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Saga Supersonics (#7) – Une apothéose sans lendemain

Suite de notre panorama rétro sur le basket dans le grand Nord-Ouest, avec la dernière décennie glorieuse des Supersonics. Après son sublime parcours  de la saison 1995-96, la franchise de Seattle va se réveiller avec une sacrée gueule de bois…

Ça se passe en 1989 et 1998. C’est une petite décennie de basket à Seattle, dans la franchise des Supersonics qui commence à ressortir des bas-fonds du classement pour redorer un peu son blason vert et jaune.

Après le long spleen des années 80 dans la Cité Emeraude, championne NBA en 1979, le premier coup de pouce du destin intervient en 1989, avec la « géniale intuition » de Bob Whitsitt de sélectionner un diamant brut de 19 ans qui n’a même pas foulé les parquets NCAA, un certain Shawn Kemp. Le GM ne s’arrête pas en si bon chemin et l’année suivante, il remet le couvert en choisissant, après un coup de pot à la loterie, Gary Payton avec le 2e choix de Draft.

La montée en puissance des Sonics suivra la trajectoire de progression de ces deux larrons au fur et à mesure des saisons, avec six ans de très haut niveau à 57 victoires de moyenne entre 1991 et 1997, dont trois campagnes de pure domination à 61 victoires de moyenne entre 1993 et 1996.

Mais, finalistes NBA en 1996 face aux Bulls de nouveau lancés vers un ThreePeat, les Sonics ne feront jamais mieux qu’une demi-finale de conférence avant l’anéantissement total d’un groupe qui n’aura donc pas eu la chance de soulever le trophée. Comme leurs voisins des Blazers après l’an 2000, les Sonics sont retombés dans le rang très rapidement après leur échec de 1996.

Dix ans avant leur tragique déménagement vers Oklahoma City, les Supersonics faisaient tout simplement partie des équipes dominantes de la conférence Ouest. Dans les années 90, Seattle était une place forte de la Grande Ligue, un conte de fées « made in NBA ».

« On a contribué à l’histoire de cette franchise », résumait bien Shawn Kemp en 2013 dans le New York Times. « On est même devenu une des franchises qui vendent le plus de produits dérivés. C’est un peu comme si les Charlotte Bobcats devenaient soudainement les Lakers. »

Pour retracer cette épopée, nous avons épluché les archives et nous sommes aussi partis à la récolte de plusieurs opinions éclairées sur le sujet, en discutant notamment avec Bob Weiss (assistant coach à Seattle de 1994 à 2006) et Mark Warkentien (scout de 1991 à 1994 pour Seattle) mais aussi avec Gary Payton, Hersey Hawkins, Eddie Johnson ou encore Frank Brickowski et Michael Cage.

1ère partie : l’arrivée de Shawn Kemp

2e partie : la Draft de Gary Payton

3e partie : George Karl, la revanche d’un pestiféré

4e partie : le Sonic Boom

5e partie : L’éducation des Sonics

6e partie : Une saison pour l’éternité

Une apothéose sans lendemain

Après leur parcours admirable malheureusement coupé assez sèchement par les Bulls du trident Jordan – Pippen – Rodman, les Sonics pouvaient envisager l’avenir avec sérénité.

Avec Shawn Kemp et Gary Payton enfin à maturité, et un groupe au diapason autour d’eux, Seattle réalisait enfin son potentiel plein et entier. Surtout, avec Kemp et Payton à 26 et 27 ans, la colonne vertébrale du groupe de George Karl était en place pour de nombreuses années…

Oui, sauf que le champion de la conférence Ouest se retrouve tout simplement sans son meilleur joueur à l’ouverture du camp d’entraînement. Et ce, pendant vingt-deux jours…

La gueule de bois de l’été 1996 

Comme rien ne se passe jamais comme prévu à Seattle, Shawn Kemp est effectivement introuvable à la rentrée des classes. Passablement irrité contre la direction de sa franchise, le All-Star des Sonics restera à l’écart de son équipe pendant trois semaines…

A force de sécher les entrainements, Kemp commence à accumuler aussi les amendes, à hauteur de 2500 dollars par entrainement à la fin ! Les deux premiers jours lui en coûteront 1000 dollars (par jour) mais le tarif monte à 2 500 par entrainement après ça.

Il faut dire que la direction de Seattle était confrontée à beaucoup de questions après cette escapade en finale. Les Sonics comptaient alors de nombreux joueurs en fin de contrat, dont Gary Payton en premier lieu. Le meneur sera récompensé d’un gros contrat à 85 millions de dollars sur 7 ans, un « no brainer »…

Par contre, le GM Wally Walker prend d’autres décisions plus discutables. Le premier domino tombe avec la signature du pivot contreur, Jim McIlvaine pour 30 millions de dollars sur 6 ans. Un contrat risible aujourd’hui, mais qui a fait grincer beaucoup de dents à Seattle, et en NBA en général.

Auteur d’une saison à 2 points, 3 rebonds et 2 contres de moyenne en 15 minutes à Washington (la ville), l’ancien de la fac de Marquette déménage volontiers à Washington (l’Etat) empochant une belle enveloppe au passage.

C’est un choix guidé par des besoins réels de l’équipe aussi : il faut plus de rebonds et de dissuasion. Mais à 3 points, 4 rebonds et 2 contres en deux saisons seulement dans le Nord-Ouest, McIlvaine aura bel et bien été le flop prévu.

« Une de nos faiblesses l’an passé se situait aux rebonds », concède ainsi George Karl dans l’émission Sonics Tip Off 1997. « Certaines équipes sont parvenues à nous dominer et notre concentration commençait à tergiverser. Dans la série face à Chicago, il y a deux matches où Dennis Rodman prend 20 rebonds. C’est lui qui les fait gagner, plus que Jordan et Pippen. »

Un role player quasiment au même salaire que Kemp et Schrempf…

L’arrivée de McIlvaine signifie pour le coup la fin de l’aventure pour Frank Brickowski et Ervin Johnson, les deux intérieurs vétérans qui ne sont pas renouvelés. Brick le regrette encore à ce jour.

