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Quelles solutions si la NBA veut vraiment mettre fin au « tanking » ?

Mark Cuban relativise le tanking, « mal nécessaire » d’une ligue fermée qui vend titre ou espoir. Mais Adam Silver s’inquiète d’incitations déréglées et évoque des réformes : lesquelles ?

La lottery face au tankingMark Cuban estime que le « tanking » n’est pas le problème principal de la NBA à l’heure actuelle, rappelant que les franchises de la Grande Ligue ne peuvent finalement « vendre » que deux choses à leurs fans, le titre ou l’espoir. Dans le cadre d’une ligue fermée, perdre volontairement pour récupérer les talents de demain est une stratégie qui a fait ses preuves par le passé, malgré tous les ajustements opérés au cours du temps…

C’est un point de vue de propriétaire mais il faut rappeler que seuls 26% des revenus de la NBA proviennent de la billetterie. La majorité des revenus de la Grande Ligue viennent ainsi de ses contrats TV, locaux, nationaux et désormais internationaux, et l’expérience sociale vantée par Mark Cuban n’est pas le cœur financier du système.

Vis-à-vis de ses diffuseurs et de ses fans globaux, la NBA a tout intérêt à ce que ses stars jouent donc le plus de matchs possibles, et ne soient pas laissés au frigo dès le mois de février.

« Autrefois, il existait une sorte d’entente implicite entre partenaires sur les comportements à avoir », vient ainsi d’expliquer Adam Silver suite aux amendes infligées au Jazz et aux Pacers. « Je pense que ce que nous voyons aujourd’hui, ce sont les effets des analyses statistiques modernes, qui montrent clairement que les ‘récompenses’ sont mal alignées. […] Observons-nous un comportement pire cette année que ce que nous avons vu récemment ? Oui, selon moi. C’est ce qui a conduit à ces amendes, et pas seulement à ces amendes, mais aussi ma déclaration selon laquelle nous allons examiner de plus près l’ensemble des circonstances cette saison concernant le comportement des équipes, et je voulais très clairement que les équipes soient prévenues. »

Et le « commissionner » semble ainsi prêt à engager des réformes profondes pour arrêter ces comportements.

« Si des équipes manipulent leurs performances afin d’obtenir des choix de Draft plus élevés, même dans le cadre d’une ‘lottery’, alors la question devient… sont-elles vraiment les équipes les moins performantes ? » a ainsi poursuivi Adam Silver. « Il ne me semble pas évident, par exemple, que la 30e équipe au classement soit objectivement beaucoup plus faible que la 22e, surtout si vous avez une incitation à mal jouer pour obtenir un meilleur choix de Draft. C’est un véritable casse-tête. Comme je l’ai dit, le All-Star Game existe depuis 75 ans. La ligue a 80 ans. Il est temps d’y jeter un regard neuf pour voir si ce n’est pas une manière dépassée de procéder. »

Reste qu’après les déclarations d’intention, il faut trouver des solutions concrètes et si les idées ne manquent pas, aucune n’apporte de solution compilant efficacité, faisabilité et simplicité.

LES SOLUTIONS SIMPLES

Renforcer les sanctions contre le « tanking ». Plus d’enquêtes sur les équipes qui mettent leurs meilleurs joueurs au repos, des sanctions financières plus élevées… jusqu’au possible retrait de choix de Draft ? C’est la solution la plus simple, même si elle n’est peut-être pas la plus efficace. Comme l’illustrent les réactions du propriétaire d’Utah, les sanctions financières ne suffisent pas à dissuader les dirigeants si cela permet de mettre la main sur un talent « générationnel » qui peut changer toute la dynamique de la franchise.

Aplanir encore les probabilités d’obtenir les meilleurs choix. La NBA a déjà lissé les probabilités de récupérer les meilleurs choix, afin d’empêcher les clubs de se lancer dans un grand concours de nullité pour obtenir le pire bilan, et donc les meilleures chances de tirer le gros lot. En lissant davantage les probabilités, la Grande Ligue réduirait encore l’intérêt à être la plus mauvaise équipe… mais pas à faire partie des plus mauvaises équipes.

