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Roman de l’été : Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA » (3)

jackson-livreC’est l’été et pour la plage, vous allez avoir besoin de lecture. On a pensé à vous : en juillet et août, Basket USA vous proposera la lecture de l’autobiographie de Phil Jackson, « Un coach, onze titres NBA ».

On le dit et on le répète, c’est un « must read ». Parce que le « Maître Zen » évoque son parcours comme joueur, les joueurs et les légendes qu’il a coachés (Chicago Bulls de Michael Jordan, Los Angeles Lakers de Shaquille O’Neal et Kobe Bryant) mais aussi ses techniques de management, qui peuvent inspirer beaucoup de chefs d’entreprise.

Comment gérer les egos ? Comment faire cohabiter des personnalités très différentes ? Comment casser la routine et maintenir le degré de motivation des troupes ? Comment prévenir ou résoudre les conflits ? Régalez-vous avec ce document exceptionnel qui aborde aussi la philosophie et la méditation orientale.

Chapitre 3 : Red Holzman

« Le plus grand sculpteur taille le moins possible. »
Lao-Tseu

Ma première impression sur la NBA a été celle d’une pagaille peu structurée. Quand Red Holzman m’a recruté aux New York Knicks en 1967, je n’avais jamais vu un match NBA auparavant, hormis quelques rencontres de playoffs à la télévision entre les Boston Celtics et les Philadelphie Warriors. Red m’a alors envoyé la vidéo d’un match de 1966 entre les Knicks et les Lakers et j’ai invité une partie de mes coéquipiers universitaires à le regarder sur un grand écran.

J’ai été stupéfait par l’indiscipline et la négligence de chaque équipe. A l’université de North Dakota, nous étions fiers de jouer de manière systématique. En fait, pendant mon année senior, le coach Bill Fitch avait mis en place un système de circulation de balle que j’appréciais vraiment. J’ai appris plus tard qu’il s’agissait d’une version de l’attaque en triangle qu’il avait apprise de Tex Winter.

Il semblait n’y avoir aucune logique dans le match des Knicks que nous regardions. Pour moi, cela n’était rien de plus qu’un groupe de joueurs talentueux qui couraient sur le parquet à la recherche de shoots.
Puis la bagarre a débuté. Willis Reed, l’imposant intérieur des Knicks de 2,06 m et 106 kg, s’est embrouillé avec l’ailier Rudy LaRusso à côté du banc des Lakers. Il y a ensuite eu une pause dans la vidéo. Quand elle a recommencé, Willis était en train de se débarrasser de plusieurs joueurs des Lakers qui étaient sur son dos, avant de frapper le pivot Darrall Imhoff puis LaRusso à deux reprises au visage. Avant d’être maîtrisé, Willis avait cassé le nez de l’ailier John Block et envoyé le pivot Hank Finkel au sol.

Wow ! Nous nous sommes tous levés d’un bond et avons crié à l’unisson : « Remets-en-lui une ! » D’un autre côté, je me suis dit : « Dans quoi me suis-je embarqué ? C’est le gars que je vais affronter jour après jour à l’entraînement ! »

En fait, quand j’ai rencontré Willis cet été-là, j’ai découvert que c’était un gars chaleureux et convivial, digne, au grand cœur, et un leader naturel que tout le monde respectait. Il avait une présence imposante sur le parquet et sentait instinctivement que son travail était de protéger ses coéquipiers. Les Knicks s’attendaient à ce que Willis soit suspendu après cet incident contre Los Angeles mais la Ligue s’est montrée tolérante envers cette bagarre et l’a laissé tranquille. A partir de ce moment, les pivots de la Ligue ont commencé à réfléchir à deux fois avant de chercher des noises à Willis sur le parquet. Reed n’était pas le seul grand leader des Knicks. En fait, jouer pour New York pendant les années des titres de champion était comme aller dans une école d’études avancées de leadership.

L’ailier fort Dave DeBusschere, qui avait été joueur-entraîneur des Detroit Pistons avant de rejoindre les Knicks, était un général de terrain malin. L’ailier Bill Bradley, futur sénateur américain, était doué pour obtenir le consensus parmi les joueurs et les aider à se fondre dans une équipe. L’arrière Dick Barnett, qui a ensuite obtenu un doctorat en éducation, utilisait son verbe acéré pour empêcher quiconque de se prendre trop au sérieux. Et Walt Frazier, mon colocataire pendant la première saison, était un meneur magistral qui servait de quarterback à l’équipe sur le parquet. Mais l’homme qui m’a le plus appris sur le leadership était le plus discret de tous : Holzman lui-même.