« J’en veux encore à Wally de ne pas m’avoir resigné et d’avoir conservé l’équipe. Il a été signer McIlvaine, et ça a complètement fait imploser l’équipe car il lui a donné tellement d’argent. Ça a mis tout le monde en rogne. Ça a énervé Shawn et ça a fait boule de neige… Tout ce qu’il avait à faire, c’était de garder le même effectif et nous donner une autre chance. »

De plus, Vincent Askew se fait échanger durant l’été (à New Jersey, contre Greg Graham). Il n’aura pas survécu à son clash avec coach Karl durant les Finales 96 – à propos de son temps de jeu. Chez les Sonics quatre saisons durant, l’arrière défenseur, qui était passé par la CBA déjà avec Karl, a très mal vécu cette séparation unilatérale…

« Je vivais en face de chez Gary à Vegas », explique Vinnie Askew dans le Seattle Times. « On se disait qu’on allait revenir et qu’on allait gagner le titre la saison suivante. Mais je suis parti en croisière la semaine d’après, et la même semaine, je me faisais échanger. J’étais anéanti. »

Prenant consciemment des risques pour améliorer l’effectif, en lui apportant essentiellement des vétérans (pour ne pas dire des dinosaures), Wally Walker recrute également Craig Ehlo et Larry Stewart, deux vétérans chevronnés… mais déjà en fin de course (96-97 sera à vrai dire leur dernier tour de piste).

Bref, au lieu d’être à l’optimisme communicatif, l’ambiance est bien morose dans le vestiaire de Seattle.

« Je pensais qu’on allait revenir l’année suivante et avoir une nouvelle opportunité d’aller au bout », relate également Detlef Schrempf. « On était encore une équipe jeune à ce moment-là. Mais ensuite, ils ont fait un paquet de changements dans l’équipe. Mais ça n’allait pas dans la bonne direction. Ce n’était plus la même alchimie. Ce n’était plus la même équipe tout simplement. »

A vouloir jouer les perfectionnistes et arrondir les angles d’un effectif, certes imparfait mais tout de même complémentaire, et alors surtout revanchard et uni comme un seul homme (ganté), Walker a profondément altéré l’histoire des Sonics.

S’il en a été l’électrochoc, le transfert pour McIlvaine a été le symbole de cette fin d’aventure en queue de poisson, aux abords du marché de la place Pike.

« C’était la première génération de joueurs qui touchaient des sommes d’argent qui commençaient à devenir colossales. Il ne fait aucun doute que les autres joueurs étaient contrariés par le contrat de McIlvaine », avoue Karl tout de go. « On a signé 3 joueurs : McIlvaine, Ehlo et Stewart. Ça a vraiment éprouvé le vestiaire psychologiquement. Et ça arrive après les années avec Whitsitt. Il devenait clair que personne n’avait confiance en la nouvelle direction. »

Le pauvre McIlvaine (encore que) a été la pomme de discorde qui mènera à l’échange de Shawn Kemp à Cleveland le 25 septembre 1997. Fâché pour de bon à 3 millions la saison (3e salaire de l’équipe juste devant McIlvaine), le Reignman ne reviendra plus en arrière.

Après s’être donné corps et âme pour son seul et unique club NBA durant sept saisons avant de connaître les cimes des Finales, il ne peut se remettre mentalement de ce coup de poignard dans le dos.

« Jim McIlvaine est un bon gars, et on est encore amis, mais amener un joueur qui tourne à 4 ou 5 points de moyenne [même pas : 3 points en carrière] et le payer plus que le gars qui vous a portés en finale NBA, ça n’a aucun sens ! C’est simplement un acte sans classe. Je n’ai jamais joué au basket pour l’argent, je joue pour le respect. Mes responsabilités ont constamment augmenté à chaque saison. Je suis considéré comme un ailier fort, mais je dois me coltiner le pivot adverse pendant 79 des 82 matchs de la saison. »

A son corps défendant, qui commence alors à porter des séquelles de ces batailles intérieures, Kemp n’a effectivement plus la même explosivité qu’à ses débuts. Dans le même temps, il faut bien avouer qu’il n’a pas chômé durant ses sept premières campagnes. Ses minutes et son rendement ont augmenté allègrement. Son contrat, un peu moins…

« Je connaissais Shawn, c’est moi qui l’ai fait venir ! », rappelle Bob Whitsitt pour Fox Sports. « C’était l’un des deux meilleurs joueurs de l’équipe et je n’allais pas lui promettre un nouveau contrat et ne pas le lui donner comme ils l’ont fait. » 

Se tenant volontairement à l’écart de son équipe durant la reprise en septembre 1996, Kemp sait qu’il va essuyer une tempête de critiques, mais c’est une question de principes. Et d’honneur !

« Shawn Kemp était mécontent de son contrat, mais contrairement à ce qu’on a pu entendre dans des versions révisionnistes de l’histoire, en 1994, il avait déjà signé une prolongation de contrat (de 25,4 millions de dollars sur 7 ans). C’était une des premières choses que j’ai faite en tant que GM », rappelle Wally Walker. « Mais le règlement stipulait alors qu’on ne pouvait pas renégocier un contrat tout juste signé avant trois ans. Non seulement, on ne pouvait pas faire de nouveau contrat, mais on n’avait même pas le droit d’en discuter. »

A force de perdre de l’argent en absences injustifiées, l’élève Kemp revient tout de même sur les bancs de l’école. Précisément là où coach Karl le parque régulièrement durant la saison 96-97. L’ailier fort fait le métier sur les planches en tout cas, avec un double double pour son premier match : 26 points, 12 rebonds (une défaite à Utah), ou encore une perf’ à 31 points, 9 rebonds, 4 passes pour traumatiser davantage les Kings, éliminés la saison précédente par Seattle au premier tour des derniers playoffs.

