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Rencontre avec Hervé Dubuisson, le premier Français à avoir flirté avec la NBA

herve-dubuissonLes mots et les idées butent parfois, conséquences d’un grave accident de moto en 2001 et du coma qui a suivi. Par l’extrême gentillesse de son « bonjour » et la candeur de son regard, Hervé Dubuisson est immédiatement attachant. Alors qu’on le retrouve au stade Pierre Mauroy de Lille, lors des derniers jours de l’Euro, « Dub » revient sur sa biographie (Hervé Dubuisson, Une vie en suspension) qui sort le 15 octobre, sa carrière et son expérience chez les New Jersey Nets.

« Je suis beaucoup sur les réseaux sociaux et on m’a toujours demandé si j’avais un livre », nous explique le meilleur marqueur de l’histoire des Bleus. « À force d’entendre les demandes, je me suis dit qu’il fallait faire ce livre. Je suis souvent avec Xavier Le Cerf, un ancien basketteur et son amie, Stéphanie Augé, est journaliste ».

Ce livre, c’est en effet le fruit d’une rencontre.

« Y a quelque chose qui m’a marquée chez Hervé, lorsque je l’ai rencontré », confirmait Stéphanie Augé sur Montpellier, quelques jours plus tôt. « Ce regard un peu absent, cette façon de prendre ses mains, d’être un peu ailleurs… J’ai reconnu tous les signes d’une personne traumatisée crânienne puisque mon père l’est aussi. Quand j’ai vu Hervé Dubuisson, j’ai eu une affection particulière pour lui, tout de suite, sans même me rendre compte quelle star il était. J’ai été touché par l’homme. Souvent, les gens aujourd’hui ne savent pas trop comment l’aborder. Ils sont peut-être un peu gênés. Du coup, il s’est senti en confiance de me parler parce qu’il savait que je ne jugerais pas et que je comprendrais ses absences, ses oublis ou son amnésie ».

Renversé par un chauffard, le 10 mai 2001, Hervé Dubuisson a oublié sept ans de sa vie. Pensant alors toujours être joueur, il doit se reconstruire et ne peut plus entraîner. Dans l’accident, un nerf lié à la gestion de ses émotions a été touché. Il nous montre ainsi sa chair de poule dès qu’il évoque son grand ami, Tiburce Darou, disparu en début d’été.

« Les JO ? Un moment de gloire pour nous qu’on n’a pas assez exploité »

Son expérience lors des catastrophiques Jeux olympiques 1984 puis lors de la summer league des New Jersey Nets, en 1984, reste elle indélébile dans une mémoire pourtant encore délicate.

« Il faut remettre les JO dans leur contexte. On jouait au Forum de Los Angeles, la salle des Lakers. C’était le début de la NBA sur Canal+ donc pour nous, c’était le rêve absolu. On faisait les Jeux olympiques au Forum de Los Angeles, le lieu mythique ! C’était extraordinaire. Mais on n’a pas été très sérieux. On est arrivé 15 jours avant les Jeux et on a fait pas mal d’attractions avant, qu’on n’aurait peut-être pas dû faire. On était allé à Hollywood Boulevard, aux studios de cinéma, à Disneyland, Beverly Hills… On était parti pour le fun alors que ça faisait 25 ans que l’équipe de France n’avait pas fait les JO. C’était un moment de gloire pour nous qu’on n’a pas assez exploité. Mais bon, c’était Hollywood ».

À la tête d’un groupe mal préparé, le coach Jean Luent n’arrive pas à asseoir son autorité. Suite à une mauvaise communication au sujet du couvre-feu, il suspend Richard Dacoury et les frères Beugnot pour le match tant attendu face à la jeune troupe américaine de Michael Jordan, Patrick Ewing ou encore Chris Mullin, pas encore professionnels.

Résultat ? La plus lourde défaite de l’histoire de l’équipe de France : 120 à 62, soit 58 points d’écart…

« Je finis meilleur marqueur français mais on n’a pas vu le jour », commente Hervé Dubuisson. « On n’a pas existé. C’était les débuts de Jordan et ça marque. Même après mon grave accident, je m’en rappelle. On était dominé athlétiquement. Les gars sortaient d’université et on n’avait pas le temps de réagir. C’était un autre monde à l’époque ».

Sans attendre la cérémonie de clôture des JO, Hervé Dubuisson décolle vers le New Jersey et l’université de Princeton, où se tient la summer league des Nets. Il devient alors le premier Français (et même Européen formé sur le Vieux Continent) à porter un maillot NBA en signant pour 65 000 dollars (151 000 dollars actuels).

