Si la France a pu l'emporter contre la Slovénie, après avoir longtemps galéré, c'est en grande partie grâce à Sylvain Francisco. Pour la première fois depuis Tony Parker en 2013, l'année du sacre des Bleus, un joueur français a atteint la barre des 30 points dans un Euro et il s'agit donc du meneur de poche de Kaunas.
Comme à son habitude, il a apporté beaucoup d'énergie en sortie de banc, sanctionnant surtout les espaces qui lui ont ainsi été laissés par les défenseurs slovènes. Par le scoring (32 points) ou par la création (5 passes décisives).
« Ce que la défense me donne, je prends » a-t-il réagi après coup. « 32 points, c’est incroyable. Les 3-points n’étaient pas là [2/8, ndlr], mais quand j’étais agressif, soit j’avais un panier, soit j’avais une passe, soit j’avais une faute. C’est ma force. […] Moi, je perce les trous, jusqu’à ce que les défenseurs m’arrêtent. Et quand ils m’arrêtent, c’est un autre joueur qui finit. »
« Que je reste sur le banc ou pas, ça ne change rien »
Pour torturer les défenses, Frédéric Fauthoux peut donc compter sur son ancien protégé à Levallois. Parfait dans ce rôle de rotation de Théo Maledon, pouvant changer le cours d'un match avec son activité de chaque côté.
« Dans leur façon de défendre, les Slovènes autorisaient certains joueurs, avec certaines qualités, à avancer sur eux. C’est ce que Sylvain a merveilleusement fait » souligne le sélectionneur tricolore, ravi de son collectif. « Un joueur peut marquer autant sur pénétrations si les quatre autres sont dans les bons espaces pour lui laisser l’accès au panier. Je trouve que ses coéquipiers ont été très bien dans le jeu sans ballon. »
Absent des derniers Jeux olympiques, et même discuté avant cet EuroBasket, Sylvain Francisco fait ce qu'il sait faire de mieux : prouver, sur le terrain. Il en a l'habitude et plus rien ne l'effraie, car sa confiance est au plus haut.
« Que je reste sur le banc ou pas, ça ne change rien. Je peux faire la différence et rester une personne importante pour l’équipe » a indiqué le joueur de 27 ans, tellement précieux sous pression. « Je ne vais pas perdre confiance. Je vais continuer, continuer, continuer… Tout en gardant le contrôle. »
Le panier de la discorde…
Néanmoins, le héros de l'après-midi a également défrayé la chronique pour son dernier panier. Le match était plié et Sylvain Francisco a alors serré la main de Luka Doncic, venu à sa rencontre. Sauf qu'il restait du temps au chrono et le Français est donc allé au cercle, pour inscrire deux points supplémentaires…
« J’aurais dû lui dire de défendre, parce que j’allais jouer ! » a confié l'intéressé, en zone mixte. « Mais il me check… Ensuite, on me voit me retourner vers le banc qui m’appelle et j’ai un flash sur le point-average. »
« On s'est serré la main. Le différentiel peut être important, mais on s'est serré la main. Je ne pensais pas qu'il allait encore marquer… » a de son côté indiqué Luka Doncic, pour le moins surpris. Et agacé…
« Ça fait partie du jeu et il faut l'accepter »
Comme le différentiel de points marqués/encaissés compte à l'EuroBasket, cette fameuse « règle non écrite » pourrait très bien ne pas avoir sa place dans la compétition. Sauf que tout le monde ne partage pas cet avis.
« J'ai dit que j'étais désolé » a voulu insister Sylvain Francisco. « La seule chose que je regrette vraiment, c'est de lui avoir serré la main. J'aurais dû lui dire de défendre, parce que j'allais chercher le panier… Mais vous savez, le différentiel compte à l'Euro et c'est pour ça que j'y ai pensé. Sinon, je ne l'aurais jamais fait. Mais j'en assume l'entière responsabilité et je dois juste passer à autre chose. »
En tout cas, ce n'est pas son sélectionneur qui lui jettera la pierre : « Le dernier panier de Sylvain était vraiment important, car chaque point compte » l'a ainsi défendu Frédéric Fauthoux, toujours invaincu à la tête des Bleus (11-0). « On ne sait jamais ce qui peut se passer ensuite, donc c'est pour ça qu'on dit que chaque match est important depuis le début. Il faut tout gagner. »
Le mot de la fin est pour Bilal Coulibaly, précieux lui aussi (13 points) et qui se range également du côté de Sylvain Francisco : « Je peux comprendre leur frustration, car je serais aussi énervé à leur place, mais ça fait partie du jeu et il faut l'accepter. »