Seattle carbure bien à 12 victoires sur ses 14 premiers matchs, mais en coulisses, on ne sait plus si c’est de l’eau dans le gaz ou du gaz dans l’eau… La faille continue de se creuser auprès de la Péninsule Olympique.

« Ça a ruiné l’équipe. Et ça n’aurait pas dû », regrette le beat writer Steve Kelley. « Shawn aurait dû faire preuve de plus de sagesse mais au lieu de ça, il s’est obstiné et George l’a mis sur le banc à plusieurs reprises au cours de la saison. George étant qui il est, il a été très explicite sur le fait que Shawn ne jouait pas assez dur. Dans le même temps, McIlvaine était horrible et les autres joueurs le voyaient comme un usurpateur. Il y avait Shawn et McIlvaine, George et Wally, Whitsitt et Ackerley, il y avait tous ces petits feux qui ont fini par devenir ce brasier en furie. »

Le temps des regrets (éternels)

Avec 57 victoires pour 25 défaites lors de la saison 1996-97, les Sonics ont cependant réussi à limiter la casse. Pour le grand public, Seattle baisse à peine le pied malgré les changements dans son effectif.

Troisième meilleure attaque de la Ligue et sixième meilleure défense (aux ratios), Seattle demeure une place forte malgré ses nombreuses turbulences en interne.

« Je crois que notre équipe des Sonics est l’une des meilleures de l’histoire sur une période de cinq ou six ans sans avoir gagné le titre », commente Terry Stotts à juste titre, voir plus bas. « On tournait en moyenne à 60 victoires durant cette période [59,2 pour être exact, ndlr], et le summum a été de jouer la finale face aux Bulls. Je pense que notre succès a été un bon moment pour le basket. »

A vrai dire, Terry Stotts a connu les deux meilleures équipes à n’avoir jamais gagné le titre, les Mavs et les Sonics. Fort heureusement pour lui, il est arrivé au bon moment à Dallas, avec le trophée ramassé en 2011.

A Seattle, il restera beaucoup de regrets à l’inverse. Et des regrets par rapport à la Finale perdue pour commencer !

Outre Frank Brickowski qui a exprimé plusieurs fois son dégoût pour le traitement que lui avaient réservé les arbitres dans son duel face à Dennis Rodman, on peut également mentionner les regrets éternels de Hersey Hawkins qui nous confiait, encore aujourd’hui dans son travail d’ambassadeur des Blazers, penser à ses shoots ratés.

Mais, alors que la grave blessure au dos de Nate McMillan l’a cloué au banc, les Sonics peuvent également nourrir des regrets par rapport à leur plan d’attaque défensif. Limité lui aussi – au mollet – Gary Payton aurait tout de même préféré se sacrifier plus tôt dans la série face à Michael Jordan…

« Je regrette de n’avoir pas défendu sur lui plus tôt dans la série. Les gens ne se souviennent pas mais j’ai commencé à le prendre en défense qu’au match 4. J’étais blessé au mollet les trois premiers matchs et on était déjà à 0-3. Je l’ai récupéré sur le tard et il était déjà chaud. J’ai dit à George Karl, « Mets moi sur Michael. On n’a plus rien à perdre, on est à un match de l’élimination, c’est les Finales. » Je l’ai tenu à 25 points au match 4, et à 22 sur les deux suivants [en fait, Jordan score 23, 26 puis 22, ndlr]. Si j’avais pu défendre sur lui dès le début de la série, on aurait eu une chance. »

Après coup, le match 3 perdu dans les grandes largeurs par Seattle, devant son public chaud brûlant, est certainement un autre regret irrémédiable. Et d’autant plus quand on se souvient du pourcentage de victoires à domicile des Sonics cette saison-là : 92,7% (38 victoires pour 3 défaites) !

Shawn Kemp explose en vol

Mais en NBA comme ailleurs, le contexte est important. Et pour le coup, dans la rage grandissante de Shawn Kemp, ce dicton se vérifie plus que de raison.

Exceptionnel tout au long de la saison régulière, et encore plus dominateur en playoffs pour exterminer les fantômes du passé (Rockets et Jazz notamment), Kemp se sent totalement lésé quand vient l’été 1996.

« Il a été le meilleur joueur de la série. Il y avait quatre des dix meilleurs joueurs de la Ligue sur le terrain. Il y avait Michael et Scottie de leur côté et Shawn et Gary du nôtre. Et il a été le meilleur d’entre eux. Il n’y a pas grand-chose à dire, il a tout fait pour nous ! », constate George Karl. « Il a mis ses tirs extérieurs, il a été au poste bas, il a pris les rebonds. Il est même le joueur qui a été le plus constant dans la série aux rebonds. Ses courses et sa dimension athlétique ont été fantastiques. Je pense que c’était son moment de gloire. Il y a eu deux ou trois moments importants dans la carrière de Shawn, qui l’ont amené à devenir une des stars de la Ligue. Mais ces Finals ont été sa déclaration au reste de la Ligue, pour affirmer qu’il faisait partie des tout meilleurs. Je pense qu’il peut être le meilleur… Je pense même qu’il a une chance d’être le meilleur ailier fort de l’histoire. »

Ce train déraillera rapidement, avec le départ de Kemp en septembre 1997 et le lockout de 1998 qui en fera un bibendum méconnaissable. Mais d’ores et déjà au cours de la montée en puissance des Sonics pendant les années 1990, la gestion de ce groupe caractériel n’est clairement pas une sinécure.

