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Interview Geoffroy Garétier (Canal +) : « avec la draft, la NBA est une sorte de démocratie sportive »

Consultant pour Canal + pour l’émission « les Spécimens », et ancien rédacteur en chef au journal l’Équipe, Geoffroy Garétier est un spécialiste du football. Mais, à l’instar de Pierre Ménès, il a aussi des notions et des connaissances sur la NBA. Mieux, notre confrère s’est notamment inspiré des méthodes statistiques de la NBA pour ses recherches personnelles dans le football.

Nous sommes donc allé discuter avec lui de ses souvenirs NBA, et surtout sur le fonctionnement de cette ligue. Avec notamment la différence avec le football en Europe mais aussi une esquisse de théorie géopolitique pour mieux comprendre les tendances actuelles.

Un entretien passionnant avec l’un des précurseurs de la science nommée Footballogie.

On vous a vu discuter avec Pierre Ménès de la rivalité entre Michael Jordan et les Pistons, une référence qui prouve que vous aimez le basket NBA.

J’aime beaucoup le basket NBA. Quand on aime le basket, c’est difficile de ne pas l’aimer. C’est un peu l’équivalent de la ligue des champions en football. Je suis moins le basket aujourd’hui car le football me prend beaucoup de mon temps. Mais je garde un œil et j’ai quand même une petite culture. Disons que les noms de Wilt Chamberlain, Red Auerbach ou Kareem Abdul Jabbar ne me sont pas inconnus.

Vous suivez la saison actuelle ?

Très franchement, de très loin. Je sais que les Spurs vont bien et que Boris Diaw est arrivé là-bas. Mais je suis pour savoir si LeBron James va finir pas avoir sa bague. C’est une question majeure par rapport à la classe pré-supposée de ce joueur. Je sais que les Lakers sont aussi pas mal. Mais mon planning m’empêche de voir les matches la nuit, car après niveau sommeil, c’est pas facile (rires).

« La Dream Team c’était mythique »

Vos premiers souvenirs de NBA ?

Je me souviens avoir vu quelques images, mais je ne sais plus comment, de la Finals 1980, entre les Lakers et les Sixers. C’était centré sur Magic Johnson, qui avait remplacé Jabbar et réalisé une performance hallucinante, avec plus de 40 pts.

Avez-vous déjà assisté à un match NBA ?

Le premier match que j’aie vu, c’était en janvier 1991. J’étais à Atlanta pour un reportage sur CNN au début de la première Guerre du Golfe. Je travaillais au Journal du Dimanche. Je me suis trouvé devant la salle d’Atlanta, et il y avait un gars qui vendait des places au marché noir pour le match du soir. Et c’était contre les Bulls. Le mec me demande si je veux des places, et je lui demande contre qui joue Atlanta et le gars me répond : « Les Bulls, man, Michael Jordan ! » (rires). Donc je prends un ticket, pour une trentaine de dollars. Et j’ai vu les Bulls se faire battre par les Hawks. Et ce n’était pas rien car c’était l’année du premier titre. Et le début de saison suivant, j’étais à Portland pour voir les Blazers, avec une superbe équipe, Clyde Drexler et Terry Porter, contre les Bulls encore. Et c’est l’affiche de la Finals 1992.

Et parmi tous ses souvenirs, lequel est le plus marquant?

J’étais à Barcelone en 1992, donc la Dream Team. Il y a un côté mythique, pour nous les Européens. C’est aussi l’heure de gloire de la presse basket, la presse mensuelle. Donc le monde allait voir ces grands joueurs, comme Magic, Barkley ou Jordan.

Vous avez un joueur favori et une équipe de cœur ?

Je mets Jordan à part, car il n’est pas jugeable sur les critères habituels. Mais sinon, ce serait les Lakers et Magic. Je garde les Lakers, et je considère toujours Kobe Bryant au-dessus du lot, même s’il est vieillissant. J’adore le duo Shaquille O’Neal – Kobe Bryant, pour tout ce qu’il avait d’antinomique et de complémentaire, pendant le triplé de 2000-2001-2002.

Justement pendant ses années-là, il y avait Phil Jackson sur le banc, vous me disiez que vous avez beaucoup suivi la NBA quand il était coach. Pourquoi ?

Je pense qu’il est parmi les plus grands coaches de tous les temps, tous sports confondus. Il avait cette capacité à tirer le meilleur de toutes les équipes où il est passé. Évidemment, il avait Jordan. Mais, il montait une philosophie de sa pratique, d’où le surnom Master Zen. Il a réussi, ce qui est pour moi le plus fort dans le sport, à déjouer les plans des autres coachs mis en place contre lui. Notamment les fameuses « Jordan Rules », et cela est admirable.

« Le phénomène de cycle existe en NBA »

Vous êtes connu pour la « Footballogie », c’est à dire une lecture très statistique du football. En NBA, la statistique est reine, cela doit donc vous passionner ?

Absolument. C’est même le coté statistique du sport américain qui m’a fait, je pense, consciemment ou pas d’ailleurs, faire ce genre d’analyse sur le football. C’est tous les sports US d’ailleurs. En plus de la NBA, j’ai beaucoup suivi la NHL et mes livres de chevet étaient des livres de stats.