Interdire le Top 4 deux ans de suite. Même les meilleures Drafts n’ont que deux ou trois talents jugés « générationnels » par les scouts, et qui donnent envie à tout le monde de « tanker ». Priver une équipe du Top 4 de la Draft deux années de suite calmerait ainsi sans doute les ardeurs des clubs qui aimeraient miser sur deux choix de Draft très élevés deux années de suite. Problème : ça peut en contrepartie légitimement priver de renfort les équipes vraiment mauvaises, ce qui est pourtant le but recherché par Adam Silver…

Limiter et simplifier la protection des choix de Draft. Quelques équipes se retrouvent à « tanker » car leurs choix de Draft sont promis à d’autres clubs, suite à des échanges, s’ils ne sont pas en dessous d’une certaine place. Pour ces franchises, ces protections deviennent de fait des incitations à perdre lorsque le début de saison ne se passe pas comme espéré. Limiter et simplifier la protection des choix de Draft lors des échanges pourrait donc permettre de limiter ce genre de situations, même si ça ne change pas le cœur du système.

LES SOLUTIONS INTERMÉDIAIRES

– Tournoi entre les équipes non qualifiées en playoffs. Certains proposent un tournoi entre les équipes non qualifiées en playoffs. Cela offrirait des matchs à enjeu, même en bas du classement. Problème : ça pourrait inciter à perdre très tôt dans la saison, et les modalités d’organisation rajouteraient des matchs, d’autant que toutes les équipes ne sont pas éliminées de la course aux playoffs au même moment. En pratique, ça semble irréaliste.

– Les « Tombstone Wins ». Cela fait longtemps que certains proposent une solution (qui a des variations) sur le fait d’attribuer les choix de Draft aux équipes en fonction du nombre de victoires qu’elles ont obtenues… après leur élimination des playoffs. Ainsi, si une équipe ne peut plus jouer la « postseason » à 15 matchs de la fin, on comptabilise le nombre de victoires qu’elle enregistre sur ces matchs restants, et on le compare aux victoires identiques des clubs éliminés des playoffs. Les avantages, c’est que cela ne change rien au calendrier de la saison et que ça pousse les pires équipes à jouer les derniers matchs à fond. Le problème, c’est que ça déplace le « tanking » puisque les clubs auront intérêt à être éliminés le plus tôt possible de la course aux playoffs.

– Figer le classement à un point donné de la saison. Pour d’autres, la solution est de « figer » les probabilités d’obtenir les meilleurs choix par rapport à un classement en cours de saison, par exemple au moment où la première équipe est éliminée de la course aux playoffs. Les franchises n’auraient donc plus aucun intérêt à balancer les derniers matchs même si, encore une fois, le risque est simplement de déplacer le « tanking ».

– Utiliser le nombre de défaites enregistrées sur plusieurs années. Pour éviter le « tanking » d’une saison, l’idée d’utiliser le total de défaites sur plusieurs années a aussi été évoquée. Sauf que si ça peut décourager des franchises de balancer une campagne, ça peut potentiellement aussi encourager un « tanking » au long cours…

LES SOLUTIONS RADICALES

– Empêcher les trois pires équipes de participer à la « lottery ». C’est une solution mise en avant par Mark Cuban. Les trois plus mauvais bilans seraient exclus de la « lottery ». De quoi sérieusement refroidir les équipes qui envisagent de balancer des saisons, même si on se retrouve dans la même situation que pour l’interdiction du Top 4 deux années de suite, avec des équipes vraiment faibles qui ne pourraient pas se renforcer.

– La « Draft Wheel ». Assistant GM des Celtics, Mike Zarren a proposé il y a quelques années une solution radicale pour mettre fin au « tanking », une roue de la Draft où l’attribution des choix ne dépend pas du classement des équipes. Il peut tout de même y avoir une « lottery », mais dans le cadre d’une portion prédéfinie de la Draft. Evidemment, ça élimine toute incitation à perdre… même si on perd le sens premier de la Draft, qui est de renforcer les équipes les plus faibles puisqu’une équipe championne pourrait récupérer le premier choix dans la foulée.

– La suppression pure et simple de la Draft. C’est la solution la plus radicale. En supprimant purement et simplement la « lottery » et la Draft, la NBA pourrait organiser l’arrivée des jeunes talents sous la forme d’une autre « free agency ». Les équipes pourraient alors négocier avec les jeunes stars de la NCAA ou d’ailleurs. Evidemment, on imagine que les plus mauvaises équipes pourraient offrir davantage mais le premier choix de la Draft pourrait s’engager où il le souhaite, quitte même à rejoindre le champion en titre à condition d’accepter un contrat plus faible. Evidemment, la solution a très peu de chances d’être validée par le conseil des propriétaires car les gros marchés auraient trop d’avantages dans ce système, et l’équilibre compétitif aurait du mal à se faire.


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