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Lecture : « Bonnes Vacances ! », le triplé de Limoges en 2000 aux allures de « The Last Dance »

Avec des magouilles, de la sueur et des larmes, l’épopée limougeaude racontée par François Chevalier et Jérémy Le Bescont contient de nombreux parallèles avec le docu-série sur la dernière saison de Michael Jordan aux Bulls.

« The Last Dance », voilà qui aurait aussi pu faire un bon titre pour le livre « Bonnes Vacances ! », co-écrit par François Chevalier et Jérémy Le Bescont et disponible à partir du 15 juin (en précommande sur le site d’Entorse), retraçant le triplé historique du Limoges CSP lors de la saison 1999-2000, avec un Coupe de France, une Coupe Korac et le titre de champion de France.

« The Last Dance », car au-delà de ses titres glorieux, la saison a également été marquée par la fin d’une époque et une rétrogradation. Le club, qui accusait un déficit abyssal, s’est retrouvé pris dans un tourbillon judiciaire qui l’a ainsi mené des sommets du basket français à la troisième division.

Chaque semaine, le Limoges CSP, un des clubs historiques du basket français, était menacé de disparaître. Mais avec énormément de cœur, de concessions, et le soutien d’un peuple vert et blanc unique passionné comme nulle part ailleurs en France, il a ainsi réussi l’impossible.

Comme le dira plus tard Yann Bonato, un des acteurs majeurs de cette folle aventure qui contient aussi son lot de personnages plus sombres : « Aux États-Unis, il y aurait forcément eu un film là-dessus ! ». Avec des magouilles, de la sueur et des larmes, il y avait effectivement un bon casting. À la sauce « The Last Dance », retour avec les deux auteurs de ce livre fourni des témoignages de la quasi intégralité des acteurs de cette histoire unique.

Commençons par cette phrase de Yann Bonato qui figure au dos du livre. « Aux États-Unis, il y aurait forcément eu un film là-dessus ». Vous voyez beaucoup de parallèles et d’éléments qui feraient de cette aventure un bon documentaire comme celui de Michael Jordan ?

Jerémy Le Bescont : Ce n’est pas forcément un parallèle qu’on s’était mis en tête en attaquant le bouquin. On l’a commencé l’été dernier, c’est vrai que « The Last Dance » était déjà prévu, mais ça ne nous avait pas forcément sauté à la figure. Mais en effet, lorsqu’on a vu le doc, on voit qu’il y a énormément de similitudes. Ce n’est pas exactement la même configuration dans le sens où les joueurs du CSP 2000 avaient prévu de jouer encore quelques années ensemble. C’est au fil de la saison que c’est devenu évident que 90-95% des joueurs allaient faire leur dernière saison au club. Dans ces conditions-là, le fait de tout gagner, de parvenir à aller au bout en sachant que ce sera la fin ensuite, ça rappelle évidemment « The Last Dance ».

François Chevalier : C’est clair qu’en terme de dramaturgie, on retrouve des choses. On est dans les deux cas sur une fin de règne, une fin de cycle. C’est vraiment une saison crépusculaire. Si on parle du CSP, on sait effectivement que le groupe va être démantelé à la fin de la saison. Du coup, les joueurs se nourrissent aussi du contexte pour se transcender, clairement. Après je ne sais pas si on peut comparer Yann Bonato à Michael Jordan, mais on est aussi sur un grand joueur français. C’est quand même le meilleur scoreur français des années 90, un leader assez charismatique. Mais c’est vrai qu’il y a énormément d’éléments, et je me demande même, toutes proportions gardées, s’il n’y a pas plus d’éléments du côté de l’histoire de Limoges, parce que ça va largement au-delà du terrain, avec tout le tourbillon judiciaire autour du club, les problèmes financiers. Ce sont des choses qu’on ne retrouve pas aux Bulls. Il y avait les problèmes liés au salaire de Scottie Pippen, mais ce sont des problèmes de riches. Là, on parle de la mort du club limougeaud, ça a rajouté un gros suspense sur les épaules des joueurs.

Comme pour « The Last Dance », Il y a pas mal d’acteurs et de personnages forts qui entourent cette histoire, On pourrait commencer par Didier Rose. Quel portrait dresseriez-vous de lui ?

