Portrait | Karl Malone, un seul titre vous manque…

NBA – Troisième meilleur scoreur de l’histoire de la Ligue avec près de 37 000 points, Karl Malone a été élu deux fois MVP sous le maillot d’Utah, mais n’a jamais connu la consécration malgré trois Finales NBA.

Karl MaloneL’histoire est décidément cruelle. Né le 24 juillet 1963, Karl Malone fête aujourd’hui ses 63 ans, après avoir passé toute sa carrière NBA à courir après un titre qu’il n’a jamais obtenu. Sa fille Cheryl Ford, elle, s’est imposée dès sa première saison en WNBA avec le Detroit Shock, en 2003…

Quelques mois plus tard, on n’imagine pas le titre NBA échapper aux « Quatre Fantastiques » de Los Angeles. Avec un quatuor Payton-Bryant-Malone-O’Neal, les Lakers doivent nécessairement faire main basse sur le trophée. C’est sans compter sur les Pistons, qui vont donner une leçon de collectif à toute la planète basket.

Déjà battu deux fois en Finales durant son séjour au Jazz, Karl Malone ne gagnera donc jamais une bague de champion. Un manque béant au palmarès de l’un des meilleurs ailiers forts de l’histoire, dans la discussion avec Tim Duncan, Dirk Nowitzki, Kevin Garnett, Charles Barkley ou Kevin McHale.

Une réputation de « sale joueur »

Quand il débarque dans la Ligue en 1985 comme 13e choix de la Draft, Karl Malone ne joue pas encore les gros bras. Il arrive de Louisiana Tech avec des statistiques très correctes, mais rien qui sorte réellement de l’ordinaire : 18,7 points et 9,3 rebonds après trois années universitaires.

John Stockton, drafté un an plus tôt par Utah, apprend vite à connaître le bonhomme. À partir de 1988, Jerry Sloan tient avec ces deux-là les parfaits exécutants du pick-and-roll. « Stockton to Malone » constituera le tube indémodable du Jazz pendant 18 saisons. Le génial passeur qu’est Stockton gave Malone de caviars. « The Mailman » — le Facteur — n’a plus qu’à poster les missives.

La formule est peut-être dénuée de fantaisie, mais elle est terriblement efficace. Elle envoie deux fois Utah en Finales NBA contre les Bulls. Pour son malheur, la paire Stockton-Malone croise la route du meilleur basketteur de tous les temps.

Membre de la fameuse « Dream Team » de 1992 à Barcelone, Karl Malone peut se consoler avec un titre olympique aujourd’hui légendaire. Il sera également de l’aventure en 1996, à Atlanta. Mais ils ne sont pas forcément nombreux à vouloir parler du bon vieux temps avec lui, car cette authentique grande gueule ne s’est pas fait que des amis sur le circuit…

Bâti comme un déménageur, le natif de Summerfield, en Louisiane, s’est montré capable des pires gestes tout au long de sa carrière. Sa spécialité : le « dirty play » qui fait mal, très mal, avec le genou ou le coude en avant… Sous l’uniforme du Jazz, Karl Malone a collectionné les paniers comme les mauvais coups. Isiah Thomas en sera notamment quitte pour 40 points de suture après avoir reçu l’un de ses coudes au visage. Rien qui permette de soigner la cote de popularité d’une franchise particulièrement mal-aimée outre-Atlantique.

Au faîte de sa gloire, en 1997, « King Karl » cumule déjà 25 000 points et 10 000 rebonds. Le Jazz se présente en playoffs avec un bilan de 64 victoires pour seulement 18 défaites. Karl Malone décroche son premier titre de MVP au terme d’un scrutin extrêmement serré face à Michael Jordan, qui lui donne rendez-vous en Finales NBA.

