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Magic et LeBron, ou quand l’obsession du titre mène à la terre brûlée

Par  — 

Alors que LeBron James avait promis d’être patient, les manoeuvres pour récupérer Anthony Davis prouvent que la quête d’un titre est plus forte que la construction d’un collectif sur la durée.

Cela m’a toujours semblé étrange de voir nombre de franchises vouloir imiter le succès des Spurs ou des Warriors sans la méthode, en mettant grossièrement la charrue avant les boeufs. Je suis bien conscient qu’aujourd’hui, les champions en titre représentent aux yeux de beaucoup l’Antechrist, le mal, la domination nourrie par l’argent et donc, la facilité. Une représentation qui m’est tout à fait étrangère dans la mesure où bien avant l’arrivée de Kevin Durant puis DeMarcus Cousins, je me souviens de cette équipe qui bataillait en playoffs avec flamboyance face aux Spurs et aux Clippers après plusieurs saisons de vraie galère.

Donner du temps aux joueurs

Je me souviens de ce Stephen Curry préféré à Monta Ellis et prolongé pour quatre saisons devant l’incrédulité des observateurs, très dubitatifs sur la longévité de ce joueur aux chevilles en cristal. Comme je me souviens de cette première saison de Draymond Green, une rotation de plus parmi les 400 joueurs NBA, guère assurée de faire carrière au regard de ses 32% de réussite au tir.

Je me souviens qu’au terme de la saison 2012, alors que Stephen Curry, Klay Thompson et David Lee étaient déjà dans l’effectif, il était impensable de les voir soulever le trophée Larry O’Brien trois ans plus tard. Au bout du compte, Golden State a remporté un titre et perdu une finale avec un noyau dur de joueurs du sérail : Stephen Curry, Klay Thompson, Draymond Green, Harrison Barnes et Festus Ezeli.

Le succès de San Antonio aurait-il été le même si Gregg Popovich avait perdu patience avec Tony Parker et appuyé sur le bouton pour obtenir Jason Kidd ? S’il avait fini par perdre totalement pied devant ce Manu Ginobili qu’il ne comprenait pas ? Aussi talentueux étaient-ils, le Français et l’Argentin ont eux aussi commis des erreurs, perdu des matchs et, sans doute, frustré par moments la star de l’équipe, Tim Duncan. Mais tout l’encadrement a fait preuve de patience et continué de développer, polir, ces joueurs jusqu’à faire d’eux des stars de la ligue.

Depuis la première saison de Jason Kidd à Milwaukee, j’éprouve une petite passion pour les Bucks. Pendant cinq ans, parfois ponctués de guerre interne, la franchise a essayé, a rectifié mais s’est toujours concentré sur le développement de ses jeunes, évidemment Giannis Antetokounmpo, Khris Middleton ou encore John Henson et, plus récemment, Malcolm Brogdon. Comme à Golden State avec l’arrivée de Steve Kerr, un changement d’encadrement a permis à l’équipe de franchir un cap, et quel cap ! Engranger 75% de victoires en quatre mois, devant les Warriors, n’est pas à une performance à minimiser.

Je me souviens aussi des premières années de Kobe Bryant, que j’ai suivi (avec les moyens du bord, nous sommes en 1997) dès sa campagne rookie. Ce n’est qu’au bout de sa quatrième saison, et l’arrivée de Phil Jackson, que l’arrière est devenu un joueur total, plus seulement un brillant attaquant mais aussi un défenseur de premier plan. À l’époque, beaucoup d’observateurs doutaient de la trajectoire de sa carrière : après tout, les Glenn Robinson, Jerry Stackhouse ou Latrell Sprewell marquaient eux aussi beaucoup de points, sans faire beaucoup de playoffs. Que se serait-il passé si Jerry West avait perdu patience ?

Inutile de se lancer dans une liste exhaustive de joueurs pour lesquels la confiance et patience de leur franchise ont été primordiales, le fait est que le développement de talents prend du temps et qu’importe la position de Draft. À l’heure actuelle, rares sont les joueurs qui ont plus d’une saison d’université dans leur bagage et ce ne sont pas ces six mois d’expérience en NCAA à la sortie du lycée qui changent radicalement un joueur.

À 34 ans, LeBron n’a plus de temps à perdre

Il est intéressant de constater qu’avec une franchise derrière eux, D’Angelo Russell et Julius Randle s’épanouissent. Au sein d’une équipe portée par un staff en provenance de la culture Spurs, le premier s’apprête d’ailleurs à participer à son premier All-Star Game et s’impose comme l’un des leaders d’une équipe en position de faire les playoffs. Ironique quand on se souvient que Magic Johnson a mis en cause ses qualités de leadership et sa capacité à rendre les autres meilleurs. Plus cocasse encore, ces propos, le président des Lakers les a tenus pour justifier que Lonzo Ball soit désormais le « nouveau visage des Lakers ».

