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[Enquête] La NBA est-elle fermée aux coaches européens ?

ettore messina

Ligue fermée au sens propre du terme, la NBA l’est aussi au figuré. En dehors des joueurs, dont le contingent étranger ne cesse de grandir, la ligue est toujours très méfiante lorsqu’il s’agit de coaches extra-américains. Dans l’histoire de la ligue, les coaches étrangers ayant réussi à se faire une place en NBA se comptent sur les doigts d’une main. Il y a bien des coaches à double nationalité – Mike D’Antoni, David Blatt, Jay Triano, Kurt Rambis – mais tous sont nés sur le sol américain. Parmi les natifs d’Europe, seuls Ettore Messina (Spurs), Igor Kokoskov (Jazz), Vitaly Potapenko (Cavs), Neven Spahija (Hawks) et Darko Rajakovic (Thunder) occupent actuellement un rôle visible sur un banc NBA, mais c’est comme assistant…  Sur près de 150 postes, le ratio est faible. 

Vincent Collet : « Pour la NBA, l’Europe, ça reste lointain »

Pourtant, l’intérêt des coaches pour la NBA est bien là. À l’image des joueurs, les tacticiens européens sont eux-aussi fascinés par la ligue américaine. Récemment, Sergio Scariolo et Panagiotis Giannakis ont par exemple chacun fait part de leur souhait d’entraîner là-bas. Lors de notre entretien, Vincent Collet confirme l’attractivité de la NBA auprès de la profession et déjà invité en summer league par Cleveland, il ne cache pas sa fascination à l’égard de la compétition américaine. Néanmoins, il doute de l’intérêt véritable des franchises pour la matière grise européenne.

 « Je suis d’abord passionné de mon sport et la NBA reste la plus belle ligue au monde, même si j’aime beaucoup l’Euroligue. » nous explique le sélectionneur de l’équipe de France et coach de Strasbourg. « C’est à part. Mais en tant qu’entraîneur, c’est un autre monde. En ce qui me concerne, il n’y a rien à imaginer. Si, par bonheur, cela devait arriver, ce serait magnifique mais ce n’est même pas une éventualité. C’est utopique. À partir de là, je n’y pense pas.  Panagiotis Giannakis peut toujours le dire, c’est peut-être bien de le faire savoir ; Sergio Scariolo a peut-être des connexions, il est expérimenté mais je ne suis pas sûr que cela change quelque chose. C’est la NBA qui décide avant tout. Pour être honnête, je n’ai aucune idée du regard que la NBA porte sur nous, coaches européens. Y a t-il vraiment un intérêt ? Je n’en suis pas sûr du tout. Je crois que la NBA suit son bonhomme de chemin, elle regarde un peu l’Europe quand il y a des compétitions internationales mais je pense que pour elle, ça reste lointain. »`

Hormis les pionniers employés dans la ligue, les franchises dialoguent bien avec certains entraîneurs d’Europe. Comme ce fut le cas avec Vincent Collet, les équipes peuvent convier lors des summer leagues des entraîneurs à officier à leurs côtés. Selon Arturas Karnisovas, même si ce n’est qu’un début, la NBA s’intéresse bel et bien à ce pan du basket européen.

« Globalement, la NBA, les dirigeants des franchises et la majorité des coaches connaissent peu les coaches européens. » nous répond le Hall of famer et assistant general manager des Nuggets. « Mais nous les suivons et nous apprenons à les connaître lors de nos voyages internationaux. On les invite dans notre staff pour les étés. Chris Fleming que nous avons engagé, il est certes américain mais il a longtemps coaché en Europe et il a pris les rênes de la sélection allemande lors de l’Eurobasket. Donc, l’intérêt est là et je pense qu’il y a une énorme réserve de talents en Europe. »

Des difficultés d’adaptation trop importantes ?

Comme elle le fut avant les années 2000 avec les joueurs européens, la NBA est donc encore réservée au sujet des stratèges du Vieux Continent. Les doutes se cristallisent d’ailleurs sur les mêmes sujets ; calendrier, rythme, logistique, la NBA est une ligue soumise à une cadence infernale et aux États-Unis, nombreux sont ceux qui pensent que la marche est trop haute pour un entraîneur étranger. Il y a deux ans, George Karl évoquait sa perplexité à leur égard.

« Les gens ne comprennent pas que la NBA, c’est 82 matchs. » racontait-il à l’AP. « En Europe, c’est une ou deux fois par semaine. En NCAA, aussi. Il y a un schéma psychologique que les coaches européens et universitaires doivent changer avant d’arriver ici. »

Pourtant lituanien, Arturas Karnisovas émet aussi des réserves à ce sujet.

« Parmi les nombreux ajustements, le plus conséquent est la manière de préparer son équipe lorsqu’il y a 6 matchs en 9 jours. Sans entraînement, la préparation des matchs est un obstacle. C’est juste un exemple parmi d’autres. »

Cet argument, Vincent Collet n’y croit pas. Selon lui, le cumul des compétitions en Europe a rendu les saisons presque aussi éprouvantes qu’en NBA et les coaches ont su s’adapter. Le sélectionneur national n’a pas tort : l’an passé, Barcelone a disputé 92 matchs entre la Liga ACB, la Copa del Rey et l’Euroleague, autant que les Wizards, éliminés en demi-finales de conférence Est.

