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Tim Duncan a 40 ans : The Big Fundamental

Tim Duncan

Cinq fois champion NBA avec les Spurs, à qui il est fidèle depuis 19 ans, « Dream Tim » fête ses 40 ans ce lundi 25 avril. Si l’homme est réservé et peu causant, le joueur maîtrise tous les fondamentaux du basket. S’il n’est pas spectaculaire, Tim Duncan incarne l’efficacité absolue. Tant pis pour le show, tant mieux pour la gagne…  Lire la suite »

Devenu fermier, Darko Milicic livre ses vérités sur son passage en NBA

Darko Milicic

Deuxième choix de la draft 2003, sélectionné entre LeBron James et Carmelo Anthony, Darko Milicic a connu une carrière plus que compliquée en NBA, une suite interminable de déceptions et de coups bas.

Dans le meilleur des cas, le Serbe est l’une des grandes énigmes de la NBA. Dans le pire, il est l’un des plus gros gâchis de l’histoire du basket.  Lire la suite »

Aaron Gordon, une fusée proche du décollage

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Dans notre culture de l’immédiat et du spectacle, Aaron Gordon est un phénomène à part. Starifié depuis son passage légendaire à Toronto pour le dernier concours de dunks, et notamment ce dunk (au parfum olympique) par-dessus la mascotte d’Orlando, le jeune intérieur du Magic n’en reste pas moins un joueur en formation, à 20 ans seulement. Lire la suite »

Kwame Brown, l’espoir brisé

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Avant de devenir numéro un de la draft en 2001, puis un des busts les plus retentissants de l’histoire, Kwame Brown a longtemps flirté avec l’idée d’aller jouer pour Billy Donovan à l’université de Florida. Le gentil géant avait effectivement apposé sa signature sur une lettre d’intention qui venait confirmer la relation informelle de maître à disciple qu’entretenaient les deux hommes depuis à peu près deux années. Lire la suite »

Sur les traces de Brad Stevens, l’entraîneur que toute la NBA envie

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En interrogeant ceux qui l’ont côtoyé à ses débuts de joueur et de coach, Basket USA esquisse le portrait du meilleur entraîneur de sa génération : Brad Stevens (39 ans), qui s’apprête à propulser les Celtics en playoffs pour la deuxième année de suite.  Lire la suite »

Mary Patrux, bien dans son basket

Mary Patrux

Avant de présenter « NBA Extra », Mary Patrux (37 ans) a sillonné les salles de basket d’Île de France, où son shoot l’a porté jusqu’aux portes de l’INSEP. Basket USA a rencontré la journaliste afin de retracer son parcours, des parquets franciliens aux plateaux de beIN Sports. Lire la suite »

Joe Fulks, l’inventeur du shoot moderne

Joe Fulks

Il est au basket ce que Fosbury est au saut en hauteur. Un athlète qui a révolutionné son sport en démocratisant une manière de shooter. Pionnier du tir en suspension actuel, All-Star à deux reprises et auteur de 63 points dans la NBA des années 40, Joe Fulks (1921-1976) est mort assassiné par son beau-fils dans l’anonymat le plus complet. Portrait de celui qu’on appelait « Jumpin’ Joe ». Lire la suite »

République démocratique du Congo, Yémen, Espagne… Sur les traces de Bismack Biyombo

NBA: Toronto Raptors at Charlotte Hornets

Les places sont chères en NBA et pour les joueurs issus d’Afrique, où les infrastructures manquent, y obtenir un strapontin est quasiment mission impossible. Pour Bismack Biyombo, tout a commencé en République démocratique du Congo. Mais pour rejoindre les Etats-Unis, l’intérieur a dû faire escale au Yémen, au Liban puis en Espagne. Retour sur un parcours atypique, parsemé d’embûches, de choix risqués et de combats judiciaires. Lire la suite »