Néanmoins, l’essentiel aurait dû être préservé sachant que Payton et Kemp étaient vraiment impliqués dans la communauté locale. Ayant grandi l’un et l’autre à Seattle depuis leur Draft, les deux All Stars avaient tous deux manifesté leur attachement au maillot et à la ville.

« Shawn et Gary voulaient tous les deux avoir des gros contrats, des contrats plus élevés que ceux qu’ils avaient », se souvient Karl dans le Seattle Times. « Dans le même temps, ils étaient tous les deux loyaux à Seattle, ce qui est un compliment. Ça n’arrive que très rarement que des joueurs soient loyaux à leur ville. »

La nouvelle direction incarnée par Wally Walker, qui a pourtant pesé pour que Kemp reste à Seattle lors de la Draft 1994 et l’échange avorté pour Scottie Pippen, est alors de l’autre opinion. Le Reignman n’est plus en odeur de sainteté dans la ville qu’il a pourtant aidé à remettre sur la carte. Cruel !

« Avant qu’il ne soit échangé à Cleveland, j’étais très dur avec lui durant sa dernière saison à Seattle, à cause de son comportement et du fait qu’il ne jouait pas le jeu », se souvient Steve Kelley du Seattle Times. « Les Cavs jouaient leur premier match dans le Nord-Ouest à Vancouver. J’y suis allé et je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre : allait-il même m’adresser la parole ? Mais il était tellement heureux de me voir ! Il semblait vraiment esseulé, il avait le mal du pays. Il avait l’air super triste. Son visage était comme la métaphore de tout ce qui était allé de travers à Seattle… Et puis, c’est quand tous ses problèmes ont fait surface avec l’histoire sortie par Sports Illustrated sur tous ses enfants. Aussi flamboyant qu’il était sur le terrain, c’était un gars timide et réservé. Et il n’arrivait pas à gérer tout ça ! »

George Karl : « Un jour, j’ai dit à Shawn : ‘Vasectomie !' »

Dans son autobiographie, Furious George, George Karl explique même qu’il a essayé de s’attaquer au problème. A sa manière, à savoir : frontal et brutal !

« Shawn, lui ai-je dit un jour, « vasectomie ! » Shawn Kemp, mon ailier fort à Seattle a donné naissance à de nombreux enfants de femmes différentes. C’est une distraction pour l’équipe et ça a décimé son salaire. A ce propos, Shawn a assumé et a pris soin de tout le monde et je suis fier de lui. »

N’empêche, il faut se souvenir que les Sonics reviennent de loin. Durant les années 1980, après la gueule de bois du titre en 1979, la franchise de Seattle est à l’image d’une NBA en galère. Le spectacle, et donc le public, ne sont plus au rendez-vous.

En coulisses, la Grande Ligue n’est alors pas prête à un tel sobriquet, bien au contraire…

« On avait des problèmes avec quelques gars qui buvaient, et à l’époque, la bière était autorisée dans les vestiaires », se remémore Nate McMillan pour le Bleacher Report. « C’était là, en libre service, mais on a dû les enlever car Shawn n’avait pas l’âge. »

La réputation de la NBA est en l’occurrence au plus bas et il faut bien dire que certaines habitudes que d’aucuns appelleraient « folkloriques » continuent d’empêcher son développement commercial à grande échelle.

A Seattle pour le coup, cet apprentissage de la professionnalisation se déroule graduellement. Avant d’être connu pour vivre selon ses propres horaires, « Shawn Time », Kemp ratait aussi des avions… mais cette fois par envie de trop bien faire !

« On prenait toujours des vols commerciaux », rappelle Bob Whitsitt. « Shawn et Dana [Barros] arrivaient toujours à l’aéroport en avance pour ne pas rater l’avion. Mais une fois ils sont arrivés tellement en avance qu’ils se sont endormis dans la zone d’attente, et ils ont fini par rater l’avion. Ce sont des erreurs de jeunesse mais avec de bonnes intentions. »

De même, trop sentimentalistes – tout simplement trop jeunes et tendres, les Sonics vont apprendre, à la dure, qu’un effectif qui gagne en NBA ne s’embarrasse pas des atomes crochus entre les joueurs. Il faut parfois faire des concessions pour le bien ultime de l’équipe. C’est ce qui est arrivé avec le transfert de Derrick McKey, pour Detlef Schrempf, le 1er novembre 1993.

A vrai dire, l’attachement de Payton et Kemp pour McKey n’a pas pesé lourd face à l’apport attendu de Schrempf, tout aussi polyvalent sur un terrain. Malgré toute leur amitié, McKey avait visiblement fait son temps aussi. En l’occurrence, cet échange a été positif, si difficile à avaler soit-il sur le moment…

« Notre équipe a besoin d’un leader au poste bas, d’un gars qui veut et demande la balle », soufflait McMillan en avril 1993 pour SI. « On essaye de mouler McKey dans ce rôle. Il peut le faire. Il a le tir, les mouvements, la qualité de passé, l’expérience, le talent. Mais, ça n’est pas encore arrivé. » 

« On aurait pu dépasser ou égaler le duo Stockton – Malone si on était resté ensemble »

L’apprentissage se fait évidemment dans la douleur pour les jeunes Sonics. Pas loin d’eux dans la conférence Ouest, sur les bords du Lac Salé, le duo Stockton – Malone dame régulièrement le pion à ses cadets des Sonics. Une source intarissable de motivation.

