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Kobe Bryant : les hauts et les bas d’une carrière de légende

Avec le numéro 8 ou le numéro 24, Kobe Bryant a ébloui les terrains dans les années 2000, remportant cinq titres de champion NBA, deux médailles d’or olympique et un titre de MVP. C’est l’un des plus grands joueurs de tous les temps qui est décédé dimanche soir.

Né le 23 août 1978 à Philadelphie, Kobe Bryant a traversé trois décennies pour devenir l’un des plus grands joueurs de tous les temps, et simplement un géant du sport mondial. L’onde de choc provoquée par son décès soudain dépasse les parquets NBA, et pour rendre hommage à ce monstre, retour sur les hauts et les bas d’une carrière digne d’une star de cinéma.

Sa jeunesse en Italie

Avant même Philadelphie, la première grande étape de la carrière de Kobe Bryant s’inscrit en Europe. En Italie, plus précisément. Son père, Joe, y passe huit années – de 1984 à 1991 – sous les couleurs de Rieti, Reggio Calabria, Pistoia et Reggio Emilia. À chaque fois, le petit Bryant suit son papa, est scolarisé dans ces villes, apprend l’italien, devient fan de football et du Milan AC et forge sa culture.

Sportivement, il suit la formation à l’européenne. Sa carrière derrière lui, il avoue avoir été capable de dribbler, shooter main gauche ou d’avoir perfectionné ses appuis grâce à ses années italiennes. Sans la botte, Kobe ne serait pas devenu Bryant. Néanmoins, le regard, l’attitude étaient déjà bien là, et il ne cessera dans sa carrière de vanter sa formation en Europe.

Mulhouse

Juste après le chapitre italien, Kobe Bryant, toujours par le biais de la carrière de son père, ouvre une nouvelle parenthèse de sa jeunesse, à Mulhouse ! Le gamin de douze ans est scolarisé en Suisse – il voulait rejoindre une école française, mais ses parents refuseront – mais le soir, il est bien présent dans l’hexagone pour enchaîner les shoots dans un coin du gymnase du FC Mulhouse. Des joueurs raconteront qu’ils entendaient ces premiers dribbles dans l’appartement.

Lower Merion High School

Les premiers exploits notables de Kobe Byrant arrivent au lycée Lower Merion près de Philadelphie. Certes, il n’est encore que le fils de son père à cet instant, mais son talent est énorme. Les statistiques de sa première année ? 31.1 points, 10.4 rebonds et 5.2 passes. Encore mieux, sa dernière saison, il remporte le titre d’État avec des moyennes ahurissantes : 30.8 points, 12 rebonds, 6.5 passes, 4 interceptions et 3.8 contres !

Meilleur lycéen du pays, il imite Kevin Garnett, drafté en 1995 sans avoir été à l’université, et décide de se lancer dans le grand bain dans le NBA. Enfin, s’il n’a jamais regretté cette décision, elle n’est pas totalement et uniquement le fruit de sa volonté…

Draft, échange et Adidas

En effet, citons Roland Lazenby, auteur d’une biographie de référence sur Kobe Bryant : « Il est devenu professionnel à la sortie du lycée, avec le travail de l’ombre d’Adidas. » L’histoire est connue : le jeune lycéen est sélectionné par les Hornets, puis échangé par les Lakers qui l’associeront avec Shaquille O’Neal, signé en juillet 1996. Ce coup de génie de Jerry West n’aurait jamais eu lieu sans l’influence de la famille de Kobe, payée par Adidas.

Roland Lazenby rajoute : « C’était la volonté de la marque aux trois bandes de trouver le prochain Michael Jordan. Sonny Vaccaro, qui travaillait pour Adidas après avoir été viré de chez Nike, a identifié Bryant alors qu’il était inconnu dans le monde du basket. La marque a fait de gros efforts pour que Kobe devienne professionnel et atterrisse aux Lakers. Les gens, quand c’est arrivé en 1996, pensaient que c’était Kobe et sa famille qui avaient fait tout ça, que c’était un adolescent qui se comportait comme le grand Jordan. Cela a donc généré de la colère. Mais c’est Adidas. Joe Bryant avait été basketteur professionnel pendant 16 ans donc on pensait qu’il était à l’abri du besoin. Mais la vraie raison pour laquelle Kobe est devenu professionnel, c’est que sa famille avait besoin d’argent. La preuve : quand il a signé ce contrat avec Adidas, Kobe a demandé à Vaccaro s’il y avait un moyen pour que sa famille puisse avoir cet argent et en même temps que lui puisse aller à l’université… »

Concours de dunks et Rookie Challenge

Huit ans après Michael Jordan et trois ans avant Vince Carter – peut-être les deux plus grands vainqueurs du concours – Kobe Bryant a lui aussi inscrit son nom au palmarès du Slam Dunk Contest. Sa performance ne reste pas dans les annales, son sommet restant un « Rider » avec le soutien de la chanteuse Brandy et une attitude déjà bien trempée.

