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George Eddy sur « The Last Dance » : « Un documentaire qui va rester dans le temps »

Pendant des années, le journaliste de Canal+ a suivi de très près la carrière de Michael Jordan. Il a donc regardé avec attention et plaisir « The Last Dance », malgré ses petits défauts.

Voix de la NBA à partir de 1985 sur les antennes de Canal+, soit un an après l’arrivée de Michael Jordan en NBA, la carrière de George Eddy a quasiment épousé celle de l’arrière de Chicago. Les premières Finals commentées en direct sur la chaîne cryptée sont ainsi les premières de « His Airness », en 1991.

Puis, avant le début de cette dernière saison 1997-1998 désormais connue comme « The Last Dance », Michael Jordan est venu à Paris et sur le plateau de Nulle Part Ailleurs où George Eddy l’a interviewé. Il était également derrière son micro pour le dernier match de Michael Jordan avec Chicago, en Finals contre Utah, le 14 juin 1998.

Si bien que George Eddy a regardé avec attention, plaisir mais aussi sens critique, les dix épisodes de « The Last Dance ». Pour Basket USA, il nous livre son avis.

Quel sentiment domine après le visionnage de ce documentaire fleuve ?

Le premier sentiment c’est : Jordan, qui était un être humain complexe, n’était pas aussi heureux qu’on aurait pu l’imaginer. On a toujours l’image du super-héros, qui a tout gagné (des titres, de l’argent…) et pour lequel tout était facile. En réalité, tout était difficile. Les obstacles et les côtés négatifs ont été nombreux. Il est obligé de se cacher, dans les chambres d’hôtel notamment, car il est constamment sous pression à cause de son image, sa réputation et sa célébrité. Ça permet de voir le revers de la médaille. Avec cette vie cloîtrée, je ne pense pas qu’il fut si heureux.

« Ça m’a motivé, pour me replonger dans cette époque »

Vous êtes dans le documentaire avec le passage de Michael Jordan à Nulle Part Ailleurs en octobre 1997. On peut imaginer que cela vous procure une émotion particulière.

On m’entraperçoit pendant une seconde (rires). Oui, bien sûr, il y a une petite émotion. Mais c’est bien évidemment plus fort d’avoir vécu ce moment que de le revoir. J’ai tellement revu cette émission, je l’ai racontée dans plusieurs interviews. Cette journée fut un summum pour la chaîne Canal+, dans son histoire avec la NBA. Au fond, j’ai été davantage ébloui par le fait que le passage de Jordan à Paris ait une aussi grande place dans le documentaire. Là, j’ai été surpris.

Vous avez été un témoin privilégié de la carrière de Michael Jordan et des six titres. Avez-vous appris quelque chose de particulier sur lui ou sur les Bulls durant ces longues heures du documentaire ?

Pas tellement, non. Rien sur les grandes lignes. Ce qu’on découvre vraiment, ce sont les images inédites filmées par les équipes de NBA Entertainment durant la saison 1997-1998. Elle apportent des moments coquins, parfois étonnants, des détails nouveaux pour moi, ou que j’ai peut-être oubliés avec les années. D’ailleurs, le visionnage de ce documentaire m’a poussé à relire The Book of Basketball de Bill Simmons, Michael Jordan, The Life de Roland Lazenby, ou encore un des livres de Phil Jackson. Ça m’a motivé, pour me replonger dans cette époque. Concernant les problèmes avec Jerry Krause, l’idée de la « dernière danse », on le racontait déjà pendant les commentaires des matches.

Conservez-vous une séquence préférée durant ces dix épisodes ?

Les trois dernières minutes de l’épisode 7. Avec le « break » de Jordan à la fin. Dans ces moments, il paraît très humain et très fragile, malgré sa force de caractère. Il se rendait compte qu’il est allé trop loin parfois. Sans doute le regrette-t-il maintenant. On le voit, sur le fond, c’est un bon gars. C’est quelqu’un qui veut faire plaisir aux autres. Cette séquence est très bien faite, le montage est parfait. On voit l’émotion monter. Jordan dit qu’il faut l’accepter ainsi, qu’il ne peut pas changer. C’est un peu « qui m’aime me suive ».

