« Tout. » Un seul mot pour résumer huit années passées à faire mentir les pronostics. Pendant les dernières Finals, alors que les Knicks menaient 2-0 face aux Spurs, un journaliste a demandé à Jalen Brunson ce que les recruteurs avaient sous-estimé chez lui avant la Draft 2018. Sa réponse a fusé : « Tout. »
Difficile de mieux résumer le parcours du meneur, qui fête ses 30 ans ce 31 août. Car avant de devenir champion NBA et MVP des Finals avec New York, Jalen Brunson a longtemps été considéré comme un joueur solide… mais dont le potentiel devait forcément être limité par ses 1m88 et son manque d’explosivité.
Lorsqu’il s’est présenté à la Draft en 2018, Jalen Brunson quittait Villanova avec deux titres NCAA, remportés en 2016 et 2018, et venait surtout d’être désigné meilleur joueur universitaire de l’année. Pour sa troisième et dernière saison chez les Wildcats, il affichait 18.9 points et 4.6 passes de moyenne, à 52% au tir et 41% à 3-points.
Trop petit, pas assez athlétique…
Mais en NBA, son profil interroge. Sa taille, son envergure, son âge (déjà 21 ans…) et surtout son manque supposé de vitesse et d’explosivité refroidissent les franchises. Résultat : le double champion NCAA et meilleur joueur universitaire du pays voit 32 noms sortir avant le sien, avant que Dallas ne le sélectionne au 33e choix.
Même son ancien coéquipier Mikal Bridges, choisi 23 places avant lui, aura du mal à comprendre cette chute. « Que vous l’expliquiez par sa taille ou autre chose », expliquait-il en 2022, il préférait miser sur « un gars qui a des responsabilités » et qui a déjà conduit son équipe au titre plutôt que sur le seul potentiel.
Les Mavericks, eux, étaient ravis de le voir encore disponible. Michael Finley expliquera même que Dallas l’avait évalué comme un talent de premier tour, tandis que Rick Carlisle pensait qu’il partirait autour de la 20e place.
À Dallas, Jalen Brunson commence pourtant tout en bas de l’échelle. Lors de sa saison rookie, il n’inscrit que 9.3 points par match et évolue évidemment dans l’ombre de Luka Doncic, choisi trente places avant lui. Progressivement, il gagne toutefois la confiance des Mavericks et fait gonfler ses statistiques ainsi que son rôle.
Les playoffs 2022 changent tout
C’est durant les playoffs 2022 que son statut bascule définitivement. Privé de Luka Doncic en début de série face au Jazz, Dallas découvre que son deuxième meneur est capable de porter une attaque. Jalen Brunson inscrit notamment 41 points dans le Game 2, avec 8 rebonds et 5 passes, sans perdre le moindre ballon.
« Ma mentalité reste la même, que Luka soit là ou pas », explique-t-il alors. Quelques jours plus tard, il ajoute 31 points dans le Game 3. En deux rencontres, Jalen Brunson vient de compiler 72 points avec une seule balle perdue.
Les Mavericks iront jusqu’en finale de conférence, tandis que Jalen Brunson terminera ces playoffs à 21.6 points de moyenne. De quoi faire grimper sa valeur au meilleur moment puisqu’il arrive en fin de contrat…
Le pari à 104 millions de dollars
Dallas va alors payer cher ses hésitations. Jalen Brunson a raconté que les Mavericks avaient eu plusieurs occasions de le prolonger avant son explosion, notamment autour d’un contrat de quatre ans et 55.5 millions de dollars. Après les playoffs, malgré les déclarations de Mark Cuban, il assure avoir surtout entendu le « silence » de Dallas.
Les Knicks, eux, parlent. Et fort. À l’été 2022, New York lui offre 104 millions de dollars sur quatre ans. Une somme alors jugée particulièrement importante pour un joueur de 25 ans qui n’a jamais été All-Star et qui vient de terminer la saison régulière à 16.3 points.
Jalen Brunson ne veut pourtant rien changer. « Peu importe le chiffre, rien ne change. Rien ne change pour moi », assure-t-il après sa signature.
Très rapidement, le contrat va ressembler à une bonne affaire.
Dès sa première saison à New York, Jalen Brunson passe à 24.0 points et 6.2 passes, puis à 28.7 points l’année suivante. En playoffs 2024, il inscrit notamment 47 points et 10 passes face aux Sixers, nouveau record de points des Knicks en postseason.
Il pousse ensuite le délire encore plus loin en enchaînant quatre rencontres consécutives à au moins 40 points. Seuls Jerry West, Bernard King et Michael Jordan avaient jusque-là réussi pareille série en playoffs !
Interrogé sur tous ces records, il reste fidèle à lui-même : « J’y repenserai quand je prendrai ma retraite ». Pour lui, les performances individuelles qui n’aident pas à gagner le match suivant n’ont déjà plus beaucoup d’intérêt.
Capitaine… et 113 millions de dollars laissés sur la table
À l’été 2024, les Knicks actent définitivement le changement de dimension de leur meneur en le nommant 36e capitaine de l’histoire de la franchise.
