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Clyde Drexler, un planeur sur les parquets

Longtemps dans l’ombre de Michael Jordan, l’homme aux 10 sélections All-Star fut pourtant dans les années 90 l’un des meilleurs joueurs de la planète. Portrait de celui qu’on surnommait « The Glide ».

La légende raconte qu’il était capable d’aller chercher une pièce sur le haut de la planche. Clyde « the Glide » Drexler (né le 22 juin 1962) possédait l’une des plus belles détentes de toute la NBA.  Celui qu’on a surnommé « le planeur » n’a sûrement pas connu la carrière qu’il méritait.

Longtemps dans l’ombre de MJ, l’homme aux 10 sélections All Star fut pourtant dans les années 90 l’un des meilleurs joueurs de la planète (il est le seul avec Kobe Bryant, LeBron James, Oscar Robertson et John Havlicek à compiler au moins 20 000 points, 6 000 rebonds et 6 000 passes décisives en carrière).

Pourtant  aujourd’hui encore les moins avertis se souviennent plus aisément de Magic Johnson, Larry Bird, Karl Malone et bien sûr du roi Michael. Alors qui était vraiment « The Glide » ?

Son enfance

Né au Charity Hospital de Nouvelle Orléans le 22 juin 1962, le petit Clyde débarque à Houston à l’âge de 3 ans lorsque sa mère quitte son père.  Quand celle-ci se remarie, il se retrouve au milieu d’une famille de sept enfants  et d’un beau père qu’il apprécie la semaine, mais beaucoup moins le week-end : « Manuel était quelqu’un de bien, sauf quand il buvait. Du lundi au vendredi c’était un chic type, mais le week-end, il  se transformait en monstre. »

Sa mère, baptiste et très croyante, cherchera à lui donner la meilleur éducation qu’il soit, et ce malgré de longues heures à travailler pour nourrir cette grande famille. Clyde est déjà un grand fan de sport et  à 8 ans il se fixe le rêve de devenir champion NBA.  Comme souvent dans ce genre d’histoire, « maman » veut d’abord  que son petit soit bon à l’école et qu’il reste sage. Il réussit ses examens et multiplie les A et B. Sa mère se souvient qu’un jour il est rentré de l’école en pleurant parce qu’un professeur lui avait supprimé sa carte de bibliothèque pour un livre qu’il n’avait, soit disant, pas rendu. Sûr de sa bonne foi, il refuse l’argent que  sa mère lui donne pour rembourser l’ouvrage disparu et récupère sa carte après avoir fait constater que le livre était bien à sa place. Le professeur avouera n’avoir encore jamais vu un enfant pleurer pour une carte de bibliothèque.

A cette époque Clyde a l’image d’un gentil gamin à qui la vie semble sourire. Mais  à 11 ans, il perd un frère, Michael,  alors âgé de 18 ans et tué par la police tandis qu’il tentait de braquer une pharmacie pour trouver de la drogue.  Cet événement tragique finira par le guider définitivement vers le droit chemin et restera l’élément marquant de son enfance.

Pendant son adolescence, Drexler est un grand fan de sport. Il pratique avec ses potes le skate, le baseball, le football et bien sûr le basket-ball. Mais il n’est pas très doué pour ce dernier. Il manque cruellement de coordination. C’est finalement grâce aux arts martiaux que Clyde progressera rapidement dans ce domaine. De 11 à 15 ans, il va régulièrement réviser ses Katas dans le garage d’un professeur habitant à deux pas de chez lui. « J’ai appris à coordonner mes mouvements, à développer ma force, ma concentration et ma condition physique. ».

A  12 ans, alors qu’il ne  mesure que 1m75, Clyde réussit son premier dunk sur le terrain de jeu d’Alberts Thomas (Houston). Il se souvient : « C’était à la fin de l’année scolaire. Avec mes amis on se lançait le défi. Ce jour là, j’ai réussi à enfin smasher!  J’ai dû en faire une centaine d’affilée ! Ça m’a rendu complètement euphorique».

Sa petite taille ne sera plus un frein pour ce qui est maintenant devenu son sport favori puisqu’entre 12 et 14 ans l’enfant de Houston grandit de plus 20 cm ! Il peut alors intégrer l’équipe universitaire des Couguars et commencer à croire en son rêve.

Les années collège

drexler-houston

Pour les nostalgique de NCAA des années 80, la Phi Slamma Jamma (la confrérie des dunkeurs fous) est de loin l’équipe universitaire la plus spectaculaire de tous les temps. Bien sûr Clyde « The Glide » en fait partie aux côtés d’Akeem Olajuwon (sans H à cette époque), Michael Young (champion d’Europe en 1993 avec le CSP), Larry Micheaux ou encore Greg “Cadillac” Anderson.  Cette équipe avait la réputation de mettre un nombre hallucinant de smashs par match. À tel point que le Houston Newspaper inclura une colonne « dunks » dans ses stats.  Clyde confiera à Michael Young : « Quand tu pars dans les airs pour dunker, tu te sens comme un oiseau libre. »