Jérémy : Sur le plan sportif, on peut faire un parallèle avec Jerry Krause des Bulls. Ce sont deux génies de l’architecture de la composition d’une équipe. Si le Limoges CSP a accumulé tous ces titres entre les années 80 et les années 2000, c’est notamment parce qu’il a assemblé ces équipes. C’est lui qui va chercher Marcus Brown aux mains de Pau en cours d’année pour relancer le CSP en 2000. De ce côté-là, c’est un génie. On peut aussi dire que c’est un génie de la finance, mais voilà, c’est un personnage iconique dans le sens où il y a une sorte d’aura de mafieux. Je n’ai pas envie de prendre position à titre personnel sur les manœuvres financières, mais ce qui est sûr, c’est qu’il a été condamné, qu’il a fait de la prison, et ce n’est sans doute pas pour rien non plus. Il y a vraiment un mystère autour de ce personnage, qui est plein de nuances. Ce n’est ni tout noir ni tout blanc. C’est quelqu’un qui est passionné par son club, mais qui du coup est prêt à tout, y compris quelques ambitions personnelles. C’est quelqu’un qui n’était pas seulement omniprésent et omnipotent à Limoges, mais aussi dans le basket français. Il avait lui-même ses liens avec Canal + et Charles Biétry, c’est lui qui négociait les droits télévisés pour la ligue voire la fédé. C’est un personnage unique.

François : C’est également un personnage qui sent le soufre. Le personnage de film qui se rapprocherait le plus de Didier Rose, c’est clairement « Le Parrain ». C’est quand même un flambeur, quelqu’un qui se permet de rouler en Porsche dans les rues de Limoges. Il faut bien réaliser ce que ça représente, et je peux vous dire qu’on est clairement visible. Alors que le club est au bord de la faillite, c’est quelqu’un qui va magouiller, détourner de l’argent, mettre en place un système de double commissionnement pour permettre au club de garder son standing. C’est quand même un sacré personnage. On n’en a jamais eu des comme ça dans le basket français. C’est assez vertigineux de se rendre compte à quel point cet homme a pu être central dans le milieu du basket français et de voir comment il a dégringolé à partir de janvier 2000 puisqu’il va être incarcéré. Ce qui est très marquant dans le livre, c’est que les joueurs sont plutôt du côté de Didier Rose. C’était aussi leur agent, mais c’est frappant de voir à quel point ils étaient attachés à cet homme-là, parce que c’était aussi celui qui leur permettait tous les ans d’augmenter leur salaire. Je ne sais pas s’il a d’équivalent dans le basket américain, mais si on devait le comparer à Jerry Krause, c’est certain qu’il est aussi l’architecte sportif du club.

On peut aussi noter l’entraîneur Dusko Ivanovic, un véritable OVNI pour le monde du basket français de l’époque…

Jérémy : Oui, ça l’est toujours d’ailleurs, dans le fait d’être encore assez dur avec ses joueurs à Vitoria aujourd’hui. C’est un style de coach que le basket français a peu vu finalement. Il y a eu Bozidar Maljkovic, déjà à Limoges, et lui. Pour le coup, c’est difficile de le comparer à Phil Jackson. Ce n’est pas du tout la même façon de manager les joueurs. Dusko Ivanovic a poussé les siens jusqu’au bout, physiquement et psychologiquement, dans la torture. C’est aussi un coach qui était jeune, qui faisait encore ses armes même s’il a été un grand joueur. Il sortait de Suisse où il avait aussi été champion, mais il restait peu reconnu en tant que coach. Il avait besoin de faire ses preuves, et il s’est très vite emparé de ses joueurs finalement. Il a contribué au fait que ses joueurs aillent jusqu’au bout parce qu’il n’avait qu’une seule motivation, c’était de tout gagner.

François : C’est clair qu’il n’est pas trop dans la zénitude. Comme nous l’a dit Fred Weis, en fait il est rentré dans la tête, dans le cerveau des joueurs. Au bout d’un moment, les joueurs étaient devenus des machines au service du système de Dusko Ivanovic. En bon disciple de Bozidar Maljkovic, il avait mis un en place un système extrêmement rude, il n’y avait pas de place pour le sourire à l’entraînement. Les joueurs en ont vraiment bavé. Lorsqu’ils nous racontaient les entraînements d’avant saison, on était plus proche du camp de travail que de la colonie de vacances. Je pense que les Bulls en bavaient, mais je ne suis pas sûr qu’ils en bavaient autant.

Jérémy : S’il devait y avoir un point de comparaison en tant que coach, ce serait un Pat Riley, qui pouvait faire vomir ses joueurs à force de faire des « suicides ».