Dans une série fermée à double tour, Karl Malone, qui a pris l’habitude de se rendre à la salle en moto, se révèle le meilleur atout offensif du Jazz avec 23,8 points de moyenne. Mais un Jordan pourtant malade vient calmer tout le monde à Salt Lake City lors du Game 5, remporté 90-88 par les Bulls. Chicago boucle la série en six manches.

Le remake a lieu la saison suivante avec les mêmes protagonistes. Karl Malone n’a rien perdu de sa dureté en défense et de son agressivité en attaque. Mais, une fois de plus, Jordan et les Bulls imposent leur implacable domination.

Le tir de « MJ » devant Bryon Russell dans le Game 6 à Salt Lake City passe à la postérité. Victoire 87-86 de Chicago. À Jordan la gloire éternelle, à Malone la traversée du désert. Il devra patienter six ans avant de retourner en Finales.

Le fidèle complice de John Stockton s’adjuge un nouveau titre de MVP au terme de la saison 1998/99, hachée par le lock-out. Karl Malone est « tombé » à 23,8 points et 9,4 rebonds dans un championnat écourté à 50 rencontres, mais il s’est montré le joueur le plus régulier d’une franchise qui n’a perdu que 13 matchs.

Le Jazz connaît cependant un gros échec en demi-finales de conférence contre Portland (2-4). C’est le début de la fin pour Utah, qui disparaît progressivement des principales places fortes de la conférence Ouest.

Le double champion olympique passera encore quatre ans à Salt Lake City. Suffisant pour inscrire son nom dans le livre des records du Jazz. Points, rebonds, matchs disputés, minutes jouées, lancers francs tentés et réussis : autant de catégories frappées de son sceau.

Un dernier échec à Los Angeles

Lorsque John Stockton prend sa retraite en 2003, Karl Malone n’a plus le même « feeling » avec sa franchise de toujours. L’appel du pied de Shaquille O’Neal à Los Angeles ne le laisse pas insensible. Impossible de dire non à une équipe sacrée trois fois championne entre 2000 et 2002, et qui vient également d’attirer Gary Payton.

L’échec n’en sera que plus cuisant. Blessé à un genou, l’ailier fort manque le cinquième et dernier match de la Finale contre Detroit. Remplacé dans le cinq majeur par Slava Medvedenko, « The Mailman » quitte la scène la mine assombrie après un troisième désastre.

« Je me considérerai toujours comme un joueur du Jazz », expliquera l’ailier fort bodybuildé, qui avait davantage d’ennemis que d’amis en NBA.

Un héritage désormais indissociable de son passé

En 2026, il est cependant impossible de dresser le portrait de Karl Malone sans évoquer l’affaire qui pèse lourdement sur son héritage. Alors âgé de 20 ans et étudiant à Louisiana Tech, il a mis enceinte Gloria Bell, qui n’avait que 13 ans. Leur fils, Demetress Bell, est ensuite devenu joueur de NFL.

Aucune poursuite pénale n’a été engagée contre Karl Malone, qui a longtemps refusé de reconnaître pleinement sa responsabilité et d’entretenir une relation avec son fils. Cet épisode, longtemps laissé au second plan dans les récits consacrés à sa carrière, accompagne désormais systématiquement l’évocation de son nom et modifie profondément la perception de son héritage.

Sur le seul plan sportif, il reste néanmoins un monument. Intronisé au Hall of Fame en 2010, à la fois individuellement et comme membre de la Dream Team, il n’avait pu retenir ses larmes au moment de recevoir la célèbre veste orange. Ce jour-là, il avait ému toute la planète basket.

PALMARÈS

MVP : 1997, 1999

All-Star : 14 sélections

MVP du All-Star Game : 1989, 1993

Champion olympique : 1992, 1996

All-NBA First Team : 11 fois

All-Defensive First Team : 1997, 1998, 1999

All-Rookie Team : 1986

Nombre de points en carrière : 36 928, troisième de l’histoire

Moyennes en carrière : 25,0 points, 10,1 rebonds et 3,6 passes

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