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Les pires équipes de l’histoire | En 1973, le « pire » coach NBA fait entrer les Sixers dans l’histoire

En cette période sans NBA, Basket USA revient sur les pires équipes de la ligue, incapables de remporter 15% de leurs matches sur une saison. Après les Nets 2010, les Clippers 1987 ou les Mavs 1993, voici les Sixers 1973.

1973 occupe une place particulière dans les livres d’histoire NBA. Au-delà du dernier titre remporté par les Knicks, c’est l’année où les Sixers échouent à remporter 10 matches dans leur saison. Du jamais vu dans l’histoire de la ligue, dans son format classique à 82 matches. Ce record est toujours d’actualité même si, ironie de l’histoire, une autre formation de Philadelphie est passée à un cheveu de le faire tomber il y a quelques années…

Bilan saison 1972 – 1973

9 victoires – 73 défaites (pourcentage de victoires : 11%)

Effectif

Manny Leaks, Freddie Boyd, Fred Carter, Dale Schlueter, Leroy Ellis, Mike Price, John Block, Dave Sorenson, John Trapp, Kevin Loughery, Hal Greer, Tom Van Arsdale, Bill Bridges…

Comme un lointain souvenir de Wilt Chamberlain

Cinq ans. C’est le temps qu’il faut pour chuter du toit du monde. En 1967, portés par le gargantuesque Wilt Chamberlain, les Sixers remportent le titre en établissant alors un record du plus grand nombre de victoires en saison régulière (68 succès – record de franchise). Le pivot légendaire parti sous d’autres cieux dorés, Philadelphie reste compétitive dans les années qui suivent.

Jusqu’en 1972, première alerte. Pour la première fois de son histoire, période Syracuse Nationals comprise, la franchise, qui ne s’impose qu’à 30 reprises cette année-là, ne se qualifie pas en playoffs. Les fans locaux ne sont pas au bout de leur peine car durant l’intersaison, le meilleur marqueur et joueur de l’équipe et futur Hall of Famer, Billy Cunningham, doit quitter temporairement la NBA pour rejoindre la ligue rivale ABA.

Ce départ soudain vers les Carolina Cougars est contraint par la justice. Les juges viennent alors lui rappeler que quelques années plus tôt, la vedette a signé un contrat de 500 000 dollars avec cette équipe. Un engagement jamais honoré puisqu’il devait rejoindre les Cougars dès 1971. Philly perd ainsi l’un de ses derniers monuments de l’époque.

À l’entame de cette saison 1972-1973, Hal Greer, une autre légende locale et futur pensionnaire du Hall of Fame, est le dernier rescapé de l’épopée de 1967. Il est alors âgé de 36 ans et n’a plus du tout de jus.

Roy Rubin, le pire coach NBA jamais vu ?

« Équipe NBA cherche coach, urgent ». Après le départ de Jack Ramsay (encore un membre du HoF), en place depuis quatre ans, Philadelphie tente désespérément de trouver un technicien remplaçant. À croire que la dynamique de l’équipe couplée à la migration de Billy Cunningham ont refroidi les esprits car les candidats ne se bousculent pas. Les 76ers vont jusqu’à s’offrir une publicité dans la presse locale pour promouvoir le poste !

Hameçon mordu. « J’ai un coach pour vous », annonce fièrement un certain Jules Love (cela ne s’invente pas), ancien joueur universitaire, en passant un coup de fil au GM, Don DeJardin. Le lanceur d’alerte avant l’heure a le nom d’un ami à proposer : Roy Rubin. Le voilà, le personnage central dans l’histoire qui va s’écrire.

Ledit Rubin a plutôt bonne réputation à l’époque. Il vient notamment de coacher pendant plus de dix ans à Long Island University (New York), équipe avec laquelle il fait plusieurs apparitions dans le tournoi NCAA. Notre homme a par ailleurs écrit un ouvrage sur la défense et a même un camp basket à son nom. L’intéressé n’a en revanche aucune expérience dans le basket professionnel. Roy Rubin parvient, on ne sait comment, à convaincre DeJardin qu’il peut être l’homme de la situation pour les Sixers. Il décroche ainsi un très beau contrat de trois ans, moyennant 300 000 dollars.