Jack Molinas, l’homme qui voulait corrompre la NBA

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La vue sur Los Angeles est magnifique. « C’est quand même mieux que la grisaille de Brooklyn », remarque Jack Molinas, dans le patio de sa luxurieuse villa perchée sur les pentes des monts Santa Monica. Il est 2h15 du matin. Son bras entoure les épaules de Shirley Marcus, qu’il vient de récupérer à l’aéroport après avoir passé la soirée avec sa mère au Luau, un restaurant polynésien de Beverly Hills. Jack avait rencontré Shirley dans un bar de Coney Island en 1955, vingt ans plus tôt. Ils avaient vécu une amourette de quelques semaines. Depuis, ils se revoyaient régulièrement et en ce mois d’août 1975, Molinas se réjouit de passer la fin de l’été avec son amie.

Recroquevillé derrière le mur de soutènement faisant office de séparation avec la maison voisine, Eugène Connor aperçoit enfin sa cible. Le voyou de 28 ans, ancien voleur de voitures reconverti en tueur à gages au service de la pègre locale, sort de sa cachette, brandit un pistolet de calibre 22 Long Rifle et tire à cinq reprises.

Deux balles se perdent dans la façade. Une blesse grièvement Shirley au cou. Une brise la patte de Puppy, son berger allemand. La dernière se loge dans la nuque de Jack Molinas. Elle le tue sur le coup. La victime était bien connue des services de police de Los Angeles : depuis sept ans, Molinas baignait dans le trafic de fourrure et de vidéos pornographiques. Il comptait parmi ses amis les plus proches des pontes de la mafia californienne à qui il devait, pour certains, plusieurs centaines de milliers de dollars. Il avait fait de la prison, avait récidivé. Il était aussi, aux balbutiements de la NBA, l’un des joueurs de basket les plus prometteurs de sa génération. Lire la suite »

Draymond Green, le trash-talking en héritage

NBA: Cleveland Cavaliers at Golden State Warriors

C’est l’histoire d’un petit garçon de 4 ans qui entre dans l’épicerie de son quartier. Il se sert une bouteille de jus de fruit et deux paquets de chips, les cale sous son bras et sort comme ça, sans payer, sans même prendre la peine de cacher son butin. Avant qu’il ne remonte sur son vélo pour rentrer chez lui, le commerçant l’interpelle : pour qui se prend-il ? Gonflant sa poitrine, le cambrioleur en herbe lui répond alors avec un aplomb extraordinaire : « Ne savez-vous pas qui je suis ? Je suis Draymond Green ! » Surpris et amusé, le commerçant ne peut s’empêcher de laisser le petit voleur s’en aller ainsi, en se disant que tout de même, quel culot…

Vingt ans plus tard, devenu le joueur NBA le plus prolixe au triple-double (huit cette saison), le garnement n’a rien perdu de sa verve. Ailier capable de monter la balle comme un meneur et de défendre sur n’importe quel poste cinq, Draymond Green n’est pas seulement le joueur le plus polyvalent de la ligue (« le meilleur pivot », ironise ESPN) : il est aussi l’une de ses plus fortes personnalités, un doux dingue attendrissant et une grande gueule sans filtre. « Je n’ai pas encore trouvé ma limite », assure-t-il. « Si je dois trash-talker Barack Obama, je le ferai ».

Martin Luther King et Mohamed Ali

L’anecdote de l’épicerie n’est pas un épisode isolé dans l’enfance de Draymond Green, qui a toujours fait en sorte d’être vu et entendu. À l’école maternelle, il avait ébloui son professeur en prononçant un extrait du plus célèbre discours de Martin Luther King, debout sur sa chaise. Au lycée, il regardait en boucle les interviews de Mohamed Ali et Mike Tyson pour les imiter devant son miroir. En NCAA, les médias n’avaient pas besoin de le solliciter : c’est lui qui venait trouver les journalistes en leur proposant un entretien.