La première fois où Red m’a vu jouer, c’était pendant l’un des pires matches de ma carrière universitaire. J’ai pris des fautes rapidement et je n’ai jamais trouvé mon rythme, tandis que Louisiana Tech nous éliminait au premier tour du tournoi Small College NCAA. J’ai ensuite marqué 51 points dans le match de classement contre Parsons mais Red n’était pas là.

Néanmoins, Red a dû voir quelque chose qui lui plaisait car après le match contre Louisiana Tech, il est allé demander à Bill Fitch : « Pensez-vous que Jackson puisse jouer pour moi ? » Fitch n’a pas hésité une seconde. « Bien sûr qu’il peut jouer pour vous », a-t-il répondu, pensant que Red recherchait des joueurs capables de s’occuper de la défense tout terrain. Ce n’est que plus tard qu’il s’est rendu compte de ce que Red voulait vraiment savoir : est-ce que ce péquenaud du Dakota du Nord pouvait supporter la vie dans la « Grosse Pomme » ? Fitch a dit que sa réponse aurait été la même.

Fitch était un coach intransigeant – et un ex-Marine – qui dirigeait ses entraînements comme des exercices militaires à Parris Island. Il était sans comparaison avec mon coach au lycée de Williston (Dakota du Nord) Bob Peterson, qui employait la manière douce, mais j’ai aimé jouer pour lui car il était dur et juste. Cela m’a toujours poussé à mieux faire. Pendant mon année junior, je me suis saoulé en semaine et je me suis couvert de ridicule en essayant de conduire un groupe d’étudiants sous les acclamations de l’école. Quand Fitch a eu écho de l’histoire, il m’a dit que je devrais faire des pompes à chaque fois que je le croiserais sur le campus. Malgré tout, je me suis épanoui dans son système. Nous jouions une défense appelée « press tout terrain », j’aimais cela.

Du haut de mes 2,03 m, j’étais assez grand pour jouer pivot mais j’étais également rapide, énergique et je possédais une grande envergure, donc il était facile pour moi de harceler les meneurs et d’intercepter des ballons. Mes bras étaient si longs, en réalité, que je pouvais m’asseoir sur la banquette arrière d’une voiture et ouvrir les deux portes avant en même temps sans me pencher en avant. A l’université, mon surnom était « The Mop » (le balai nettoyeur) car je tombais toujours sur le parquet en essayant de récupérer des ballons perdus.

Au cours de ma troisième année de faculté, je me suis montré à mon avantage, avec une moyenne de 21.8 points et 12.9 rebonds, ce qui m’a valu d’être retenu dans l’équipe type de la saison (All-America). Nous avons remporté le titre de Conférence cette année-là et disputé le Final Four Small College pour la deuxième année consécutive, échouant contre Southern Illinois dans une demi-finale serrée. L’année suivante, j’ai compilé 27.4 points et 14.4 rebonds de moyenne, en marquant 50 points à deux reprises, ce qui me valut à nouveau d’être nommé dans l’équipe type All-America.

Au début, je pensais que si j’étais drafté en NBA, ce serait par les Baltimore Bullets car le recruteur en chef, mon futur patron Jerry Krause, m’avait surveillé de près. Mais les Bullets ont été devancés par les Knicks qui m’ont choisi au début du second tour (17e choix général), laissant des regrets à Krause pendant des années, lui qui avait parié que je ne serais pas sélectionné avant le troisième tour.

J’ai également été drafté par les Minnesota Muskies dans l’American Basketball Association, ce qui était attrayant pour moi car c’était plus près de chez moi. Mais Holzman n’avait pas l’intention de laisser gagner les Muskies. Cet été-là, il m’a rendu visite à Fargo, dans le Dakota du Nord, où je travaillais comme animateur de colonie de vacances et m’a soumis une meilleure offre. Il m’a demandé si j’avais des réserves quant à ma signature chez les Knicks. J’ai répondu que je songeais à faire des études supérieures pour devenir haut fonctionnaire. Il m’a dit que j’aurais suffisamment de temps après ma carrière professionnelle pour poursuivre tout ce que je voulais faire. Il m’a aussi rassuré en me disant que je pourrais me tourner vers lui si j’avais du mal à me faire à New York.

