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Portrait | Terrell Brandon, le Cav se rebiffe

NBA – Bien avant Kyrie Irving et Darius Garland, un meneur des Cavaliers s’était invité au All-Star Game. Son nom : Terrell Brandon. Surnommé  « Candyman », il impressionnait par son humilité et son altruisme.

terrell brandon

Au début de la saison 1995-96, Terrell Brandon, 25 ans, n’était rien d’autre qu’un meneur ordinaire de 1,80 m luttant pour conserver une place stable en NBA. « Mon objectif est simplement de livrer 82 matches de saison régulière », explique-t-il. Sa progression au cours des six mois qui suivirent fut en tout point remarquable. Retenu en 11e position de la Draft 1991 par Cleveland, Brandon passa quatre saisons dans l’ombre de Mark Price, meneur inamovible des Cavaliers.

Pire : en avril 1995, il fut stoppé net par une fracture de fatigue au tibia droit. Pourtant, c’est le même Brandon qui figure dix mois plus tard au générique du All-Star Game de San Antonio, côté Est, en compagnie de Michael Jordan, Penny Hardaway, Shaquille O’Neal, Scottie Pippen ou Patrick Ewing. Terrell est le joueur le plus petit du lot. Le huitième de l’histoire mesurant moins de 1,83 m – et le troisième depuis 1980 – à prendre part au Match des Etoiles. Cette saison-là, dans l’Eastern Conference, le joueur le plus petit après Brandon mesure 1,98 m. Son nom : Michael Jordan.

Pour l’anecdote, il faudra attendre 2016 et un certain Isaiah Thomas pour trouver trace d’un joueur d’1m80 et moins au All-Star Game…

Le natif de Portland a passé deux saisons à l’université d’Oregon (logique !). Puis il a quitté la sphère NCAA pour devenir pro. A son tableau d’honneur figurait une moyenne de 26.6 points jumelée à un titre de joueur de l’année universitaire 1990-91 dans la Conférence Pac 10. C’était un vrai surdoué. Terrell explique sa réussite par l’éducation reçue de son père. « Quand Terrell a atteint 10 ans, je lui ai dit de se comporter en leader à chaque fois qu’il en avait l’occasion », explique ce dernier.

De ce conseil, Terrell fit une parole d’évangile. « Au lycée, on disait que je n’étais pas assez grand ni assez intelligent pour jouer chez les universitaires. A la fac, on me trouvait trop petit pour m’imposer chez les pros. En NBA, on m’a fait comprendre que j’avais deux ans devant moi avant d’aller faire carrière en CBA… »

Erreur. Brandon s’est bien implanté sur le circuit pro US. Sa cinquième saison accoucha d’une consécration. Il ne voulait pas redescendre de son piédestal. « J’ai toujours franchi les paliers progressivement, en ignorant les controverses et les rumeurs. Mes détracteurs m’ont rendu meilleur basketteur. Et surtout plus humain. Mon jeu n’est pas aussi aseptisé qu’ils le souhaiteraient. La saison prochaine, j’arriverai au training camp avec quelque chose de nouveau pour prouver que je l’améliore encore. Un jour, je l’espère, on osera dire qu’il approche une forme de perfection… »

Une description qui collait bien au registre de Mark Price. Il fallut un courage énorme aux Cavs pour transférer Price, sans doute le meilleur joueur de l’histoire du club, à Washington peu avant le début de l’exercice 1995-96. En cas de déroute, Brandon aurait fait une cible idéale. « Quand Mark est parti, on ne se posait pas la question de savoir si j’allais jouer. Il s’agissait plutôt de savoir si j’allais me remettre de ma blessure. J’ai bossé très dur tout l’été pour revenir. »

Avant de débarquer dans le Texas pour le All-Star Game, Terrell était le meilleur Cavalier aux points (19.5), aux passes (6.9) et aux interceptions (1.8). En fait, ce match disputé comme remplaçant était juste la cerise sur le gâteau. « C’était extra de participer à un rendez-vous réservé aux grandes stars de la Ligue. Réaliser des actions pour des joueurs de cette trempe m’a fait un bien fou. Je pense avoir payé mon dû et gagné le droit d’être considéré comme un chef de meute. J’ai fermé ma gueule et attendu que mon heure sonne. »

Fermer sa gueule, Brandon n’a fait que ça depuis son arrivée dans la Ligue. C’est dans sa nature. C’est un « nice guy », un garçon calme qui aime s’asseoir au bord d’une fenêtre et regarder le paysage pour faire le plein de paix intérieure. « Avoir l’esprit libre de temps en temps, ça fait du bien. C’est un plus pour la santé mentale. »

Terrell n’est pas pour autant un solitaire. Juste un casanier qui refuse de se prendre la tête. Que ce soit à l’entraînement, dans les vestiaires, dans le bus de l’équipe ou dans l’avion, Brandon reste toujours accessible. En déplacement, il sort rarement de son hôtel et se fait généralement monter ses repas dans sa chambre. « Mes coéquipiers n’arrêtent pas de me répéter : « Hey, man, sors un peu de ta piaule ! » Les gens me regardent de deux façons. Certains trouvent que je suis prétentieux, d’autres pensent que je suis asocial. Tous ceux qui m’ont côtoyé et bien connu savent que je ne corresponds à aucune de ces descriptions. J’aime discuter avec les gens mais je tiens aussi à préserver ma vie privée. »

Une malformation au pied fait craindre le pire

Au fond, tout cela s’accorde parfaitement avec le jeu de celui dont « Sports Illustrated » faisait début 1997 « le point guard le plus complet » de la Ligue. Un basket qui combine altruisme et modestie. Evidemment, tout cela détonne dans une Ligue ayant érigé le tape-à-l’œil et la vantardise en valeurs cardinales. Terrell est un personnage empreint d’une profonde humilité. Il n’a pas cherché à exploiter sa popularité outre mesure. D’autres ont touché les dividendes de la réussite via de juteuses retombées publicitaires. Il n’a pas voulu les imiter.