Un an et un LeBron James plus tard, Lonzo Ball est proposé aux Pelicans et le nouveau visage des Lakers est un Anthony Davis toujours résident de la Louisiane. La chasse aux stars, coûte que coûte, même s’il faut envoyer trois ou quatre jeunes de talent indéniable et des tours de Draft à foison dans la balance. Il n’y a pas le temps, il faut gagner, immédiatement. Los Angeles le demande, le mérite. Feu Jerry Buss le mérite. Et bien évidemment, LeBron James le mérite. Après tout, aucune raison qu’à 34 ans, il entame son « héritage » par une fin de carrière ponctuée par des échecs en playoffs. Il n’a pas le temps.

Et qu’importe s’il savait où il mettait les pieds en signant dans la Cité des Anges, qu’importe s’il a déclaré qu’il ferait preuve de patience, comme il le fait avec ses enfants à la maison. Après tout, il avait bien annoncé lors de son retour à Cleveland « se voir en mentor et être impatient de guider certain de ces jeunes joueurs talentueux », ces jeunes n’étant visiblement que le seul Kyrie Irving puisque Andrew Wiggins, Anthony Bennett et Dion Waiters ont rapidement pris la porte. Il n’a jamais eu le temps.

Ce n’est pas un hasard si LeBron James et Magic Johnson se sont retrouvés aux Lakers, les deux sont depuis toujours connectés, si LeBron James vise à dépasser la grandeur de Michael Jordan, c’est bien de Magic Johnson dont il s’est toujours inspiré, que ce soit dans le jeu ou les affaires. Ce sont les mêmes : chacun Messie de leur génération, les plus grands talents de leur état et n°1 de leur Draft respective. La seule différence, c’est que LeBron James a dû quitter sa première franchise pour gagner alors que Magic est lui arrivé dans une équipe déjà constituée de Kareem Abdul-Jabbar, Jamaal Wilkes, Norm Nixon ou encore Michael Cooper avec un titre dès sa première année. Si l’on excepte son bref retour de retraite, il n’a jamais connu la médiocrité, le besoin de temps avec des joueurs à développer pour revenir au sommet. Ce n’est donc pas maintenant que le président des Lakers apprendra les vertus de la patience, pas plus que LeBron ne jouera les professeurs dans sa 35e année.

Jusqu’à quel point peut-on brader l’avenir ?

Je comprends évidemment les motivations des deux hommes forts des Lakers mais ce sont eux qui ont insufflé ce sentiment d’urgence qui pèse sur l’ensemble du groupe, coaches compris. La direction avait d’après elle un plan pour cet été prochain : pourquoi ne pas faire preuve de résolution et le respecter en laissant cette équipe vivre simplement cette année plutôt que de chasser le gros poisson dès février ? Pourquoi balancer autant d’atouts alors que la free agency est finalement imminente ? Pourquoi si peu de subtilité, se servir de la parole d’un agent par voie de presse, quitte à sacrifier ses troupes sur l’autel public ?

Le travail accompli par Jesse Buss depuis sa prise de responsabilités sur la prospection des talents est remarquable (Larry Nance en 27e position, Kyle Kuzma en 28e, Josh Hart en 30e, Ivica Zubac en 32e) : dans ce contexte, la très probable perte de Svi Mykhailiuk, peu vu en NBA mais à 30 points de moyenne à 49% au tir en G-League, en plus d’un second tour de Draft contre une très bonne rotation, certes, mais free agent à l’issue de cette saison me laisse perplexe. Outre cette aptitude à mettre sur le marché des jeunes joueurs à gros potentiel, les Lakers sont donc même prêts à compromettre le long terme en lâchant des futures rotations de qualité et des atouts pour la Draft.

Au bout du compte, je vois bien un avenir où plusieurs équipes NBA auront été irriguées d’anciens talents angelenos, All-Stars ou bon role players, sans que la franchise n’ait finalement pu parvenir à ses fins. Car aujourd’hui, l’arrivée d’Anthony Davis n’est pas garantie et les signaux envoyés par la direction, notamment en termes de traitement de ses éléments, ne sont guère rassurants. Si le Pelican ne se pose pas à Los Angeles, rien n’assure non plus les signatures de Kawhi Leonard, Klay Thompson, Kevin Durant, Jimmy Butler ou même Kyrie Irving comme certains le fantasment.

Rome ne s’est pas faite en un jour, les Warriors non plus. Ces derniers ne sont pas éternels et c’est pourquoi bâtir les fondations de l’avenir est primordial. Or, en s’alliant tous les deux, Magic Johnson et LeBron James capitalisent sur le présent. Une fenêtre de tir très limitée. Qu’importe ce qui se produira après eux. Ici, la fin de carrière de LeBron James et l’honneur de Magic Johnson sont les priorités. Je ne suis pas naïf : ce déroulement était connu d’avance.  Le projet « jeunes » était avorté dès leur arrivée. Il n’y a pourtant pas plus belle réussite que celle qui s’installe dans la durée et personne ne devrait passer avant les intérêts de la franchise.

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