués et sa longue fin de carrière comme role player ; l’an passé, Tracy McGrady et son expérience en playoffs limitée aux premiers tours ; en 2016, son ex-coéquipier Yao Ming et ses accomplissements plus limités que sa popularité…

Et ce n’est sans doute pas fini. Alors que la promotion 2018 n’est pas encore intronisée, les regards se tournent vers les suivantes : l’an prochain, Shawn Marion, Chauncey Billups, Buck Williams, Terry Porter, Rasheed et Ben Wallace, Vlade Divac, Detlef Schrempf, Shawn Kemp, Lamar Odom Glen Rice et beaucoup d’autres seront éligibles au Hall of Fame. Nul doute que certains noms feront débat. On entend déjà certains penser à l’horizon 2025 et ses environs et s’interroger sur la légitimité d’un Carmelo Anthony, même s’il est champion NCAA et a remporté trois titres olympiques.

Quels sont la mission et les critères du Hall of Fame ?

Mais ces débats naissent surtout à cause d’une confusion qui entoure ce que sont le Hall of Fame et sa mission. Selon le site de sa fondation, sa volonté est d’honorer les plus grands moments et individus du basket. Le champ est large et propice à maintes interprétations. Pour mieux le préciser, revenons sur les critères d’éligibilité :

  • les joueurs doivent être à la retraite depuis quatre saisons intégrales. Ils ne seront donc considérés qu’à partir de leur cinquième année de retraite.
  • les coachs peuvent être sélectionnés durant leur activité mais ils doivent dans ce cas justifier de 25 années d’expérience en tant que coach ou assistant au lycée, à l’université ou au niveau professionnel. Sinon eux aussi doivent attendre leur cinquième année de retraite.
  • les critères pour les arbitres sont les mêmes que les coachs.
  • les critères pour les « contributeurs » sont plus flous, il s’agit ici d’honorer des individus qui ont oeuvré significativement pour le basket mais c’est à la discrétion du comité du Hall of Fame de définir ce qu’est une contribution significative.

La catégorie qui nous intéresse ici est celle des joueurs. Comme on peut le voir, en dehors de leur période d’inactivité, il n’y a pas de critères précis de palmarès ou de statistiques pour définir ce qu’est un Hall of Famer.

Personnellement, j’interprète le Hall of Fame comme une manière de conserver une mémoire de joueurs dont le parcours ne leur permettrait peut-être pas d’être reconnu à juste titre. Cette année, c’est par exemple le cas de Grant Hill : sa carrière a été gâchée par les blessures et il ne restera dans aucun livre de record statistique. Pour autant, l’ailier a gagné deux titres NCAA et on oublie trop de notre côté de l’Atlantique à quel point le basket universitaire constitue une part importante de la culture américaine. Aussi, il a gagné un titre olympique avec la sélection américaine. Lors de ses premières années NBA, il fut tout simplement l’un des meilleurs joueurs à son poste, si ce n’est le meilleur.  A-t-on vraiment envie que sa trace se dissipe dans les méandres ?

Pire, Grant Hill lui-même a récemment confié qu’il avait oublié les plus belles années de sa carrière jusqu’au point de ne pas envisager du tout le Hall of Fame.

« Je me souviens de la fin, des moments difficiles mais pas ce que j’ai fait auparavant, dans les années 90. » a-t-il confié cette semaine.

C’est Jason Kidd qui, lors d’une discussion privée, lui a rappelé à quel point il était bon et respecté.

 « Le fait de l’entendre parler de moi et savoir ce qu’il pensait de moi à l’époque, ou même maintenant… Voilà, quelqu’un comme lui se souvient. »

Et c’est selon moi de ça dont il est question avec le Hall of Fame dans la catégorie des joueurs : le respect des pairs. Le commun des mortels a souvent tendance à mesurer les titres, les récompenses individuelles ou encore les statistiques comme les seuls indicateurs d’une carrière réussie. Mais nous ne jouons pas au niveau professionnel, nous imaginons mal tous les facteurs nécessaires pour faire carrière à ce stade. Les joueurs le savent et ont leurs propres références.

Le respect des parcours

Il y a peu, dans The Athletic, Ray Allen était interrogé sur les joueurs qu’il respectait le plus au cours de sa carrière.

« Michael Redd est celui dont je suis le plus fier. C’était un deuxième tour de draft et il n’avait pas beaucoup de garanties. La même chose avec Damien Wilkins. Damien a été sur le point d’être coupé. Je suis fier d’avoir eu ces joueurs comme coéquipiers. »

Seront-ils Hall of Famers ? Si cela n’arrivera pas pour Damien Wilkins, c’est aussi peu probable pour Michael Redd. Là n’est pas la question, le fait est que cela souligne à quel point les joueurs respectent les parcours. Il n’y a pas que les titres qui comptent, il y a la longévité d’une carrière, le leadership, l’abnégation, l’impact sur une communauté, etc… Tout ça a son importance au sein de la corporation des joueurs, bien plus soudée qu’on ne le pense, vu de l’extérieur.

L’un des meilleurs livres d’histoire pour les histoires oubliées

Le basket est un sport collectif, on l’oublie trop souvent. Les trophées de MVP, les sélections de All-Star ou des meilleurs joueurs la fin de l’année existent déjà pour conserver une trace des étoiles de ce sport mais pour maintes raisons, certains joueurs n’auront pas eu toute cette reconnaissance au cours de leur carrière.

Le Hall of Fame célèbre la crème de la crème mais qu’est-ce que la crème de la crème ? À mon sens, le discours qu’a tenu LeBron James à l’équipe de son fils est l’une des meilleures explications.

« Il y a eu des Hall Of Famers et quelques uns des meilleurs joueurs de l’histoire qui sont sortis du banc, ou qui ne jouaient pas. Cela ne veut pas dire que vous n’êtes pas bons. Il y a des joueurs en NBA qui ne jouent pas. Est-ce que ça veut dire qu’ils ne sont pas bons ? Est-ce qu’ils sont allés en NBA par compassion ? Ils jouent simplement un rôle. Si vous ne voulez pas d’un rôle, jouez au tennis ou au golf car vous pourrez faire ce que vous voulez et vous ne pourrez vous en prendre qu’à vous-même puisque c’est un sport individuel. Mais si vous voulez faire un sport collectif, il faut accepter de renoncer à certaines choses pour obtenir ce que vous voulez. »

À ce titre, je ne pense pas que le Hall of Fame doit être aussi exclusif que certains le souhaitent. Comme je l’ai dit, pleins de trophées existent pour récompenser des monstres statistiques et les trophées restent dans les livres d’histoire mais d’autres ont fait rêver des millions de spectateurs par leur jeu, d’autres encore ont contribué à faire gagner le Larry O’Brien trophée en restant dans l’ombre mais avec le temps qui passe et les générations qui changent, le Hall of Fame constitue pour eux un moyen de rester dans l’inconscient collectif.  C’est tout ce que j’attends du Hall of Fame.

Et c’est pourquoi j’espère qu’il s’ouvrira encore davantage à un joueur comme Robert Horry, dont les chiffres permettent à peine de démontrer sa capacité à tout faire sur un terrain et qui ont bien aidé ses équipes à atteindre le sommet, ou Andre Iguodala (au parcours et aux chiffres proches de Dennis Johnson), Lamar Odom, etc… Après tout, n’ont-ils pas très activement contribué à certains des plus grands moments de notre sport ?

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