« Je n’avais jamais vu un gamin aussi intéressant et honnête », assure Jim Rome, de CBS Sports. « Il avait beaucoup d’assurance, sans jamais être pour autant insultant ».

Draymond Green a grandi dans le Michigan, à Saginaw, ville de 50 000 âmes au nord de Detroit, qui squatte régulièrement le classement des lieux les plus dangereux des Etats-Unis. « Quand il franchissait le seuil de la porte, il avait un camé à droite, une prostituée à gauche, et moi, derrière, je lui ordonnais de se tenir à carreau », raconte sa mère. Mary Babers-Green a élevé Draymond seule, avec deux autres de ses cinq frères et soeurs.

Basketteuse durant son adolescente, son surnom était « The Heckler » (« l’emmerdeuse ») : elle ne pouvait s’empêcher de taquiner ses adversaires et de répondre à ses coaches. Elle était talentueuse, mais cette attitude jusqu’au-boutiste – et une balle envoyée dans la tête de son coach – lui avait coûté sa place dans l’équipe du lycée. Cela l’avait dégoûté du sport. « Tout le monde se demande pourquoi je parle mal : en vérité, j’étais condamné depuis le début », ironise son fils.

« Ils le torturaient »

Suivant l’exemple de sa mère, le jeune Draymond prend l’habitude de dire tout haut ce qu’il pense tout bas, et cela le dessert souvent. À l’école, il n’a pas beaucoup d’amis. Son franc-parler rebute la plupart de ses camarades, et rares sont ceux qui parviennent à apprivoiser la personnalité explosive du garçon.

L’une de ces exceptions s’appelle LaMarr Woodley, l’actuel linebacker des Cardinals (NFL) avec lequel il se lie d’amitié et découvre le basket. Draymond Green rêve de suivre les traces de sa tante, Annette Babers, légende de la balle orange à Saginaw où elle avait terminé une saison à 25 points, 21 rebonds et 15 contres de moyenne en 1988. Dans le gymnase du quartier où les deux garçons s’entraînent toutes les fin d’après-midi, Woodley est le grand frère que tout le monde respecte et Green, de cinq ans son cadet, le gringalet que tout le monde bouscule. « Ils le torturaient », se souvient sa mère. « Mais il s’en fichait. C’était une boule de nerfs. Il en demandait encore plus ».

« Il arrivait à la salle et annonçait ‘next’ pour jouer le match suivant », ajoute Woodley. « Sauf que les ados ne voulaient pas le laisser jouer, ils le trouvaient trop petit pour l’affronter. Draymond, lui, savait que sa place était sur le terrain. Il voulait se battre avec eux. Il a toujours été comme ça, rien ne l’arrêtait. Quand j’étais à l’université et lui au lycée, on allait soulever de la fonte ensemble. J’essayais de le tuer à la muscu, mais il n’y avait rien à faire, il n’arrêtait pas son trash-talking. Plus j’essayais, plus je me donnais, plus il parlait. Un jour, j’ai réalisé que ce que je faisais ne servait à rien : ce type ne s’arrêterait jamais de parler ».

Cela ne contrarie pas outre mesure Mary Babers-Green, laquelle se montre en revanche impitoyable concernant sa conduite à l’école. À 15 ans, Draymond le solitaire pense naïvement qu’être le clown de la classe lui permettra de gagner en popularité. Il ne travaille pas, triche à ses examens. Un jour, il se fait prendre par son professeur de sciences naturelles. La sentence tombe : « Je lui ai pris son téléphone, sa Playstation, je lui ai démonté son lit, je ne sais pas où il a dormi pendant quelques temps », raconte sa mère. « J’étais folle. J’étais une mère célibataire, je cumulais deux jobs pour lui, et c’était ça, sa manière de me remercier ? »

Elle décide aussi et surtout de le priver de basket. La sanction est insupportable pour Draymond Green, qui venait d’être invité à Las Vegas pour jouer un tournoi rassemblant les plus gros potentiels du pays, devant une flopée de recruteurs universitaires.

