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Les blogs de la rédaction

Le charme désuet de l’inefficacité

Par  — 

« Alors que les directions des franchises sont devenues de plus en plus intelligentes, et que cette tendance s’est accélérée dernièrement, ça met de plus en plus de pression sur la ligue, afin d’être davantage volontaire et cohérente quant aux changements de règles. La direction générale, quand vous utilisez les statistiques, c’est d’exploiter tous les déficits d’efficacité. Comme à Wall Street avec toutes les valeurs générées ou modifiées par les gouvernements. La NBA est comme un gouvernement, qui crée des distorsions en changeant ses règles, et les équipes vont de plus en plus exploiter ces distorsions. »

Il y a quelques jours, au micro d’ESPN, Daryl Morey revenait sur un point qui me semble assez mal compris dans la révolution des statistiques avancées. Car contrairement à ce que je lis très souvent, le rythme NBA n’est pas devenu fou, il est simplement revenu à celui de la fin des années 1980, avant un gros ralentissement dans les années 1990. Le problème, c’est qu’il y a un biais, la plupart des fans actuels ayant découvert la NBA durant cette période.

Une inflation de l’efficacité, pas du rythme

C’est donc leur point de comparaison par défaut, et c’est aussi le mien, mais ça engendre un problème d’analyse : si les records tombent, si les scores enflent, si les défenses semblent avoir disparu, ce n’est pas que le jeu est plus rapide que jamais, c’est que les équipes et les joueurs utilisent de mieux en mieux les règles, leurs failles et leurs limites.

C’est quelque chose qu’on peut ainsi voir sur les grandes tendances depuis 1973.

Le rythme (99.2 possessions par match) a augmenté depuis 1998/99, qui est la saison la plus lente (88.9) depuis l’introduction des 24 secondes mais il est de retour au niveau de la fin des années 1980 (100.6 en 1988/89). Ce qui est marquant évidemment, c’est la proportion de tirs à 3-points, qui représentent désormais 40% des shoots pris, ce qui a entraîné un gonflement de l’efficacité offensive et, par ricochet, une hausse de l’adresse… à 2-points.

En effet, comme on l’avait déjà expliqué, l’adresse à 3-points est stable depuis 25 ans, mais l’importance du tir de loin a complètement ouvert les raquettes.

Les effets sont multiples : comme l’avait théorisé Mike D’Antoni dès le milieu des années 2000, les shoots ouverts créés sur le jeu rapide (« 7 Seconds or Less ») sont particulièrement efficaces et précieux. En conséquence, il est important de limiter au maximum le nombre de balles perdues (le nombre de possessions perdues, TOV%, baissant en continu) et d’être davantage concentré sur le repli défensif que le rebond offensif (le nombre de possessions se terminant par un rebond offensif, ORB%, chutant également de façon constante).

Partout, on cherche donc à maximiser l’efficacité dans les règles actuelles, avec une grosse proportion de 3-points qui ouvre les raquettes, et moins de déchets.

L’une des explications de la réussite d’Utah cette saison vient d’ailleurs du fait que l’équipe mise désormais beaucoup sur ces tirs rapides en transition, avec une philosophie constante de pousser le ballon pour trouver un shooteur à l’opposé, souvent oublié par la défense, ou Rudy Gobert sous le cercle. Une stratégie qui a fait passer l’équipe de la 21e place sur contre-attaque (1.19 point par action) à la 1ère place de la ligue (1.34 point par action).

Je dois avouer qu’en ayant grandi avec la NBA des années 1990 comme point de référence, voir les équipes chercher ces 3-points sur jeu rapide provoque souvent chez moi une dissonance cognitive, mon esprit étant tiraillé entre ce que je sais être le plus efficace, et ce qu’on m’a « appris » lorsque je suis tombé amoureux de la NBA.

C’est comme voir un être cher s’épanouir dans un monde dont les repères semblent avoir évolué sans moi. Est-ce qu’il m’expulse inexorablement ou est-ce que je dois faire l’effort mental pour revenir dans son centre de gravité propre ?

Les stats avancées ont-elles tué le romantisme ?

Car au fond, les équipes actuelles font ce qu’elles ont toujours fait, à savoir chercher le maximum d’efficacité dans les règles imposées par la NBA. Quand les équipes des années 1990 cassaient le rythme pour s’appuyer sur le jeu en isolation, c’était déjà la même logique, pour profiter de la « défense illégale », dont la suppression en 2001 a profondément modifié le visage de la ligue. Elles s’adaptent simplement beaucoup plus vite.

Comme le dit Daryl Morey, les outils statistiques permettent désormais aux franchises d’identifier et d’utiliser les « déficits d’efficacité » bien plus rapidement. Après 2001, il a ainsi fallu des années à la NBA pour changer de paradigme, et sortir du « tout-isolation ». Je pense que ceux qui ont connu cette période se rappellent de cette génération de scoreurs voraces à l’efficacité douteuse (Allen Iverson, Tracy McGrady, Jerry Stackhouse…) ou du jeu des Spurs de Tim Duncan au tournant du millénaire. Les autres peuvent essayer de regarder des matchs complets pour voir que ces recettes étaient aussi répétitives que celles d’aujourd’hui.

La vraie différence, au final, c’est qu’ils étaient placés dans une phase de transition, face à toute la tradition de la ligue et sans feuille de route établie par ordinateur. C’était peut-être la dernière époque « romantique » de la NBA, où des équipes et des stars s’acharnaient dans ce qui allait finalement devenir « la mauvaise direction ».

Leur inefficacité désormais reconnue venait avant tout de leur rôle de défricheurs, quand l’analyse de plus en plus rapide des « déficits d’efficacité » conduit logiquement à une uniformisation globale. Jusqu’à la prochaine modification majeure des règles ?

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