« John Stockton et Karl Malone ont fait de meilleurs joueurs de Gary et moi », assure Shawn Kemp. « On a vécu beaucoup de longs voyages assis au fond du bus super frustrés. »

Mais ce qui est encore plus frustrant, dans cette saga, c’est que quand Seattle semble enfin surmonter l’obstacle pour de bon en 1996, au terme d’une série de gladiateurs en 7 manches, les Sonics décident d’apporter des modifications qui s’avéreront fatales à son effectif enfin d’équerre. Gary Payton n’en revient toujours pas lui non plus…

« On aurait pu dépasser ou égaler le duo Stockton – Malone si on était resté ensemble », avoue le Glove. « On venait de les battre en 1996 et je pensais bien qu’on avait pris la suite du meilleur duo de NBA. Mais Shawn a traversé ses soucis et l’équipe s’est séparée. Mais, comme j’ai été récemment intronisé au Hall of Fame, je pense que Shawn l’aurait été aussi. On aurait pu créer notre propre dynastie, mais ça ne s’est pas passé comme ça. Au sommet de son art, il était probablement le meilleur joueur que j’ai vu jouer. Une cascade de highlights à lui tout seul. »

Malheureusement, les Sonics vont se perdre en chemin. Entre la mésentente grandissante qui oppose Kemp et sa franchise, mais aussi le fossé qui se creuse entre le même Wally Walker et George Karl, la franchise de Seattle a perdu le fil. Et c’est dans ce « no man’s land », ce silence assourdissant que les Sonics vont, lentement mais sûrement, se laisser happer.

« J’aurais aimé avoir une meilleure relation avec le directoire », regrette George Karl dans Fox Sports. « Quand Whitsitt s’est fait virer, je n’ai jamais senti la même communication et le même rapport avec le directoire ou le propriétaire. »

Plus convaincus les uns que les autres d’avoir raté un titre, mais peut-être même deux ou trois (selon Payton et Kemp), les Sonics ont vécu cette situation bien étrange d’une apothéose sans lendemain. Un nirvana suivi d’une chute libre.

Si dynamique et entraînant sur le terrain, les Sonics étaient aussi une équipe marquée par l’immaturité, l’individualisme, et en somme, un leadership sinon déficitaire, tout au moins trop désagrégé. De sorte que cette fin de l’histoire qui arrive bien avant la date prévue ne pouvait que nourrir des regrets éternels…

« Je l’ai très mal vécu », nous confiait Payton lors de notre rencontre à Paris. « Franchement, c’était dur. J’ai toujours pensé, et je continue de le croire, que nous aurions tous les deux dû finir notre carrière ensemble à Seattle. Mais bon, il a pris une décision liée au business. On lui proposait beaucoup d’argent et il est parti. Il ne voulait pas se mettre en danger et c’était une décision importante. On en a énormément parlé entre nous à l’époque. Et j’aurais souhaité qu’il fasse différemment… et je pense que lui aussi aurait préféré que ça se passe différemment. Je suis convaincu que lui et moi, on aurait fini au Hall of Fame comme Stockton et Malone si on était resté ensemble. »

Playoffs 97 : l’ultime outrage

A la bourre au camp d’entraînement, et absent de la tournée européenne des Sonics en Europe (par Berlin et Séville en octobre 1996), Shawn Kemp rejoint l’équipe à son retour aux Etats-Unis. Mais, en fin de compte, et comme pour cette fameuse soirée d’avant match face à Chicago qui a fait les gros titres en février 1997, il n’y a pas de quoi fouetter un chat !

Certes, Shawn Kemp aurait dû être plus discret pour une veille de match, surtout dans un match où il n’a pas été bon, mais il n’a pas non plus enfreint de règle de l’équipe ni de la Ligue, et encore moins de lois !

« Ils seront peut-être encore debout à la fin mais ils ont des problèmes à gérer. Et le plus gros est l’argent », commentait Charles Barkley dans un article de Sports Illustrated. « L’argent fait deux choses : ça brise le désir des gars et ça brise un vestiaire. Shawn Kemp est fâché parce que Jim McIlvaine gagne plus d’argent que lui. Un gars si talentueux ne devrait jamais avoir à se plaindre d’argent. »

Mais c’est bien ce qui plombe les Sonics durant cette saison 96-97. Dans le creux de la vague en fin de saison régulière, Kemp entraîne Seattle sur un faux-rythme plutôt dangereux à l’approche des playoffs. Les Sonics lâchent 4 de leurs 7 derniers matchs à la fin mars et le dernier finaliste NBA semble au bord de l’implosion, rien de moins.

« Le seul problème personnel que j’ai en ce moment, c’est le basket », essaie de temporiser Kemp. « Je ne suis pas déprimé, mais quand on joue mal, on est énervé. Je suis énervé, fâché et si tu ne l’es pas quand tu joues mal, tu n’est pas un vrai joueur. Ça m’énerve de mal jouer. Quand je reviens chez moi le soir, je suis prêt à tout casser. Mais il faut garder son calme et ne pas céder à la pression. Il faut se reposer de nouveaux challenges, et c’est là où j’en suis maintenant. »

Avec 5 victoires sur leurs 6 derniers matchs, les Sonics abordent néanmoins les playoffs sur une meilleure dynamique, mais ils sont clairement l’équipe la plus imprévisible encore en lice. Une situation épineuse pour la tête de série n°2 dans la conf’ Ouest…

Face à Phoenix, cela se confirme avec les Suns coachés par Danny Ainge qui vont créer la surprise en s’imposant à l’extérieur au match 1, derrière une performance astronomique de Rex Chapman à 42 points (dont 9/17 à trois points). Puis Phoenix fait à nouveau le coup à la maison au match 3 ; tant et si bien que Seattle se retrouve au bord du précipice dès le premier tour.

« On n’a plus peur de perdre », claironne pourtant Kemp dans Sports Illustrated en mai 1997. « On aime bien avoir le dos au mur en fait. On joue mieux comme ça. »

De fait, Kemp se porte de nouveau comme un charme en playoffs. Après une saison régulière à 19 points, 10 rebonds et 2 passes, il tourne à 22 points, 15 rebonds et 3 passes de moyenne face à Phoenix. Mais, dans le match 5 décisif, c’est bien Detlef Schrempf qui met les Sonics sur les bons rails, avec 12 points en 1er quart et une partition offensive remarquable de polyvalence.