Pour son premier match Clyde joue 12 minutes, marque 12 pts et prend 5 rebonds. C’est à cette époque qu’on le surnommera « the Glide ».  Il raconte : « C’est Jim Nantz, un journaliste qui suivait l’équipe qui m’a appelé comme ça la première fois. Il s’était inspiré d’un globetrotteur qu’on appelait Clyde « the Glide » Austin (le second prénom de Drexler est Austin). Avant ça,  mon nickname était plutôt « Windex » (marque  d’un nettoyant  très connu aux USA pour vitre et surfaces dures) »

Pendant la période Phi Slamma Jamma, Clyde tournera à prés de  20 points et  10 rebonds par match. Le style spectaculaire de l’équipe, la complémentarité des hommes et l’amitié qui les liait, faisaient d’eux des prétendants légitimes au titre NCAA. Par deux fois, en 1983 et 1984, ils arriveront en finale universitaire.  La première fois face à North Carolina State de Jim Valvano et la seconde contre Georgetown. Mais jamais ils ne gagneront le championnat. Après cet échec Clyde est prêt pour la NBA. Alors qu’il pensait jouer dans l’équipe de son cœur, les Rockets, un changement de coach anéantira son rêve. Peu de temps avant la draft il se retrouve dans le bureau du G.M de Houston et raconte : « J’étais sûr que les Rockets, qui avaient le premier et le troisième choix, allaient me choisir (sûrement en troisième). Mais Ray Patterson m’a dit ce jour là : « Clyde, on t’avait promis de te prendre, mais parfois les choses changent ».

Déçu mais pas abattu,  Drexler sera finalement drafté en 14e position par Portland…

Les années NBA

Après d’âpres négociations, Clyde devient enfin un joueur de NBA. Il pose ses valises à  Portland, et non à Houston comme il l’espérait tant. Pour son premier match Drexler joue 11 minutes, marque deux points, prend deux rebonds et commet trois fautes. Le match suivant avec un temps de jeu quasi équivalent, il score cette fois 12 points, vole 2 ballons et prend 5 rebonds, mais il est sanctionné à quatre reprises. « A ce rythme là, je pense que je n’étais pas loin de battre le record NBA de fautes à la minute » plaisante-t-il.

Alors que sa deuxième apparition est convaincante,  Jack Ramsay, son entraineur de l’époque, ne l’utilise que quatre minutes le match suivant.  On assiste alors aux premiers rapports conflictuels qui rythmeront le début de la relation entre Drexler et son coach. The Glide ne comprend pas pourquoi, lui qui jouait tant au collège, se retrouve à faire des bouts de matchs de façon irrégulière et inexplicable.

« Je n’ai pas compris pourquoi Jack ne m’a fait jouer que quatre minutes le troisième match. Peut –être voulait-il m’envoyer un message ! Mais la situation n’a pas changé après. Je jouais 20 minutes une rencontre puis 5 le match d’après ! Que devais-je faire de plus !»

Des débuts difficiles

La saison avance et Clyde vit de plus en plus mal cette situation. Certes l’équipe compte deux all-stars avec Natt et Paxson, mais il se lasse des réponses de Ramsay : « Tu dois apprendre le jeu de l’équipe.» lui répète-t-il. En décembre, Clyde craque et fixe un ultimatum à son coach : « Si vous ne me donnez pas 25 à 30 minutes de jeu après le all-star week-end, je demanderais à être transféré. Cette situation n’est plus possible. »

Ramsay lui  répond: « Si tu me montres un maximum de choses dans les moments où tu es sur le terrain, tu auras plus de temps. »

L’engagement est pris entre les deux hommes. Par la suite, Clyde ne jouera jamais moins de 20 minutes par match et battra son record de points (21) en 36 minutes le 6 mars 1984.  Pendant cette  saison il marquera 7.7 points en moyenne pour 18 minutes de jeu. Ses rapports avec son coach se sont alors nettement améliorés et Clyde montre enfin ce dont il est capable. Quand il quittera  Portland en 1995, il détiendra le record de son équipe de minutes jouées.

Et si Jordan avait rejoint les Blazers…

L’année suivante Drexler n’est plus un rookie. En revanche, son pote Olajuwon le devient en étant choisi premier de la draft par les Rockets. Un homme aurait pu jouer d’ailleurs aux côtés de Clyde : Michael Jordan. Mais Portland  préfère prendre l’intérieur Sam Bowie en deuxième position, plutôt que le « futur » meilleur joueur de tous les temps. Là faute à qui ? A Drexler ! Indirectement bien sûr, mais les dirigeants de la franchise de l’Oregon, ne voient pas l’intérêt d’avoir deux joueurs du même profil et optent plutôt pour un secteur déficient l’année précédente. La suite, tout le monde la connait. Mais qu’en aurait-t-il été des Blazers avec Jordan et Drexler ?