Il est encore plus remarqué dans le Rookie Challenge où il plante 31 points avec 8 rebonds en 26 minutes. Mais l’Ouest s’incline et c’est le numéro un de la Draft qui repart avec le trophée de MVP. Un certain Allen Iverson.

Les airballs d’Utah

L’ascension du « Golden Boy » n’est pas aussi fulgurante qu’on peut l’imaginer. Surnommé « Showboat » (traduction : fanfaron, frimeur), son talent est certain, ses qualités en un-contre-un indéniables, mais il manque parfois de puissance et surtout de sens collectif. Son coach, Del Harris, l’utilise avec parcimonie. L’odeur des playoffs lui permet d’avoir sa chance. Dans le Game 4 de la demi-finale de conférence, les Lakers et le Jazz ne se lâchent pas dans le money-time, mais Shaquille O’Neal est sorti pour six fautes. Les derniers ballons passent donc par Kobe Bryant. La dernière possession est un cadeau de son coach, déterminé à profiter du talent individuel de sa perle. Le shoot est un airball. La prolongation devient un cauchemar : l’arrière a les shoots, mais ils enfilent les airballs.

Un gamin de même pas 19 ans aurait pu être détruit pas cet épisode. Il n’a certes pas eu peur, mais s’est manqué dans les grandes largeurs. Seulement, Kobe Bryant n’est pas fait du même bois que les autres. Il va se servir de ces instants comme d’une motivation. Jerry West ira même jusqu’à déclarer que cette soirée de mai 1997 est « le moment décisif de sa carrière ».

Les premiers duels avec Michael Jordan

Les affrontements entre le jeune Kobe Bryant et Michael Jordan resteront dans l’histoire comme des passages de témoin entre les deux meilleurs arrières de l’histoire. Le symbole est parfait : un jeune talent de 18 ans vient défier le plus grand joueur de l’histoire, avec lequel il partage la même morphologie, les mêmes qualités athlétiques et la même mentalité. C’est un moment unique, comme si Shaquille O’Neal avait affronté Wilt Chamberlain. Le premier duel entre les deux joueurs date du 17 décembre 1996, puis viendront ceux de la saison 1997-1998 et notamment une rencontre en décembre 1997.

Les Bulls sont privés de Scottie Pippen et Michael Jordan assure les affaires courantes avec 36 points et la victoire. En face, le jeune Kobe brille devant le public de Chicago avec 33 points. Il se permet même de demander des conseils au maître.

Le premier All-Star Game

Quelques semaines après ce match resté dans les mémoires, les deux joueurs se retrouvent au Madison Square Garden. Kobe Bryant est désormais un All-Star et il est bien décidé à voler la vedette aux meilleurs joueurs du monde. Surtout que Michael Jordan est souffrant et jamais loin de son mouchoir. Mais un Jordan malade – le « Flu Game » l’a prouvé – n’est pas bon à prendre tout de même. Au sommet de sa technique, la légende des Bulls déroule sa panoplie offensive face un arrière californien qui se comporte comme un jeune chien fou – certains estimeront d’ailleurs qu’il en a trop fait en shootant 16 fois en 22 minutes.

Micahel Jordan terminera avec 23 points, 8 passes, 6 rebonds et le titre de MVP en poche après la victoire de l’Est. Kobe Bryant, lui, rend 18 points et 6 rebonds. Le talent et l’audace étaient avec Kobe, l’expérience et la maîtrise avec Jordan. C’est aussi le début de la légende puisque quelques années plus tard, il deviendra le meilleur marqueur de l’histoire des All-Star Games avec 290 points – il sera ensuite dépassé par LeBron James.

Le Game 4 des Finals 2000

Trois ans après sa mésaventure à Utah, Kobe Bryant est en Finals face aux Pacers, avec Shaquille O’Neal au sommet à ses côtés. Seulement, comme face au Jazz en 1997, Shaq est touché par les fautes dans le Game 4 et doit rejoindre le banc alors que la partie se dirige vers les prolongations. Manque de chance aussi pour Bryant, il n’est pas à 100% puisqu’il a manqué le Game 3 suite à une blessure à la cheville, volontairement provoquée par Jalen Rose dans la seconde manche.

