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Portrait | John Stockton, Docteur Steal et Mister Passe

NBA – Illustre meneur du Jazz, John Stockton fête ses 62 ans. Portrait d’un joueur toujours fidèle à Utah, aussi discret et effacé dans la vie que précieux et tenace sur le terrain.

John Stockton

C’est l’histoire d’un gars qui ressemble à Monsieur Tout-le-monde et qui sort d’une fac sans références. Personne ne miserait le moindre dollar sur lui. Dix-neuf ans plus tard, quand il prend sa retraite, il est le meilleur passeur et intercepteur de tous les temps ! John Stockton (62 ans, ce 26 mars) a effectué toute sa carrière dans l’Utah. Son duo légendaire avec Karl Malone conduira deux fois la franchise de Salt Lake City aux Finals NBA, sans parvenir toutefois à faire tomber Michael Jordan et les Bulls…

Eté 1992, Barcelone. Un petit blanc se hisse sur le podium olympique au milieu de colosses noirs. Comme ses potes de la « Dream Team », il attend pour recevoir sa médaille d’or. Le premier à le congratuler est Karl Malone, son ami et complice du Jazz.

Il nourrit un « Facteur »

À eux deux, ils feraient le bonheur de n’importe quelle sélection nationale. Sous le maillot de Utah, ils forment l’un des plus beaux duos de NBA. Observez l’équipe de Salt Lake City en contre-attaque : Karl Malone sur une aile, John Stockton avec le ballon. Pas le temps de réagir…

« Dès qu’ils prennent le rebond, Stockton entre en scène », souligne Sherman Douglas, meneur des Celtics. « Ses yeux vont dans tous les sens, il regarde partout. Tu vois ça puis tu sens quelqu’un arriver de l’autre côté. C’est « le Facteur » qui déboule. Un vrai train ! »

On surnomme Karl Malone le « Mailman » parce qu’il poste les paniers comme on délivre le courrier. Et sans John, Karl ne serait plus aussi efficace. Magic Johnson, l’as des as, le professeur des passes, s’est retiré en 1991 avec un record de 9 921 caviars sur l’ensemble de sa carrière, playoffs exclus. Il deviendra la propriété de John Houston Stockton (15 806). Même chose pour les interceptions (3 265).

« Sa plus grande qualité est de toujours donner le ballon au joueur le mieux placé », résume sobrement Karl Malone. « Il peut être spectaculaire mais il est avant tout efficace. »

John Stockton, meilleur passeur all-time ?

Les chiffres de John Stockton donnent le tournis : Isiah Thomas a dépassé la barre des 1 000 passes en une saison seulement une fois dans sa carrière, Magic Johnson jamais. John, lui, y parvient tous les ans : sept fois entre 1988 et 1995.

Il a fait d’un art une routine. « Je crois honnêtement qu’il est le meilleur meneur de tous les temps », dit de lui Hot Rod Hundley, ancien Jazz.

Pour les JO de Barcelone en 1992, la fédération américaine a écarté Isiah Thomas (sous la pression de Michael Jordan et Magic Johnson, notamment…) au profit du numéro 12 de Salt Lake City.

« Il passe la balle comme personne », assure Frank Layden, président de la franchise mormone. « C’est pour ça que le comité l’a choisi. N’en déplaise à certains… »

Un personnage à part

John Stockton, c’est comme l’ami de la famille : 1m85, 79kg, cheveux noirs, sourcils épais, dégagé derrière les oreilles, toujours bien rasé, poli, propre sur lui, avec une peau d’une blancheur presque maladive. Il n’a ni look, ni charisme, ni comportement de star et, qu’il perde ou qu’il gagne, il affiche toujours le même faciès.

En dehors du basket, il passe tranquillement son temps à la maison avec sa femme Nada et ses enfants (il en aura six). Pendant les vacances, John retourne, dans sa Lexus noire, à Spokane (Etat de Washington). C’est là qu’il habite, à côté du saloon de papa, « Jack & Dan’s ».