« Ce n’était pas du basket collectif, c’était chacun pour soi. Là-bas, il n’y avait pas de repas en commun, on arrivait juste pour le match. Ce qui m’a marqué, c’est qu’il n’y avait pas d’esprit de groupe. Tous les joueurs voulaient montrer leurs forces et personne ne passait la balle. À la fin du stage, ils me disaient que je les intéressais mais ils ne pouvaient pas me proposer de contrat garanti parce qu’à l’époque, il fallait avoir jouer quatre matchs dans la ligue. C’était un trop gros risque parce que j’avais toute ma vie en France et que je venais de re-signer avec le Stade Français. De toute façon, j’avais le niveau offensif mais peut-être pas la gnaque défensive comme eux ».

Malgré une offre, le shooteur décide donc de refermer sa parenthèse américaine pour continuer à traumatiser les défenses françaises. Il ne sera donc pas le premier français à jouer en NBA mais, trente ans plus tard, il ne le regrette pas.

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« Hervé Dubuisson aurait pu être pour les Nets ce que Drazen Petrovic a été plus tard »

dubuisson-suspensionHerb Turetzky travaille pour les Nets depuis près de 50 ans. Ce statisticien a également été scout pour la franchise et c’est lui qui a repéré Hervé Dubuisson lors d’un tournoi dans le Nord de la France.

« En 1984, j’ai entraîné une équipe de joueurs de New York et du New Jersey, sponsorisée par les Nets, en France et en Belgique pendant 15 jours », nous raconte-t-il. « Nous avons participé à un tournoi international, à Gravelines, où nous avons joué le Stade Français en finale. Je ne connaissais aucun joueur de cette équipe mais dès la première mi-temps, il était évident qu’il y avait un grand joueur en face de nous. Il faisait environ 1m95, il avait de longs cheveux qui flottaient dans le vent et il avait ce jumpshot magnifique. C’était Hervé Dubuisson ».

Impressionné par la détente du Français et la pureté de son shoot, le scout des Nets est subjugué.

« Il nous tuait ! On perdait de six points à la mi-temps et Hervé avait déjà scoré 20 ou 22 points. J’ai parlé à mes joueurs à la mi-temps. Au retour des vestiaires, Hervé remontait le ballon et il était devant notre banc. J’avais deux défenseurs sur lui, Al Skinner et Craig Robinson, le beau-frère de Barack Obama. Quand Hervé est passé devant notre banc, j’ai crié à mes joueurs : « Hit him » [Rentrez-lui dedans] ! Il m’a regardé et j’ai vu dans ses yeux qu’il était choqué. Il n’a pas répondu et a continué de jouer. Mais même s’il a marqué 38 points au final, on lui a rendu la tâche plus difficile en deuxième mi-temps et on a gagné le match et le tournoi ».

Après la rencontre, Herb Turetzky se présente auprès d’Hervé Dubuisson et lui propose de rejoindre les Nets pour la summer league. Le Français habite même quelques jours chez le scout, à New York, avant de rejoindre le campus de Princeton.

« Mon fils avait 7 ans à l’époque. Nous avions un panier accroché au-dessus du garage mais mon allée faisait plus de 20 mètres de long. Mon fils ne jouait pas à plus de 6 mètres du panier mais Hervé lui a pris le ballon, s’est placé au bout de l’allée et a tiré dix fois à plus de 20 mètres. Il en a mis sept ! Avant qu’il ne quitte la maison, il a dédicacé le short qu’il portait aux Jeux olympiques et il l’a donné, avec son maillot, à mon fils ».

La figure historique des Nets regrette la fatigue accumulée par Hervé Dubuisson durant la campagne de qualification olympique et les JO, mais aussi le contrecoup mental de l’élimination sans gloire à Los Angeles et quelques petits problèmes de santé, qui ont empêché le Français de montrer ce dont il était vraiment capable lors de la summer league.

« Hervé aurait pu être pour les Nets ce que Drazen Petrovic a été sept ou huit ans plus tard. Mais les Nets n’ont pas voulu prendre le risque. L’équipe n’allait pas bien durant ces années-là et elle ne voulait pas offrir trop d’argent à un joueur qu’elle ne connaissait pas trop. Hervé aurait pu être un titulaire. S’il avait été en meilleure forme, je pense que les Nets auraient vu quel grand joueur il pouvait être. Le problème, c’est qu’ils avaient un groupe faible et qu’ils avaient besoin de quelqu’un capable d’apporter tout de suite. Alors que lui avait besoin de temps pour s’adapter ».

Pour Herb Turetzky, Hervé Dubuisson a même sa place au Panthéon du basket.

« J’étais à Springfield la semaine dernière, pour la cérémonie d’introduction au Hall of Fame, et j’ai parlé à quelques personnes. Je vais d’ailleurs continuer à le faire parce que je pense que sa candidature mérite d’être étudiée par le Hall of Fame. Peut-être que la Fédération Française devrait aussi commencer une campagne dans ce sens ».

Propos recueillis à Montpellier et Lille, avec Emmanuel Laurin

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