Mais le contexte est trop beau pour laisser passer l’occasion d’être un héros. Devant un Conseco Fieldhouse désabusé, Kobe Bryant, pas encore 22 ans, prend les choses en main et marque trois shoots capitaux dans la victoire des Lakers. Los Angeles mène 3-1 et filera vers le titre dans le Game 6. Ne serait-ce pas le premier grand match de sa carrière ?

Les playoffs 2001

Si le triplé des Lakers au début des années 2000 porte logiquement la (grosse) marque de Shaq, Kobe Bryant a souvent tutoyé les sommets. Les playoffs 2001 en sont une preuve éclatante. Au second tour, contre les Kings, il compile 35 points à 47% de réussite, 9 rebonds et 4.3 passes de moyenne. Dans le dernier match de la série, il rend une copie monstrueuse : 48 points et 16 rebonds ! Personne, sauf Hakeem Olajuwon, n’a fait mieux ou aussi bien depuis 1975, ni depuis…

En finale de conférence, face aux Spurs, champions en 1999, la sanction est la même et les moyennes toujours sublimes : 33.3 points à 51% de réussite, 7 rebonds, 7 passes. Sa finale contre Philadelphie, tout un symbole puisque le titre sera gagné dans la ville de l’amour fraternel, est solide, mais là encore, Shaq prend toute la place bien qu’il fut parfois meilleur que lui dans certaines séries de playoffs, s’installant comme un véritable alter ego, et non un simple lieutenant ou porteur d’eau.

Hué à la maison

Toujours un peu malmené par le public de Philadelphie depuis son arrivée en NBA, Kobe Bryant va vivre une des soirées les plus difficiles de sa carrière pendant le All-Star Game 2002. Nul n’est prophète en son pays, on le sait, ce qui se vérifie aussi avec Allen Iverson. Le MVP des Sixers, qui rendait hommage à Julius Erving avec un maillot floqué du n°6, a manqué son match avec 5 points. De ce match, on retiendra l’énorme dunk de Tracy McGrady et le retour de Michael Jordan.

Kobe Bryant, MVP haut la main avec 31 points, est sifflé par le public au moment de recevoir ce titre.

Le triplé

Alors qu’il n’a pas encore fêté ses 24 ans, Kobe Bryant entre dans l’histoire de la ligue avec un troisième titre consécutif, remporté aisément contre les Nets de Jason Kidd et Kenyon Martin (4-0). C’est encore Shaquille O’Neal qui repart avec le trophée de MVP, mais Kobe a assuré avec une série très propre : 26.8 points, 5.8 rebonds, 5.3 passes, 51% de réussite et 54% à 3-pts. Les Lakers demeurent au sommet, Kobe continue de progresser, Shaq reste le plus fort dans la raquette, tout est aligné pour qu’ils dominent encore quelques années…

Les neuf matches d’affilée à plus de 40 points

Surtout que la saison suivante, celle de l’éventuel quadruplé donc, Kobe Bryant prend une nouvelle dimension. Il conclut l’exercice avec 30 points de moyenne, 6.9 rebonds et 5.9 passes, faisant de lui un véritable candidat pour le titre de MVP – il terminera 3e des votes. Seulement, pour intégrer la race des grands scoreurs de l’histoire de la NBA, il faut cumuler deux qualités essentielles : marquer beaucoup de points évidemment, mais surtout garder la main chaude.

Ce sera parfaitement effectué entre le 6 et le 23 février 2003 puisqu’il enchaîne neuf matches de suite à 40 points !

La moyenne est donc monstrueuse : 44 points à 49.6% de réussite et 47% à 3-pts ! On ne peut pas oublier également les quatre rencontres à plus de 35 points précédentes à cette série historique. Le futur MVP 2008 va donc inscrire plus de 35 points pendant 13 matches de suite pour 42.4 points par match à 48.7% et 45.5% à 3-pts ! Quand il a les clés, Kobe Bryant s’impose comme l’attaquant le plus redoutable de la ligue et un des prolifiques de l’histoire.

55 points face à Michael Jordan

Pour que sa saison devienne magique, il fallait bien une dernière grande performance face à Michael Jordan, qui disputait alors sa dernière sous le maillot des Wizards.