Lors de sa troisième saison Drexler devient all star et marque 18.5 points par match. Mais les résultats collectifs sont très moyens, éjecté au premier tour pendant quatre ans, Portland a du mal à progresser malgré les performances de son franchise player. En marquant 27.2 points par match, la saison 1988-1989 est la plus aboutie de Drexler sur le plan individuel.

A l’inter-saison 1989, Rick Adelman, devient coach des Blazers (il avait été l’assistant de Ramsay, et assuré l’intérim quand Mike Schuler s’est fait virer). Cette année là, Clyde touche du doigt le rêve qu’il s’était fixé à 8 ans. Après une grosse saison (26.4 points et 7.8 rebonds), son équipe atteint les finales contre les « Bad Boys » de Detroit , mais se font battre 4-1. Il se souvient : « Ils gagnent quatre matchs sur cinq, alors que chaque rencontre était très serrée. Nous étions tous dévastés et tellement déçus de perdre ces finales. Il nous a manqué quelques petites choses, mais quoi ? Detroit a mis tous les shoots quand il le fallait. J’avais l’impression d’assister à une démonstration de tirs. »

« A Barcelone, le boulot des coaches étaient de séparer les gars qui se fritaient »

En 1991, cette fois la défaite intervient en finale de conférence contre les Lakers (4 -2).

C’est  en 1991-1992 que Drexler connait sûrement sa meilleure saison sur le plan individuel. Il bat son record de points dans un match contre les Spurs de David Robinson en scorant 48 unités ! Cette année là, il marque 25 points par match et termine juste derrière Michael Jordan pour le titre de MVP.

Le duel entre les deux hommes a aussi lieu sur le terrain lorsque les Bulls affrontent Portland en Finale. Mais c’est Jordan qui l’emporte  4 victoires à 2.  Une nouvelle fois, Drexler connait la défaite en finale (plus celles de ses années collège). Pourtant  cette année-là il remporte un titre, non pas avec Portland, mais au sein de la légendaire Dream Team aux JO de Barcelone. Composée des meilleurs joueurs de NBA et d’un rookie (Christian Laettner, préféré à Shaquille O’Neal !!), cette équipe écrase tous ses adversaires par un écart moyen de 43,8 points ! Pourtant leur coach, Chuck Daly, avait fort à faire pour gérer toutes ses stars. Drexler plusieurs années après avouera : « Les entrainements étaient intenses et très compétitifs, il y avait des altercations tous les jours. Rassembler 12 compétiteurs comme ça, c’était inévitable même s’ils étaient coéquipiers! Je tairai les noms car ce qui relève des entraînements doit y rester, mais le plus grand boulot des coaches étaient plus de séparer les gars qui se fritaient plutôt que de faire de la tactique. »

Champion NBA à 33 ans… à Houston

Pendant les trois saisons et demie qui suivirent, Clyde handicapé par plusieurs blessures, tourne tout de même à 19 points de moyenne par match. La fin de l’aventure avec sa franchise approche.

En 12 ans Drexler a tout donné aux Blazers, mais n’a jamais rien gagné. Il est temps pour lui de changer d’air et de retrouver sa terre texane, celle qui l’a vu grandir pour le basket. En milieu d’année 95, il « force » donc ses dirigeants  à le transférer contre Otis Thorpe et rejoint ainsi son pote Hakeem. Les automatismes du passé resurgissent et très vite ils forment un duo redoutable en NBA.  C’est aussi et enfin, l’année du sacre pour Clyde. À presque 33 ans, il va connaitre  la joie d’un titre NBA face à la jeune équipe d’Orlando de Shaquille O’Neal (4-0).  Devant sa famille, son rêve de gamin est enfin devenu réalité. Clyde « the glide » Austin Drexler peut arborer à son tour une bague de champion NBA.

Les trois dernières années de sa carrière furent plus compliquées. Une blessure au genou et l’arrivée de Charles Barkley perturbent son rendement. Lors de sa dernière saison il termine tout de  même meilleur marqueur (18.4) et meilleur passeur  (5.5) de Houston. Il prend sa retraite en 1998 et retourne coacher dans l’université qui l’a vu grandir. Il y restera 2 ans avant de devenir assistant aux Denver Nuggets.

Pour les nostalgiques des années 80/90, Clyde Drexler n’a peut-être pas eu le palmarès, ni la reconnaissance qu’il méritait. Mais que pouvait-il faire de différent ? L’ombre de Jordan a toujours plané sur lui, même lorsque Clyde volait plus haut que ses adversaires. Il reste l’un des rares joueurs qui donna au basket une dimension artistique et dont les envolés stratosphériques (c’est vrai qu’il donnait l’impression de planer !) s’inscrivent à jamais dans l’histoire de la NBA. Aujourd’hui Drexler coule des jours tranquilles avec sa famille, tout en gérant son entreprise (Drexler Holdings LLC) et la BIG3. En 2004, il fut  intronisé au Hall of Fame, mais cette fois-ci avant … Michael Jordan*. Puis ensemble avec la Dream Team.

* MJ ne pouvait pas l’être avant car il arrêta sa carrière en 2003 et il faut respecter un délai de 5 ans entre les deux événements.

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