« Il ne faut pas rêver, même en Europe l’évolution se fait sentir. On fait de plus en plus de matchs. L’an dernier, nous avons fait 70 matchs avec Strasbourg. En NBA, pour certains, cela se résume à 82 matchs. Pour nous aussi, cela signifie beaucoup moins d’entraînements qu’avant. Il faut bien qu’on s’adapte et on se rapproche en effet de la NBA. Je pense même que Zeljko Obradovic n’entraîne plus de la même manière qu’il y a dix ou quinze ans. »

Une réserve immense de cerveaux en Europe

sergio-scariolo

S’agit-il d’un problème de compétences ? Il est difficile de le penser : Zeljko Obradovic, Sergio Scariolo, Dimitris Itoudis, Rimas Kurtinaitis présentent tous des CV à faire pâlir de jalousie certains de leurs homologues américains, et la liste est loin d’être exhaustive. Responsable de l’arrivée d’Ettore Messina aux Spurs, Gregg Popovich louait d’ailleurs il y a deux ans la qualité du coaching international.

« Beaucoup de gars pourraient coacher en NBA. Le basket est devenu un sport international. Les coaches se sont améliorés partout dans le monde, comme les joueurs l’ont fait. Il y a des bons coaches et des bons joueurs, qu’importe où l’on regarde. Une équipe doit juste avoir le cran. » a t-il dit au San Antonio Express-News. « Si on prend le top 10 des meilleurs coaches en Europe et le top 10 aux États-Unis, ils sont très proches. » confirmait la même année Pete Philo, l’actuel responsable du scouting international des Pacers, à l’AP.

In fine, la question de l’arrivée des coaches étrangers en NBA est relative à la politique interne de chaque franchise. Il est intéressant de constater que San Antonio, Oklahoma City et Atlanta, trois franchises construites sur une philosophie similaire avec des collaborateurs communs, cultivent la même curiosité envers l’Europe. Toutes les trois disposent d’un assistant européen et d’ailleurs, Oklahoma City et Atlanta furent également liées à Ettore Messina. Les franchises ambitieuses sont désireuses de s’attacher les meilleurs talents : qu’importe leur origine ou le genre, comme avec Becky Hammon chez les Spurs, la compétence prévaut.

« La NBA est très pragmatique. » observe Vincent Collet.  » Elle n’a pas fait venir les joueurs européens juste par plaisir, elle les a fait venir car elle pensait que ça améliorerait la ligue et elle continue. C’est la même chose avec les coaches. Ettore Messina est parti deux fois (ndlr : aux Lakers comme consultant, puis aux Spurs), David Blatt a pris les Cavaliers, ce sont des coaches dominants du basket européen qui ont attiré l’attention. Igor Kokoskov a suivi la filière universitaire et il pourrait bien devenir coach. Ettore Messina a indiscutablement la carrure mais je pense qu’à  San Antonio, il est tombé dans une franchise où le respect est très important. C’est institutionnel chez eux. Mais il y a d’autres endroits où cela doit déjà être difficile pour n’importe quel assistant, et a fortiori pour un assistant européen »

Pas d’exode massif en prévision

La notion de « respect » évoquée par Vincent Collet a toute son importance. Rares sont les franchises où le staff n’est pas soumis à sa direction. En effet, la NBA est réputée pour être une ligue de joueurs. Les exemples où ceux-ci obtiennent la tête de leur coach sont légion et les simples évocations des manigances de Penny Hardaway, Dwight Howard ou de Jason Kidd l’illustrent. Dans un environnement où le joueur est roi, l’entraîneur fait profil bas. Néanmoins, Arturas Karnisovas ne pense pas que la nationalité du coach influe sur ce paramètre.

« À chaque fois qu’un coach est engagé, cela prend du temps pour qu’un joueur apprenne à le connaitre. Une fois que le joueur a pu l’évaluer au quotidien, il prend la décision de le respecter ou non mais je ne vois pas de raison pour qu’un joueur NBA respecte moins un coach européen. »

Mais même si les coaches d’Europe étaient en mesure de gagner l’estime de leurs joueurs outre-Atlantique, rien n’annonce un exode massif similaire à celui des joueurs. L’ex-sélectionneur de l’équipe de France, Claude Bergeaud, ne le voit pas venir. Comme Vincent Collet, il pense que les États-Unis regorgent déjà de ressources importantes en la matière.