« On aura probablement cette réputation d’être instable psychologiquement jusqu’à la retraite ou le titre », ajoute Detlef Schrempf. « Tout le monde ressort le problème psychologique en parlant de nous, comme si on avait besoin de thérapie. On a nos coups de moins bien, mais on ne va plus perdre les pédales ou perdre la bataille mentale. »

L’expérience des playoffs 1996 porte effectivement ses fruits dans cette série que les Sonics se sont rendue plus compliquée ; mais qu’ils finissent tout de même par remporter à la maison, avec une belle marge de manœuvre (116-92).

« Shawn est de retour », se réjouit alors Payton. « Il va nous apporter énormément. Je pense qu’il joue mieux face à Dream et Barkley. »

Seattle retrouve effectivement de vieilles connaissances au deuxième tour, avec les Rockets qui présentent leur Big Three en fin de carrière : Hakeem Olajuwon, Clyde Drexler et Charles Barkley. Le trident sous Polident fait le métier alors que la troupe de George Karl est encore inconséquente et irrégulière.

Alors que les Sonics sont allés prendre le match 2 à l’extérieur, ils se font tondre l’herbe sous le pied à domicile, avec le mythique Matt Maloney qui rentre le tir qui fait mal pour remporter le match 4. De nouveau dos au mur, Seattle parvient néanmoins à se faire violence, avec Kemp qui défend enfin intelligemment au lieu de prendre faute sur faute.

L’espace de deux matchs, Seattle redevient la Cendrillon de la NBA. Dans leur état préférentiel d’outsider, les Sonics s’en portent d’autant mieux. Ils égalisent au terme d’un match 6 à sens unique à la Key Arena…

Mais le match 7 rappelle que les mauvaises habitudes prises durant la saison ne peuvent pas s’effacer d’un coup de baguette magique. Auteur d’un très bon premier quart-temps à 11 points, Kemp intercepte la balle sur une ultime relance mais il trouve le moyen de balancer un dernier tir débile en se retournant… Une réaction pour le moins étrange dans un match 7 !

En plein money time, probablement gazés par leurs efforts défensifs (vains) sur des prises à deux désormais trop lentes, les Sonics peinent à mettre l’orange dans le panier. Detlef Schrempf et Gary Payton sont en belle galère offensive, avec des tirs plus courts les uns que les autres. Ça complique nettement la tâche, avec une série noire de 16 échecs sur 17 tentatives à un moment donné en dernier quart !

La dernière action de Seattle, pourtant revenu du diable vauvert (de -10 à 3 minutes à -3 à 20 secondes) est assez tristement symbolique de sa saison. Shawn Kemp hérite de la balle après un énième malentendu sur la remise en jeu. Il trébuche sur le pied d’Olajuwon avant d’envoyer un tir impossible que Schrempf ne peut contrôler. The Dream place un dernier dunk arrière et l’affaire est pliée (96-91).

Déjà plus que l’ombre d’eux-mêmes, les Sonics disparaissent pour de bon dans cet échec au match 7 de la demi-finale de conférence Ouest 1997.

« Certains de mes amis disent que je suis le Shawn Kemp des coachs », plaisantait Karl dans le Kitsap Sun à la fin de la saison 1997. « J’ai toujours signé mes contrats un an trop tôt et je n’ai jamais été payé à hauteur de ce que je mérite. »

Avec le majeur redressé à cause d’un souci de cuticule, George Karl pouvait recourir à l’humour tant qu’il voulait lors de sa première apparition face à la presse depuis l’élimination des Sonics par Houston, l’avenir de son équipe s’écrit alors en pointillés. Et au crayon de papier !

Ouvertement critiqué pour sa stratégie au match 7 par Gary Payton, Coach Karl sait bien que la situation de Shawn Kemp est au plus mal, avec le Reignman de plus en plus instamment évoqué dans les rumeurs de départ. Et pour couronner le tout, lui-même était en fin de contrat, avec une dernière année à honorer… mais sans avancées concrètes en négociations.

Les retards répétés de Shawn Kemp n’étaient pas l’unique raison des maux de tête de George Karl cette année-là. Hersey Hawkins a connu un début de saison compliqué et puis Nate McMillan et Detlef Schrempf ont eu à gérer des blessures. Et c’est sans évoquer les prises de bec inévitables avec Gary Payton au quotidien, même si les deux ont graduellement appris à vivre ensemble.

Il y avait aussi la nullité de l’apport de Jim McIlvaine, un bide de plus en plus évident au fur et à mesure des matchs. Coach Karl avait beau suggérer que les fans et les médias avaient placé en lui des attentes impossibles, son gros contrat restait encore en travers de la gorge.

« Pour différentes raisons, Seattle n’a pas resigné les free agents Ervin Johnson, Vincent Askew et Frank Brickowski à la fin de la saison, des décisions qui ont détruit l’alchimie qui avait élevé ce groupe au rang de possible champion », éditorialise Kevin Dwyer dans le Sun. « A la vérité, toute cette angoisse aurait pu être évitée si Walker et Karl avaient montré suffisamment de leadership pour résoudre leurs petits différends avec l’ancien pivot Ervin Johnson quant à son temps de jeu et un nouveau contrat qui l’aurait probablement payé beaucoup moins que McIlvaine. Mais si vous étiez Bill Gates, est-ce que vous donneriez plus d’argent à un développeur de logiciels qu’à votre directeur de la technologie ? Peu de chances ! C’est ce qui rend la décision des Sonics si déconcertante. Donner une tonne d’argent à un talent qui n’a rien prouvé alors que votre superstar est bloquée dans un contrat à long-terme bien moins attrayant semble être une recette pour dissensions et l’échec. »

N’ayant pas jugé bon de consulter George Karl avant de recruter Jim McIlvaine, Wally Walker a clairement fait fausse route. L’absence de communication entre le directoire et le sportif est également une faute professionnelle, partagée du coup. Sans confiance dans leur direction, ni même dans leur coach principal par moments, les joueurs de Seattle ont quant à eux fini par en perdre leur basket.