« La vie est belle si vous la laissez suivre son cours », déclarait-il dans « Sports Illustratred ». « Je ne compliquerai pas la mienne. Je joue, je rentre chez moi, j’attends le jour suivant. Je bannis le stress de mon quotidien. »

Les meilleurs potes de Brandon sont ses amis d’enfance. Dans l’Oregon, il a fait construire une maison à quelques minutes de chez ses parents et à deux kilomètres de son ancien lycée. High school qu’il mena au titre de champion de l’Etat dans sa saison senior.

Thomas Terrell Brandon naît à Portland le 20 mai 1970. Charles et Charlotte l’élèvent dans le Nord-Est de la ville, pas loin du Rose Garden. Ils habitent le quartier le plus pauvre, à majorité noire mais avec une grosse diversité ethnique. Le petit Terrell est à des années-lumière d’une carrière de basketteur pro. Il souffre d’une malformation au pied. Pour corriger tout ça, il lui faut porter un appareil orthopédique. Les médecins sont très pessimistes sur ses chances de marcher normalement un jour. On envisage le pire : provoquer délibérément une fracture pour tenter de réaligner les os. Terrell connaît une enfance normale malgré son handicap. Charlie et Charlotte se révèlent en effet les plus attentionnés des parents. Terrell, qui estime tout leur devoir, demeurera très proche d’eux. Charlotte fait des petits ménages pour arrondir les fins de mois. Charlie bosse à la Faculté des Sciences médicales, en charge d’un magasin de stocks. Pendant près de 25 ans, il prêcha la bonne parole dans une église. Le fiston n’en entendit que trois : « Bosse dur. Ne te laisse jamais impressionner. N’abandonne jamais. »

Terrell peaufine son jeu sur les playgrounds d’Irving Park. A la Grant High School, il devient une petite célébrité. En 1988, il mène l’école au titre de champion de l’Etat. Histoire de ne pas trop s’éloigner de la maison, il choisit d’aller étudier à l’université d’Oregon où Luke Ridnour et Aaron Brooks transiteront également. Sa spécialité : les loisirs et services. Brandon passera trois ans sous les ordres de Don Monson. Ou plutôt deux puisqu’il ne quitte pas le banc durant sa saison freshman. Dans son année sophomore, en 1989-90, il intègre le premier cinq de la Conférence Pac 10. C’est un meneur très consistant (17.9 pts, 3.7 rbds, 6 pds) et hyper adroit (47.7% dans le champ, 43.6% derrière l’arc).

Barré par Mark Price

Sa saison junior est somptueuse. Sa moyenne de points grimpe à 26.6, le troisième meilleur total de l’histoire de la Conférence. Il shoote à 49.1% et réussit 85% de ses lancers. Le MVP indiscutable des Ducks est élu « Joueur de l’année » de la Pacific 10. Terrell quitte la fac avec le record de points (745), de paniers (273), de lancers réussis (159) et de steals (63) sur une saison. Ses 26.6 pions par match constituent aussi un hit. Ce fut par ailleurs le scoreur des Ducks le plus prolifique en carrière (22.2 pts par match). Il fera son entrée au Hall of Fame d’Oregon en 2001. Sous l’ère Brandon, les Ducks loupèrent malheureusement le Tournoi NCAA.

Celui que l’on surnomme « Tee Bee » ou « Candyman » décide de tenter sa chance chez les pros en 1991, à 21 ans. En quête d’un meneur back-up fiable, les Cavaliers le retiennent aux portes d’un Top 10 qui accueille Larry Johnson, Dikembe Mutombo et Steve Smith. Cleveland n’est pas à proprement parler la destination rêvée. Que ce soit pour la qualité de vie ou pour jouer au basket. Bien sûr, l’équipe tient la route. Brad Daugherty, Larry Nance et « Hot Rod » Williams ne sont pas des billes. Mais Terrell se retrouve barré par un meneur indéboulonnable, All-Star deux ans plus tôt : Mark Price.

Price a 27 ans. Il reste sur une saison blanche (16 matches en raison d’une déchirure d’un ligament du genou gauche) mais n’est pas descendu sous les 17 points de moyenne depuis 1987 et tourne à plus de 8.3 passes depuis trois ans. Les pourcentages de réussite de ce shooteur redoutable donnent le tournis : sur 5 ans, 47.8% dans le champ, 40% à 3 points et 89% aux lancers. C’est l’un meilleurs playmakers et snipers de la Ligue. D’entrée de jeu, la partie s’annonce délicate…

Un rang plus loin, Brandon aurait peut-être atterri chez les Knicks. Ceux-ci choisirent Greg Anthony. Le seul meneur retenu plus haut fut Kenny Anderson, deuxième choix pour les Nets. Voulant bien faire et prouver qu’il mérite de passer du temps sur le parquet, Terrell se met à jouer contre nature, shootant plus souvent qu’à son tour. Ce n’est pas du tout le Brandon qu’on connaît. L’ancien Duck est un basketteur qui pense à servir un coéquipier avant de tenter sa chance. Cela se vérifiera tout au long de sa carrière.

« T.B. » se reprend très vite. C’est le seul Cavalier qui dispute tous les matches en 1991-92. Il est titulaire à neuf reprises, joue un peu moins de 20 minutes et rapporte 7.4 points en moyenne, assortis de 3.9 passes. Suffisant pour être retenu dans le deuxième cinq des débutants aux côtés de Rick Fox, Larry Stewart, Mark Macon et Stanley Roberts. Sa saison sophomore est du même tonneau : 82 matches, un peu moins de 20 minutes, près de 9 points. Derrière l’arc, il fait oublier une entrée en matière désastreuse (1 panier réussi sur 23 tentés comme rookie) en s’affichant à 31%.