« Il n’y aura pas d’exode massif. » affirme t-il. « Aux États-Unis, ils ont un réservoir de coaches incroyables. Combien de coaches NCAA aimeraient passer en NBA ? C’est déjà très compliqué pour eux. Il y aura quelques opportunités liées à des réseaux car les réseaux sont très importants, c’est comme ça. Il faut des agents qui travaillent aux États-Unis pour placer des gars. Progressivement, il y aura un ou deux coaches mais cela n’ira pas plus loin. Avec Maurizio Gherardini (ndlr : ex-assistant general manager des Raptors, puis consultant du Thunder) Toronto avait certainement l’idée d’ouvrir certains postes à des étrangers mais Sam Mitchell s’en était tellement bien sorti à l’époque que cela a barré la route à une ouverture européenne.  Vous savez, pour transférer ses connaissances dans le basket européen aux États-Unis, c’est difficile. Là-bas, on n’hésite pas à placer un ancien coach de renom en assistant. »

Au contraire de ce qui s’est passé pour les joueurs lors des quinze dernières années, les postes de head-coach et d’assistant-coach devraient donc rester la chasse gardée des cerveaux américains. Hormis une élite triée sur les volets, tels qu’Ettore Messina vraisemblablement destiné à prendre un jour la tête d’une équipe, les coaches européens ne jouissent pas réellement d’une grande curiosité de la part des franchises NBA et cette situation ne devrait pas changer sous peu. Avec Claude Bergeaud, désormais consultant chaque lundi pour Ma Chaine Sport lors de la « Grande Soirée Basket », nous avons dressé un panel de certains des noms les plus évoqués.

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Et la France dans tout ça ?

Étrangement, lorsqu’on évoque l’élite du coaching européen, les entraîneurs français sont peu cités. D’ailleurs, des quatre derniers sélectionneurs de l’équipe de France (Jean-Pierre de Vincenzi, Claude Bergeaud, Michel Gomez, Vincent Collet), seul Michel Gomez a entraîné une escouade européenne, le PAOK Salonique, et cela remonte à la saison 1997. Globalement, hormis quelques exemples exotiques et le cas Beugnot en Italie, le coaching français ne s’exporte pas et Claude Bergeaud l’explique en quelques points.

« En France, on hésite à le dire qu’on nourrit ses ambitions. J’ai eu cette discussion avec Jo Gomis, parti aux États-Unis pour être entraîneur personnel et il me disait que je devais demander à rentrer dans un staff NBA. Ce n’est pas dans l’habitude du Français. Il y a des nations qui sont habituées à bouger : l’Espagne a 42 coaches en fonction dans une ligue professionnelle hors d’Espagne. Combien de Français dans un cas similaire ? Il y en a eu quelques-uns au Liban avec Jean-Denys Choulet, plus récemment Franck Le Goff mais ce n’est pas dans notre mentalité d’être aussi courageux et de partir. Ce n’est pas dans notre ADN d’affirmer nos ambitions, du moins dans notre génération. La nouvelle génération, en revanche, est peut-être moins frileuse. »

D’ailleurs, il indique que lui-même n’a pas su se vendre pour enrichir sa carrière sous d’autres cieux.

« Je n’ai reçu aucune sollicitation. J’aurais aimé mais je n’ai jamais eu d’agent, je n’en ai que depuis le mois d’avril. J’ai fait une carrière sans agent jusqu’ici et je comprends seulement aujourd’hui que c’était une erreur. À un moment, j’aurais dû m’ouvrir à l’intérêt étranger et passer par des petits jobs NBA. C’est ce que j’ai compris lorsque j’étais coach de l’équipe nationale. J’allais voir beaucoup d’entraînements NBA et par exemple, j’ai vu Chip Engelland (spécialiste du tir et assistant chez les Spurs), il est monté dans la hiérarchie juste en redressant le poignet d’un mec (Tony Parker). Il était coach du shoot mais vous savez, c’est avant tout un travail de répétition et de confiance. Comme, nous, entraîneurs européens, nous n’avons pas de moyens, nous avons des connaissances stratégiques et nous pourrions les amener à un staff. Mais je n’ai pas bénéficié d’opportunité pour la simple et bonne raison que je ne l’ai pas créée. »

Malgré ce tabou inhérent à la culture française, Claude Bergeaud affirme que ce n’est pas par manque de talent que les coaches de l’Hexagone ne sont pas recrutés à l’étranger.

« Nous avons d’immenses coaches. Le travail que font les coaches en France est excellent mais le problème, c’est qu’on n’a pas les joueurs. Il n’y a pas d’économie donc il n’y a pas de joueurs. Je suis sûr que les Français réussiraient sinon. On met Philippe Hervé dans un gros club européen, je suis certain qu’il y parviendrait. Il y en a beaucoup comme lui. Mais on ne s’exporte pas. Et on aura toujours cette barrière de ne pas avoir de bons joueurs et les bons joueurs, ça n’est pas que le talent, c’est aussi des joueurs « entraînables ». En Espagne, on s’entraîne beaucoup, c’est très dur, on peut s’entraîner jusqu’à deux fois deux heures et demi par jour. Nous, on ne peut pas les entraîner. On n’a que des Américains et chez nous, les Américains ne veulent pas s’entraîner. Leur demander deux entraînements par jour, c’est la croix et la bannière. Les coaches français sont pieds et mains liés au système environnant. On monte un budget avec des étrangers pas chers. Mais c’est aussi la force des coaches français : nous devons faire avec peu de moyens, cela signifie d’être en mesure de coacher malin. »

Basket USA

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