Là-bas, seuls le jazz et le houblon ont droit de cité. Tout le monde y est le bienvenu, sauf peut-être Bobby Knight, coach d’Indiana University, qui l’avait évincé du Team USA pour les JO 1984 à Los Angeles. Tous les matches du Jazz sont diffusés chez « Jack & Dan’s » qui, avant, était la patrie des Supersonics. « Plus maintenant », souligne fièrement Jack Stockton.

« Il a toujours foncé dans un mur la tête la première »

Jack et son assistant Dan Crowley ont ouvert leur saloon en 1962. Trente ans plus tard, les murs sont couverts de photos d’amis et d’habitués. Mais pas le moindre portrait de John.

« Il y a deux raisons à cela », explique son père. « La première est que cela gênerait John. Il n’a jamais aimé ces choses-là. La seconde est que mon associé et moi avons construit cet endroit. S’il devait y avoir une photo d’un Stockton, ce serait la mienne. »

John est le troisième enfant d’une famille comprenant deux filles et deux garçons. Une famille de souche irlandaise. Son frère aîné et lui se payaient des un-contre-un féroces qui se terminaient parfois à coups de poing. Avec son cœur et sa pugnacité, John compensait son handicap de taille.

« Depuis que je le connais, il a toujours foncé dans un mur la tête la première quand c’était nécessaire », explique Kerry Pickett, qui l’entraîna au lycée. « John a toujours eu une image d’ange mais ce gars peut vous sauter à la gorge pour remporter un match », ajoute Dan Fitzgerald, son coach à Gonzaga, où son père et son grand-père firent eux aussi leurs études.

Une étoile dans l’ombre

« Je ne suis pas le meilleur athlète de la Ligue et encore moins le plus doué », soulignait John Stockton himself. « Je ne peux pas compter sur mes talents naturels. Je laisse ça à ceux à qui je passe la balle. Moi, je garde les pieds sur terre et je joue avec ma tête. Quand tu évolues dans une fac comme Gonzaga, tu apprends l’humilité. Tu apprends aussi à combattre des basketteurs plus forts que toi et à y prendre plaisir. »

Etonnant pedigree que celui du 16e choix de la draft 1984. Il n’a jamais quitté Spokane, cirant ses culottes sur les bancs de St. Aloysius, le lycée du coin, avant de filer à Gonzaga. Lors de sa dernière saison universitaire, il a beau tourner à 21 points, 7 passes et 4 interceptions de moyenne, il disparaît des tablettes des scouts. Enrôler un meneur blanc et petit ? Vous n’y pensez pas !

« Je suppose que l’on ne prenait pas mes performances au sérieux car Spokane n’avait pas la réputation de former des stars. »

Le Jazz en sait un peu plus sur ses capacités et le retient donc en 16e position, derrière Terence Stansbury, futur Levalloisien. Les fans attendaient un joueur flashy, ils voient débarquer un basketteur au physique de livreur de pizzas…

Durant les négociations pour son contrat, John Stockton ne participe pas au training camp, mais il étudie le jeu des adversaires sur des vidéos. Dès son arrivée, il surprend le staff. On décide de partager le temps de jeu entre Ricky Green et lui. À partir de 1987, il deviendra le titulaire indiscutable du poste et s’imposera comme l’un des meilleurs lance-missiles de l’histoire.

« Quelqu’un m’a demandé d’où nous venait Stockton. Je lui ai répondu : « Du ciel ». C’est Dieu qui nous l’a envoyé », confiait Franck Layden. « On rencontre des gens comme lui dans les cours de justice, les salles de chirurgie, les monastères aussi… Et comme ces gens-là, John ne se met jamais en avant. C’est une étoile dans l’ombre. »

Un asticot malin et vicieux

John Stockton fut peut-être le basketteur le plus discret de la ligue. Logique, quand on évolue dans la ville la moins médiatique des USA, perdue au fin fond d’un État presque désertique.