Au lendemain d’une deuxième élimination face aux Bulls en playoffs, le coach, Lenny Wilkens, rend son tablier et prend la direction d’Atlanta. Mike Fratello s’assoit sur le banc. De son côté, Terrell ne disputera plus jamais une année complète. Une mononucléose lui fait louper le training camp et les neuf premiers matches de l’exercice 1993-94. Titulaire à dix reprises, il se classe 13e en NBA pour l’adresse aux lancers francs (85.8). Cinq fois, il terminera meilleur scoreur de l’équipe. Sans changer de statut. Back-up il est, back-up il restera (21.2 mn, 8.3 pts). L’année s’achève comme d’habitude par une qualification de Chicago en playoffs.

Un temps délocalisée du côté de Richfield, l’équipe retourne à Cleveland pour inaugurer une Gund Arena flambant neuve. Elle change aussi de maillot. Est-ce parce que Gordon Gund, le proprio des Cavs, est aveugle ? Toujours est-il qu’ils furent plusieurs, en cette année 1994-95, à jouer les hommes invisibles. Larry Nance est excusé : il a pris sa retraite. Brad Daugherty et Gerald Wilkins, eux, passent la saison à l’infirmerie. Mark Price loupe 34 matches. Son absence longue durée donne un coup de pouce à la carrière de Brandon, titulaire à 41 reprises. Sa réponse : 17 points et 7 passes de moyenne.

« A Richfield, au milieu de nulle part »

Sur la totalité de l’exercice, cela donne 13.3 points – troisième meilleur scoreur de l’équipe – et 5.4 passes en près de 30 minutes. En février contre Orlando, « T.B. » est chaud comme la braise (31 pts à 12/15). Peut-être le front office comprend est-il à ce moment-là que la relève est assurée. Les blessures à répétition de Price menacent l’équilibre du cinq. Son transfert prend forme peu à peu. Dommage que la saison de Terrell s’achève elle aussi prématurément. Comme expliqué au début de cet article, une fracture de fatigue au tibia droit, contractée dans un match contre Boston courant avril, le prive des 10 derniers matches de la saison et du premier tour des playoffs contre les Knicks (défaite 1-3). Il passe rapidement sur le billard pour se faire poser une broche.

La participation des Cavs (43-39) à la postseason relevait du miracle. Accablé par les blessures, Mike Fratello dut improviser. Sa trouvaille : ralentir au maximum le jeu et aller à la limite des 24 secondes. Cleveland concéda 89.8 points seulement par match. La deuxième meilleure perf depuis l’introduction de l’horloge.

Au sujet du temps passé dans l’ombre de Mark Price, Brandon expliquait ceci : « Le fait de ne pas démarrer les matches ne m’a pas déprimé. J’étais en NBA, ma vie me plaisait. J’ai apprécié chaque instant que j’ai vécu en me remémorant combien mes parents avaient travaillé dur pour obtenir ce qu’ils avaient. Et ils avaient beaucoup moins que moi à l’époque. Passer du statut de star à Oregon à celui de n°2 fut très simple. Avec Mark, ça s’est très bien passé. Certains ont cherché à nous opposer pour créer une polémique mais elle n’avait pas lieu d’être. Je savais qui était le patron de l’équipe. Chacun connaissait son rôle. Celui d’un back-up, c’est d’aider le titulaire et l’équipe. Lenny Wilkens m’avait fixé comme challenge d’être le meilleur meneur remplaçant de NBA. Cela signifiait beaucoup pour moi. Ça n’avait rien de dégradant, c’était même flatteur. J’ai quand même fini dans le deuxième cinq des rookies en sortant du banc. Observer Mark chaque jour m’a aidé. »

« Je me souviendrai longtemps de mon arrivée à Cleveland. En fait, à Richfield. J’avais entendu pas mal d’histoires mais débarquer sur place en provenance de Portland, ce fut un choc… J’étais au milieu de nulle part. J’ai déboulé dans un grand building et vu Larry (Nance), Mark (Price), Brad (Daugherty), tous les autres joueurs. Je me suis demandé si je réussirais. On me jetait dans la gueule du loup, on attendait ma réaction. J’ai commencé par aller au Richfield Coliseum. J’ai regardé le plafond et je me suis demandé si mon maillot serait tout là-haut un jour. J’imagine que tous les jeunes joueurs font ça. »

L’intersaison 1995 change radicalement le visage de l’équipe. Brad Daugherty a été contraint de se retirer. Mark Price est cédé aux Bullets (il ne jouera que 7 matches…) contre un premier tour de draft (utilisé pour retenir l’inénarrable Vitaly Potapenko, aujourd’hui assistant coach chez les Pacers). « Hot Rod » Williams a pris la direction de Phoenix, Dan Majerle a fait le trajet inverse. Quant à Terrell Brandon, il est passé en mode All-Star. Année royale : 19.3 points (n°1 des Cavs), 6.5 passes (n°1), 1.8 interception (n°1), 46.5% aux tirs, 38.7 à trois points et 88.7% aux lancers francs (n°1). Tout ça dans une équipe qui continue de tourner au ralenti. Elle établit d’ailleurs un nouveau record avec seulement 88.5 points concédés par rencontre. Forcément, l’attaque est en sommeil (91.1 pts). Et sans doute cela explique-t-il le sweep infligé par les Knicks au sortir d’une saison à 47 victoires.