« C’est davantage un hommage à Jordan qu’un vrai documentaire »

Vous n’êtes pas nostalgique du basket des années 1990, mais ce genre de documentaire peut-il faire naître ce sentiment concernant la NBA de cette décennie ou pour Michael Jordan ?

Oui, forcément. Mais il est vrai que ce n’est pas un trait de caractère particulièrement important chez moi. Cela m’a permis de faire remonter des souvenirs à la surface, des choses que j’avais oubliées et d’approfondir des éléments que j’avais envie de mieux connaître. Mais j’adore la NBA et les stars d’aujourd’hui. Je ne suis pas dans cette mouvance des journalistes « old school », qui pensent que c’était mieux avant. Ce n’est pas la nostalgie qui domine. En revanche, ce fut un réel plaisir de redécouvrir ces choses, de revivre ces moments, que j’ai eu la chance inouïe de vivre de près. Peut-être est-ce aussi ça, la définition de la nostalgie (rires).

Malgré sa durée, a-t-il manqué quelque chose d’important – une scène, une déclaration, un souvenir – dans ce documentaire ?

Oui, il manque beaucoup de choses même. Il faut être honnête et dire que c’est davantage un hommage à Jordan qu’un vrai documentaire. Comme il a le dernier mot sur le contenu, qu’il fallait son accord pour le sortir, ça manque d’objectivité. C’était biaisé. C’est comme pour Bohemian Rhapsody, le film sur Freddie Mercury. Les membres de Queen étaient présents dans la production, donc l’histoire était racontée par leurs yeux, leurs opinions.

J’aurais aimé avoir le point de vue de la femme de Jordan, par rapport à ce qu’elle a vécu à ses côtés. Le documentaire aurait pu être moins sévère avec Scottie Pippen, sur l’épisode de la migraine ou sur la fin de match contre les Knicks en playoffs où il refuse de jouer les dernières secondes. On a trop insisté sur les fragilités de Pippen par rapport à sa présence dans le documentaire. De plus, peut-être consacrer quelques moments sur Jordan à l’international, pour monter son impact dans le monde entier après la « Dream Team ». En France par exemple, avec sa venue en 1990 devant 10 000 personnes, ou avec Tony Parker, qui a été très influencé par Jordan.

Après, ça reste un produit grand public, qui a pleinement rencontré son public grâce au confinement. Le documentaire a battu des records d’audience aux États-Unis. Donc c’est une réussite de ce point de vue : raconter la gloire de Jordan et toucher un plus grand nombre, et notamment les jeunes qui ne connaissaient pas son histoire en détail.

Certaines voix ont vu, comme vous, et parfois regretté que le documentaire soit très orienté sur la carrière Jordan et moins sur la saison 1997-1998, comme le trailer le laissait deviner il y a quelques mois. Êtes-vous déçu de ne pas avoir vu plus d’images des coulisses ?

J’ai vu ces critiques. Le réalisateur a parfaitement répondu et je sais à quoi ressemble un tournage. Parfois, on tourne trois heures et à la fin, il ne reste que trois images de dix secondes à exploiter. Il y avait des centaines d’heures à utiliser, mais quand le réalisateur a commencé à faire le tri, c’était très répétitif et redondant. Une fois qu’on a vu Jordan dans les vestiaires avec son entourage, on ne va pas remettre la même séquence pendant dix heures. L’accès dans les vestiaires, le bus et un peu à l’hôtel, ça tourne vite en rond. Je ne pense pas qu’il aurait pu faire beaucoup plus avec ce style d’images. Pour faire dix heures de documentaire, il fallait raconter d’autres histoires. Le plus logique était donc de suivre la trajectoire de Jordan, l’acteur principal de cette aventure.