Parmi les joueurs, Yann Bonato et Fred Weis ressortent comme ceux qui ont pris cette mission sauvetage particulièrement à cœur, sur et en dehors du terrain…

François : Fred Weis était clairement le leader défensif. Yann, c’était l’âme de l’équipe, le leader charismatique, le porte-parole, c’est la personne qui va faire en sorte que tout le monde va le suivre. Après, il y a la superstar américaine Marcus Brown qui change complètement l’équipe à son arrivée.

Jérémy : En fait, il y a deux choses. Pour l’avoir vécu en direct, il y a 20 ans, ce qui est sûr c’est qu’on en prenait plein les yeux. On est deux grands fans de Yann Bonato. Je le trouvais hyper élégant et talentueux et dans le style de jeu, une technique incroyable qui peut rappeler Manu Ginobili, avec moins de qualités athlétiques, ça c’est une évidence. On en prenait plein les yeux avec ces joueurs-là. Fred Weis a fait une saison monstrueuse défensivement. Il y avait aussi Harper Williams qui était plein de talent. Mais Stéphane Dumas et d’autres ont aussi eu de grands moments et c’est sur ça que je voulais retenir. Vingt ans plus tard, j’ai du mal à ressortir un joueur et le mettre sur un piédestal. Au delà du plan sportif où 2-3 joueurs sortent du lot, c’est plutôt en terme de vécu et de cohésion d’équipe. Chacun a été important à un moment de la saison. Que ce soit humainement ou sur un fait de match. Jean-Philippe Methelie, on l’a très peu vu finalement au long de la saison, mais il plante des tirs à 3-points très importants en playoffs, et c’est aussi celui qui fait rire toute l’équipe parce que c’est le clown au sein du vestiaire. Ce sont autant d’éléments qui sont essentiels à une équipe.

François : David Frigout a également été très important sur le plan défensif. Lui, pour le coup on pourrait faire le parallèle avec un Bill Wennington, une sorte de bûcheron américain avec sa chemise à carreau et toujours prêt à rentrer sur le terrain pour casser des bras. Il y a aussi Thierry Rupert qui termine meilleur contreur de Pro A en 2000, c’était également un mur. Il avait également fait une grosse saison.

Il y a enfin cette belle des playoffs remportée à l’Astroballe avec non pas un shoot à la Michael Jordan contre Byron Russell mais une branlée mémorable. Une vraie « happy ending » à l’américaine… Quels souvenirs gardez-vous de ce match ?

Jérémy : Le souvenir de flipper à mort. Sur un match qui se joue à l’extérieur. Limoges a déjà gagné deux trophées, mais partir sur une défaite aurait été d’une tristesse considérable. J’avais 12 ans à ce moment-là. Globalement, j’ai toujours eu le souvenir d’avoir peur dans les grands matchs, notamment à Malaga. J’ai également une affection particulière pour l’ASVEL donc j’avais un peu le cul entre deux chaises. L’ASVEL avait quand même tout pour l’emporter, avec une super équipe. J’avais vraiment attendu le dernier moment avant de pouvoir sauter de joie.

« Le lendemain de la victoire en Coupe Korac, il y avait plus de monde dans les rues de Limoges que lors de la victoire de l’équipe de France de foot en 1998 »

François : C’est marrant parce que j’étais un peu plus vieux et je n’ai pas flippé parce que je trouvais que ces joueurs avaient une telle confiance en eux, après avoir déjà gagné deux trophées avant, une Coupe Korac et une Coupe de France. Je les sentais sereins et ce qui m’a vraiment marqué ce jour-là, c’est la performance de Yann Bonato. Il a joué son rôle de capitaine, il a mis des paniers extrêmement importants en deuxième mi-temps, dans toutes les positions. Il nous a fait du Yann Bonato dans le texte. Et ce que je retiens encore aujourd’hui et qui a donné le titre du bouquin, c’est lorsqu’il prend le micro à l’a fin du match et qu’il dit : « Limoges est l’équipe de l’année, bonnes vacances ! ». C’est un truc qui m’a marqué à vie, même si évidemment, au moment où il a prononcé ces mots, je ne pensais pas qu’on en ferait un livre, vingt ans plus tard. Pour moi, c’est l’une des phrases les plus fortes de l’histoire du basket français.

Jéremy : On a aussi vu la parade des Bulls et on sait à quel point ça fait quand même la fête après un titre aux États-Unis. Ça peut aller très loin. À Limoges, c’est un peu la même ! Dans d’autres proportions, parce qu’il n’y a pas autant de monde.