Malheureusement, si « His Airness » était au sommet du temps des Bulls, et Kobe Bryant encore un peu tendre, cette fois-ci, Bryant est en pleine force de l’âge quand Jordan est vieillissant et gêné par ses genoux. Kobe ne fait pas de sentiment et il sort un de ses plus grands matches : 55 points à 9/13 à 3-pts. Michael Jordan (23 points) ne peut que constater que l’élève est devenu, lui aussi, un maître. Il a collé 42 points aux Wizards rien qu’en première mi-temps !

L’accusation de viol

Si les Lakers ne remportent pas de quatrième titre de suite, la carrière de Kobe Bryant prend véritablement son envol. Il n’a pas encore 25 ans, il est trois fois champion, multiple All-Star, et fait partie des meilleurs joueurs du monde.

Il est le futur de la ligue et la comparaison avec Michael Jordan commence à devenir de plus en plus frappante. En juillet 2003, sa vie bascule toutefois : il est accusé de viol par une employée de 19 ans de l’hôtel où il séjourne. Après plusieurs semaines, Kobe Bryant avouera la relation sexuelle, donc l’adultère, mais niera le viol.

Outre l’impact personnel sur sa vie, sa carrière est affectée. Son image médiatique est ternie, il est économiquement écarté par certaines des marques en contrat avec lui – McDonald’s ou Nutella – et son maillot n’est plus aussi populaire.

Toute la saison, il doit ainsi jongler entre les entraînements, les matchs et les auditions devant les juges, dans le Colorado. Finalement, les charges pénales seront abandonnées quand la plaignante refusera de témoigner lors du procès. Mais les deux camps trouveront un arrangement lors du procès civil, Kobe Bryant publiant un communiqué où il expliquait « maintenant comprendre qu’elle n’était pas consentante lors de cette rencontre. »

Le raté des Finals 2004

Il n’était tout de même pas loin d’accrocher une quatrième bague à ses doigts. La « superteam » des Lakers avec Karl Malone et Gary Payton parvient à rejoindre les Finals pour affronter les Pistons, équipe de cols bleus dirigée par Larry Brown. Detroit va imposer sa défense aux Lakers, son sens du rythme dans les matches et la blessure de Karl Malone va également bien plomber les espoirs de Phil Jackson et sa troupe.

Mais c’est bien Kobe Bryant, certes héros du Game 2 avec son shoot décisif, qui rate sa série. Peu concerné collectivement, il prend des shoots compliqués et ne parvient pas à se sortir du marquage de Tayshuan Prince. Il termine avec 22.6 points de moyenne à 38% de réussite et 17% à 3-pts ! Los Angeles s’incline 4-1. La fin d’une époque.

Le départ de Shaquille O’Neal

La dynastie des Lakers explose durant l’été 2004. Shaquille O’Neal est envoyé à Miami, Phil Jackson quitte le navire. Kobe Bryant, lui, reste et prolonge pour sept saisons et 136.4 millions de dollars. Il doit désormais assumer seul la franchise de Los Angeles, en devenir le visage, le patron.

De plus, à ce moment-là, ses problèmes judiciaires ne sont pas encore terminés. Son image est encore floue chez de nombreux observateurs. Les critiques de Phil Jackson, le jugeant impossible à coacher, lui feront du mal médiatiquement, sans oublier les belles performances de Shaq à Miami.

Une saison sans saveur

Alors que lui galère pour emmener sa troupe vers les playoffs. L’équipe est faible, Kobe Bryant n’est pas encore un leader, il est trop cash, sans filtre et il profite surtout d’avoir les clés du camion pour conduire à la vitesse qu’il désire. Il a même pris du poids (il pèse alors 105 kg) pour affronter ce nouveau défi, ce nouveau chapitre. C’est une déception collective et individuelle. Il ne reçoit aucune voix pour le titre de MVP et s’installe comme l’athlète le plus clivant du pays.

Le système offensif de Rudy Tomjanovich manque de repères et Kobe Bryant se met à regretter l’attaque en triangle de Phil Jackson. Le All-Star Game de 2005 est, ironie du sort, organisé à Denver, dans le Colorado. L’accueil est glacial, son match sans saveur. Comme sa saison…

Le retour de Phil Jackson

La riche carrière de Kobe Bryant est une accumulation de tournants. Les départs de Shaq et Jackson étaient un virage sévère. Le retour du dernier cité également. Le coach mythique des Bulls et des Lakers a longtemps hésité, fait parfois machine arrière mais il a bien signé aux Lakers en juin 2005.

Kobe Bryant va donc retrouver l’attaque en triangle et un coach en qui il peut avoir une confiance aveugle, malgré le passif et les polémiques. Kobe Bryant, qui ne semblait pas convaincu par sa venue quelques semaines plus tôt, a appelé Phil le matin de l’annonce. Le succès des Lakers passera de tout de façon par leur entente.

