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Freeman Williams, le shoot dans le sang

Freeman Williams, c’est l’histoire d’un scoreur né. Un scoreur né à Los Angeles, mais né une génération trop tôt.

Tout est parti d’un tweet. Signé Damon Stoudamire.

« Free était froid. J’avais cinq ou six ans quand je l’ai vu marquer 80 points, je crois. Il n’y avait pas de ligne à 3-points encore. C’était un panier ambulant ! Les jeunes gars de LA doivent savoir combien il était bon. Cette génération-là de la NBA et tout ce qui s’y passait ont été la seule chose qui a pu l’arrêter. »

Tout y était. Un sobriquet énigmatique mais prometteur. Une performance en guise de légende urbaine. Un manque de respect de la nouvelle génération. Et une conclusion tout aussi mystérieuse. Il fallait creuser…

Le deuxième meilleur scoreur de NCAA

Issu des quartiers populaires de Los Angeles, les « projects » de South Central pour être plus précis, Freeman Williams voit le jour le 15 mai 1956. Enfant de la balle, il voit rapidement le basket comme son ticket de sortie de la pauvreté et les divers trafics de son quartier. Il se fait peu à peu connaître grâce à ses performances offensives insensées avec la Manual Arts High School.

Insaisissable anguille qui n’en finit plus de faire frémir les filets, Freeman Williams se forge un nom sur la scène basket de Los Angeles au cours de parties endiablées sur les playgrounds de la ville. Il se souvient notamment d’un match d’été au Compton College, face à « la plus grande légende des playgrounds » de LA, un certain Raymond Lewis (de 4 ans son aîné et tout aussi féroce scoreur avec 39 points de moyenne pour sa saison freshman à la fac de Cal State LA). « Je jouais pour une équipe et il jouait pour l’autre. Il a dû scorer une soixantaine de points et moi j’étais autour de soixante-dix. C’était quelque chose. Je me souviens encore aujourd’hui de cette soirée. C’était incroyable. »

Devenu incontournable sur le circuit à Los Angeles, Freeman Williams est évidemment recruté par les universités locales, dont USC, mais il décidera finalement de quitter sa ville natale, et l’influence pas toujours positive de son quartier d’enfance, pour Portland State et l’Oregon.

« J’allais jouer pour USC. Leur salle était juste à deux quartiers de chez moi. Mais Mose Adolph (l’assistant coach de PSU) est venu à Manual Arts et il m’a dit : « Viens à Portland State, tu ne seras pas assis sur le banc, tu vas jouer ! » J’ai donc saisi l’occasion. Et je le ferais à nouveau ! »

Il atterrit donc à Portland pour démarrer sa carrière en NCAA, à PSU où il jouera pendant quatre saisons, de 1974 à 1978, avec 3 249 points en carrière (en 106 matchs). Un total impressionnant qui lui offre une place de choix dans les livres de record.

Si impressionnant qu’il est le deuxième meilleur scoreur de l’histoire de la NCAA, derrière le phénomène Pete Maravich (3 667, pour 44 points de moyenne en 83 matchs joués).

Plus scoreur que Larry Bird

Après avoir tourné à 38,8 points par match durant sa saison junior (et une sélection dans le 3e cinq All America), avec un match à 71 points face à Southern Oregon, Freeman Williams fait encore plus fort pour son année senior puisqu’il bat Larry Bird dans la course au meilleur scoreur de NCAA avec 35,9 points par match face aux 30 de Bird et termine dans le deuxième cinq de la saison, avec Bird mais aussi Mychal Thompson, le père de Klay.

Comme Kobe Bryant bien plus tard en NBA, il claquera 81 points dans un match, en l’occurrence face au Rocky Mountain College – soit la 3e meilleure perf individuelle de l’histoire, ou encore 66 face à George Fox. Sur sa carrière NCAA, il a réussi des cartons à 81, 71, 69 et 59 points et un total de 41 matchs à 35 points ou plus. Un scoreur fou !