Il s’est avéré que John Lindsay, le maire de New York à l’époque, faisait un discours à Fargo, dans l’entreprise pour laquelle je travaillais. Red trouvait la coïncidence amusante. Tandis que je signais le contrat ce jour-là, il dit : « Réalises-tu ? Le maire de New York est ici et tout le monde est au courant. Et toi, tu es en train de signer et personne ne le sait. »

C’est à ce moment-là que j’ai su que j’avais trouvé mon mentor.

Quand je suis arrivé au camp d’entraînement en octobre, les Knicks étaient dans une situation d’attente. Nous attendions toujours l’arrivée de notre nouvel ailier vedette Bill Bradley, qui venait de terminer le camp d’entraînement militaire d’Air Force Reserve. En réalité, nous faisions notre camp d’entraînement au sein de la base militaire McGuire Air Force dans l’espoir qu’il soit détaché un jour et commence à s’entraîner avec l’équipe. Même si notre effectif était bourré de talent, la hiérarchie du leadership n’avait pas encore été établie.

Le joueur supposé supérieur était Walt Bellamy, un très bon pivot scoreur, futur membre du Hall of Fame. Mais Walt se battait constamment avec Willis, qui était davantage taillé pour le rôle de leader. La saison précédente, à un moment donné, les deux joueurs s’étaient heurtés et littéralement assommés en se battant pour prendre la position préférentielle au poste. Dick Van Arsdale était l’ailier titulaire mais beaucoup pensaient que Cazzie Russell était plus talentueux. Dick Barnett et Howard Komives formaient un solide tandem arrière mais Barnett se remettait doucement d’une rupture du tendon d’Achille contractée l’année précédente.

Par-dessus le marché, il était évident que les joueurs ne faisaient plus confiance au coach Dick McGuire. Le surnom « Marmonneur » en disait long sur son incapacité à communiquer avec l’équipe. Il n’était donc pas surprenant que Ned Irish, le président des Knicks, mute McGuire à un poste de recruteur en décembre et nomme Red premier entraîneur. Holzman était un New-Yorkais dur et réservé, avec un sens de l’humour et un gros pedigree basket. Elu à deux reprises meilleur arrière américain à l’université City College de New York, il avait joué pour les Rochester Royals en tant que professionnel, remportant deux titres de champion, avant de devenir coach des Milwaukee-Saint-Louis Hawks.

Red était un maître de la simplicité. Il n’était pas adepte d’un système en particulier et ne restait pas debout toute la nuit pour inventer des formes de jeu. Ce en quoi il croyait, c’était jouer de la bonne manière, ce qui, pour lui, signifiait faire circuler la balle en attaque et avoir une défense collective intense. Red apprit le basket à l’époque précédant le tir en suspension, quand la circulation de balle à cinq joueurs était bien plus répandue que la créativité du un-contre- un. Il avait deux règles simples, qu’il criait depuis le banc de touche à chaque match :

Regarder le ballon. Red portait beaucoup plus d’attention à la défense à l’entraînement car il pensait qu’une défense forte était la clé de tout. Lors d’un entraînement, Red, qui pouvait être extrêmement cru quand il l’estimait nécessaire, avait fait des photocopies de nos systèmes. Il avait fait semblant de s’essuyer les fesses avec. « C’est à peu près tout le bien que l’on peut faire de ces choses », avait-il dit en jetant les feuilles par terre. Il voulait que nous apprenions à mieux jouer ensemble en défense car selon lui, l’attaque suivrait d’elle-même.

De l’avis de Red, la prise de conscience était le secret d’une bonne défense. Il insistait sur le fait de toujours garder un œil sur le ballon et d’être profondément en phase avec ce qui se passait sur le parquet. Les Knicks n’étaient pas aussi forts que les autres équipes et nous n’avions pas de contreur, comme Bill Russell des Celtics. Donc, sous les ordres de Red, nous avons développé un style de défense hautement coordonné qui reposait sur la prise de conscience collective de l’ensemble des cinq joueurs plutôt que sur les brillants coups d’éclat d’un homme dans la raquette. Avec cinq hommes ne faisant qu’un, il était plus facile de prendre à deux les dribbleurs, de couper les lignes de passe, d’exploiter les erreurs et de lancer des contre-attaques avant que l’autre équipe ne puisse comprendre ce qui se passait.