« Tee Bee » est une merveille de meneur, totalement sous-exploitée dans le schéma très minimaliste de Fratello. Un système castrateur qui a pour effet de brider l’imagination et d’assécher la capacité de création. On l’a dit, Terrell pense à passer avant de shooter. Quand cela devient nécessaire, il se révèle un très bon attaquant. Il prend soin de la balle, fait les bons choix, sait impliquer tous ses coéquipiers sur jeu placé. C’est un point guard rapide, adroit et clairvoyant. En décembre 1995, il est élu « Joueur de la semaine » à l’Est après s’être affiché à 23 points, 8.8 passes, 3.5 steals, 53.8% aux tirs et 9/9 aux lancers francs. Sur un mois, il en réussira 67 d’affilée, la deuxième série la plus longue de l’histoire de la franchise. C’est un élément en tout point exemplaire. Lui-même eut le meilleur modèle possible. « Mark Price évidemment. C’était l’un des meilleurs passeurs et shooteurs en NBA. Aux entraînements, on s’affrontait sans répit. Mark essayait de me faire progresser. Moi, je voulais le pousser dans ses limites. »

Terrell peut se repasser la K7 du All-Star Game de San Antonio encore et encore. En 20 minutes, le plus gros temps de jeu de tous les remplaçants à l’Est, il a aligné 11 points et 3 passes. Comparé à la production d’un Michael Jordan (20 pts) ou celle d’un Shaquille O’Neal (25 pts, 10 rbds), c’est évidemment mince. Mais tout ceci n’était qu’un début. Car Terrell promettait de revenir : « L’année prochaine, il faudra démontrer que cette sélection n’était ni un coup de chance, ni le fruit du hasard. Je ne veux pas être l’un de ces joueurs dont on entend beaucoup parler une année et qui disparaissent ensuite à jamais. »

« Candyman » ne disparaîtra pas. En décembre 1996, il sort un match à 33 points contre le Jazz – nouveau record en carrière – et se voit désigné une fois encore « Joueur de la semaine ». Il fait désormais partie du gratin des meneurs de la Ligue. En février 1997, « Sports Illustrated » le propulse à sa Une. Avec un titre sans équivoque : « Le meilleur meneur de NBA. Nous avons évalué les point guards et, surprise, Terrell Brandon arrive premier ».

Cette appréciation est à prendre pour ce qu’elle est : une photographie du championnat à un instant T. Le magazine paraît durant le All-Star week-end de Cleveland. Pour la deuxième année de suite, le meneur des Cavs a été convoqué. Il joue 17 minutes (10 pts, 3 rbds, 8 pds). Michael Jordan réussit un triple-double (14 pts, 11 rbds, 11 pds). Glen Rice lui « vole » le titre de MVP en plantant 26 points en 25 minutes, dont 20 dans le troisième quart-temps. L’Est s’impose 132-120.

Un « Sports Illustrated » bien flatteur

La photo de « T.B. » s’étale donc à la couverture de l’hebdomadaire sportif de référence. A-t-il bénéficié de l’effet maison ? Sans doute un peu. Il a aussi et surtout bénéficié d’une méthode de calcul jugée un peu douteuse. Aussi sous-estimé soit-il, Brandon n’est pas un meilleur meneur que Gary Payton, John Stockton ou Tim Hardaway, tous présents sur le parquet de la Gund Arena.

« Cette Une était bien cool », commentait-il récemment. « Le magazine est sorti le jeudi. Les stars sont arrivées et le canard était partout. Les gens voulaient que je leur dédicace un exemplaire. J’ai regardé Gary, Tim, John… Eux aussi me regardaient. Je n’ai plus eu qu’un seul truc en tête. On disait qu’ils étaient les meilleurs. « S.I. » faisait maintenant de moi le n°1. Je sus, à partir de ce moment, qu’ils prendraient de mes nouvelles avant les matches mais qu’une fois la partie démarrée, ils essaieraient de me briser le cou… J’ai simplement accepté la nouvelle donne. »

Brandon n’est pas le meilleur. Il n’a pas non plus volé sa place. Pour sa sixième saison dans la Ligue, le n°1 – anciennement n°11 – de Cleveland tourne à 19.5 points (meilleur marqueur de l’équipe), 6.3 passes et 1.8 interception. Aux lancers francs, il dépasse les 90%. C’est le deuxième meilleur tireur de la Ligue. Toutes ses stats personnelles explosent. Il sort neuf matches à plus de 30 points. Il chipe 138 ballons. Le joueur est naturellement élégant. C’est aussi un prince. Brandon hérite du NBA Sportsmanship Award qui récompense le joueur le plus fair-play et respectueux de ses adversaires comme de l’éthique. Le trophée avait été créé la saison précédente. Terrell est le deuxième lauréat après un autre gentleman, Joe Dumars.

Cleveland fait encore très fort en maintenant l’opposition à 85.6 points par match, nouveau record d’indigence. Mais tel est pris qui croyait prendre. Lors du dernier match de saison régulière à la Gund Arena, Washington marque précisément 85 points. Les Cavaliers sont limités à 81. Cette défaite leur coûte le dernier spot en playoffs, en dépit d’une saison positive (42-40)… Wayne Embry, le président de l’équipe, a les boules. Il emploie son été à remanier le roster. Il n’y a objectivement aucune raison de faire quitter l’Ohio à Terrell Brandon. Sauf si… Sauf si on propose du très lourd en contrepartie. Le conflit entre Shawn Kemp et la direction des Sonics est la première pierre d’un blockbuster trade qui impliquera trois équipes et quatre joueurs plus un tour de draft.

