C’est l’une de ces histoires à la fois magnifiques et tragiques qui façonnent les légendes du sport américain. Une histoire de famille, de promesse et de deuil, devenue l’un des récits fondateurs de la carrière de Chris Paul. Au point même que Disney a décidé d’en faire un long-métrage, adapté de l’ouvrage co-écrit par Chris Paul.
Le 14 novembre 2002, le jeune meneur, alors lycéen à la West Forsyth High School (Caroline du Nord), annonce officiellement qu’il s’engagera à Wake Forest, l’ancienne fac’ de Tim Duncan et Muggsy Bogues. Pour lui et pour toute sa famille, c’est l’aboutissement d’un rêve. Chris Paul n’a jamais été considéré comme un futur prospect NBA. Trop petit, trop frêle, disait-on. Mais son intelligence de jeu, son leadership et sa détermination avaient fini par convaincre tout le monde.
« Beaucoup de gens disaient que j’étais trop petit pour jouer à ce niveau. Mais ma famille n’a jamais cessé d’y croire », confiera-t-il plus tard. La joie, pourtant, ne dure qu’un instant.
Le lendemain de son engagement, son grand-père, Nathaniel Jones, celui qu’il appelait affectueusement « Papa Chilly », est retrouvé mort près de sa maison. Âgé de 61 ans, il a été agressé et laissé pour mort pour un simple portefeuille, succombant à une crise cardiaque. Un crime absurde, brutal, qui bouleverse toute la communauté.
Une promesse : inscrire un point pour chaque année de la vie de son grand-père
Chris Paul était extrêmement proche de lui. Son grand-père l’emmenait s’entraîner, l’accompagnait aux matches, parlait basket avec lui pendant des heures. « C’était mon meilleur ami », dira-t-il. « Il était à tous mes matches. Tous. »
Dévasté, le jeune meneur décide pourtant de jouer le match suivant avec son lycée. Mais il prend une décision intime, silencieuse. Il veut marquer 61 points, un point pour chaque année de vie de son grand-père. Sans en parler à personne.
Son record personnel est alors de 39 points. L’objectif semble irréaliste. Mais ce soir-là, quelque chose est différent, et dans une atmosphère presque mystique, il marque 24 points dans le seul deuxième quart-temps.
« J’ai pensé à mon grand-père tout le match », racontera CP3. « Je savais qu’il me regardait. Dès qu’un joueur me touchait, je pouvais presque sentir mon grand-père se lever et se mettre en colère. »
À mesure que le total grimpe, ses coéquipiers comprennent qu’il se passe quelque chose. Le public aussi. Mais personne ne connaît réellement l’objectif qu’il s’est fixé. Il atteint finalement les 61 points sur un panier avec la faute. La salle explose. Il lui reste un lancer-franc à tirer.
Et c’est là que la scène devient légendaire.
Chris Paul manque volontairement un lancer-franc
Pour ne pas dépasser le nombre symbolique, Chris Paul manque volontairement son lancer-franc. Le ballon frappe l’arceau. Son entraîneur le sort immédiatement. Ses coéquipiers l’entourent. L’émotion le submerge. Il cherche son père du regard, croise ses yeux… et s’effondre en larmes. « Je ne voulais pas marquer plus que 61 », expliquera-t-il. « Ce match était pour lui. »
Ce soir-là, Chris Paul n’a pas seulement signé une performance statistique exceptionnelle. Il a posé la première pierre de sa légende. À Wake Forest, puis en NBA, que ce soit aux New Orleans Hornets/Pelicans, ou aux Clippers, il gardera toujours cette dimension émotionnelle, cette maturité précoce façonnée par l’épreuve. Gregg Popovich aimait ainsi le comparer à un gamin à qui on a volé ses jouets, mais c’était surtout un ado à qui on avait tué son grand-père.
Des années plus tard, le jeune retraité évoquera encore son grand-père comme une force intérieure permanente : « Tout ce que je fais sur un terrain, je le fais aussi pour lui. » La légende de Chris Paul n’a ainsi pas commencé par un trophée à l’université ou un record en NBA, mais par le plus beau des hommages, au lendemain de la mort de son grand-père.
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