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La classe à Dallas

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Pendant toute la saison, on a eu droit aux échanges de maillots de Dwyane Wade, aux vidéos hommages en déplacement. C’était dans la lignée de la dernière danse de Kobe Bryant en 2016. Il fallait être pris en photo avec Dwyane Wade. Il fallait «danser » avec lui. Les adieux de Dwyane Wade étaient plus importants que l’issue de la saison du Heat, et ça a pris fin la nuit dernière avec une dernière sortie à domicile. Tout était orchestré, programmé. À l’Américaine. Une très belle sortie d’une dernière danse qui n’en finissait plus…

À l’inverse, Dirk Nowitzki n’avait rien annoncé, ne souhaitant pas être la vedette d’une tournée d’adieux. Ça ne lui ressemblait pas, même si certaines franchises lui ont offert quelques hommages. Il était d’ailleurs encore sous contrat la saison prochaine, et toute la saison, il a entretenu le doute. À bientôt 41 ans, et après une première partie de saison passée à l’infirmerie, on voyait bien qu’il avait du mal à enchaîner les allers-retours, mais la perspective d’être le mentor de Kristaps Porzingis pouvait le motiver à jouer une saison de plus…

Finalement, sans dire un mot, Mark Cuban avait tout prévu. Lui qui en fait habituellement des tonnes l’a bouclé. Ses invités aussi. Il y avait pourtant du beau monde sur le parquet : Larry Bird, Charles Barkley, Scottie Pippen et Shawn Kemp. Rien que ça ! Ils étaient là pour les adieux de l’Allemand, et rien n’était surjoué. Tout était simple et authentique, comme l’était Dirk Nowitzki sur un terrain. Il n’a jamais triché. Il était apprécié de tous. On ne trouvera personne pour dire du mal de ce bon Dirk, un champion à part en NBA. Il n’avait pas d’agent, et il était capable de sacrifier des dizaines de millions pour que les Mavericks puissent recruter. Un peu l’inverse de Kobe Bryant qui avait accepté un contrat monstrueux qui a plombé les Lakers jusqu’à sa retraite.

Un modèle pour une génération de joueurs étrangers

Drôle, sympa, doué et capable de tous les looks, Dirk Nowitzki est aussi un modèle pour toute une génération d’Européens. Bien plus encore que Tony Parker, MVP des Finals avant lui et plus titré que lui. Parce que l’Allemand arrivait de deuxième division allemande, mais aussi parce qu’il a révolutionné le jeu des intérieurs. C’est Ian Mahinmi qui résumait le mieux la situation il y a quelques jours.

« Dirk a tout : longévité, titre, MVP. Venant d’un gamin d’Allemagne, qui l’eut crû ? Parfois, je m’énerve car les gens ne voient plus que le Dirk actuel, et ils oublient à quel point il a été un grand joueur et combien il a changé le basket. Si on regarde des Kristaps Porzingis et Kevin Durant, ce sont en gros des extérieurs qui jouent au poste 4. L’évolution du basket, c’est grâce à Dirk. »

Le premier et seul européen MVP

Même discours chez Davis Bertans, arrivé plus tard que le Français. Il a 10 ans en 2002 quand Dirk Nowitzki devient All-Star. « En étant l’un des premiers à être au All-Star Game, il a eu une influence sur tous les joueurs européens. Dirk a été MVP puis ils ont gagné le titre. Personne ne s’y attendait avant cette saison. Qu’un gars comme lui gagne le titre signifiait beaucoup. »

À son arrivée en NBA, Dirk Nowitzki avait d’autres modèles, et il leur avait rendu hommage en 2007 lorsqu’il avait reçu son trophée de MVP. Les Mavericks venaient d’être éliminés, et on ne trouvera pas plus triste que l’Allemand ce jour-là : « Quand on m’a annoncé que j’étais MVP, j’étais triste. Triste de devoir regarder tous ces matchs de playoffs devant ma télé. J’avais le cœur brisé. Le point positif de l’histoire, c’est que les joueurs européens ne sont plus considérés comme de simples coéquipiers. Ils ont un véritable impact sur le jeu et tiennent un rôle important dans cette Ligue. Les précurseurs comme Toni Kukoc ou Detlef Schrempf ont montré la voie. » Pionnier pour les Européens, mais rarement cité, Detlef Schrempf était d’ailleurs là, cette nuit, sur le parquet des Mavericks.

Une sortie digne et authentique

Côté Américain aussi, certains considèrent Dirk Nowitzki comme un modèle. Kevin Durant lui a piqué son fadeaway sur une jambe, et c’est globalement, cette facilité à shooter de loin qui a marqué les Américains peu habitués à voir des grands shooter de loin. L’Allemand préférait punir à 3-points ou sur un fadeaway à cinq mètres que de venir enfoncer son adversaire près du cercle. Une aubaine pour certains intérieurs de 2m10 et plus dans le basket actuel : « D’une certaine façon, il a fait accepter l’idée que les grands pouvaient prendre des tirs extérieurs », décrivait LaMarcus Aldridge. « Il l’a maîtrisé et a montré qu’on pouvait prendre des « jumpshots » et avoir du succès. »

On ne reverra plus cette grande carcasse sur les terrains mais sa manière de quitter la scène est à son image : authentique. Son pote Steve Nash n’avait pas eu le droit à une sortie digne de son talent. Lui a choisi de ne pas faire la saison de trop (ou presque…), et d’attendre le dernier moment pour l’annoncer. D’autres superstars pourraient s’en inspirer dans les années à venir.

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