« C’est la chose la plus difficile que j’ai eu à faire », poursuit sa mère. « Mais si je le laissais aller à Vegas, quel message lui transmettais-je ? Que le basket était plus important que l’école ? »

Draymond est peut-être un cancre, mais sur les parquets, il crève déjà l’écran : ne pas aller à ce tournoi, c’est pour lui tirer un trait sur une opportunité extraordinaire, peut-être sur sa carrière. Le jeune homme se ressaisit. Il termine l’année scolaire en cravachant comme jamais et suit des cours d’été. La soudaineté et la force de son investissement bluffent tant ses enseignants, ses proches et sa mère, que cette dernière décide finalement de revenir sur sa décision.

« Ça a changé ma vie », dira plus tard l’ailier fort, dont les moyennes au lycée ne passeront plus jamais sous le 3.0 (l’équivalent de 14/20). « Je n’en serai pas là aujourd’hui, je n’aurai pas connu tant de succès, si ma mère ne m’avait pas privé de basket cet été-là. Ma vie a changé à ce moment ».

En NCAA, il approche les 130 kilos

Ses deux dernières saisons à Saginaw sont couronnées de succès : il marque plus de 20 points et gobe plus de 13 rebonds chaque soir, gagne 53 matches sur 55 et remporte deux titres de champion du Michigan. L’esprit de compétition qu’il avait forgé, enfant, avec son grand frère Torrian – c’était à celui qui balayerait plus de feuilles l’automne, déblayerait plus de neige l’hiver, sortirait plus souvent les poubelles l’été – se traduit en une motivation contagieuse dans l’équipe de basket du lycée.

Il prend la parole dans les vestiaires, remobilise ses troupes, se découvre leader. Il manque de qualités athlétiques mais sa polyvalence séduit la prestigieuse université du Kentucky, avec laquelle il est sur le point de s’engager avant que l’inaltérable avis maternel ne vienne bousculer sa destinée.

Contrairement à ceux d’UK, les recruteurs de l’université de Michigan State ont eu le nez de consulter personnellement Mary Babers-Green. Il n’en fallait pas plus pour que cette dernière parvienne à persuader Draymond de rejoindre les Spartans.

À East Lansing, le campus de Michigan State situé à une heure de route de Saginaw, Draymond devient « Day-Day », le bon pote toujours souriant et un peu fou. Son coach, Tom Izzo, affectionne sa nouvelle recrue replète dans laquelle il a l’impression de se retrouver. Le garçon est bourru et très bavard, certes, mais il exècre la défaite et possède un sens du collectif et une éthique de travail impeccables. « Si j’avais su ce que je sais maintenant », dit Izzo, « [Le laisser partir à Kentucky] aurait été la plus grosse erreur de ma vie. »

Blessé à la cheville durant l’été précédant son arrivée à Michigan State, Draymond Green débarque en NCAA en surpoids. Il n’accorde aucun soin à son régime alimentaire, le chiffre indiqué par la balance s’approche dangereusement des 130 kilos. Pour y remédier, il s’inflige des séances hyper-intenses en salle de muscu. Elles le font parfois vomir d’épuisement. Sur le terrain, l’ailier est un peu brut de décoffrage mais incroyablement créatif, lourd mais infatigable. Et il parle. Sans cesse. Au début, Izzo part au clash et lui ordonne de se taire, « du genre ‘Ta gueule’, t’es un première année », raconte Green. Puis il s’y habitue, le laisse faire, et se laisse convaincre.

« Il lui arrivait de balancer la balle au pied à l’autre bout de la salle après avoir manqué un shoot », assure Tom Izzo. « Par moments, cela me contrariait. Mais finalement, je me disais que son attitude prouvait surtout à quel point tout cela comptait pour lui (…) Il échangerait tous ses points, ses rebonds et ses passes contre une victoire. Certains se contentent de le dire aux médias : Day-Day le pense vraiment ».