Red aimait mettre une pression tout terrain pour sortir les adversaires de leur match. En fait, lors de mon tout premier entraînement, nous avons exercé une pression tout terrain pendant tout le match d’entraînement. C’était parfait pour Walt Frazier, Emmett Bryant et moi-même, car nous avions pratiqué une défense tout terrain à l’université. Mes coéquipiers m’ont surnommé « le Cintre » et « Head and Shoulders » (marque de shampoing) à cause de mon physique mais j’ai préféré le nom que m’avait donné le journaliste Marv Albert : « Action Jackson ». Je savais qu’en jouant ailier plutôt que pivot, je renonçais à ma plus grande force – le jeu en post-up – mais je pouvais aider l’équipe et avoir davantage de temps de jeu en me concentrant sur la défense. D’ailleurs, je n’avais pas encore de tir fiable à 4 mètres et ma dextérité était si lacunaire que Red, plus tard, me fixa une règle de deux dribbles maximum.
Trouver le joueur ouvert. Si Red coachait encore aujourd’hui, il serait consterné de voir à quel point le jeu est devenu égocentrique. Pour lui, l’altruisme était le Saint Graal du basket. « Ce n’est pas sorcier », proclamerait-il, en ajoutant que la meilleure stratégie offensive est de faire constamment circuler le ballon entre les cinq joueurs pour créer des opportunités de shoot et empêcher l’équipe adverse de se concentrer sur un ou deux shooteurs. Même si nous avions quelques-uns des meilleurs créateurs de tirs – notamment Frazier et Earl « la Perle » Monroe -, Red insistait pour que tout le monde travaille à l’unisson afin de donner le ballon au joueur ayant la meilleure position de tir. Si vous décidiez d’y aller en solo, ce que peu de joueurs ont tenté, vous étiez rapidement envoyé au bout du banc.

« Dans une bonne équipe, il n’y a pas de superstar, insistait Red. Il y a de grands joueurs qui prouvent qu’ils sont de grands joueurs en étant capables de jouer en équipe avec les autres. Ils ont le talent pour être des superstars mais s’ils intègrent une bonne équipe, ils font des sacrifices, des choses nécessaires pour aider l’équipe à gagner. Le montant des salaires ou les données statistiques n’importent pas, c’est la manière dont ils jouent ensemble qui est importante. »

Peu d’équipes en NBA ont été aussi équilibrées offensivement que les Knicks de la saison 1969-70. Nous avions régulièrement six joueurs à plus de 10 points et aucun ne dépassait les 20 points de moyenne de manière répétée. Ce qui rendait l’équipe encore plus difficile à prendre en défense était le fait que les cinq titulaires étaient des shooteurs décisifs. Si vous faisiez prise à deux sur un joueur qui semblait être en feu, vous offriez des opportunités aux quatre autres qui pouvaient tous réussir des tirs décisifs.

Une chose qui me fascinait chez Red, c’était combien il laissait de latitude aux joueurs en attaque. Il nous laissait créer beaucoup d’actions et tenait beaucoup à ce que nous réfléchissions aux mouvements à faire dans les matches cruciaux. Beaucoup d’entraîneurs ont du mal à donner plus de pouvoir à leurs joueurs mais Red écoutait attentivement ce qu’avaient à dire les joueurs car il savait que nous avions une connaissance plus intime que lui de ce qui se passait sur le parquet.

Néanmoins, le don singulier de Red était son incroyable capacité à gérer des adultes et à les amener à se réunir dans une mission commune. Il n’utilisait pas de technique de motivation sophistiquée, il était juste simple et honnête. Contrairement à beaucoup d’entraîneurs, il n’interférait pas dans la vie personnelle des joueurs, à moins que cela ait un effet négatif sur l’équipe.

Quand Red a débuté en tant que coach, les entraînements étaient ridiculement chaotiques. Les joueurs arrivaient souvent en retard et amenaient leurs amis et parents en spectateurs. Le parquet était cassé par endroits, les panneaux en bois étaient déformés, les douches n’avaient pas d’eau chaude et les entraînements eux-mêmes n’étaient que des matches en grande partie sans contrôle, sans aucun exercice. Red a mis un terme à tout cela. Il a institué ce qu’il a appelé « des amendes ridicules » pour les retards et a interdit l’entraînement à tous ceux qui ne faisaient pas partie de l’équipe, y compris la presse. Il a dirigé des entraînements durs et disciplinés, principalement axés sur la défense. « L’entraînement ne rend pas parfait, avait-il pour habitude de dire. Seule la perfection à l’entraînement le permet. »

En déplacement, il n’y avait pas de couvre-feu ou de contrôle des chambrées. Red n’avait qu’une seule règle : le bar de l’hôtel lui appartenait. Il se fichait de savoir où vous alliez ou ce que vous faisiez tant que vous n’interrompiez pas son scotch de fin de soirée avec l’entraîneur Danny Whelan et les journalistes qui suivaient l’équipe.