Le premier contact avec ses joueurs est un désastre. Connu pour être particulièrement strict avec ses universitaires (à qui il aurait interdit toute fantaisie dans le jeu, la passe dans le dos par exemple) le coach veut importer cette même rigueur à l’étage suprême. Instauration d’un « dress code » pour son équipe, pas de bière dans le vestiaire et pas non plus le droit de fumer. « Mais coach, je fume dans les vestiaires depuis que je suis dans la ligue. C’est la seule façon pour moi de me calmer et de me préparer pour le match », plaide alors l’arrière Fred Carter, qui terminera meilleur scoreur de son équipe. « OK. Tu peux fumer, Freddie, mais tu es le seul », rétorque Roy Rubin devant le restant du vestiaire, sidéré par un tel traitement de faveur.

« Un adolescent à la tête d’une grande entreprise »

Carter et ses coéquipiers ne tardent pas à se forger une opinion tranchée sur le nouveau venu : « Ce type était une blague. Durant le camp d’entraînement, son assistant Paul Lizzo et lui ne connaissaient même pas les règles en vigueur chez les pros. C’était une blague, c’était comme laisser un adolescent diriger une grande entreprise. Roy Rubin n’avait aucune idée de qui était Hal Greer. » Déjà une grosse erreur de casting ? Les 76ers réalisent malgré tout une honorable pré-saison en remportant la moitié de leurs huit matches.

Dont une victoire (106-102) face aux grands Celtics, qui marque les esprits. Celui de Roy Rubin du moins. Ce jour-là, l’homme de banc s’emballe comme si sa formation venait de remporter le titre : « Je vous l’avais dit les gars qu’on pouvait gagner, qu’on était des gagnants. On peut gagner, on peut gagner des matches. On vient de battre les Celtics ! Ils ne sont pas si costauds. » Malaise collectif. Les joueurs se regardent, réalisant très bien que Boston a joué avec l’équipe C, et des joueurs à la recherche d’un contrat, pendant la majorité de ce match sans enjeu.

« On est dans le pétrin », se disent Carter et les autres avec ce coach visiblement à côté de la plaque. Cette crainte se confirme avec l’entame de la saison régulière : 15 défaites de suite, d’entrée de jeu. Lorsque le compteur se débloque enfin, face aux Rockets, le « pauvre Roy Rubin », comme la presse locale le surnomme, ne peut fêter comme il se doit cette première victoire. Habitué à discuter avec les arbitres, il a réussi à se froisser un muscle durant la rencontre, en sautant pour contester un coup de sifflet. Dans le vestiaire, au cœur de la « fête » d’équipe, il doit retirer son pantalon et mettre de la glace sur son genou meurtri…

Il refuse de regagner le banc, son ami montre son flingue…

« Il ne savait absolument rien sur la façon d’entraîner en NBA, » juge des années plus tard son ancien pivot, Dale Schlueter. « À la mi-temps, il disait : ‘Bravo, les gars.’ Puis il se tournait vers (son assistant) Lizzo et disait : ‘OK, combien de temps avant le début de la seconde période ?’ Il y a eu une mi-temps où il est resté là, la bouche ouverte, sans rien dire. Pas un mot. Au bout de quelques minutes, on l’a laissé et on est retournés sur le parquet. »

Un autre joueur de l’équipe, resté anonyme à l’époque, raconte encore sur son coach : « Il vient me voir et me dit que je suis un super joueur, que je serai la vedette de l’équipe. Puis il va dire à quelqu’un d’autre de l’équipe que je suis mauvais et que je ne sais pas jouer. » Ambiance…

Autre anecdote, puisqu’elles ne manquent pas, un soir de décembre 1972. Les 76ers sont sur le point de prendre une nouvelle rouste sur le parquet des Pistons (141-113). Le coach veut rappeler son ailier fort, John Trapp, sur le banc. Ce dernier n’est pas l’homme le plus heureux du monde. Quelques semaines plus tôt, il évoluait encore chez les Lakers avec qui il a remporté le titre de 1972. Avant d’être transféré, au bout de cinq matches cette saison, dans cette galère pennsylvanienne.