Draymond Green joue peu lors de sa première saison mais se révèle pendant la March Madness : il triple ses stats au scoring, les double au rebond, shoote à 67%. Michigan State s’incline en finale contre les Tar Heels de Ty Lawson et Danny Green, mais le freshman, auteur d’un discours mémorable avant le début de la rencontre, est devenu indispensable.

Il rejouera le Final Four l’année suivante, toujours en sortie de banc, mais le titre échappera encore aux Spartans. En 2011, il devient le troisième joueur de l’histoire de l’université à réussir un triple-double, mais Michigan State tombe dès le premier tour. « Une tragédie », lâche-t-il. Pendant sa dernière saison NCAA, il est le meilleur marqueur, le meilleur rebondeur, le meilleur contreur, le meilleur intercepteur et le deuxième passeur des Spartans. Il obtient son diplôme en communication. Mais le titre lui échappe encore.

Un jour, son équipier le frappe à l’entraînement

Aux yeux de Tom Izzo, Draymond Green est cette année-là « (sa) voix », « le Spartiate par excellence », « le joueur le plus intelligent (qu’il a) jamais vu ». Il n’est pas seulement un leader sur le terrain : il s’occupe aussi de ses équipiers « à l’hôtel, dans l’avion et dans le bus », s’assure que tous arrivent à l’heure au gymnase et leur passe des savons quand ce n’est pas le cas. Cela lui vaudra de goûter au poing de Derrick Nix, mécontent après une remarque de Green à l’entraînement.

En février 2012, une semaine avant le choc face aux rivaux de Michigan, les Spartans affrontent l’université de l’Illinois. Draymond Green est « malade comme un chien », mais il joue quand même (mal : 5 points à 1/6) et s’écroule dans les derniers instants du match. Son genou a lâché. Le pire est envisagé, mais il s’agit finalement d’une simple entorse qui ne doit l’écarter des parquets que pour deux ou trois semaines. Sauf que Draymond Green n’a aucune intention de manquer un duel face aux Wolverines. Il claironne que « seule la mort » pourrait l’empêcher de débuter le derby.

À l’encontre des recommandations de son coach, il participera au triomphe des Spartans en terminant meilleur marqueur de la rencontre (14 points) et en prenant plus de rebonds (16) que l’effectif du Michigan tout entier. Pour Sports Illustrated, il est alors « le joueur le plus polyvalent de tout le pays », un phénomène qui a ramené à Michigan State « le leadership et le charisme d’un Magic Johnson à son époque ».

Sa liberté de parole et sa bonhomie illuminent toutes ses interviews pré-Drafts, mais nombreux sont ceux qui doutent de sa capacité à en faire profiter une franchise NBA. Pour DraftExpress, il n’est « ni rapide, ni athlétique », « trop petit pour jouer ailier fort et trop lent pour défendre au poste 3 ». NBADraft le décrit comme « l’un de ces joueurs qui n’excelle dans aucun domaine » et « au potentiel limité ».

Ses qualités d’homme et de joueur auraient pu être mises en sourdine dans une équipe quelconque. Mais Draymond Green n’a pas été récupéré par une équipe quelconque.

« Les Warriors avaient le 30e choix. Ils auraient pu me sélectionner. Les gens auraient simplement retenu que j’ai été pris au premier tour. Mais j’ai été pris au second tour. En 35e position, mais au second tour. Et au final, même si ça a été une soirée très frustrante, cela me correspond. J’ai toujours dû faire mes preuves : être pris au premier tour, ça n’aurait pas collé à mon parcours », déclarera-t-il.

À Kevin Garnett : « Mec, tu ne fais peur à personne »

La tradition veut qu’à Golden State, chaque rookie se lie avec un « mentor » désigné par le groupe : Draymond Green échoue avec Jeremy Tyler, un sophomore d’un an son cadet avec lequel il n’a aucune point commun et dont la nonchalance l’irrite. Quelques semaines après son arrivée dans la Baie, lors d’un entraînement, il le lui fait savoir. Il explique à Tyler qu’il est soft, qu’il ne sera jamais respecté dans cette ligue. Et que par conséquent, il ne peut plus être son mentor. Le ton est donné.