Vous avez déjà tenté une analyse en NBA, similaire à celles que vous faites en football ?

L’observation des palmarès en NBA donne des pistes. Le sport de haut niveau fonctionne avec un système d’échange. Plus vous montez, plus on obtient un duel final. On gagne ou on perd. Le palmarès des Lakers est fascinant pour ça, c’est l’une des équipes qui a le plus gagné mais aussi le plus perdu. C’est de l’ordre de 15 victoires pour 15 défaites, je crois (ndlr : 16 victoires, 15 défaites). C’est une logique de sport de haut niveau. Il ne faut pas de domination, et avec les Lakers ont a un superbe exemple.

Vous aviez déclaré récemment qu’en football, « Tout est joué d’avance », est-ce la même logique en NBA ?

Je ne sais pas si c’est joué d’avance, mais la marge d’incertitude est formelle. Pour schématiser, on sait que les Lakers vont gagner, mais on ne sait pas si c’est cette année ou l’année prochaine. Même avec le système de draft qui permet de devenir premier après avoir été dernier, on voit que les grandes équipes reviennent toujours. Les Celtics sont revenus, les Pistons aussi, les Bulls reviennent, les Lakers sont toujours là de manière régulière. Est-ce joué d’avance ? En tout cas, c’est moins flagrant qu’en football avec ce système de péréquation et de démocratie sportive avec la draft. Mais en grande partie ça l’est.

Ce phénomène de cycle en NBA est-il plus présent qu’en football ?

Faudrait que j’approfondisse la question mais oui je le pense. Et le système de draft y est pour beaucoup. Quand Jordan et Pippen quittent les Bulls, Chicago s’effondre. Pareil pour Patrick Ewing à New York ou Hakeem Olajuwon à Houston. L’après Magic a été un gros trou pour les Lakers avec les départs de James Worthy et Byron Scott aussi. Mais ils sont revenus donc les cycles sont présents en NBA.

« Le football devrait mettre en place une draft »

La draft est donc pour vous une démocratie sportive ?

Oui, c’est très équitable. Je pense que c’est une piste à suivre pour le football et la ligue des champions. Même si cela serait plus compliqué qu’aux États-Unis, puisque nous n’avons pas de système universitaire, voire marginalement des lycées, qui fournissent des joueurs. Il y a là-bas, une interaction entre les deux mondes qui est réelle et organisée, et qui n’existe pas en Europe. Comme 90 % des bons joueurs sud américains ou africains viennent jouer en Europe, la FIFA pourrait essayer de mettre en place un système de draft pour renforcer la concurrence. Avec ce principe, Neymar, le jeune génie de Santos n’irait ni au Real Madrid, ni au FC Barcelone. Mais plutôt au Bayern Munich, Liverpool ou au PSG par exemple. La démocratie est plus assurée en NBA car c’est un contre pouvoir. Ça évite les dominations éternelles, que les plus riches imposent aux autres. C’est, malheureusement, le fait le plus contestable dans le football. Si les grands joueurs en devenir étaient orientés sur tel ou tel club plutôt que d’autre, cela relancerait l’intérêt pour les compétitions.

Avez-vous une théorie ou une explication de l’hégémonie US sur le basket ? Ils ont inventé ce sport mais est-ce la raison de cette domination . Le football a été inventé par les Anglais, et ils n’ont gagné qu’une Coupe du Monde.

J’ai une tentative d’explication, maintenant elle vaut ce qu’elle vaut et on peut la confronter à d’autres. Les Américains ont inventé le basket et ils ont été à la base de toutes les compétitions internationales. La Dream Team est certes arrivée plus tard. Mais il ne faut pas oublier que les USA sont un immense pays, géographiquement et démographiquement. Bien sûr, c’est une théorie et on peut la contredire, mais je pense qu’en sport de haut niveau, notamment en sport collectif, il faudrait faire des catégories. Selon la population du pays. On le voit dans les qualifications des championnats d’Europe en football par exemple. Des tout petits pays ne peuvent pas participer. Et quand on prend les USA, avec ses 300 millions d’habitants et 10 000 sportifs au mètre carré, cela donne une image de combat de boxe entre un poids lourd et un poids léger. C’est la métaphore que j’utilise et après il y a peut être d’autre explications.

« J’ai vu les Bulls l’année du premier titre »

La fin de l’URSS a-t-elle accentué cette domination ? Faut-il être un grand pays pour gagner ?

La seule fois où les USA ont été battus, c’est quand l’URSS a mis en place une réplique de qualité. En 1972, avec l’histoire de Munich et en 1988, et aussi 1980 à Moscou mais c’était spécial. On voit cela en football féminin avec les deux grandes puissances que sont les USA et la Chine, qui sont les deux grands de ce monde en ce moment. Et en football masculin, le Brésil domine l’Amérique du Sud et a gagné 5 coupes du monde et les autres vainqueurs sont l’Argentine et l’Uruguay, les deux pays derrières le Brésil. En Europe, les vainqueurs sont les 5 pays les plus peuplés de l’Europe de l’Ouest, c’est à dire la France, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie. On est loin d’une discussion technico-tactique mais c’est là que réside l’intérêt de la question pour moi.

Propos recueillis par Jonathan Demay pour Basket USA

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