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Latavious Williams, pionnier oublié

NBA – En 2009, Latavious Williams a marqué l’histoire en devenant le premier lycéen à signer en G-League. Un choix fort, qui n’avait pas payé pour lui.

« Le nom de Latavious Williams devrait être connu des gamins. C’est un nom que les gens ont besoin de connaître désormais. » Ces propos sont signés Carlos Wilson, dans un long article du Houston Chronicle. Son ancien coach au lycée n’a pas tort, et pour deux raisons.

Déjà parce que le nom de Latavious Williams a été, peu à peu, oublié car il n’a jamais joué en NBA. Ensuite, parce que ce dernier a pourtant ouvert une porte vers un chemin devenu banal et très intéressant pour des jeunes joueurs aujourd’hui, notamment les rookies de 2021/2022 comme Jalen Green ou Jonathan Kuminga.

Pourquoi et comment ? En 2009, Latavious Williams est tout simplement le premier lycéen de l’histoire à s’engager en G-League, connue à l’époque sous le nom de D-League. Mais alors que Jalen Green a touché plus de 500 000 dollars pour évoluer dans la ligue de développement, avec la « Ignite Team » la saison passée, et que cette expérience lui a servi de tremplin pour la NBA, Latavious Williams, lui, n’a pas connu un tel destin.

« Quand j’ai entendu parler d’eux, avant qu’ils n’aillent en G-League, j’étais impressionné », commente-t-il, en parlant de Green et Kuminga. « J’ai repensé à moi-même, j’ai pris la même voie. J’espérais que ça allait fonctionner pour eux. J’étais heureux aussi, ça a mis un sourire sur mon visage. »

Bulletin scolaire, Chine et compte en banque

Retour en 2006. Cette année-là, la NBA interdit aux lycéens de s’inscrire directement à la Draft. Les joueurs doivent avoir au moins 19 ans ou avoir fait une année après le lycée pour prétendre rejoindre la ligue. Les parcours comme ceux de Jermaine O’Neal, Kobe Bryant, Kevin Garnett ou LeBron James sont désormais interdits.

Latavious Williams est alors un lycéen très observé. Plusieurs grosses universités s’intéressent à lui (Georgetown, Florida, Memphis ou Mississippi State), mais ses notes sont moins prometteuses que ses performances sur les parquets. Il essaie donc se remettre à niveau. En mai 2009, il décide de signer à Memphis.

« Je voulais aller à l’université », confie-t-il. « Je voulais vivre cette expérience. J’étais impatient de faire venir ma famille à Memphis, pour qu’elle me voit jouer. Je n’étais qu’à 2h30 de chez moi. »

Sauf que si son coach de lycée, Carlos Wilson, et celui de Memphis, Josh Pastner, estiment que ses notes seront suffisantes pour aller en NCAA, Latavious Williams, lui, doute et pense que ça ne passera pas. Il prend alors une décision forte : retirer son engagement envers Memphis et engager un agent pour regarder d’autres options de carrière. C’est-à-dire à l’étranger. L’année avant, en 2008, un certain Brandon Jennings avait lui aussi fait une croix sur le parcours universitaire pour aller jouer à l’étranger, en Italie. Latavious Williams obtient une offre en Chine, mais sa mère refusera qu’il parte aussi loin.

Puis vient l’idée de la D-League. Son agent lui organise un workout à San Antonio et l’informe que le salaire sera de 19 000 dollars. « Je n’en savais pas beaucoup, mais j’ai suivi le mouvement », raconte le joueur.

Le 5 novembre 2009, les Tulsa 66ers le sélectionnent en 16e position de la Draft et celui-ci devient le premier lycéen de l’histoire à rejoindre la D-League.

« C’était une telle nouveauté. Parce que le salaire était faible, personne ne voulait venir en G-League, alors qu’à l’étranger, on pouvait se faire deux ou trois fois plus. Ce n’était pas très populaire comme choix », déclare Wilson. « Ça a surpris beaucoup de monde », souligne Pastner, le coach de Memphis qui attendait Williams. « C’était tellement nouveau, si différent d’un parcours classique. Près de 15 ans après, non seulement c’est normal ce qu’il a fait, mais si on regarde les premiers choix de la dernière Draft, plusieurs ont suivi cela. Les temps ont changé. »

Il n’est pas toujours bon d’être un pionnier. Essuyer les plâtres, c’est aussi faire des erreurs ou mal gérer une situation nouvelle, sans être aidé par des personnes expérimentées. Une anecdote le prouve à merveille : tellement peu préparé à ce changement de vie, Latavious Williams garde ses salaires dans un coin de sa chambre. Ses coéquipiers lui demandent alors pourquoi il n’encaisse pas cet argent. Le joueur n’a tout simplement pas de compte en banque, ni de carte de crédit. Marcus Lewis, son coéquipier et colocataire, l’emmène dans une banque pour effectuer les démarches.