« À l’époque, il n’y avait pas de ligne à 3-points mais Freeman prenait des tirs à une telle distance que s’il y avait eu la ligne à 3-points, il aurait probablement des records qui seraient encore d’actualité », assure Reggie Morris Sr., ancien coach au lycée des Arts Manuels, dans le LA Times. « Il traversait la ligne du milieu de terrain et il envoyait. »

Sur ses 4 saisons à PSU, Freeman Williams termine à 30,7 points de moyenne à 47% de réussite aux tirs. Sans ligne à 3-points. Alors même que le garçon est remarquable sur le tir extérieur et dégaine déjà de très loin. « Ah, s’il y avait eu la ligne à 3-points », assure-t-il, « j’aurais été à 50 points de moyenne par match. »

Cette carrière universitaire brillante lui ouvre les portes de l’équipe américaine pour le Championnat du monde universitaire qui a lieu à Sofia en 1977. Il jouera pour le coup aux côtés de futures légendes, telles que Larry Bird mais aussi Sydney Moncrief et Darrell Griffith… L’équipe américaine finira avec huit victoires en autant de matches, avec Freeman Williams qui score 14 points (comme Larry Bird) dans le match pour la médaille d’or face à l’URSS.

Seul petit couac de l’aventure bulgare pour le Team USA : une grosse bagarre qui éclate durant le match brûlant face à Cuba alors qu’il reste 18 minutes à jouer et le score à égalité (46 partout). La police bulgare doit intervenir alors que les bancs des deux équipes se sont vidés…

Au final, l’équipe américaine s’imposera sans souci au gré d’un finish net et sans bavure (94-78).

Ça roule à San Diego

Attaquant racé de 1m93 pour 86kg, Freeman Williams présente donc beau pour la Draft 1978. Il y sera sélectionné en 8e position par les Celtics. Mais il démarre en fait sa carrière NBA du côté de San Diego au terme d’un sacré trafic d’échanges de tours de Draft et autres placements diplomatiques.

Quelques mois après sa draft, Freeman Williams se voit fainsi inalement envoyé par les Celtics à San Diego dans un échange qui ramène Tiny Archibald et Marvin « Bad News » Barnes à Boston.

Au Clippers, qui ne sont pas encore à Los Angeles, il démarre lentement en NBA, en sortie de banc en l’occurrence, et après une campagne de rookie convaincante (10 points à un très bon 49% de réussite), il tourne à 19 points dès sa deuxième saison, en 1979-80. Et rebelote l’année suivante, en 1980-81, où il devient pour le coup le premier joueur de l’histoire de la Ligue à finir meilleur scoreur de son équipe en sortant du banc.

Le 19 janvier 1980, il établit son record personnel en NBA, avec 51 points face aux Suns, dont un record de 22 points en deuxième quart-temps, avec un superbe 22/34 à 2-points et 2/4 à 3-points.

Cette saison est définitivement sa meilleure avec même un titre de « Joueur du mois » en Décembre, avec 27 points de moyenne (dont 6 matchs à 30 points ou plus et une pointe à 41 unités), devenant au passage le premier Clipper à recevoir cet honneur (et ce pendant 25 ans, jusqu’à Elton Brand en novembre 2005).

Avec les Clippers, il était chez lui en Californie, et performant dans son rôle de solution instantanée en attaque. Avec 16 points, 2 rebonds et 2 passes en trois saisons et demie à San Diego, il était sur de bonnes bases.

Débouté de NBA à 29 ans

Echangé chez les Hawks en septembre 1982, Freeman Williams ne retrouvera plus jamais le même succès en NBA. Cet échange dans le Deep South dans une transaction impliquant un Dominique Wilkins, drafté par le Jazz mais qui refuse d’y signer, va infléchir la trajectoire de Williams. Il ne le sait pas encore mais il ne jouera même pas 30 matches par la suite. Il n’a pourtant que 26 ans.

À Utah, il va en fait tomber sur un mur avec un coach, Frank Layden, qui ne pardonne pas les errements défensifs.