Une saison historique

Si l’attaque en triangle permet aux Lakers de retrouver un équilibre offensif, Phil Jackson se permet des libertés comme il l’avait fait avec Shaq. Kobe Bryant est au sommet de son art individuel. Il cartonne avec 35.4 points de moyenne !

Lire cette saison est toujours compliquée plus de dix ans après : est-ce la plus belle démonstration du talent de Kobe Bryant, véritable génie balle en main et monstre en un-contre-un ? Ou, au contraire, la preuve qu’il n’est qu’un soliste qui préfère shooter à 9 mètres sur deux défenseurs que faire une passe ? La suite apportera des réponses. En attendant, le « Black Mamba » offre un spectacle individuel jamais observé depuis Michael Jordan dans la seconde partie des années 1980.

81 points

Le chiffre est toujours aussi stupéfiant. Le 22 janvier 2006, face aux Raptors, Kobe Bryant réalise l’impensable : tutoyer les 100 points de Wilt Chamberlain. Certes, il est encore à 19 longueurs, mais jamais un joueur ne s’était approché de ce mythe.

Sa ligne statistique ? 81 points à 28/46 aux shoots (61 %) 7/13 à 3-pts, 18/20 aux lancers, 6 rebonds et 3 interceptions. Ses 81 points sont gravés dans le marbre des plaques de la NBA. Il y a des matches qui marquent une époque et installent un souvenir unique dans la tête de tous les fans de basket du monde. Ce dimanche de janvier 2006 en fait partie.

8 vs 24

Changement de peau. Après dix années à porter le numéro 8, Kobe Bryant décide de prendre le numéro 24, son numéro d’origine au lycée, avant d’avoir pris le 33 en hommage à son père. Il avait choisi le « 8 » plus jeune, dans un camp ABCD d’Adidas, où il s’était fait repérer. Il portait alors le numéro 143, il a simplement opéré un jeu d’addition : 1 + 4 + 3 = 8.

D’ailleurs, écoutons Kobe Bryant qui raconte ce changement : « C’est clair comme de l’eau de roche pour moi parce que ce sont deux personnes différentes dans un certain sens. On a une certaine mentalité quand on arrive dans la ligue, on est littéralement un chasseur de têtes, n’est-ce pas ? Parce que tu veux te faire un nom et dire : ‘J’ai ma place ici’. Et pour ça, tout le monde doit partir. Puis tu atteins un niveau de maturité et ce numéro 24 arrive, il s’agit moins de domination, mais plutôt de se demander : ‘Comment est-ce que je peux aider les autres à grandir, comment emmener un ensemble de gars à former un groupe ?’. C’est une grande différence. »

Les quatre matches d’affilée à 50 points

Les chiffres sont vertigineux. Entre le 16 et 23 mars, Kobe Bryant inscrit 225 points avec 76 shoots inscrits, soit 56 points de moyenne à 54% de réussite ! Un bilan prodigieux pour un arrière qui shoote autant de loin. On ajoute alors 56 lancers-francs à 93%, et on obtient la série offensive la plus impressionnante des 40 dernières années. Dans le détail : 65 points contre Portland, 50 contre Minnesota, 60 contre Memphis, 50 contre New Orleans.

Le cinquième match, il « échoue » à 43 points contre les Warriors. Ainsi, il rejoint Wilt Chamberlain sur une planète unique où il demeure le seul joueur extérieur. La performance est immense, historique et monstrueuse. Il suffit de choisir l’adjectif le plus précis : « Kobesque » peut-être. Les éloges se multiplient, le Bryant scoreur pur est à son apogée et jamais depuis Michael Jordan, la ligue n’avait observé pareil phénomène au scoring. Si complet, si prolifique, si fluide.

MVP 2008

Ce changement de mentalité, symbolisé par le numéro 24, se traduit dans le début de saison 2007-2008. Les Lakers progressent et réalisent de très bons premiers mois. Il manque encore un élément pour qu’ils deviennent un poids lourd mais les bases sont intéressantes. Cet élément, c’est l’arrivée de Pau Gasol en février 2008.

Los Angeles devient alors la meilleure équipe de l’Ouest et Kobe Bryant touche enfin au trophée de MVP, devant le jeune Chris Paul notamment. Meilleur marqueur de la ligue, champion, MVP, Kobe Bryant garnit son armoire à trophée et, à bientôt 30 ans, il ne lui manque plus grand chose à son palmarès.