François : D’ailleurs, le lendemain de la victoire en Coupe Korac, il y avait plus de monde dans les rues de Limoges que lors de la victoire de l’équipe de France de foot en 1998. Et je pense que c’est la seule ville de France où on peut voir ça. C’est une ville qui vit, qui vibre pour son club de basket. Un autre exemple, au cours de cette saison 2000, il y avait eu un appel au don et le club avait pu rassembler près d’un demi-million de francs. Si on tient compte de l’inflation ça fait une très jolie somme uniquement récoltée en dons du public. Les gens voulaient sauver leur club de basket plus que tout. Ils ont eu tellement peur de voir leur club disparaître qu’il y a eu une sorte de célébration complètement insouciante. Les images de liesse après le titre face à Villeurbanne sont également très impressionnantes et les joueurs nous l’ont dit. Je me souviens de l’expression de Fred Weis qui avait dit : « Tout le village était dehors ».

Au cours de ce triplé historique, il y a également une victoire finale face à Malaga en Coupe Korac. Quelle est votre anecdote préférée de ce parcours européen ?

Jérémy : Elle est fameuse et désormais connue, celle de joueurs qui se demandent s’ils vont pouvoir prendre l’avion avant d’aller en quarts de finale à Ankara. Ils sont à l’aéroport et on leur dit qu’il n’y a pas les billets d’avion, que l’argent n’est pas là. C’est à la veille d’un quart de finale, c’est quelque chose qui est impensable aujourd’hui. Finalement, à force de manœuvres du président, ils arrivent à partir. Mais c’était quand même une situation folle. Il y en a plein d’autres, dont la salle de Malaga, qui avait construit une Arena flambant neuve mais qui menaçait de s’écrouler. Malaga a donc affronté Limoges dans son ancienne salle, un coupe-gorge de 3 000 places où ils avaient probablement logés 5 000 Espagnols. De ceux qui y étaient, ça ressemblait à une ambiance du Pana ou de l’Olympiakos.

François : Je pensais au match aller de la finale contre Malaga, avec le retour de Bozidar Maljkovic, le sorcier serbe qui a remporté l’Euroligue avec Limoges en 1993. Il arrive dans un contexte très particulier et avait été interrogé par la SRPJ après le match. Ils étaient allés le voir à l’hôtel pour le prévenir qu’ils souhaitaient lui poser des questions, puisqu’à l’époque, Maljković avait également eu des soucis avec le club. Son salaire de 1993 a été versé sur des comptes en Suisse par exemple. Il est revenu dans ce contexte particulier. Et sur ce match, il y a un passage de témoin très fort entre le maître et l’élève, Dusko Ivanovic, qui lui donne une leçon sportive puisque Malaga repart ce jour-là avec une valise de 22 points.

Fred Weis a également dit de cette aventure : « le sportif a pris le pas sur le business ». Pour le coup, n’est-ce pas un contexte qui reste difficilement transposable au monde de la NBA où on se rend compte chaque jour de la part prépondérante du « business » ?

Jérémy : Le fric domine vraiment aux Etat-Unis et il y a peu de joueurs qui font des concessions sur leurs salaires, de moins en moins. De mémoire, je peux citer Dirk Nowitzki, qui en a fait de vraies lorsqu’il était encore « franchise player » aux Mavs. Ça peut aussi faire penser aux Spurs. Mais ce n’est pas dans ces proportions et les mêmes circonstances économiques. Les joueurs NBA ont la garantie d’être payés. Il y a aussi des joueurs qui sont restés par amour dans le même club toute leur carrière, mais ils sont de moins en moins nombreux. Même dans le basket actuel et même en Europe, voir des joueurs qui mettent de côté 50 à 70% de leur salaire, on ne le reverra pas.

François : C’est vrai que cette histoire transpire aussi l’amour du maillot. C’est aussi pour ça que ce n’est peut-être pas transposable aujourd’hui et c’est ce qui ressort de tous les témoignages de l’époque, y compris des adversaires, que ce soit les Palois, les Villeurbannais où même les Manceaux. Il y avait ce respect pour ces joueurs qui ont autant mouillé le maillot et se sont sacrifiés pour un club. C’est visiblement quelque chose qui, entre joueurs, est éminemment respectable.

Bonnes vacances ! La trilogie du CSP 2000
par François Chevalier et Jérémy Le Bescont

Edition : Entorse
Précommande : à partir du 6 mai 2020
Parution : le 15 juin 2020
304 pages, 28 euros.
Format : 17 x 23 cm

Crédit photos : Presse Sports / Maxppp

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