Et le 5 juin 1997, alors que les Bulls mènent déjà 2-0 dans une Finale NBA face au Jazz où ses Sonics auraient pu figurer, Shawn Kemp envoie son dernier tomahawk à Seattle : « Je ne porterai plus jamais ce maillot de ma carrière ! », assène-t-il dans une interview pour ESPN.

Postface : une capsule des nineties

Mais, pour en finir, comment peut-on définir cette équipe des Sonics, qui aurait dû être une dynastie mais n’aura finalement durer qu’une saison seulement dans sa forme la plus aboutie ?

Sa première caractéristique est d’être une équipe qui jouait dur. A l’image de ces leaders, Gary Payton et Shawn Kemp, toujours à fond dans l’effort une fois l’entre deux lancé, les Sonics ne laissaient pas leur part au chien.

Leurs prises à deux étouffantes et la pression défensive élevée au rang de prérequis ont fait de cette équipe de Seattle une des équipes les plus spectaculaires de l’histoire de la Ligue.

« Ils jouaient le jeu comme il fallait quand ça comptait », conclut George Karl. « Je ne peux pas dire que Gary et moi avions une bonne relation quand il s’agissait des entraînements. Parfois ses habitudes me rendaient fou furieux. Et puis Shawn avait tendance à être en retard. Ce sont les petites frustrations du basket. Mais j’ai adoré nos équipes à Seattle parce qu’elles avaient un caractère en acier trempé et elles jouaient dur. C’était du basket collectif, et ils en étaient les leaders. »

Les Sonics, c’est cette fraîcheur teintée d’innocence, cette ambition bordant parfois l’outrecuidance, avec Payton et son moulin à paroles, ou Kemp et ses célébrations délirantes après ses (très) nombreux dunks.

« Coach me regarde et se voit lui-même, plus jeune, plus mince, et plus beau gosse », envoie Payton. « Allez voir le type de joueur qu’il était. Vous verrez ce que je veux dire. »

Sous l’impulsion de George Karl et d’un staff jeune et dynamique, les Sonics bossent dur mais le font dans une ambiance bon enfant. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’équipe tourne si bien en 1996, alors qu’elle partage notamment l’expérience du 30e SuperBowl à Phoenix.

Par l’entremise de Gatorade, George Karl et le préparateur Frank Furtado parviennent à réunir assez de tickets pour toute l’équipe. En voyage sur la côte Ouest à ce moment-là, les Sonics prennent un avion de Los Angeles à Phoenix, où un bus les amène au stade. Avant de redécoller directement pour Portland, avec une victoire de +4 au bout du délire !

« Je me suis quand même posé deux secondes pour me dire : on est en pleine saison NBA et on va prendre du bon temps en vacanciers comme ça ! », se marre Nate McMillan pour ESPN.

Comme on a pu en parler à travers le dispositif défensif de Bob Kloppenburg ou le travail de fonds de Tim Grgrich, les Sonics ont également été à la pointe de l’innovation en NBA. Ce n’est pas un hasard non plus si George Karl a développé son « arbre » à partir de son expérience à Seattle.

Sous ses ordres, il disposait en effet de Tim Grgurich, Terry Stotts, Dwane Casey ou encore Bob Weiss, des techniciens qui ont tous fait une longue carrière dans la ligue, dont Stotts et Casey en tant que head coach.

Les Sonics des années 90 sont, somme toute, une troupe attachante car profondément humaine, avec des défauts parfois bien visibles mais aussi de grandes qualités pour évoluer et grandir ensemble. Un exemple particulièrement savoureux de cette humanité à double tranchant, c’est la manie de Payton à survoler les sessions d’entraînement.

« George voulait le secouer pour qu’il s’entraîne dur », témoigne Vincent Askew. « Gary était plus un joueur de match à moins que tu l’énerves. Si tu l’énervais, il pouvait dominer les entrainements. »

« C’était mon boulot », renchérit Eric Snow. « Je devais le faire s’entraîner. S’il disait au coach qu’il ne voulait pas s’entraîner, je devais le pousser et lui envoyer des piques pour qu’il se mette en marche. Il adorait parler et donc il ne voulait laisser personne parler plus que lui. »

De manière générale, la présence de Gary Payton se faisait sentir, pour ne pas dire qu’elle était pesante… D’aucuns diraient même saoulante !

« Une fois, George m’a dit : Gas, tu ne comprends pas. Chaque jour de ma vie commence par une dispute de 30 minutes avec Gary Payton », se souvient en se marrant, Mike Gastineau, un journaliste radio de Seattle.