L’humiliation de Boston

La rivalité entre les Celtics et les Lakers ouvre une nouvelle page de son histoire en 2008. Le « Big Three » de Boston (Paul Pierce, Kevin Garnett et Ray Allen) affronte le duo Bryant-Gasol. Meilleure défense du pays, la formation de Doc Rivers fait déjouer Kobe Bryant et le triangle. Pau Gasol est trop tendre pour déstabiliser la solide raquette de Boston.

Les Finals changent de direction quand les Celtics reviennent d’un retard de 24 points dans le Game 4 au Staples Center. Kobe Bryant et sa bande étaient à quelques minutes de revenir à 2-2, ils sont menés 3-1 et seront humiliés dans le Game 6 à Boston : + 39 ! La conférence de presse d’après-match montrera un Kobe dépité, profondément touché.

Champion olympique 2008

Avant 2008, Kobe Bryant n’avait jamais porté le maillot de Team USA aux Jeux olympiques alors qu’avec son niveau, il aurait pu y participer dès Sydney, en 2000. Après les échecs, à domicile en 2002 pour les championnats du monde, puis en 2004 à Athènes, USA Basketball a entamé une reconstruction de son modèle.

Opéré du genou, le « Mamba » manque les championnats du monde 2006, où Team USA s’incline en demi-finale et il arrive à Pékin en 2008, dans un pays où il est vu comme un Dieu, avec une image redorée et une envie de bien faire, de gagner bien sûr. Il est le leader, le meilleur défenseur même, de l’équipe et la « Redeem Team » revient au pays avec la médaille d’or et un match légendaire en finale contre l’Espagne, dans lequel Kobe Bryant fut excellent et clutch.

Les 61 points de New York

Voici ce que nous écrivions pour commencer le résumé de cette rencontre, le 2 février 2009 : « C’était le jardin de Michael Jordan. C’est devenu celui de LeBron James. Il n’en manquait plus qu’un : Kobe Bryant. » Avec 61 points, Kobe Bryant entre définitivement dans la légende du Madison Square Garden et se permet même de chambrer Spike Lee après la rencontre, estimant avec humour que les plus grandes performances de l’histoire de la « Mecque du basket » sont de sa faute.

MVP du All-Star Game avec Shaq

Une partie de la réconciliation entre Shaq et Kobe intervient en février 2009. Shaq est en fin de carrière, mais il garde toujours un titre d’avance sur Kobe, remporté avec le Heat en 2006. Kobe Byrant, lui, s’est refait une virginité, il est le MVP et finaliste en titre. Le All-Star Game de Phoenix est l’occasion pour Shaq, alors joueur des Suns, de briller une dernière fois, mais Kobe Bryant, déjà sacré en 2002 et 2007, est lui aussi en grande forme.

Le premier termine avec 17 points en 10 minutes en sortie de banc, le second avec 27 points. Ils sont désignés co-MVP comme Shaq le fut avec Tim Duncan en 2000. Récompense méritée pour Shaq ? Peu importe, c’est un All-Star Game et l’image est belle.

Champion 2009

La saison 2008-2009 fut dorée pour les Lakers. 65 victoires en saison régulière, une nouvelle présence en Finals contre Orlando. Le Magic a réussi une grosse postsaison en éliminant les Celtics, privés de Kevin Garnett, blessé, puis Cleveland et le MVP LeBron James, qui ne s’attendaient pas à tomber sur cet os floridien.

Seulement, Los Angeles est une formation trop équilibrée pour être gênée par Dwight Howard et compagnie. Si Courtney Lee n’avait pas manqué le shoot décisif dans le Game 2, les Finals auraient pu être différentes. Avec 32.4 points, 7.4 passes, 5.4 rebonds, un superbe Bryant est (enfin) élu MVP des Finals et ajoute une quatrième bague à ses doigts.

L’embrouille avec Matt Barnes

Le 7 mars 2010, Kobe Bryant va offrir une des images devenue culte. Dans une rencontre face au Magic, en troisième quart-temps, il s’accroche avec Matt Barnes, jamais le dernier pour venir chatouiller les superstars. Sur une remise en jeu, il mâche son chewing-gum avec un regard provocateur, quand Matt Barnes décide de diriger le ballon vers son visage pour lui faire peur. Kobe Bryant ne réagit pas. Vraiment, même pas un clignement des yeux, ce qui aurait été un réflexe humain…

