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Boris Diaw, la French Touch sans modération

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Après Manu Ginobili, c’est au tour de Boris Diaw de prendre sa retraite, et ce sont, coup sur coup, deux de mes joueurs préférés qui quittent les terrains. Deux joueurs qui s’appréciaient, qui parlaient la même langue sur le terrain, et qui n’étaient jamais les derniers à faire des facéties ou à partager leurs expériences hors du terrain. Diaw comme Ginobili, c’est le basket humaniste. Le basket plaisir. Le meilleur du basket FIBA dans le meilleur championnat du monde.

A titre personnel, c’est quasiment un chapitre de 20 ans de basket qui se referme car j’ai eu la chance de voir Diaw à ses débuts à l’INSEP. On n’était pas nombreux dans les tribunes, mais j’entendais déjà des « c’est le Magic Johnson français », « il sera le Français le plus haut drafté », « il est aussi intelligent qu’athlétique ».

C’est vrai que dès cette époque, tout le monde tombait sous le charme de ce joueur. Il mesurait 2m00, montait la balle, et vous claquait des dunks après avoir passé la balle dans le dos. A l’échauffement, c’était des 360. Un extra-terrestre. Et puis il y avait cette intelligence de jeu. Il voyait tout avant tout le monde, et dès le plus jeune âge. Le joueur de rêve.

Forcément, comme je l’avais vu très jeune, j’ai suivi son parcours de très près. Je connaissais aussi très bien ses agents, et avec eux j’espérais qu’il tombe dans la bonne franchise. J’avais peur qu’il nous fasse une Rigaudeau, ridiculisé un an avant à Dallas, et j’y ai cru au début. A Atlanta, c’était l’horreur. C’est ce qui arrive quand on est un altruiste dans un championnat où l’individu reste roi. Tout du moins dans une franchise moyenne. Franchement, ça faisait de la peine. Un vrai sentiment de gâchis. Le plus beau joyau français condamné à ne pas jouer, ou à jouer à l’envers.

Le parfait exemple du « point forward »

Et puis, comme Diaw est né sous une bonne étoile, il y a eu Phoenix. L’endroit idéal pour renaître de ses cendres. Comme Steve Nash, mais aussi Shawn Marion, Diaw va s’épanouir avec Mike D’Antoni. En NBA, c’est vraiment une question d’opportunités. Il faut tomber au bon endroit, au bon moment. C’est cliché mais c’est tellement vrai… et quand Amar’e Stoudemire se blesse, c’est Diaw qui se révèle, au point de devenir indispensable. Et on va retrouver le Diaw que l’on connaît, le fameux 3D. Par contre, on oublie le « Magic Johnson français ». Diaw devient un ailier-fort, dans les deux sens du terme, le fameux « point forward ». Il n’a pas inventé ce poste mais il en était le parfait exemple avec cette capacité à diriger le jeu au poste.

Et puis, patatras… Diaw est envoyé aux Bobcats, et Paul Silas le scotche au bout du banc. A déprimer. Comment peut-on se passer d’un tel talent. Mais comme aux Hawks, mais avec un compte en banque bien plus garni, Diaw attend son heure. Sa bonne étoile est toujours là, et elle l’envoie à San Antonio après avoir négocié son départ de Charlotte. On en avait rêvé, Popovich l’a fait !

Champion d’Europe et champion NBA, what else ?

Et là, on retrouve le Diaw qu’on aime. Franchement, j’ai adoré le Diaw de San Antonio, sans doute mon préféré. Evidemment, il y avait des kilos en trop. Evidemment, il ne courait plus. Mais il incarnait cette French Touch. La version française de Manu Ginobili avec ce mélange d’intelligence de jeu et de talent individuel. Je vous invite à revoir des matches de cette époque. C’était il y a quatre-cinq ans. Ce n’est pas vieux mais aujourd’hui il ne reste que Popovich de cette époque, et peut-être une machine Nespresso dans un coin du vestiaire. Ils sont tous partis, même Parker. Diaw brillait tellement dans ce collectif que son nom avait même été envisagé pour être MVP des Finals en 2014.

Diaw, c’est aussi l’Equipe de France bien sûr avec la victoire à l’Euro 2013, des médailles à la pelle et beaucoup de défaites rageantes face à l’Espagne, mais aussi ce passage Pau-Orthez en début de carrière où il est élu meilleur joueur du championnat à 21 ans. A chaque fois, ce qui marque, c’est sa faculté à se fondre dans un collectif. C’est un Barbapapa. Il se transforme en fonction des besoins de l’équipe. Son seul plaisir, c’est de jouer. Son seul plaisir, c’est de transmettre, d’aider et de partager. Sa générosité et son altruisme dépassent le cadre du terrain. C’est tout simplement le joueur avec qui on a envie d’être pote ou de simplement partager un repas.

« A un moment donné, je vais être vieux… »

Plusieurs fois aussi, dans la salle ou devant l’écran, je me suis demandé ce qu’il avait en tête. A quoi pensait-il lorsqu’un coéquipier ou un coach ne comprenait pas son jeu ? A quoi pensait-il quand il ratait un énième lancer-franc décisif ? A quoi pensait-il quand il refusait un tir à deux mètres ? A quoi pensait-il quand il prenait un match à son compte, pour finalement disparaître ensuite ? En fait, tout semblait glisser sur lui, le plaisir d’abord. Diaw était en décalage avec ses contemporains. Il faisait le job, sa carrière est remarquable mais il restera toujours une pointe d’inachevé, ou de potentiel inexploité. Et alors ?

Je crois que Diaw est aussi le joueur qui m’aura le plus agacé. De frustration. Mais c’est ce qui faisait aussi son charme puisque deux secondes plus tard, il parvenait à se faire pardonner… En d’autres termes, il aurait pu faire une plus belle carrière, il aurait pu avoir l’éthique de boulot d’un Ray Allen, il aurait pu prendre plus de risques en attaque. Mais… ça n’aurait pas été Boris Diaw.

Au final, sa sortie de scène est à son image : sur un bateau, avec des potes, Tony Parker et Ronny Turiaf. La French Touch dans toute sa splendeur : le meilleur du basket français à l’international. Ils sont tous les trois titrés en NBA, et tout avait commencé en 2000, ensemble à Zadar, déjà au bord de la mer. La boucle est bouclée, et cette révérence sur son catamaran symbolise son esprit de liberté, de rester lui-même jusqu’au bout, tout en maîtrisant sa communication. Comme ce jour où il avait posté une photo de lui avec un verre de vin à la main alors que Gregg Popovich s’interrogeait sur son poids pris pendant l’intersaison. C’est tout Diaw en une photo.

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