Même s’il était plus accessible que les autres coaches, il jugeait important de maintenir une certaine distance avec les joueurs car il savait qu’un jour, il pourrait avoir à couper ou échanger l’un d’entre nous.

S’il avait besoin de vous sanctionner, il le faisait rarement devant l’équipe, sauf si cela concernait votre jeu. Il préférait vous inviter dans son « bureau privé » : les toilettes des vestiaires. Normalement, il m’appelait dans les toilettes quand j’avais émis une critique à propos de l’équipe dans la presse. J’avais un bon rapport avec les journalistes après des années passées à jouer aux cartes ensemble et j’avais parfois tendance à être trop désinvolte. Red était plus circonspect. « Te rends- tu compte, disait-il, que ces journaux vont se farcir l’un des joueurs dès demain ? »

Red était un sphinx notoire avec les médias. Il invitait souvent les journalistes à dîner et leur parlait pendant des heures mais il leur donnait rarement quelque chose qu’ils pouvaient utiliser. Il ne critiquait jamais les joueurs ou nos adversaires. A la place, il jouait souvent avec les journalistes pour voir quel genre de bêtise il pourrait les amener à écrire. Après une défaite particulièrement amère, un journaliste demanda comment il parvenait à rester si calme. Red lui répondit : « Je me rends compte que la seule vraie catastrophe est de rentrer chez soi et de s’apercevoir qu’il n’y a plus de scotch dans la maison. » Bien entendu, la citation faisait la une des journaux le lendemain.

Ce que j’aimais chez Red, c’était sa capacité à mettre le basket en perspective. Au début de la saison 1969-70, nous avons réussi une série de dix-huit victoires et nous nous sommes éloignés du reste de la meute. Lorsque cette série a pris fin sur une défaite décevante à domicile, les journalistes ont demandé à Red ce qu’il aurait fait si les Knicks avaient gagné, ce à quoi il a répondu : « Je serais rentré chez moi, j’aurais bu un scotch et mangé le bon repas que ma femme Selma est en train de cuisiner. » Qu’allait-il faire maintenant que nous avions perdu ? « Rentrer chez moi, boire un scotch et manger le bon repas que Selma est en train de cuisiner. »

Le tournant pour les Knicks a concerné une autre bagarre, cette fois pendant un match télévisé contre les Hawks à Atlanta en novembre 1968. La rixe fut déclenchée par le joueur d’Atlanta Lou Hudson en seconde mi-temps, lorsqu’il essaya d’éviter l’écran massif de Willis Reed et finit par lui mettre un coup au visage. Tous les Knicks se levèrent et se mêlèrent à la bagarre (ou du moins firent semblant), hormis un joueur, Walt Bellamy.

Le lendemain, nous avons eu une réunion d’équipe pour parler de l’incident. La conversation tourna autour de la défection de Bellamy et le consensus parmi les joueurs fut qu’il n’avait pas fait son travail. Quand Red demanda à Walt pourquoi il n’avait pas aidé ses coéquipiers sur le parquet, celui-ci répondit : « Je ne pense pas que la bagarre soit appropriée au basket. » Beaucoup d’entre nous étaient d’accord avec lui sur le fond mais la bagarre était une réalité quotidienne en NBA et cela ne nous a pas réconfortés d’entendre que notre pivot n’assurait pas nos arrières.