« Tee Bee » file à Milwaukee, accompagné par Tyrone Hill. Shawn Kemp et Sherman Douglas arrivent à Cleveland. Vin Baker rejoint les Sonics. Il est intéressant de noter que quatre de ces joueurs – Brandon, Hill, Kemp, Baker – étaient All-Stars avant de changer de club, Tyrone Hill ayant joué 6 minutes en 1995 à Phoenix (si, si…). Cet échange validé le 25 septembre 1997 a flingué leur carrière. Aussi tient-on Jim McIlvaine pour responsable d’un naufrage collectif. C’est son contrat de 35 M$ qui avait provoqué la grogne de Kemp. C’est la grogne de Kemp qui a provoqué le trade. C’est donc McIlvaine qui a brisé quatre destins dorés. Une chanson bien pourrie de Bénabar résume le phénomène. On a ici la version basket de l’effet papillon.

Chris Mills et Bobby Phills prirent eux aussi la porte. Le premier était free-agent et s’engagea à Boston. Le second, libre lui aussi, prit la direction de Charlotte où l’attendait un funeste sort. Le 12 janvier 2000, il trouva la mort dans une course-poursuite avec David Wesley. Le 1er octobre 1997, un autre échange à trois implique Cleveland. Dans le transfert d’Antonio McDyess de Denver à Phoenix, les Cavaliers obtiennent Wesley Person et Tony Dumas. Au terme de l’exercice, on est bien obligé d’admettre que Cleveland a réussi son marché. Shawn Kemp termine meilleur marqueur des Cavs (18 pts), Wesley Person se classe 2e (14.7) et l’équipe retourne en playoffs avec un bilan de 47 victoires-35 défaites. Mais tout ceci débouche sur une nouvelle élimination au premier tour (3-1 contre Indiana). Et bientôt, c’est le fantôme du « Reign Man » qui hantera la Gund Arena.

A Milwaukee, Terrell Brandon (27 ans) n’est guère mieux loti. Les Bucks sortent d’une saison à 33 victoires. Ray Allen prend du poids dans sa saison sophomore, passant de 13.4 à 19.5 points de moyenne, mais la franchise du Wisconsin gagne seulement trois matches de plus. Glenn Robinson, meilleur scoreur des Bucks, loupe 26 rencontres, dont les 24 dernières de saison régulière à cause d’une douleur au plateau tibial gauche. Sans cela, il se classait 4e scoreur NBA (23.4 pts). Terrell Brandon rate lui-même 32 affiches, trahi par une cheville gauche douloureuse. Quand il peut tenir sa place, il déçoit rarement. Sur 50 matches, il tourne à 16.8 points, 7.7 passes et 2.2 steals. Dix-huit fois, il atteint la barre des 20 pions. Le 10 janvier contre Portland, il se fend de 7 interceptions, career-high.

Au sortir du lock-out et avec un effectif au complet plus la signature de George Karl, Milwaukee attend des progrès significatifs. Le n°7 est en perte de vitesse. Cela ne se voit pas aux points ou aux passes mais aux tirs. Il ne shoote plus qu’à 40.9% dans le champ et 25% derrière l’arc. Après 15 matches, son sort est scellé. Cela n’a pas grand-chose à voir avec ses pourcentages. « Candyman » est dans la dernière année de son contrat. Il n’a pas clairement indiqué à la direction des Bucks qu’il souhaitait rester. Il a l’intention d’explorer toutes les options. Donc, d’étudier d’autres offres. Et George Karl ne veut pas de joueurs avec la tête ailleurs.

« Ma priorité, c’était la stabilité », expliqua plus tard le coach. « Je venais d’arriver. Pourquoi aurais-je dû travailler avec un groupe qui n’était pas totalement impliqué à 100% ? Une fin de contrat et un possible transfert, c’était un motif de distraction. Ray (Allen), lui, était impliqué dans la vie de la franchise. Glenn (Robinson) aussi. Sam Cassell est arrivé et il sera là pour un petit bout de temps. »

Le 11 mars 1999 en effet, Terrell Brandon fait l’objet d’un deuxième blockbuster deal à trois. Une fois encore, c’est l’effet papillon. La bouderie de Stephon Marbury, qui prend ombrage du pactole offert à Kevin Garnett en 1997-98 (127 M$ sur 6 ans), force la direction des Wolves à le transférer. Elle s’exécute la mort dans l’âme tant son duo avec le « Big Ticket » s’annonçait prometteur. Point de chute : New Jersey. Rejoignent les Nets « Starbury », Chris Carr et Bill Curley. Rejoignent les Bucks Sam Cassell, Chris Gatling et Paul Grant. Terrell Brandon devient un Loup. Avec la mission, périlleuse croit-on, de faire oublier une étoile montante de 22 ans qui tournait à 17.7 points et 9.3 passes. Surtout aux commandes d’une équipe bâtie pour mettre en valeur l’ex-enfant prodige.

L’anti-Stephon Marbury

Tout oppose Terrell et Stephon. Stephon semble toujours jouer avec désinvolture. Il veut la balle. Il veut terminer les actions. C’est un slasher qui aime pénétrer en cassant quelques chevilles au passage. Terrell aime le jeu à l’ancienne. Pick and roll. Adresse extérieure. Altruisme. Maîtrise collective. Au lendemain du trade, Minnesota perd quatre matches de suite. Brandon cherche ses marques. Il ne s’en cache pas : la partie est compliquée. « Je suis encore en train d’essayer de m’ajuster. Je crois que pour mes coéquipiers, c’est la même chose. »

« Le problème, c’est que notre backcourt entier a été décapité », avance le coach de l’époque, Flip Saunders. « Stephon est parti. Au même moment, nous avons perdu Anthony Peeler et Malik Sealy sur blessure. Non seulement on n’a pas eu assez de temps pour s’entraîner avec Terrell mais en plus, il n’y avait personne à l’arrière pour l’aider à s’adapter aux systèmes. »

Brandon, qui connaît son cinquième entraîneur après Lenny Wilkens, Mike Fratello, Chris Ford et George Karl, est un basketteur intelligent. Il trouve en Kevin Garnett un autre cerveau du jeu. Il est tout simplement impossible que ces deux-là ne s’entendent pas. L’entente se dessine au fil des semaines. Dès avril, « T.B. » établit son record de passes en carrière (16) contre Sacramento.