« Un documentaire, comme un livre, c’est un produit qui reste dans le temps »

Vous êtes un amateur de documentaires sportifs, vous en avez même réalisé et Canal+ en a produit d’excellents, notamment sur le football. Où placez-vous « The Last Dance » dans votre hiérarchie ?

Avec une pointe d’humour, je dirais derrière notre documentaire de 1993 après la première retraite de Jordan. On avait travaillé non-stop pendant deux mois pour une heure de documentaire. Ce qu’on avait mis dedans pour résumer la première partie de carrière de Jordan, c’était déjà pas mal. On avait beaucoup d’images insolites, tournées à Monaco autour de la « Dream Team » ou pendant la séquence à Géo André en 1990. Après, bien sûr, on avait moins de moyen qu’ESPN. Mais pour l’époque, 1993 je le rappelle, ça donne un sacré moment. Encore aujourd’hui, il est très regardé sur YouTube et beaucoup de gens m’en parlent comme d’un moment important pour eux.

Après, plus sérieusement, même si je regarde beaucoup de documentaires sportifs, je n’ai pas tout vu. La série des « 30 for 30 » sur ESPN était très bien faite. Ce sont des références. Je ne sais pas si je placerais ce documentaire au sommet, à l’instar de beaucoup, comme le plus grand de l’histoire. J’en ai vus récemment sur Muhammad Ali, qui sont assez extraordinaires. Ou même des anciens sur Bill Russell et Wilt Chamberlain. C’est comme le débat pour les joueurs : c’est difficile de comparer les époques.

« The Last Dance », c’est un produit d’aujourd’hui. On s’inspire des séries à succès maintenant, donc ça dure 10 heures. Avec la possibilité de faire du « binge watching » puisque désormais les spectateurs vont pouvoir regarder les dix épisodes à la suite. C’est un autre produit de consommation. Il y a tellement de contenus maintenant que pour exister, il faut faire plus. Mais un documentaire, comme un livre, c’est un produit qui reste dans le temps. « The Last Dance » va rester, comme le nôtre sur Canal+ en 1993.

Beaucoup de monde sur Twitter voulait vous voir aider Netflix pour les sous-titres du documentaire, qui ont été parfois un peu suspects… Avez-vous été contacté ?

Si je devais critiquer un élément du documentaire, ce serait celui-là. C’est incroyable. On voit que le travail a été fait dans la précipitation. C’est dramatique pour un documentaire aussi bien réalisé et c’est catastrophique pour les gens qui doivent lire les sous-titres. Dans chaque épisode, il y avait trois ou quatre erreurs grossières. Même la voix off n’était pas fabuleuse, d’après ce que je sais.

Pour en revenir à la question : non, je n’ai pas été contacté et c’est un grand regret. Je n’avais pas suivi la gestation de ce documentaire, mais si j’avais su, il y a un an par exemple, j’aurais immédiatement contacté Netflix. J’ai vécu toute cette époque et j’ai commenté les matches, donc qui de mieux pour éviter ce genre d’erreurs ? J’ai fait ce travail dès la fin des années 1980 avec les cassettes sur Jordan. D’abord je corrigeais les sous-titres, puis je faisais la voix off. J’ai fait ça pendant dix ans. C’est un exercice que je maîtrise bien.

J’aurais donc été ravi qu’ESPN ou Netflix fassent appel à moi – même s’ils ne savent pas qui je suis – pour cette voix off en français ou pour aider à la rédaction des sous-titres. Je l’aurais fait pour pas cher ! Cette petite campagne sur Twitter aurait au moins permis au community manager de Netflix en France de voir les critiques sur ce sujet. Si, après-coup, ils veulent perfectionner leur travail, pourquoi pas. Mais je pense qu’ils sont déjà sur autre chose.

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