Quelques jours plus tard, les Knicks ont envoyé Bellamy et Komives aux Pistons en échange de Dave DeBusschere – un transfert qui solidifia notre cinq majeur et nous apporta de la flexibilité et de la profondeur pour remporter deux titres de champion. Willis prit la relève au poste de pivot et se mua en leader d’équipe, en sergent d’armes de Red. DeBusschere, un joueur besogneux de 1,98 m pour 100 kg, avec un grand sens du jeu et un shoot extérieur efficace, prit le poste d’intérieur. Walt Frazier remplaça Komives comme meneur, associé à Barnett, un joueur de un-contre-un surdoué. Bill Bradley et Cazzie Russell partageaient le dernier poste – ailier car notre titulaire, Dick Van Arsdale, avait rejoint les Phoenix Suns à l’issue de la draft d’expansion cette année-là. Mais Bill prit le dessus quand Cazzie se cassa la cheville deux mois après le transfert de DeBusschere.

Il était intéressant de voir Bill et Cazzie se disputer le poste lorsque Russell est revenu la saison suivante. Tous deux avaient été des stars à l’université et étaient prisés à la draft (Bill était un choix territorial en 1965, Cazzie a été le numéro 1 de la draft en 1966). Bradley, qui était surnommé « Dollar Bill » à cause de son impressionnant (pour l’époque) contrat de 500 000 $ sur 4 ans, avait tourné à plus de 30 points de moyenne trois années de suite à Princeton et avait mené les Tigers au Final Four NCAA, où il avait été élu meilleur joueur du tournoi. Après avoir été drafté par les Knicks en 1965, il a étudié pendant deux ans dans le prestigieux programme d’Oxford « Rhodes Scholarship » avant de rejoindre l’équipe. Il y avait tant de battage autour de lui que Barnett commença à parler de lui, d’un ton sarcastique, comme « l’homme capable de sauter au-dessus des grands buildings en un seul bond ».

Cazzie suscita beaucoup de taquineries également. Lui aussi avait signé un gros contrat (200 000 $ sur 2 ans) et il avait été un scoreur si dynamique à Michigan que la salle de l’université était surnommée « La maison construite par Cazzie ». Personne ne mettait en doute son talent : Cazzie était un excellent shooteur qui avait mené les Wolverines à trois titres consécutifs de la Conférence Big Ten. Ce qui amusait les joueurs, c’était son obsession de la nourriture saine et des thérapies non traditionnelles.
Par exemple, l’un de mes coéquipiers avait encore plus de surnoms que moi. Il était appelé « L’enfant prodige », « Monsieur muscles », « Cockles’n Muscles » (des céréales et des muscles) et, mon préféré, « Facteur max », car il aimait se badigeonner le corps d’huile de massage après l’entraînement. Son casier était tellement rempli de vitamines et de compléments alimentaires que Barnett, son colocataire, plaisantait en disant qu’il fallait une ordonnance pharmaceutique signée si vous vouliez venir chez eux.
Ce qui m’a impressionné à propos de Bill et Cazzie, c’était l’intensité qu’ils étaient capables de mettre dans leur rivalité sans pour autant être pris dans une bataille d’egos. Au début, Bill a eu du mal à s’adapter au jeu professionnel à cause de son manque de vitesse de pied et de détente mais il a comblé ses lacunes en apprenant à se déplacer rapidement sans la balle et en se montrant plus malin dans les courses. Défendre sur lui à l’entraînement – ce que je devais souvent faire – était éprouvant pour les nerfs. Quand vous pensiez l’avoir pris au piège dans un coin du parquet, il fuyait et ressortait de l’autre côté avec un shoot ouvert.

Cazzie avait un problème différent. Il était bon dribbleur, avec un mouvement rapide vers le panier, mais le cinq majeur travaillait mieux quand Bradley était sur le terrain. Donc, Red a fait de Cazzie un sixième homme qui pouvait sortir du banc et déclencher une crise de folie décisive aux shoots. Au fil du temps, Cazzie s’adapta au rôle et il était fier d’être le leader du deuxième cinq, lequel, en 1969-70, incluait le pivot Nate Bowman, l’arrière Mike Riordan, l’ailier Dave Stallworth (qui avait été écarté des parquets pendant un an et demi à cause d’un accident vasculaire cérébral) ainsi que les remplaçants John Warren, Donnie May et Bill Hosket. Cazzie a donné un surnom à cette escouade : « les Minuteurs ».
Il n’y a pas si longtemps, Bill a assisté à une réunion des Knicks et il a été surpris quand Cazzie s’est approché de lui et s’est excusé pour son comportement égoïste lorsqu’ils étaient en concurrence pour le même poste. Bill a répondu à Cazzie qu’il n’avait pas besoin de s’excuser car il savait que, quelle que soit la folie de Cazzie, il n’avait jamais mis sa propre ambition au-dessus de celle de l’équipe.
Je n’ai malheureusement pas pu être l’un des « Minuteurs » de Cazzie en 1969-70. En décembre 1968, j’ai subi une grave blessure au dos qui a nécessité une opération à la colonne vertébrale et m’a écarté des parquets pendant un an et demi. Le rétablissement a été épouvantable : j’ai dû porter un corset pendant six mois et on m’a dit que je devais limiter l’activité physique, y compris le sexe, durant cette période. Mes coéquipiers me demandaient si je songeais à faire porter une ceinture de chasteté à ma femme. J’en riais mais ce n’était pas drôle.