Sur 21 matches pour Minny, il rapporte 14.2 points (à 42.5%), 3.9 rebonds et 9.8 assists. Le big deal offert à Garnett en 1997-98 fit tourner quelques têtes (le lock-out en fut la meilleure preuve). Le 24 août 1999, à 29 piges, Brandon resigne à son tour pour 6 ans et 60 M$. Montant clairement disproportionné. Terrell reste un excellent point guard mais il n’a pas assez de vécu avec l’équipe. Le risque de blessure est extrêmement élevé. Et il approche de la trentaine. Durant les deux saisons suivantes, il ne fera pas mieux que son prédécesseur, c’est-à-dire un premier tour de playoffs. Son dernier match, il le joue en 2002, à 31 ans, alors que le fameux bail doit encore lui rapporter 30,5 M$. Pas besoin d’être expert comptable pour comprendre que l’investissement était pour le moins hasardeux…

A moins qu’il n’ait été question de rétablir l’équilibre ! Dans l’Ohio, « Tee Bee » était un joueur clairement sous-payé (1,1 et 1,3 M$ les deux années où il fut All-Star). Minnesota a fait en sorte qu’il ne rencontre aucun problème pour nourrir sa famille, comme Latrell Sprewell… En 1995, Cleveland lui avait accordé une rallonge de 7 M$ pour aligner son salaire sur les standards de l’époque. Initialement, il ne devait percevoir « que » 6,9 millions sur 7 ans. Mais on l’a dit : chez lui, l’argent n’a jamais été une obsession.

« On s’imagine que je vais dépenser mon argent en belles voitures, comme tout le monde », expliquait-il. « Je préfère le donner à l’église du coin, à ma famille et à mes proches. En faire un usage dont je sois fier. Quand j’ai eu mon premier contrat, je me suis offert une BMW. Puis un Ford Explorer. Je me suis payé une maison avec trois chambres dans le quartier de mon enfance. Et c’est tout. J’ai voulu en payer une à mes parents, ils m’ont dit qu’ils étaient bien là où ils étaient. L’argent ne m’a jamais fait perdre la boule. J’ai toujours agi en mon âme et conscience, je ne me suis pas laissé influencer. J’ai longtemps été sous-payé par rapport à d’autres qui en faisaient autant que moi dans leur équipe. Mais personne ne m’a jamais mis un pistolet sur la tempe pour me faire signer un contrat. J’ai fait ce que j’avais à faire, j’ai vécu heureux comme cela. J’ai été payé en loupant pas mal de matches, ça s’est équilibré d’une certaine façon. »

La saison 1998-99 des Wolves se conclue par une troisième élimination consécutive au premier tour des playoffs (3-1 contre les Spurs). Brandon se classe cinquième meilleur passeur NBA (8.6 pds) et termine en tête pour le ratio assists/turnover (4.18). Minnesota continue de faire de la figuration au printemps 2000 (défaite 3-1 contre Portland). Terrell n’a pas grand-chose à se reprocher. Il a signé son premier triple-double en carrière le 9 janvier contre les Sixers (27 pts, 10 rbds, 14 pds). Il n’a jamais autant été passeur (8.9 pds, 5e NBA). Chez les Wolves, seul Pooh Richardson avait fait mieux sur une saison (9 en 1990-91). Brandon a par ailleurs effacé Tyrone Corbin des tablettes avec 8 steals dans un match à New Jersey courant mars. Il termine septième meilleur voleur de ballons de la Ligue (2.78 ints sur les 18 dernières rencontres). Enfin, il se classe 4e pour l’adresse aux lancers francs avec le deuxième meilleur pourcentage (89.9) de l’histoire de la franchise. Convaincus ? Ah, on oubliait : il n’avait jamais été aussi adroit à 3 points (40.2% et 47.6% à l’extérieur)…

Un an plus tard, on remet ça : défaite 3-1 contre les Spurs au premier round. C’est bien simple : Minny est à 11-5 lorsque « Candyman » termine meilleur marqueur de l’équipe et 14-7 quand il inscrit 20 points ou plus. Quand il capte 5 rebonds minimum, cela donne un 21-8… Son deuxième triple-double intervient face à Golden State le 23 février (27 pts, 10 rbds, 16 pds). Le 12 avril contre les Lakers, il dépasse Stephon Marbury et se classe troisième meilleur passeur de l’histoire de la franchise. Entre le 17 janvier et le 7 février, les coéquipiers de Kevin Garnett remportent 11 matches consécutifs. Durant cette série, le n°7 tourne à 3.18 steals. Sur six matches de suite, on atteignit même les 5 interceptions. Six matches on the road, s’il vous plaît !

En février 2002, une fracture au fémur gauche requiert une intervention chirurgicale. Le meneur trentenaire est placé sur « l’injured list » le 13. Il ne la quittera plus. La saison de « T.B. » s’arrête après 32 matches, alors qu’il était en train d’établir un record NBA au ratio passes/turnover (6.14) avec un minimum de 250 assists. Signalons aussi qu’il n’avait loupé qu’un seul lancer franc en 84 tentatives… C’est la deuxième fois qu’il passe sur le billard. Le 20 décembre, il avait fallu enlever des bouts de cartilage dans son genou gauche. Il lui manquait 6 points pour atteindre la barre des 10 000. Il ne les inscrira jamais.