« Salt Lake City ressemble un peu à Spokane et c’est pour ça que je m’y sens bien. La vie publique, ce n’est pas trop mon truc. J’ai été élevé dans une famille de la classe moyenne avec certaines valeurs, dont le respect de la vie privée. »

Comme deuxième résidence, le meneur du Jazz a choisi une belle maison dans les faubourgs. La maison de Monsieur Tout-le-monde, évidemment. Et c’est évidemment un bon père de famille. Ses voisins le voient faire un peu de plomberie, repeindre sa porte ou tondre sa pelouse. On peut gagner 10 millions de dollars par an et aimer bricoler.

Y compris sur le parquet où, le cerveau, c’est lui. John possède un sens du jeu inné et une technique individuelle parfaite. Très malin et hyper vicieux, l’incroyable asticot, mine de cocker battu et short haut remonté, chipe les ballons à tour de bras et effectue des changements de rythme qui tuent. Il se dotera même d’un tir à 3-points respectable (il crucifia Houston, de loin et au buzzer, dans le Game 6 de la finale de Conférence Ouest 1997…).

Il n’y eut qu’une seule fausse note dans le joli papier à musique mormon : John Stockton et Karl Malone, arrivé un an après lui, croisèrent la route du plus grand basketteur de tous les temps. Les co-MVP du All-Star Game 1993 (au Delta Center), doubles champions olympiques, subirent comme tous les autres la loi d’un certain Michael Jordan (4-2 lors des Finals 1997 et 1998). Paradoxalement, c’est l’année où il finit 2e meilleur passeur de la ligue –derrière Mark Jackson– qu’il atteignit pour la première fois les Finals. Les neuf années précédentes, il s’était classé numéro un…

John Stockton n’a jamais raté les playoffs !

Deux actions, peut-être, résument sa carrière : une passe d’anthologie –en mode quarterback– suivie d’une interception d’enfer aux dépens de Michael Jordan, dans le « money-time » du Game 4 des Finals 1997.

« C’est le genre de passe que je ne suis pas près d’oublier. C’était parfait ! Sans doute l’une des plus belles qu’il ait jamais réalisées », commenta Karl Malone, fidèle complice depuis leur rencontre à Bloomington, Indiana.

Les deux garçonnets tentaient alors de gagner une place pour les JO. de Los Angeles, parmi une centaine de prétendants, dans un roster américain déjà dominé par Michael Jordan. « La dernière fois que j’ai joué au foot US, je crois que c’était en 4e », expliqua John Stockton au sujet de cette fameuse passe sur laquelle le duo du Jazz réinventa la connexion Joe Montana-Jerry Rice.

John se retira en 2003, à 41 ans. Il n’aura connu qu’une seule équipe en 19 saisons et il disputa les playoffs… tous les ans. Bilan : 9 premiers tours, 5 demi-finales de conférence, 3 finales de conférence et 2 Finals.

Pour la petite histoire, sa sœur fut kiné des Utah Starzz (WNBA), après s’être occupée des athlètes de Kentucky. Son grand-père fut running back de l’équipe de Gonzaga, considérée à l’époque (en 1924…) comme la meilleure formation de football américain en highschool. Enfin, le père de Nada (sa femme) fut le dernier gouverneur du territoire d’Alaska.

En 2006, John Stockton a été désigné 4e meilleur meneur de tous les temps par ESPN. Son fils, Michael, a joué en France. David, un autre de ses quatre fils, a disputé trois matchs aux Kings et trois au Jazz. John a fait son entrée au Hall of Fame le 11 septembre 2009 et il fait partie du Top 10 des joueurs jamais titrés, si ce n’est du Top 5… Quant à son aura, il a été sérieusement plombé par ses positions « antivax ». Au point que la NBA ne l’a pas mis en valeur lors du All-Star Game disputé à Salt Lake City en 2023. Comme Karl Malone d’ailleurs.