J’aurais probablement pu retourner au feu lors de la saison 1969-70 mais l’équipe avait pris un excellent départ et la direction a décidé de m’inscrire sur la liste des blessés pour toute l’année, afin que je ne sois pas recruté pendant la draft d’expansion.

Je n’étais pas inquiet au sujet de l’argent car j’avais signé une prolongation de contrat de deux ans avec le club après mon année rookie. Mais j’avais besoin de m’occuper, donc j’ai commenté quelques matches à la télévision, j’ai travaillé sur un livre sur les Knicks appelé Take It All ! avec le photographe de l’équipe George Kalinsky et j’ai voyagé avec l’équipe en tant qu’entraîneur adjoint informel de Red. A cette époque, la plupart des coaches n’avaient pas d’assistant mais Red savait que j’étais désireux d’apprendre davantage sur le jeu et il recherchait quelqu’un pour apporter de nouvelles idées. Cette mission m’a donné l’occasion de voir le jeu comme un coach le fait.

Red était un excellent communicant verbal mais il n’était pas adepte de visuels et dessinait rarement des schémas de jeu sur le tableau pendant les discours d’avant-match. De temps en temps, pour garder les joueurs concentrés, il leur demandait d’hocher la tête à chaque fois qu’ils entendaient le mot « Défense » quand il parlait – ce qui arrivait tous les quatre mots environ. Pourtant, les joueurs s’assoupissaient toujours quand il parlait, donc il m’a demandé d’analyser les forces et les faiblesses des équipes adverses puis de dessiner leurs systèmes clés sur le tableau. Cela m’a obligé à commencer à réfléchir au jeu en tant que problème stratégique plutôt que tactique. Quand vous êtes un jeune joueur, vous avez tendance à vous focaliser sur la manière dont vous allez battre votre adversaire direct à chaque match. Dorénavant, je commençais à voir le basket comme un jeu d’échecs dynamique dans lequel toutes les pièces étaient en mouvement. C’était exaltant.

L’autre leçon que j’ai apprise concernait l’importance des rituels d’avant-match. La séance de shoots n’avait pas encore été inventée, donc la plupart des coaches essayaient de caser toutes leurs consignes d’avant-match dans les quinze ou vingt minutes avant le début de la rencontre. Mais un joueur assimile peu de choses quand son corps monte en adrénaline. Ce n’est pas un bon moment pour avoir de profondes discussions avec le lobe gauche du cerveau. C’est le moment pour calmer les esprits des joueurs et renforcer leur connexion spirituelle avant la bataille.

Red portait beaucoup d’attention aux joueurs du banc parce qu’ils jouaient un rôle crucial dans notre équipe, qui était souvent affaiblie par des blessures. Dans l’esprit de Red, les joueurs remplaçants devaient être activement impliqués dans le match, de manière aussi importante que les titulaires. Pour être certain que les remplaçants soient prêts mentalement, il leur donnait généralement plusieurs minutes d’instructions avant de les envoyer sur le parquet. Il leur criait aussi constamment de faire attention à l’horloge des vingt-quatre secondes, pour qu’ils puissent shooter à tout instant. Red faisait ressentir à chaque joueur qu’il avait un rôle important dans l’équipe, qu’il joue quatre minutes par match ou quarante – ce qui a contribué à transformer les Knicks en une équipe soudée et rapide.

Arrivés aux playoffs 1969-70, les Knicks paraissaient irrésistibles. Nous avons terminé la saison avec un record de Ligue de 60 victoires pour 22 défaites. Nous venions de nous imposer contre Baltimore et Milwaukee aux tours précédents. Heureusement, nous n’avons pas eu à nous préoccuper des Celtics car Bill Russell avait pris sa retraite et Boston était dans une période de transition.