« George Karl est un coach difficile parce qu’il est un peu fou »

Ce qui a fait des Sonics cette franchise à la fois si florissante mais aussi un poil timbrée, c’est précisément la rencontre explosive entre George Karl et Gary Payton. Quand un coach kamikaze sur les bords doit se farcir un joueur aussi caractériel qu’il est sans filtre, ça donne forcément lieu à quelques sorties de route en chemin… 

« Comme Gary avait l’habitude de dire, son père était le gars le plus fou pour lequel il a joué », se souvient Marc Moquin, responsable des relations media à l’époque. « Mais George était deuxième. »

Isolés dans leur Nord-Ouest, les Sonics ont cuisiné leur propre alchimie avec des ingrédients variés, piqués ici ou là, dans un Junior College du Texas ou en ligue mineure, ou carrément à l’ANPE pour un gars comme Frank Brickowski. Ce dernier qui ne l’était pas pour la déconne…

« George Karl est un coach difficile parce qu’il est un peu fou. Et c’est peu de le dire », soutient ledit Brick. « Je me souviens à la mi-temps d’un match, on est à +12 et il nous gueule dessus comme du poisson pourri. Je lui dis : George, on mène de 12, on ne perd pas de 12. Tu devrais fumer un joint ou faire quelque chose. Il ne savait pas quoi répondre à ça… »

Bref, les Sonics sont un peu un concentré de cette NBA des années 90 qu’on adore toujours autant. Il y avait des nouveaux logos en mode « comic » et un jeu nettement plus tourné vers l’intérieur. Et puis, c’était encore l’époque où la NBA voulait se racheter une virginité et imposer un discours policé. Mais le « politiquement correct » n’était pas le fort du duo Kemp – Payton, et encore moins de George Karl.

« Si on était tout heureux tout le temps, on ne serait pas les Sonics », entonne Payton dans Sports Illustrated. « On laisse sortir nos sentiments et ensuite on fait notre boulot, à savoir on gagne des matchs. »

Voilà un résumé plutôt consistant de la période Sonics… à la différence près, mon cher Gary, que Seattle n’a jamais pu gagner gros. Défaits en Finale en 1996, les Sonics ne retrouveront jamais les sommets. Sans la moindre bague au doigt, cette équipe des Sonics peut toujours causer…

« Les meilleurs moments de ma vie étaient avec le n°20, quand je jouais ici à Seattle »

Mais si l’on passe sur leur bilan largement favorable en saison régulière (384 victoires pour 190 défaites), Seattle n’a vraiment pas été aussi sûre de sa force en playoffs, avec un bilan tout juste positif (38 victoires pour 37 défaites entre 1991 et 1997).

La configuration des playoffs retirait effectivement de sa puissance au jeu rapide des Sonics, plutôt cantonnés au demi terrain. Ce fut le cas face à Denver en 1994 notamment. Mais ça l’était déjà en 1993 dans un match 7 face aux Suns de Barkley, MVP cette année-là.

« Non, non, ça a bien pris », nous confirmait Eddie Johnson lors de notre interview. « On est simplement tombé face à des équipes très talentueuses. C’est ce qui s’est passé, tout simplement. On a poussé les Suns à un match 7, on les avait à portée de fusil. On a eu une chance de célébrer comme ils l’ont fait… Mais Charles a réussi un énorme match [44 points et 24 rebonds !]. Il était décidé à ne pas les laisser perdre ce match-là. »  

Pour tous les joueurs qui ont participé à l’aventure des Supersonics lors des années 90, ce sont avant tout de bons souvenirs. Une vie saine au grand air, et du jeu, de la course, du tir.

« C’était encore très bien parce qu’on gagnait des matchs », concluait avec nous Hersey Hawkins. « Je crois que pendant mes quatre saisons à Seattle, on a tourné à environ 60 victoires par saison, donc on était bien. Simplement, on n’a pas réussi à retourner en finale. Vin Baker est arrivé, c’était un super joueur aussi. Mais il a aussi eu quelques problèmes à gérer. Et puis, comme on avait une équipe de vétérans, à un moment donné comme on ne gagnait pas, il fallait faire un choix. Ils ont cassé l’équipe pour partir dans une autre direction. Je n’ai aucun regret à ce niveau-là. Je chéris cette époque à Seattle car on gagnait des matchs, j’avais de bons coéquipiers, c’est une superbe ville. Ça m’a tout de même offert la chance de disputer une finale NBA. »

Dernier des Mohicans, après le départ de Detlef Schrempf chez le voisin des Blazers à l’été 1999, Gary Payton fera lui aussi ses valises en février 2003 (pour Milwaukee où il retrouve, dans le mille, George Karl), malgré un dernier petit revival aux côtés des jeunots Rashard Lewis, Desmond Mason ou encore Brent Barry.

Toujours aussi loup solitaire, Shawn Kemp réapparaît de temps à autres, lui qui semble néanmoins résider à Seattle depuis quelques années maintenant. Il réapparaît presque là où on l’attend le moins, comme pour la cérémonie de départ de Dirk Nowitzki à Dallas. Ou en janvier 2015 quand Payton et Kemp étaient au premier rang du Alaska Airlines Arena à Seattle (sur le campus de l’université de Washington) pour voir leurs fistons respectifs jouer l’un contre l’autre en NCAA.

« Il y a deux ans, Shawn et moi, on est retourné à Seattle parce que nos deux garçons s’affrontaient, son fils avec Washington et le mien avec Oregon State. On était en bord de terrain et c’était vraiment génial », a narré l’inénarrable Gary Payton. « On n’en revenait pas d’être assis au bord du terrain à regarder nos enfants jouer comme ça. Ça m’a rendu heureux de voir Shawn en tant que père car il a traversé des années difficiles. Les gens ne voyaient qu’une partie de son histoire avec tous les problèmes qu’il a dû surmonter. Il venait me demander conseil sur des sujets particuliers et je lui ai toujours dit que ça allait passer. J’ai toujours été à ses côtés pour essayer de le motiver à passer le cap. Et quand je le vois avec ses enfants, ça me fait le plus grand bien. »

Tourmentées, spectaculaires à souhait, dramatiques… Ces années Sonics sont en un mot inoubliables. Une capsule des années 90.

L’histoire d’une équipe qui sera amenée à marquer l’histoire de sa région. Surtout dans le Grand Nord-Ouest, encore et toujours en manque de sa franchise de cœur.

« Il n’y a aucun doute là-dessus », conclut Shawn Kemp, « les meilleurs moments de ma vie étaient avec le n°20, quand je jouais ici à Seattle. »

Dernier épisode : Le cinq ultime des Sonics

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