S’il joue une minute lors du premier match NBA de sa carrière, les blessures de Brandon Rush et Richard Jefferson lui permettent de grappiller rapidement du temps de jeu. Draymond Green ne tarde pas à imprimer sa marque sur les Warriors : il prend la parole dans les vestiaires, lance des débats après l’entraînement, organise des tournois de jeu vidéo pour le plaisir de chambrer ses nouveaux comparses. Fin décembre, il affronte Kevin Garnett, son maître dans l’exercice du trash-talking. Pas de quoi être impressionné.

« KG essaye de t’effrayer mais il ne va jamais rien te dire directement : il marmonne des sales trucs à ton sujet, comme s’il se parlait à lui-même », raconte-t-il. « Je l’ai interpellé : Mec, tu ne fais peur à personne. Arrête avec tes conneries ».

L’ailier perd dix kilos entre sa saison rookie et sophomore, mais ne cesse de prendre du poids dans l’effectif californien. Durant les playoffs 2014, en pleine série face aux Clippers, Jermaine O’Neal fait savoir à Mark Jackson qu’il trouverait judicieux que Draymond Green le remplace dans le cinq des Warriors.

Le coach suit ses recommandations et le numéro 23 termine la saison avec un match à 24 points, son record en carrière. Après l’intersaison, il profite de la blessure de David Lee pour prendre sa place parmi les titulaires des Warriors. David Lee revient deux mois plus tard, mais Green a quasiment doublé sa ligne statistique entre temps: il n’est plus question qu’il bouge du cinq de départ. La suite, on la connaît.

Sa mère, MVP de Twitter

Agent de sécurité dans un collège du Michigan, Mary Babers-Green ne peut pas traverser les Etats-Unis toutes les semaines pour encourager son fiston à l’Oracle Arena. La plupart du temps, elle se contente de hurler devant son téléviseur. Elle préfère regarder les matches seule, avec pour unique compagnie son fil Twitter qu’elle abreuve régulièrement de messages gratinés. Elle appelle Charles Barkley à « fermer sa bouche », estime que James Harden « ne sait rien faire d’autre que flopper », tweete l’image d’un balai aux Pelicans après le sweep infligé par les Warriors au premier tour des playoffs 2015. Et quand un journaliste de Cleveland n’inclue pas Green dans son meilleur cinq défensif de la ligue, elle lui souhaite de « se jeter dans le Lac Erié avec des poids aux chevilles ».

Ayant l’accord tacite de Steve Kerr (« il a besoin de raconter des âneries, je le laisse raconter des âneries »), Draymond Green continue lui de se brouiller avec le moindre profanateur de sa liberté de parler. À son tableau de chasse figurent déjà OJ Mayo, Blake Griffin, Dahntay Jones, Andre Drummond, Metta World Peace, Hassan Whiteside, Trevor Ariza, Doc Rivers, Charkles Barkley et un journaliste de Salt Lake City.

Certains continuent de voir en lui un personnage orgueilleux, un joueur limité, un combo forward qui a eu la chance d’échouer dans un effectif où ses qualités sont exploitées au maximum. Ils n’ont pas tout à fait tort – ce n’est ni un athlète, ni un ange, et il n’aurait sans doute pas réalisé huit triple-doubles cette saison à Philadelphie. Draymond Green laisse faire : il sait que sa propre voix et ses performances couvriront aisément ce brouhaha.

« Je ne suis pas arrogant : je suis confiant. Je ne suis pas un connard : je ne me laisse pas faire. Et je ne suis pas irrespectueux. Simplement, il faut gagner mon respect ».

Pour l’instant, les sceptiques sont confondus.