L’ailier d’Orlando se souvient : « Cela m’a fait un peu peur. Ce n’était pas humain. J’avais vu le ralenti et j’étais proche de lui, il n’a pas bronché. » Comment Kobe Bryant a-t-il fait ? « Il est fou, mais pas assez pour me mettre le ballon dans la tête. Donc je n’ai pas pris la peine de réagir. » Quelques années plus tard, un autre plan, vu du dessus, permettra de constater que Barnes n’était pas devant Kobe, mais légèrement décalé…

Son plus gros coup de chaud

La revanche, avec un an de retard, entre les Celtics et les Lakers a donc lieu en 2010. Dans le Game 5, à Boston, Kobe Bryant va offrir quelques-unes de ses plus belles minutes en carrière. Pourtant, à la pause, il n’a inscrit que dix points avec un pourcentage très faible (4/12). On observe alors un retour du mauvais Kobe, celui des des Finals 2008, qui force, joue trop seul et oublie ses coéquipiers.

Mais en seconde mi-temps, pendant quatre minutes et quarante secondes, il offre toute sa panoplie et rejoint les plus gros et beaux coups de chaud de l’histoire des Finals – Michael Jordan en 1992 contre Portland, Isiah Thomas en 1988 contre les Lakers ou Dwyane Wade en 2006 contre Dallas. Il inscrit 17 points à 100% et tous les registres sont présents : fadeaway, un sublime lay-up sur alley-oop et trois paniers à 3-pts dont le dernier à plus de neuf mètres !

La performance est déjà exceptionnelle mais le contexte la rend juste irréelle : au Boston Garden, dans un Game 5 des Finals, face à la meilleure défense de la ligue. Un grand moment de basket, inoubliable pour tous ceux qui ont eu la chance de le vivre en direct.

Champion et MVP Finals 2010

Conscient, même s’il l’a caché pendant la série, de la longue et importante histoire et rivalité entre Boston et Los Angeles, Kobe Bryant savait que le Game 7 serait sans doute le plus fondamental de sa carrière. Une victoire et le voilà encore plus dans la légende des Lakers, peut-être même comme le meilleur joueur de l’histoire de la franchise. Une défaite, donc un second revers contre Boston, l’aurait bloqué derrière Magic Johnson ou Kareem Abdul-Jabbar.

Malgré sa blessure à l’index droit, sa maladresse chronique à cause de la défense de Boston, Kobe Bryant a vidé son registre offensif, défensif, physique et mental pour remporter ce Game 7 dans une ambiance étouffante. Champion et MVP des Finals, encore une fois, mais plus que jamais, il est au sommet de la planète basket.

« Un de plus que Shaq »

En conférence de presse, quelques minutes après avoir gagné ce cinquième titre et entouré de ses filles, il est interrogé sur la signification individuelle de ce trophée. Kobe Bryant, sourire aux lèvres, répond : « J’en ai un de plus que Shaq. C’est gravé dans le marbre. » Toute la salle en rigole, même l’intéressé, qui conclut : « Vous me connaissez, vous savez comment je suis. »

MVP All-Star Game 2011

Roi incontestée de la ligue, Kobe Bryant profite du All-Star Game de Los Angeles – le second de sa carrière après 2004 – pour y asseoir encore plus son emprise. Il voulait briller, gagner et repartir avec un nouveau MVP sous le bras. Avec 37 points et 14 rebonds devant son public, il remporte à nouveau le trophée de la rencontre des étoiles et devient le second joueur sacré à quatre reprises après Bob Pettit.

« Amnesty That »

Durant la saison 2012-2013, les Lakers construisent une nouvelle « superteam » avec les arrivées de Dwight Howard et Steve Nash. Seulement, pour garder ce noyau à l’avenir, la franchise était devant de nombreux choix à faire, sur le plan économique. Jamais avare de provocation, Mark Cuban, le propriétaire des Mavericks avait suggéré aux Californiens de couper Kobe Bryant et son salaire de 30.5 millions de dollars…

De la race des seigneurs, Kobe Bryant est un joueur qui fonctionne à la motivation. Il est toujours prêt à jouer, mais quand on lui offre une source d’énergie supplémentaire, alors la sanction tombe. En février 2013, il se déplace à Dallas pour faire payer Mark Cuban. Ce match est un petit bijou technique, oublié car noyé dans les nombreux grands matches du « Black Mamba ». Résultat : 38 points à 61%, 12 rebonds et 7 passes. Comme si ce n’était pas suffisant, Kobe Bryant tweete : « Amnesty That ».