Lors de ce match à Detroit, sa ville natale, Trapp le « bad guy » refuse de quitter le parquet. Et l’intéressé de regarder un membre de son clan, assis derrière le banc de son équipe. L’entraîneur se retourne vers cet ami et ce dernier aurait ouvert l’intérieur de sa veste pour montrer… une arme de poing rangée dans son étui d’épaule. Réaction du coach : « Ah d’accord, tu restes en jeu. » Quelques semaines après cet incident improbable, John Trapp est coupé et prend la direction de l’ABA lui aussi.

Comment atteindre les playoffs ? Avec « trois crashes d’avion »

Lassé d’être la cible de toutes les critiques, Roy Rubin s’agace dans la presse : « D’autres ne pourraient pas assumer une partie de la responsabilité ? Ce n’est pas moi qui manque les tirs, qui perd le ballon, qui ne bloque pas au rebond. Ils (ses joueurs ?) me tuent. Ils essaient de me priver de mon gagne-pain. » Son équipe encaisse chaque soir 116 points (écart moyen de 12 unités), soit la pire défense de la ligue. C’est dur à avaler pour un coach réputé défensif. Difficile évidemment d’en faire le seul responsable pour autant.

« Rubin peut-il survivre ? » s’interroge malgré tout le Philadelphia Inquirer, en référence à la situation sportive de l’équipe. Évidemment que non. Après 51 matches, et 47 défaites, la franchise met fin au supplice collectif en remerciant celui que certains qualifient « d’escroc ». Le coach s’estime trahi, il s’imaginait disposer de toute la durée de son contrat de trois ans pour reconstruire l’équipe.

Philadelphie continue de faire dans l’originalité en désignant… l’un des joueurs de l’équipe, Kevin Loughery, pour prendre la relève, plutôt que le vétéran Hal Greer. Auteur d’un ouvrage complet sur cette saison « épouvantable et hilarante » des 76ers, Charley Rosen décrit la première conférence de presse de Loughery, lors du « All-Star Game » de Chicago. Lorsque les journalistes lui demandent comment Philly pourrait atteindre les playoffs, la réponse du coach/joueur fuse : « Trois crashes d’avion (la conférence Est n’est composée que de huit équipes à l’époque) ! »

La prise de pouvoir du premier coach NBA de Michael Jordan en devenir n’a pas d’effet direct sur les résultats de l’équipe, plongée au cœur d’une série de 20 revers de rang. Tout de même, à l’issue de cette série-ci, les 76ers enchaînent une « impressionnante », à l’échelle de leur bilan, séquence de cinq victoires en sept matches. Insuffisant malgré tout pour atteindre les 10 victoires puisque l’équipe termine sur une jolie série de 13 défaites.

Un bilan pour l’histoire

9 victoires – 73 défaites. Un bilan rentré dans l’histoire de la ligue. « Je ne l’ai pas venu venir, » raconte aujourd’hui Fred Carter, décoré du titre de meilleur joueur de la pire équipe. « Cette année m’a construit dans la vie. Ce n’était pas quelque chose de négatif. Cela m’a renforcé et m’a appris à traverser les moments difficiles, les écueils de la vie. »

Roy Rubin ? Plus jamais il ne coachera sur un banc NBA, ni ailleurs. Ses quatre victoires acquises cette année-là, durant laquelle il dira avoir perdu… 20 kilos, seront donc les seules sur son triste CV. « Certaines soirs de défaite, j’avais un gros nœud à l’estomac. Je me suis sentais si humilié, » livrait-il au New York Times. « Mais je n’ai jamais promis que je serais le cadeau de Dieu pour le basket à Philadelphie. J’avais clairement dit au propriétaire que j’arrivais dans une situation sans espoir. » Dans son livre, Charley Rosen lui a attribué le titre de « pire coach NBA de l’histoire, sans discussion possible ».

Après cette saison noire, l’espoir est revenu à Philadelphie avec la Draft, à la première position, du futur All-Star Doug Collins. Le grand Hal Greer a pris sa retraite mais le retour Billy Cunningham et l’arrivée de Julius Erving dans les années qui suivent ont permis à la franchise de retrouver le succès. Jusqu’au titre en 1983.

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