Palmarès

Champion olympique : 1992, 1996

All-Star : 1989-97, 2000
MVP du All-Star Game : 1993

All-NBA First Team : 1994-95
All-NBA Second Team : 1988-90, 1992-93, 1996
All-NBA Third Team : 1991, 1997, 1999
All-Defensive Second Team : 1989, 1991-92, 1995, 1997

Retenu parmi les 75 meilleurs joueurs de l’histoire
Meilleur passeur (15 806) et intercepteur (3 265) de l’histoire

Gains en carrière : 66.7 millions de dollars

Article publié le 26 novembre 2011

John Stockton Pourcentage Rebonds
Saison Equipe MJ Min Tirs 3pts LF Off Def Tot Pd Fte Int Bp Ct Pts
1984-85 UTH 82 18 47.1 18.2 73.6 0.3 1.0 1.3 5.1 2.5 1.3 1.8 0.1 5.6
1985-86 UTH 82 24 48.9 13.3 83.9 0.4 1.8 2.2 7.4 2.8 1.9 2.1 0.1 7.7
1986-87 UTH 82 23 49.9 18.4 78.2 0.4 1.5 1.8 8.2 2.7 2.2 2.0 0.2 7.9
1987-88 UTH 82 35 57.4 35.8 84.0 0.7 2.2 2.9 13.8 3.0 3.0 3.2 0.2 14.7
1988-89 UTH 82 39 53.8 24.2 86.3 1.0 2.0 3.0 13.6 2.9 3.2 3.8 0.2 17.1
1989-90 UTH 78 37 51.4 41.6 81.9 0.7 1.9 2.6 14.5 3.0 2.7 3.5 0.2 17.2
1990-91 UTH 82 38 50.7 34.5 83.6 0.6 2.3 2.9 14.2 2.8 2.9 3.6 0.2 17.2
1991-92 UTH 82 37 48.2 40.7 84.2 0.8 2.5 3.3 13.7 2.9 3.0 3.5 0.3 15.8
1992-93 UTH 82 35 48.6 38.5 79.8 0.8 2.1 2.9 12.0 2.7 2.4 3.2 0.3 15.1
1993-94 UTH 82 36 52.8 32.2 80.5 0.9 2.3 3.2 12.6 2.9 2.4 3.2 0.3 15.1
1994-95 UTH 82 35 54.2 44.9 80.4 0.7 2.4 3.1 12.3 2.6 2.4 3.3 0.3 14.7
1995-96 UTH 82 36 53.8 42.2 83.0 0.7 2.1 2.8 11.2 2.5 1.7 3.0 0.2 14.7
1996-97 UTH 82 35 54.8 42.2 84.6 0.6 2.2 2.8 10.5 2.4 2.0 3.0 0.2 14.4
1997-98 UTH 64 29 52.8 42.9 82.7 0.6 2.1 2.6 8.5 2.2 1.4 2.5 0.2 12.0
1998-99 UTH 50 28 48.8 32.0 81.1 0.6 2.3 2.9 7.5 2.1 1.6 2.2 0.3 11.1
1999-00 UTH 82 30 50.1 35.5 86.0 0.6 2.1 2.6 8.6 2.3 1.7 2.2 0.2 12.1
2000-01 UTH 82 29 50.4 46.2 81.7 0.7 2.1 2.8 8.7 2.4 1.6 2.5 0.3 11.5
2001-02 UTH 82 31 51.7 32.1 85.7 0.7 2.5 3.2 8.2 2.5 1.9 2.5 0.3 13.4
2002-03 UTH 82 28 48.3 36.3 82.6 0.6 1.8 2.5 7.7 2.2 1.7 2.2 0.2 10.8
Total   1504 32 51.5 38.4 82.6 0.6 2.1 2.7 10.5 2.6 2.2 2.8 0.2 13.1

Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.

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