Rapidement écarté de la rotation, Freeman Williams pense encore aujourd’hui que cette expérience chez le Jazz a nui à sa réputation, et a coupé court à sa carrière NBA. « Frank Layden et moi ne nous sommes jamais entendus. Il a répandu beaucoup de mauvaises choses sur mon compte. Je pense que j’ai été blacklisté. Après mon passage à Utah, tout est parti en vrille. Il a parlé aux autres coachs en disant de ne pas s’embêter avec moi, que j’étais un cancer. »

De son côté, Frank Layden niait tout en bloc dans un échange croustillant retranscrit par le Portland Tribune. « Je ne me souviens même pas du gars », déclarait le coach, alors âgé de 76 ans. « C’est lui qui est arrivé chez nous avec Drew pour Dominique Wilkins ? Oui, bien, le principal souvenir que j’en ai est qu’on n’était pas très bon. Et l’année suivante, on a eu John Stockton à la Draft. Si j’avais eu le pouvoir de bannir des joueurs de la NBA, il aurait peut-être été sur la liste, mais il y aurait des millions d’autres gars avant lui. »

Sans contrat en NBA après cette dernière pige peu convaincante de 19 matchs avec le Jazz (5 points de moyenne en 19 matchs), Freeman Williams se rabat sur la CBA. Il évolue chez les Tampa Bay Thrillers, sous la houlette de Bill Musselman (ancien coach des Cavs de 1980 à 1982).

« Bill était comme un père pour moi », se souvient-il. Avec lui, il remportera deux titres consécutifs en CBA, de quoi retrouver la NBA à Washington, avec le coach de ses glorieuses années chez les Clippers, Gene Shue.

Mais il n’y jouera que 9 matchs avant de tomber définitivement dans les oubliettes. Cette fois-ci, Freeman Williams ne reviendra plus. Victime de son succès passé, il portait des attentes démesurées de la part des Bullets. Malgré 8 points à 37% de réussite aux tirs (dont 50% à 3-points), il est poussé hors de la Ligue. À 29 ans. « Freeman n’a plus jamais été le même après ça », regrettera Bill Musselman pour Sports Illustrated en 1990.

Attaquant racé au niveau universitaire, Freeman Williams a pu proposer du scoring instantané en sortie de banc pendant un temps, façon Lou Williams, en NBA. Mais comme un autre scoreur fou qui n’a pas percé dans la ligue, Jimmer Fredette, il n’avait pas la vitesse et le physique suffisants pour tenir. Son tir à 3-points n’a pas fait mouche en NBA (seulement 33% de réussite), gêné par des défenseurs plus grands et plus rapides.

« Si je devais regarder jouer Freeman Willams pendant 82 matchs, je m’ouvrirais les veines », déclarait à son propos un GM de l’époque , toujours pour Sports Illustrated

Tombé dans le triangle des Bermudes des arrières, entre le meneur qui n’a pas le dribble assez sûr et l’arrière shooteur qui ne peut pas tenir défensivement, Freeman Williams n’aura finalement été en NBA que six saisons.

Des « Maîtres du Rhum » à la coke

Débouté définitivement de la Grande Ligue en 1986, Freeman Williams reviendra d’abord en CBA avec Tampa Bay, mais il va aussi commencer une nouvelle carrière internationale. En 1987, il joue ainsi pour les Maîtres du Rhum de Tanduay, aux Philippines, où sa page Wikipédia assure qu’il a scoré 82 points (soit un de mieux que son record perso en NCAA), donc 10 tirs à 3-points.

Il fera aussi des apparitions dans d’autres ligues mineures, avec les Tropics de Miami, en USBL, où il remporte le titre en 1993. Certaines sources l’ont même fait passer par la France et Istanbul, en Turquie… « Quand tu joues à l’étranger et que tu sais scorer, ils vont te trouver du boulot », déclarait-il nonchalamment.

Fatalement, Freeman Williams commence peu à peu à baisser le pied en termes de basket et une dernière blessure au genou le ramène, littéralement, sur terre. De retour au pays, il navigue à vue entre Los Angeles et Portland. Il revient un temps et se frotte à des petits boulots alimentaires, remplissant les rayons d’un magasin, à McMinnville par exemple au sud-ouest de Portland.