Son dernier grand match

La saison des Lakers fut une déception. Appelé en urgence après le licenciement de Mike Brown, Mike D’Antoni doit trouver une osmose entre les stars sur le tas. Dwight Howard se remettait difficilement d’une opération du dos, Steve Nash était englué lui aussi dans des soucis physiques, et les Lakers n’ont jamais été capables d’entrer dans le Top 4 de l’Ouest.

Dans cette saison galère et loin des ambitions affichées, Kobe Bryant a tenu son équipe à bout de bras. Sa saison fut énorme : 27.3 points à 46% de réussite, 6 passes et 5.6 rebonds de moyenne à 34 ans passés. Le 10 avril 2013, face à Portland, il marque 47 points à 52%, prend 8 rebonds, délivre 5 passes, contre 4 shoots et intercepte 3 ballons ! C’est probablement le dernier grand match de sa carrière puisque le 12 avril, son tendon d’Achille lâche…

Les lancers-francs après sa grave blessure

Mark Jackson a probablement eu la même réaction que le monde entier. Quand Kobe Bryant tombe, le coach des Warriors n’imagine pas une telle blessure : « Dans ma tête, je me disais : ‘Ne tombez pas dans le piège, il va bien, ne le laissez pas reprendre la main sur le match’. » Mais l’arrière des Lakers vient de vivre la pire blessure de sa carrière.

À bientôt 35 ans, il comprend que sa carrière va attaquer une pente descendante. Il ne pourra jamais revenir à son niveau d’antan. Ses larmes dans les yeux après la rencontre le montrent. Néanmoins, et c’est peut-être le plus puissant exploit mental de sa vie, Kobe Bryant va revenir sur le parquet, en boitant, pour tenter les deux lancers-francs qu’il a obtenus. Mieux : il va les mettre. Combien de joueurs auraient lâché mentalement ? N’auraient même pas essayé de shooter ?

Il devient le troisième scoreur de l’histoire

Revenu à la compétition après de longs mois d’attente, Kobe Bryant devient un chasseur de records. Le 14 décembre 2014, contre les Wolves, il dépasse Michael Jordan au classement des meilleurs marqueurs de l’histoire de la NBA sur deux lancers. Comme ses premiers points dans la ligue en 1996 au Madison Square Garden. Un temps-mort plus tard, il est ovationné par le public.

Le scoreur extérieur le plus prolifique de tous les temps en NBA peut enfin souffler : en gravissant la montagne Jordan, il a réussi l’un des défis les plus fous de sa carrière. Son plus beau ? Le plus symbolique assurément. Triste ironie de l’histoire, c’est au lendemain de sa chute du podium, dépassé par LeBron James, qu’il décède. Ses derniers mots seront pour son successeur.

https://twitter.com/kobebryant/status/1221276426164269056

60 points pour son dernier match

Les blessures ont plombé la fin de carrière de Kobe Bryant. De longs mois d’absence l’ont obligé à vivre des rééducations éprouvantes pour un joueur aussi âgé. Ainsi, ses deux dernières saisons et ses derniers matches ont souvent été pénibles à observer mais cette tournée d’adieux – jugée exagérée pour certains – a fait ressurgir pas mal de souvenirs.

Mais Kobe Bryant n’est pas devenu l’un des plus grands joueurs et compétiteurs de l’histoire pour se laisser offrir des fleurs et marquer sur des défenseurs énamourés qui apprécient de voir l’étoile briller une dernière fois. Pour terminer vingt années consacrées au basket, il fallait signer le dernier chapitre d’un point final, d’exclamation même. Ce sera une performance XXL : 60 points contre Utah (en 50 shoots !), le tir de la victoire et une nouvelle soirée inoubliable.

Oscar et maillots retirés

Après avoir raccroché les chaussures, Kobe Bryant commence une nouvelle carrière. Le 18 décembre 2017, il devient le premier joueur de l’histoire de la NBA à voir deux numéros retirés par la même franchise. Son numéro 8 et son 24 ne pourront donc plus être portés par les joueurs des Lakers. Un hommage mérité.

De plus, il s’est lancé, avec succès, dans l’écriture et la production. Sa série « Détail » sur ESPN devient un « must-see » pour les fans de basket. Mais son premier grand exploit en dehors des parquets restera son Oscar remporté pour son film « Dear Basketball », ce film inspiré de son poème rédigé le soir de l’annonce de sa retraite et publié le 29 novembre 2015 sur The Players’ Tribune. Le soir de la réception de la statuette, Kobe Bryant avouera : « C’est encore mieux qu’un titre NBA. » Il devait entrer au Hall Of Fame en septembre 2020 et tout le monde était impatient d’écouter son discours. L’émotion sera immense pour son entrée à titre posthume.

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