En novembre 2023, les Wolves étaient venus à Golden State et avaient gagné deux matchs en trois jours, histoire de prévenir toute la NBA qu’ils fallait compter sur eux. Un an plus tard, et après un début de saison en dents de scie, les coéquipiers de Rudy Gobert ont de nouveau tapé du poing, non pas sur la table mais sur le parquet du Chase Center, avec une performance défensive impressionnante pour remporter un quatrième match de suite. Ils essaieront de confirmer ce renouveau dès cette nuit lors d’un deuxième match de suite face aux Warriors.
Comme l’année dernière, l’ambiance dans le vestiaire de Minnesota était donc au beau fixe. D’un côté Anthony Edwards, tout sourire, assis entre Julius Randle et Donte DiVincenzo, les deux nouveaux venus. De l’autre, Rudy Gobert et Mike Conley, moins expressif que le jeune loup, mais tout aussi satisfait du travail accompli.
Avec deux grosses poches de glace sur les genoux, le pivot de l’équipe de France est revenu avec nous sur le réveil de son équipe. Et qui de mieux que le quadruple défenseur de l’année pour diagnostiquer les progrès défensifs des Wolves, désormais 5e défense de la NBA. Rudy Gobert nous explique la prise de conscience de ses coéquipiers et le rôle central qu’il joue dans ce retour au premier plan.
Rudy, ça fait quatre victoires de suite et surtout quatre matchs où vous maintenez vos adversaires sous la barre des 92 points. On a l’impression que vous êtes en train de retrouver l’identité de la saison dernière, en particulier avec une défense physique, agressive qui donne le ton pour tout le reste. Quel a été le déclic après un début de saison plus compliqué ?
Le déclic, c’était de se rappeler qui nous sommes, autant individuellement que collectivement et ce qui nous avait permis de faire une bonne saison l’année dernière et de gagner beaucoup de matchs. Et ça passe en premier lieu par la défense. Et puis en attaque, c’est de faire bouger le ballon, de jouer les uns pour les autres comme on l’a fait ce soir (ndlr : Minnesota a fini avec 32 passes décisives contre Golden State). Dès qu’on a commencé à refaire ça avec régularité, on a tout de suite retrouvé des performances digne de nos standards.
« La cohésion, ça prend du temps »
Votre quatrième quart-temps en particulier a été une belle illustration de ce que vous décrivez.
C’est exact, je pense que notre état d’esprit collectif était vraiment bon. On a fait quelques petites erreurs en troisième quart-temps, et on s’est vraiment remis tout de suite dedans pour commencer le dernier quart-temps, et c’est ça qui a fait la différence. Notre défense a permis à notre attaque d’enfoncer le clou pour aller chercher la victoire.
Vu que vous parlez de votre collectif, parlons de vos coéquipiers. Anthony Edwards disait il y a quelques minutes que vous et Jaden McDaniels êtes les leaders de la défense. On sent que lui aussi est en train de retrouver son meilleur niveau lors des deux dernières semaines, avec notamment un bon match pour limiter Stephen Curry ce soir.
Il est extra depuis plusieurs matchs. Il fait le travail de l’ombre ce qui n’est pas évident. Je suis vraiment fier de lui parce qu’il parvient à ne pas laisser sa frustration, si jamais le joueur qu’il défend marque sur lui ou si l’arbitre siffle une faute sur laquelle il n’est pas d’accord, prendre le dessus. Il arrive à garder son intensité et sa concentration. Et c’est génial de le voir murir sur cet aspect parce que c’est quelque chose qui par le passé nous a fait mal. On veut avoir cette ténacité individuelle mais aussi collective pour rester concentrer sur notre plan de jeu.
Naz Reid a également été bon défensivement ce soir. On sait que ce n’est pas toujours sa tasse de thé mais on sent qu’il y a une prise de conscience, non ?
Il est top, il fait vraiment les efforts nécessaires et il ne laisse pas son attaque influencer sa défense. On l’a vu d’ailleurs dans le dernier quart temps ce soir. Il a raté un tir et sur l’action qui suit, il contre Draymond, et je crois que ça nous a donné un tir ouvert à 3-points dans la foulée. Je pense que ce sont des bons signes. On a besoin que tout le monde apporte sa pierre à l’édifice pour devenir une équipe qui est solide, qui ne perd pas le fil du match à cause de frustrations ou de décisions qu’on ne peut pas contrôler.
Du coup, comment expliquez-vous ce début de saison en demi-teinte en particulier sur le plan défensif ? Est-ce que vous avez simplement baissé votre garde après la bonne saison dernière ?
Il y a un peu de tout. Déjà il y a eu l’intégration des nouveaux. La cohésion, ça prend du temps, évidemment. Donc offensivement ça joue. Et défensivement, je pense que nos problèmes venaient surtout d’un manque de concentration. On se laissait beaucoup trop influencer par ce qui se passait en attaque, on était pas à 100% concentré sur les petits détails. Comme tu le disais, je pense qu’inconsciemment on pensait qu’on allait simplement débuter la saison au même niveau que la saison dernière et avec un nouvel effectif c’est pas évident.