Mal remis de son opération, Brandon est contraint de faire l’impasse sur la saison 2002-03. Après avoir été inclus à deux reprises dans un blockbuster trade à trois, il découvre le blockbuster trade à quatre : le 23 juillet, Minnesota récupère Latrell Sprewell en le cédant à Atlanta (Glenn Robinson rejoint les Sixers, Keith Van Horn et Randy Holcomb rejoignent les Knicks). Trahi par ses genoux, comme Mark Price autrefois, Terrell est coupé le 17 février 2004 sans avoir disputé un seul match pour les Hawks. Sa dernière apparition sur un terrain remonte à deux saisons… Il annonce sa retraite en mars suivant, à 33 ans. Histoire d’être tranquille, il se fait opérer une quatrième et dernière fois du genou gauche.

Victime d’une tentative de racket

Le petit jeu, aujourd’hui, consiste à savoir qui sortit gagnant du numéro de chaises musicales entre Brandon, Cassell et Marbury en 1999. Le « Chinois » vainqueur par K.-O. Il frappa aux portes des Finales NBA avec les Bucks (aidé par la paire Robinson-Allen) puis avec les Wolves (aidé par la doublette Sprewell-Garnett). Dans la région des Grands Lacs, Terrell Brandon fut un meilleur playmaker et leader que Stephon Marbury mais il était à un point beaucoup plus avancé de sa carrière. Et si Minnesota compila pour la première fois 50 victoires en saison régulière, le résultat en playoffs fut identique. Evidemment, il est très tentant de tailler « Starbury »… Quand Jason Kidd prit sa place à New Jersey, cela donna deux Finales NBA. Mais le Stephon des Nets était trop bon à nos yeux – et sans doute trop égoïste, oui – pour que l’on se contente d’un raccourci aussi facile.

On ajoutera pour terminer que la dernière blessure de « Tee Bee » posa un véritable cas de conscience à Minnesota. En son absence, Chauncey Billups se révéla beaucoup mieux qu’un remplaçant. Free-agent en 2002, il ne demandait pas mieux que de rester. C’était le meilleur ami de Kevin Garnett. Mais Flip Saunders n’était pas totalement convaincu. Le retour de Brandon rendrait la cohabitation difficile. Avec le contrat qui était le sien, il était inconcevable de l’éliminer de l’équation. Les Wolves dirent donc adieu à Billups qui s’en alla remporter le titre NBA à Detroit. De son côté, Terrell tira sa révérence avec les 30,5 M$ qui lui étaient encore dûs…

Au moment où nous rédigions cet article, on apprenait que plusieurs sportifs professionnels avaient fait l’objet d’une tentative de racket de la part d’un employé de la Caisse d’Epargne âgé de 48 ans. Etaient notamment visés Jérémie Bréchet (Sochaux) et Mourad Boudjellal, le président du club de rugby de Toulon. Terrell Brandon fut lui-même victime d’une tentative d’extorsion de fonds en février 2008. L’affaire concerna le footballeur américain Anthony Newman, defensive back également formé à Oregon.

Brandon reçoit une lettre menaçante exigeant qu’il laisse 15 000 $ en face de son garage le 15 février. Le courrier commence par « Vous ne me connaissez pas mais moi, je vous connais »… Un sac est placé dans un buisson. Rempli de papiers, il ne contient qu’un seul billet de 1 dollar. Terrell attend le racketteur avec un ami. Tous deux sont armés (et détenteurs d’un permis en règle)… Bobby Hayes, un individu de 41 ans, va récupérer le sac et découvre la supercherie. Il est pris en chasse. La police est rapidement appelée sur les lieux. Placé en garde à vue puis libéré contre le versement de 2 500 $, soit le dizième de sa caution, Hayes recevra l’ordre de s’éloigner de l’ancien Cavalier et de ne plus entrer en contact avec lui.

Terrell Brandon était l’un des joueurs préférés de Damon Stoudamire, ex-meneur des Trail Blazers, de trois ans son cadet. Leurs routes se croisèrent sur les playgrounds de Portland mais pas au lycée ni à la fac : « Mighty Mouse » intégra Arizona en 1991, l’année où Brandon déboula en NBA. Là aussi, l’opposition de styles fut totale. A la polyvalence du all around player, Damon opposait sa vitesse, sa puissance et un jeu moins léché mais nettement plus spectaculaire. Tous deux figurent dans le Top 10 des joueurs les plus petits passés par la Ligue. Avec son 5’11, Brandon arrive derrière Stoudamire, Avery Johnson, Michael Adams (5’10), Calvin Murphy, Nate Robinson (5’9), Wat Misaka, Spud Webb (5’7), Earl Boykins (5’5) et bien sûr Muggsy Bogues (5’3).

« On s’adore », racontait le meneur des Timberwolves avant le coup d’envoi du premier tour de playoffs 2000 Portland-Minnesota. « On représente tous les deux le Nord de la ville. On en parle tout le temps entre nous. Il n’y aura pas vraiment de perdant dans ce duel, Portland nous a adoptés avec le même attachement. »

Ma petite entreprise connaît pas la crise

Depuis tout petit, Terrell Brandon rêvait d’aider sa communauté. En janvier 1996, avant un match des Cavaliers au Rose Garden, il se rend à la cérémonie d’inauguration d’un nouveau complexe commercial dont il est l’un des promoteurs. La réalisation, au cœur de son ancien quartier, se compose d’un salon de coiffure, ouvert en 1990, et d’un magasin de sportswear. Elle accueille également les bureaux de la société qu’il avait créée dans ses jeunes années, Tee Bee Enterprises. La boîte organise des shows et des concerts. Terrell Brandon possède par ailleurs un bar à cigares.

