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Kareem Abdul-Jabbar : « Le silence est l’oxygène dont se nourrit l’injustice »

Après les morts de Renée Good et d’Alex Pretti à Minneapolis, la NBA se montre d’une prudence extrême. Victor Wembanyama l’admet : tout dire aurait « un coût trop élevé ». En face, Kareem Abdul-Jabbar rappelle qu’en se taisant, on laisse surtout les autres écrire la vérité.

Kareem Abdul-JabbarAprès les morts de Renee Good puis d’Alex Pretti à Minneapolis, tués par des agents fédéraux, la NBA et ses acteurs sont restés extrêmement prudents dans leur réponse.

Victor Wembanyama a bien résumé la situation en confiant que le service communication des Spurs lui avait conseillé de ne pas s’engager sur le sujet. « Wemby », à la suite de Guerschon Yabusele, n’a toutefois pas éludé les questions, même si ses réponses restent finalement très mesurées.

« Je lis les informations et parfois je me pose des questions très profondes sur ma propre vie, mais je suis aussi conscient que dire tout ce que j’ai en tête aurait un coût trop élevé pour moi en ce moment, donc je préfère ne pas entrer dans trop de détails » explique-t-il, avant d’évoquer les éventuelles répercussions. « Bien sûr, c’est terrible. Je sais que je suis étranger. Je vis dans ce pays. Je suis inquiet, c’est certain. »

Dans la foulée, Kareem Abdul-Jabbar a publié un très intéressant texte pour expliquer à la jeune génération, notamment d’athlètes, que rester silencieux face à l’injustice ne les protègerait pas. Au contraire…

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« Quand nous nous taisons, nous avons encore peur. Alors il vaut mieux parler » — Audre Lorde

Audre Lorde, pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, était une militante qui a consacré sa vie à affronter toutes les formes d’injustice. Lorsque j’ai lu cette phrase pour la première fois dans les années 1970, je ne l’ai pas ressentie comme une suggestion, mais plutôt comme le rappel de quelque chose que j’ai essayé de faire toute ma vie. Prendre la parole — surtout quand le monde préférerait que vous gardiez le silence — n’est pas un acte de rébellion. C’est un acte de responsabilité. Et pour celles et ceux d’entre nous qui ont vu l’injustice de près, le silence n’est pas un bon endroit où se cacher. C’est une capitulation.

Je l’ai compris très tôt. Bien avant de devenir Kareem Abdul-Jabbar, le basketteur, j’étais Lew Alcindor, un jeune Noir qui grandissait dans un pays se prétendant « post-racial » tout en me prouvant, chaque jour, que ce n’était pas le cas. Lorsque je suis arrivé à UCLA, j’avais déjà vu suffisamment de choses pour savoir que me taire ne me protégerait pas — ni moi, ni personne qui me ressemble. J’avais vu des villes s’embraser après l’assassinat du Dr King. J’avais vu les corps. J’avais entendu le chagrin. J’avais vécu la peur. Prendre la parole n’était pas un choix. C’était la seule réponse honnête.

Dans ses écrits et ses discours, Lorde a clairement montré que le silence est l’oxygène dont se nourrit l’injustice. Le pouvoir prospère quand les gens doutent de leurs propres yeux, quand on leur dit que l’histoire qu’ils ont vue n’est pas celle qui s’est réellement déroulée. Et c’est pourquoi les mots de Lorde paraissent encore plus urgents aujourd’hui. Nous vivons à une époque où des institutions réécrivent les événements avant même que la vérité n’ait eu le temps de se figer. Où des vidéos contredisent des déclarations officielles, et où celles et ceux qui tiennent une caméra sont traités comme des menaces. Où l’on promet de rendre des comptes dans des communiqués, mais où l’on évite à tout prix de le faire dans les faits. Dans des moments comme ceux-là, parler devient plus qu’une expression. Cela devient une preuve.

Cela fait des décennies que j’écris sur la justice sociale, non parce que j’aime la controverse ou que je recherche l’attention, mais parce que j’ai vu ce qui se passe quand on laisse d’autres définir la réalité à notre place. J’ai vu des institutions prétendre valoriser l’égalité alors que leurs actes racontaient une autre histoire. J’ai vu des dirigeants parler de responsabilité tout en démantelant les outils mêmes qui rendent cette responsabilité possible. Et j’ai vu des gens ordinaires — souvent les plus vulnérables d’entre nous — risquer leur sécurité simplement pour témoigner, puis raconter ce qui s’était réellement passé.

C’est pour cela que la citation de Lorde tombe si juste — surtout aujourd’hui, cette semaine. Prendre la parole ne consiste pas seulement à élever la voix. C’est refuser que d’autres effacent la vérité. C’est tenir bon quand le récit qu’on pousse est plus facile, plus propre, plus commode que la réalité désordonnée. C’est honorer celles et ceux qui ne peuvent plus parler pour eux-mêmes.

J’ai vécu assez longtemps pour savoir que parler ne garantit pas le changement. Mais se taire ne garantit absolument rien. Et s’il y a une leçon que j’espère voir les jeunes générations transmettre, c’est celle-ci : votre voix n’est pas insignifiante. Votre témoignage compte. Votre refus d’être réduit au silence s’inscrit dans une longue lignée ininterrompue de personnes convaincues que la vérité ne mérite pas seulement des défenseurs… elle en exige.

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