Ensuite, on a perdu beaucoup de matchs serrés. On n’a jamais été à la rue, on était plus « on » et « off ». C’est comme si qu’il y avait un interrupteur. On prenait un éclat de 15 points, et on appuyait sur le bouton pendant quelques minutes pour revenir, mais on manquait de constance. Ce qui explique notre bilan actuel. Tandis que là, lors des derniers matchs, je pense qu’on a enfin compris qu’on ne pouvait pas se le permettre. On a compris que chaque jour, chaque minute, il faut être concentré. Après, évidemment, les erreurs font partie du jeu mais on ne s’autorise pas à faire certains types d’erreurs ou à refaire les mêmes erreurs.
Sur le plan personnel, de vos propres aveux, vous n’étiez pas non plus à votre niveau et ça a également changé depuis quelques matchs où on vous voit plus actif, plus présent. Votre match contre les Lakers en particulier mais aussi ce soir où les Warriors… Ils ont terminé à 11/31 dans la raquette quand vous étiez sur le terrain. Quel a été votre cheminement pour retrouver votre impact défensif ?
C’est un état d’esprit. Je dois être dominant, tout simplement. Je sais que quand je le suis, ça donne le ton et ça impacte toute l’équipe et à tous les niveaux. Avant tout je me suis concentré sur mon niveau d’intensité et donner le ton dès la première minute du match. Je parlais de constance et justement quand j’ai cette mentalité là je me rends compte que ça montre l’exemple pour toute l’équipe, et derrière c’est contagieux.
Avant le match, Chris Finch expliquait que vous souhaitez garder les mêmes valeurs et les mêmes principes défensifs que la saison dernière mais que le chemin pour y arriver allait forcément être différent parce que l’effectif est différent. Dans ce contexte et en tant que leader de la défense, est-ce que votre rôle est encore plus important que les années précédentes pour être le relais du coach sur le terrain et assurer l’intégration des nouveaux ?
Mon rôle a toujours été capital dans les équipes où j’ai été mais c’est vrai qu’avec le départ de KAT (Karl-Anthony Towns) ça me laisse encore moins… (il hésite pour finir sa phrase). Disons que l’année dernière, si je faisais un moins bon match, KAT rentrait et pouvait prendre le relais au rebond par exemple. Même dans ces matchs où j’étais moins bon, on pouvait s’en sortir. Après ce qui ne change pas c’est mon leadership parce que peu importe ma performance, notre défense dépend beaucoup de mon leadership, de ma communication, de mes placements. Donc chaque année c’est pareil et c’est toujours mon rôle de m’assurer que tout le monde soit sur la même longueur d’onde.
On vient de passer le quart de la saison, et outre les progrès qu’on a vus depuis plusieurs matchs, quels sont les axes de progression pour redevenir la meilleure ou l’une des meilleurs défenses de la ligue ?
On veut être une équipe qui est active en défense. C’est un aspect sur lequel on doit encore progresser. Et en début de saison, on n’était pas si mauvais que ça mais on faisait trop d’erreurs mentales, de concentration. Des fautes évitables, oublier les écrans retards, mais aussi faire attention à nos ballons perdus et à notre exécution offensive. Et tout ça donne 10-15 points aux autres équipes donc si on arrive à éviter ce genre d’erreurs, on passera du top 15 en défense à l’une des meilleurs défenses de la ligue.
Pour terminer, parlons d’Anthony Edwards. Il est meilleur défensivement. J’ai en tête plusieurs actions où il a complètement fermé Buddy Hield et forcer les Warriors à prendre des tirs difficiles. Il a également fait preuve d’une patience impeccable en attaque pour lire et attaquer la défense de Golden State. Comment l’avez-vu progresser sur cet aspect depuis le début de saison ?
Il a pris conscience maintenant que lors de chaque match, la défense adverse va lui envoyer des prises à deux, même à trois parfois. C’est le respect ultime. Il a compris que c’est à lui de lire la défense et de jouer simple. Faire la passe si quelqu’un est ouvert. Ce n’est peut être pas une action flashy mais c’est super important pour punir l’équipe adverse, et du coup on va réussir à se procurer un tir ouvert ou un panier plus facile que si il avait décidé de garder la balle et de jouer son un contre un. Il est beaucoup plus en contrôle dans ce genre de situation et il n’hésite pas à lâcher la balle pour le bien de l’équipe. Il entre dans une phase maintenant où il va forcer nos adversaires à se demander si c’est vraiment une bonne idée d’envoyer deux ou trois gars sur lui.
Il vous a d’ailleurs envoyé au alley-oop en dernier quart temps pour terminer le 21-4 qui a tué le match. Ce n’est pas toujours le cas, donc c’est plutôt encourageant ?
C’était génial ! Deux à la suite, en plus. C’était Noel avant l’heure ! Sur le deuxième j’étais en l’air pendant longtemps avant que la balle arrive, j’étais un peu surpris mais c’était top. Et c’est ce que je disais, il commence vraiment à reconnaitre ce genre d’actions de façon plus régulière et ça montre toute son évolution en tant que créateur. Tout le monde sait qu’il peut scorer mais si en plus il fait ces passes, ça va devenir un cauchemar pour l’équipe adverse.
Propos recueillis à San Francisco.