Diamant brut et Draft

La différence de monde se ressent aussi sur le terrain. Le joueur dominant qu’il était, Latavious Williams (2m03, 88 kg) ne l’est plus puisqu’il n’est plus entouré de lycéens qu’il peut écraser avec sa vitesse et sa puissance. La D-League n’est certes pas la NBA, mais cela reste un niveau de professionnels. De plus, sa réputation n’est pas aussi affirmée qu’elle pourrait l’être aujourd’hui avec des réseaux sociaux très puissants. Nous sommes en 2009, Twitter n’a que trois ans et Instagram n’existe pas. Williams a tout à prouver ou presque.

« J’avais la sensation de pouvoir rivaliser avec eux, mais de ne pas pouvoir les surpasser. Je n’en savais pas assez. J’étais nerveux, non pas effrayé, mais je voulais vraiment faire le show. »

Mais il est encore trop brut techniquement. Son coach Nate Tibbetts et son assistant Dale Osbourne ont du pain sur la planche pour le mettre à niveau. « Il ne savait pas évoluer au poste, ni quelle main utiliser à cet endroit du terrain », se souvient Osbourne. « Avec des joueurs qui jouent en université, on n’a pas ces problèmes. On devait lui apprendre beaucoup de choses qu’on ne fait pas habituellement avec des joueurs qui ont deux ou trois années de NCAA dans les jambes. »

De joueur facile et offensif au lycée, Latavious Williams doit s’inscrire dans un collectif avec et face à des joueurs plus puissants, plus matures et parfois plus doués que lui. Ses coaches gardent toujours un oeil sur lui, pour le faire progresser aussi bien sportivement que sur le plan humain. Sa première saison est loin d’être ratée avec 7.7 points et 7.7 rebonds de moyenne en 20 minutes. En playoffs, il monte même à 11.3 points et 8 rebonds par match et les 66ers s’inclinent en Finals.

En 2010, il peut s’inscrire à la Draft NBA et c’est le Heat qui mise sur lui, en 48e position. Le Thunder, qui possède l’équipe des 66ers Tulsa, le récupère via un transfert pour ne pas perdre ses sept mois investis avec lui en D-League. Le travail est encore loin d’être terminé.

« Je n’ai jamais rêvé de la NBA »

Mais sa carrière aux États-Unis l’est déjà ou presque. Quelques semaines après la Draft, le Thunder le lance en Summer League mais ne l’invite pas au « training camp ». Direction Tulsa et la D-League. Enfin, autre mauvaise nouvelle, il souffre d’une périostite et ne peut pas jouer le reste de la saison 2010/2011. La saison suivante, le lockout frappe la NBA, Latavious Williams traverse l’Atlantique pour jouer en Espagne.

La fin de son aventure en NBA ? Pas totalement, mais quasiment. En 2012, il revit son été 2010 avec le Thunder : une Summer League mais toujours pas d’invitation pour le camp d’entraînement. Il comprend désormais que les portes de la ligue sont fermées pour lui et que la D-League est une impasse. Son choix est fait : ce sera l’étranger.

« Je n’ai jamais rêvé de la NBA », affirme-t-il. « Mon objectif, c’était d’avoir une belle vie et de faire ce que je voulais. Je ne vais pas dire que j’ai été déçu, j’ai fait ce que j’avais à faire en D-League et c’était le moment de voir autre chose. »

L’Espagne donc, mais aussi Porto Rico, la Russie, le Venezuela, la Bosnie, Israël ou encore la Corée. Aujourd’hui, il n’a que 32 ans et continue de jouer. Quand il voit que le chemin (risqué et inédit) qu’il a pris en 2009 est désormais une parfaite rampe de lancement pour les jeunes joueurs, autant financièrement que sportivement, vers la NBA, n’éprouve-t-il pas des regrets ?

« Un de mes amis m’a demandé : ‘Si tu pouvais tout recommencer, que ferais-tu différemment ?’ Ma réponse, c’est : rien. Au fond, c’était la voie à suivre pour moi. Tout le monde n’est pas fait pour atteindre le top niveau. Ne pas réussir à faire ça, ce n’est pas la fin du monde pour moi. Je joue à l’étranger depuis 10-12 ans, au haut niveau, donc je ne regrette rien. Je dois encore prendre soin de ma famille. »

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