« J’ai voulu montrer qu’on pouvait sortir d’ici et réussir dans la vie. Pas forcément tremper dans des activités répréhensibles. Je tenais à créer des emplois pour les gens du coin. Je voulais construire quelque chose à partir de ce qui existait déjà, aider à changer les choses pour qu’on vive mieux dans ce quartier. Les affaires ont bien marché. Très bien, même. »

Le salon de coiffure pour hommes, situé au coin d’Alberta Street et de NE 14th Avenue, se nomme Terrell Brandon Barber Shop. L’endroit a vu défiler plusieurs joueurs NBA. Si vous passez dans le coin, allez y faire un tour. Il y a plusieurs souvenirs de match accrochés au mur et une télé diffuse les rencontres. Si vous voulez en profiter pour vous faire couper les tifs, sachez qu’il vous en coûtera 14 $. Ça, c’est sans compter la barbe ! Pourquoi un salon de coiffure ? « T.B. » avait un ami qui allait coiffer les gens à domicile. Il avait promis de lui ouvrir un salon s’il devenait riche. Promesse tenue : le barbier a sévi…

Gamin LeBron James participe à ses camps

Après l’arrêt de sa carrière, Terrell Brandon a passé du temps en famille, s’est mis au tennis et s’est occupé de son business. Il n’écartait pas la possibilité de revenir en NBA une fois ses affaires bien établies mais plutôt dans un rôle de dirigeant.

Le 15 avril 2000, les fans des Cavs furent invités à élire la meilleure équipe de tous les temps pour les 30 ans de la franchise. L’homme aux 38 matches de playoffs eut leurs faveurs, de même que Nate Thurmond, World B. Free, Mark Price, Larry Nance, Brad Daugherty, Hot Rod Williams ou Shawn Kemp. En tant que figure historique de Cleveland, on l’interrogea bien évidemment sur la décision de LeBron James de quitter l’Ohio.

« LeBron est venu à mon camp quand il était au 7e grade (ndlr : vers 12-13 ans). Donc, je le connais depuis très longtemps. Quand je jouais chez les Cavs, c’était un petit garçon. Il suivait l’équipe, il me regardait. C’est un enfant d’Akron. Les fans ont manifesté leur déception avec beaucoup de virulence mais cela ne m’a surpris. Je sais combien ils sont passionnés. L’émission sur ESPN ? Ça ressemblait à une conférence de presse. C’était juste de la promo. LeBron est une icône. Il réfléchit à son avenir, il veut devenir milliardaire. Toute publicité, bonne ou mauvaise, est la bienvenue. »

« Michael Jordan, Charles Barkley et Magic Johnson n’auraient pas bougé au début de leur carrière. Mais regardez l’histoire. Barkley a changé de club. Pat Ewing a changé de club. Arrivé à un stade, il faut parfois regarder ailleurs pour viser le titre. Karl Malone l’a fait. Gary Payton l’a fait. Alors les gars peuvent être hypocrites aujourd’hui… »

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Palmarès

All-Star : 1996, 97

All-Rookie Second team : 1992

NBA Sportsmanship award 1997

Records

34 points contre New Jersey le 25.03.01

12 rebonds à Indiana le 12.2.97

16 passes (5 fois)

8 interceptions à New Jersey le 24.3.00

5 contres face à Milwaukee le 31.1.96

Terrell Brandon Pourcentage Rebonds
Saison Equipe MJ Min Tirs 3pts LF Off Def Tot Pd Fte Int Bp Ct Pts
1991-92 CLE 82 20 41.9 4.3 80.6 0.6 1.4 2.0 3.9 1.3 1.0 1.7 0.3 7.4
1992-93 CLE 82 20 47.8 31.0 82.5 0.5 1.7 2.2 3.7 1.5 1.0 1.3 0.3 8.8
1993-94 CLE 73 21 42.0 21.9 85.8 0.5 1.7 2.2 3.8 1.5 1.2 1.5 0.2 8.3
1994-95 CLE 67 29 44.8 39.7 85.5 0.5 2.3 2.8 5.4 1.8 1.6 2.2 0.2 13.3
1995-96 CLE 75 34 46.5 38.7 88.7 0.6 2.7 3.3 6.5 2.0 1.8 1.9 0.4 19.3
1996-97 CLE 78 37 43.8 37.3 90.2 0.6 3.2 3.9 6.3 2.3 1.8 2.3 0.4 19.5
1997-98 MIL 50 36 46.4 33.3 84.6 0.5 3.1 3.5 7.7 2.4 2.2 2.9 0.3 16.8
1998-99 * All Teams 36 34 41.8 25.5 83.3 0.8 3.0 3.7 8.6 2.3 1.8 2.1 0.3 13.9
1998-99 * MIN 21 34 42.5 26.3 83.0 0.8 3.1 3.9 9.8 2.7 1.9 1.8 0.3 14.2
1998-99 * MIL 15 34 40.9 25.0 83.9 0.7 2.8 3.5 6.9 1.7 1.6 2.4 0.2 13.5
1999-00 MIN 71 36 46.6 40.2 89.9 0.6 2.7 3.4 8.9 2.2 1.9 2.6 0.4 17.1
2000-01 MIN 78 36 45.1 36.3 87.1 0.8 3.1 3.8 7.5 1.8 2.1 2.0 0.3 16.0
2001-02 MIN 32 30 42.5 17.4 98.8 0.5 2.4 2.9 8.3 1.5 1.6 1.3 0.2 12.4
Total   724 30 44.8 35.5 87.3 0.6 2.4 3.0 6.1 1.8 1.6 2.0 0.3 13.8

Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.

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