Nos adversaires en Finales étaient les Lakers, une équipe prestigieuse emmenée par Wilt Chamberlain, Elgin Baylor et Jerry West, qui avait un désir non dissimulé de remporter une bague après avoir perdu contre Boston six des huit Finales NBA précédentes. Mais ils étaient loin d’être aussi rapides et mobiles que nous et leur plus grosse arme, Chamberlain, avait passé le plus clair de la saison à se remettre d’une opération au genou.

Alors que la série était à égalité deux victoires partout, Willis s’écroula à cause d’une déchirure à la cuisse dans le Match 5 à New York. Nous avons dû jouer toute la fin du match avec un cinq majeur de petite taille et sans pivot. Cela signifiait que DeBusschere et Stallworth – un tandem à 2 m et 2,05 m – devaient jouer de rapidité et de ruse pour contenir Chamberlain, 2,16 m et 125 kg, probablement le pivot le plus dominant de l’histoire du basket.

A cette époque, il était interdit d’être à plus de deux pas de votre joueur adverse pour prendre à deux un autre joueur. Nous avons donc dû mettre en place une défense de zone, qui était également interdite mais moins susceptible d’être sifflée devant la fièvre du public des Knicks. En attaque, DeBusschere a attiré Chamberlain loin du panier avec son adresse à 4 mètres, permettant au reste de l’équipe de pénétrer plus librement dans la raquette. Cela nous a conduits vers une victoire décisive 107-100.

Les Lakers ont égalisé à domicile dans le Match 6, offrant ainsi l’un des moments les plus spectaculaires de l’histoire de la NBA. La grande question était de savoir si Willis serait rétabli pour le Match 7 au Madison Square Garden. Les médecins ne nous ont rien dit jusqu’à la dernière minute. Willis ne pouvait pas tendre sa jambe à cause de la déchirure musculaire et sauter n’était même pas envisageable, mais il s’est mis en tenue pour le match et a pris quelques shoots d’échauffement avant de se retirer dans le vestiaire des entraîneurs pour recevoir un traitement. Je l’ai suivi avec mon appareil photo et j’ai pris un beau cliché de lui se faisant injecter une dose géante de Mépivacaïne dans la hanche. Red a refusé que je le publie en expliquant que ce serait injuste à l’égard des photographes de presse, qui s’étaient vu refuser l’accès au vestiaire.

Alors que le match était sur le point de débuter, Willis se déplaça en boitillant dans l’allée centrale. Dans les tribunes, la foule devint furieuse. Le futur journaliste Steve Albert, qui était ramasseur de balles honoraire pour le match, a raconté qu’il regardait les Lakers quand Willis est apparu sur le parquet et « qu’ils se sont retournés comme un seul homme, ont arrêté de shooter et ont regardé Willis, bouche bée. Le match était terminé avant d’avoir commencé. »

Frazier menait le jeu en début de match. Il trouva Willis près du cercle, qui mit dedans sur un petit jump shot. Il scora à nouveau sur l’action suivante. Les Knicks ont rapidement mené 7-2, ce qui ne signifie généralement pas grand-chose en NBA, sauf dans ce cas. La présence imposante de Willis dès le début du match avait définitivement sorti les Lakers de la rencontre.

Au passage, Frazier a réalisé l’une des plus grandes performances méconnues de l’histoire des playoffs en marquant 36 points, accompagnés de 19 passes décisives et 17 rebonds. Même si Walt était déçu d’être dans l’ombre de Willis, il a lui aussi tiré son chapeau au capitaine. « Désormais, beaucoup de personnes me disent : “Wow, je ne savais pas que tu savais jouer comme ça !”, dira Frazier plus tard. Mais je sais que je n’aurais jamais pu être à ce niveau si Willis n’avait pas fait tout ce qu’il a fait. Il a impliqué les fans et nous a donné confiance rien qu’avec sa présence sur le parquet. »

Les Knicks l’ont emporté 113-99 et nous sommes devenus des célébrités du jour au lendemain. Ce fut une victoire amère pour moi, cependant. J’étais reconnaissant que mes coéquipiers acceptent de partager avec moi l’ensemble des recettes des playoffs et ma première bague de champion. Mais quand le champagne n’a plus coulé à flots, je me suis senti coupable de ne pas avoir pu contribuer davantage à la bataille du titre. Je mourais d’envie de revenir sur le parquet.

A suivre…

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