Il aura bien ce rôle de Duck Johnson dans le fameux film de 1992, White Men Can’t Jump, avec Woody Harrelson et Wesley Snipes (pour un cachet de 20 000 dollars), mais Freeman Williams n’a plus d’économies. Avec des contrats NBA qui n’allaient pas plus haut que 150 000 dollars à l’époque, il sait qu’il est arrivé une, voire deux, générations trop tôt. « Je suis né au mauvais moment », regrette-t-il dans l’Oregonian. « Je n’ai pas eu les gros contrats. Je n’ai pas eu les salaires que les Kobe et les Shaq ont eus. »

Sans travail, de retour à Los Angeles, Freeman Williams se perd en route et traverse une période de vilaine addiction à la cocaïne (« ça a vraiment mené sa vie pendant un moment », confiera le réalisateur du documentaire sur sa carrière, Fred Hawthorne), se faisant rattraper par la patrouille en 2000 pour possession.

« J’ai consommé de la drogue pendant cinq, six ans, peut-être plus », racontait-il en 2011. « J’ai traversé des périodes de dépression. La cocaïne, la marijuana, l’alcool. J’ai suivi des traitements à deux reprises. Mais le traitement ne peut pas te sortir des drogues, c’est l’individu qui doit le faire. »

Une reconversion difficile

Passé par la clinique de John Lucas, où sont passées de nombreuses gloires déchues dont Richard Dumas, Ken Bannister ou encore Chris Washburn (pour les années 1990), Freeman Williams est même retourné vivre chez un ancien coéquipier de fac, James Mason, à Portland avant de retomber sur ses pattes à Los Angeles.

« Je ne vais pas mentir sur les drogues. C’était la cocaïne, mais je suis propre maintenant. J’ai traversé deux ou trois ans difficiles après la mort de mes parents, mais je n’ai jamais touché le fond. Je n’ai pas touché le fond comme d’autres. »

Contrairement à des rumeurs selon lesquelles il a vécu dans la rue, accroc au crack, Freeman Williams dément toute les rumeurs sur le fait qu’il ait été sans domicile. « Je n’ai jamais été sans domicile de ma vie. J’ai toujours eu un toit au-dessus de la tête. Je n’ai jamais dormi dehors, pas une seule nuit dans ma vie. La plupart des sans domicile sont sous l’effet de drogues et je ne le suis pas. Je bois une bière de temps en temps, pour être honnête. Mais c’est tout. Quand on fréquente des personnes positives, ça aide énormément. »

Devenu assistant coach, aux côtés de Dwayne Polee, une autre ancienne légende de Los Angeles (le LeBron James de son époque selon certains), Freeman Williams a retrouvé un peu de sérénité là où tout a commencé. Il transmet sa passion à la nouvelle génération. Dans le gymnase où il a grandi.

« Je m’en sors bien. On ne gagne pas des millions quand on est assistant coach d’un lycée. J’aimerais coacher à l’université un jour. Si je dois d’abord me faire la main au lycée, c’est ce que je ferai. Je veux simplement travailler avec les gamins et leur enseigner les fondamentaux. Les mettre sur la bonne voie et ne pas suivre la même route que moi. »

Interpellé par des jeunes lycéens de son alma mater qui viennent d’apprendre qu’il a été joueur NBA, Freeman Williams ne prend même plus la peine d’expliciter sa situation. Avec sa maigrelette pension d’ancien joueur NBA (de 1 500 dollars par mois) et son salaire d’assistant coach de lycée, il vit modestement.

Presque comme si sa carrière NBA n’avait pas existé.

Il y a trois ans, Freeman Williams a toutefois renoué avec son glorieux passé de shooteur d’élite. Le 23 avril 2017, il a été effectivement intronisé dans le Hall of Fame de la City Section en même temps que Steve Kerr (Lycée Palisades) et Gilbert Arenas (Lycée Van Nuys Grant). Un juste moment de gloire pour un artiste oublié.

Sa carrière en NBA

La bande annonce du documentaire, Inner City Champions

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