« Jalen est un leader né », résume le président Leon Rose, convaincu qu’il représente New York avec « le même cœur, le même courage et la même classe » depuis son arrivée.
Quelques semaines auparavant, Jalen Brunson avait déjà donné une illustration spectaculaire de son engagement envers les Knicks. Plutôt que d’attendre l’été 2025 et de pouvoir prétendre à 269 millions de dollars sur cinq ans, il accepte une prolongation de 156.5 millions de dollars sur quatre ans. Soit potentiellement 113 millions de dollars laissés sur la table.
« Je réfléchis à chaque décision que je prends et je suis totalement à l’aise avec ce que j’ai fait », explique-t-il, considérant que son aventure avec les Knicks n’en est « littéralement qu’au début ».
Du « Clutch Player » au MVP des Finals
La suite lui donnera raison. En 2025, il décroche le trophée de « Clutch Player of the Year », après avoir dominé la NBA dans les fins de rencontre serrées.
Un an plus tard, Jalen Brunson franchit les dernières marches. Les Knicks retrouvent d’abord les Finals pour la première fois depuis 1999, leur meneur étant élu à l’unanimité MVP de la finale de conférence Est.
« Ça signifie beaucoup pour moi, mais je ne serais pas ici sans mes coéquipiers », rappelle-t-il lorsque Walt Frazier et Patrick Ewing lui remettent le trophée Larry Bird.
Puis vient la dernière étape face aux Spurs de Victor Wembanyama.
Sur les Finals, Jalen Brunson tourne à 32.6 points, 4.2 rebonds et 4.6 passes. Et il garde évidemment son chef-d’œuvre pour la fin.
Dans le Game 5 à San Antonio, les Knicks accusent jusqu’à 16 points de retard. Jalen Brunson les maintient en vie, puis les emmène jusqu’au titre avec 45 points, dont 15 dans le dernier quart-temps.
New York s’impose 94-90 et décroche son premier titre NBA depuis 1973. Avec ses 45 points, Jalen Brunson efface également le précédent record d’un joueur des Knicks en Finals, les 38 points de Willis Reed.
« Je n’ai pas les mots », souffle-t-il après le buzzer, avant de recevoir à l’unanimité le trophée de MVP des Finals.
Une consécration qui donne une autre saveur à toutes les critiques qui l’ont accompagné. Quelques jours après le titre, lors de la parade des Knicks, Jalen Brunson peut enfin savourer sa revanche.
« Beaucoup de gens ont beaucoup d’opinions. Mais quand vous leur donnez tort, vous n’avez vraiment rien à leur dire », lâche-t-il devant New York.
À 30 ans, Jalen Brunson possède désormais deux titres NCAA, trois sélections au All-Star Game, plusieurs sélections All-NBA, un trophée de « Clutch Player of the Year », un titre NBA et un trophée de MVP des Finals.
Le tout après avoir attendu le 33e choix de la Draft pour entendre son nom. Finalement, à la question de savoir ce que les scouts avaient raté en 2018, sa réponse tenait effectivement en un mot : « Tout. »
| Jalen Brunson | Pourcentage | Rebonds | |||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Saison | Equipe | MJ | Min | Tirs | 3pts | LF | Off | Def | Tot | Pd | Fte | Int | Bp | Ct | Pts |
| 2018-19 | DAL | 73 | 21:48 | 46.7 | 34.8 | 72.5 | 0.3 | 2.0 | 2.3 | 3.2 | 1.7 | 0.5 | 1.2 | 0.1 | 9.3 |
| 2019-20 | DAL | 57 | 17:56 | 46.6 | 35.8 | 81.3 | 0.4 | 2.0 | 2.4 | 3.3 | 1.3 | 0.4 | 1.2 | 0.1 | 8.2 |
| 2020-21 | DAL | 68 | 24:57 | 52.3 | 40.5 | 79.5 | 0.4 | 3.0 | 3.4 | 3.5 | 1.6 | 0.5 | 1.2 | 0.0 | 12.6 |
| 2021-22 | DAL | 79 | 31:57 | 50.2 | 37.3 | 84.0 | 0.5 | 3.4 | 3.9 | 4.8 | 1.9 | 0.8 | 1.6 | 0.0 | 16.3 |
| 2022-23 | NY | 68 | 34:59 | 49.1 | 41.6 | 82.9 | 0.6 | 3.0 | 3.5 | 6.2 | 2.2 | 0.9 | 2.1 | 0.2 | 24.0 |
| 2023-24 | NY | 77 | 35:24 | 47.9 | 40.1 | 84.7 | 0.6 | 3.1 | 3.6 | 6.7 | 1.9 | 0.9 | 2.4 | 0.2 | 28.7 |
| 2024-25 | NY | 65 | 35:24 | 48.8 | 38.3 | 82.1 | 0.4 | 2.5 | 2.9 | 7.3 | 2.1 | 0.9 | 2.5 | 0.1 | 26.0 |
| 2025-26 | NY | 74 | 35:00 | 46.7 | 36.9 | 84.1 | 0.4 | 2.9 | 3.3 | 6.8 | 2.3 | 0.8 | 2.4 | 0.1 | 26.0 |
Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.
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